Femmes 02 – Les sorcières étaient-elles des guérisseuses ?

08.02.2020 - Sao Paulo, Brèsil - REHUNO - Red Humanista de Noticias en Salud

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Portugais

Femmes 02 – Les sorcières étaient-elles des guérisseuses ?
Circé. Visions (Crédit image : William Waterhouse)

Les sorcières sont des figures dans l’imagination de presque tous les peuples occidentaux. Elles sont presque toujours les personnages maléfiques des contes de fées ou des légendes populaires. Ce sont elles qui empoisonnent, jettent des sorts, décident qui doit vivre et qui doit mourir, qui s’endormira tout le temps ou qui doit mordre la pomme. Elles sont présentées comme des personnages effrayants et sinistres qui souhaitent le mal sur les « bonnes personnes ».

Depuis les années 1970, le Mouvement féministe tente de comprendre l’essence de ces personnages et le moment historique dans lequel elles ont vécu. Il est de plus en plus fréquent que les femmes contemporaines s’identifient à ces « sorcières du passé ». Cela révèle non seulement la nécessité de sauver certaines valeurs et certains comportements, mais aussi de poursuivre une lutte qui a été étouffée par la répression pendant la chasse aux sorcières.

Mais qui étaient les sorcières ?

Il s’agissait de femmes européennes, généralement des paysannes, qui étaient les protagonistes de leur santé et de leur maladie. Elles avaient des connaissances empiriques, acquises par transmission orale, sur les herbes et les diverses thérapies, étant souvent la référence du « professionnel de la santé » dans la communauté.

Bien qu’à l’époque elles en avaient pas accès aux méthodes contraceptives, telles que nous les connaissons aujourd’hui, elles utilisaient des herbes et des pratiques pour prévenir les grossesses et provoquer des avortements, dont beaucoup étaient le résultat de viols.

On ne peut pas dire que ces femmes étaient libres car elles étaient pour la plupart soumises aux hommes (pères, maris, frères) mais elles avaient une certaine autonomie dans le soin de leurs corps et ni l’Église ni l’État n’avaient légiféré sur leur corps jusqu’alors.

Beaucoup de femmes étaient sages-femmes, et ce savoir était transmis d’une femme plus expérimentée à une femme plus jeune. Dans de nombreux cas, ces femmes ont effectué leurs pratiques de manière rituelle, chargées de croyances et de spiritualité, ce qui a sans doute été un choc pour le processus historique de l’Europe à cette époque.

« La période de la Chasse aux sorcières s’est déroulée sur quatre siècles (du 14ème au 17ème siècle), depuis ses débuts en Allemagne jusqu’à son introduction en Angleterre. La persécution des sorcières a commencé dans le féodalisme et a duré, avec une virulence croissante, jusqu’au « Age de la Raison » (le Siècle des Lumières). Elle a pris différentes formes selon les époques et les lieux, mais sans perdre sa caractéristique essentielle de campagne de terreur déclenchée par une classe dirigeante et dirigée contre la population paysanne féminine. En fait, les sorcières représentaient une menace politique, religieuse et sexuelle pour l’Église, tant catholique que protestante, ainsi que pour l’État », affirment Barbara Ehrenreich et Deirdre English dans ‘Sorcières, sages-femmes et infirmières. Une histoire des femmes et de la médecine’, publié en 1973.

La base de la campagne de chasse aux sorcières était la diffamation et la tergiversation de ces femmes. On leur a donné le titre de misérables, de perverses, d’hystériques, de folles, de disgracieuses, de frustrées en amour, et on leur a dit qu’elles avaient des hallucinations. Elles étaient souvent contraintes de confesser « leurs péchés » et d’admettre devant les tribunaux de l’Inquisition qu’elles étaient possédés par le diable et qu’elles avaient fait un pacte avec lui, assumant ainsi « la mise en scène » promue par l’État et l’Église.

Pour comprendre ce moment et même pour comprendre pourquoi elles ont confessé « leurs péchés », il faut savoir que la plupart de ces femmes vivaient dans une situation de vulnérabilité sociale, culturelle, psychologique et émotionnelle.

Le chiffre n’est pas précis, mais on estime qu’entre 40 000 et 50 000 femmes ont été brûlées vives sur le bûcher, pendues et torturées. On a provoqué la mort physique de ces femmes, la mort d’une culture, et causé un clivage entre hommes et femmes qui perdure encore aujourd’hui.

Il est crucial de comprendre le processus historique de l’époque où La chasse aux sorcières a eu lieu

Tout a commencé pendant la féodalisme, alors que le capitalisme commençait déjà à germer et c’est dans la transition du féodalisme au capitalisme qu’il se produit simultanément : la colonisation des Amériques, l’extermination des populations du Nouveau Monde, la traite des esclaves, l’assainissement des vagabonds et des mendiants ainsi que la naissance des institutions hospitalières, cette dernière étant un jalon important de la médecine occidentale telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Le capitalisme a émergé avec force, il est né de la violence, et les femmes libres n’étaient pas utiles à ce nouveau modèle. Même les auteurs et les spécialistes du marxisme, féroces critiques du capitalisme, n’ont pas donné de visibilité à la situation vécue par des centaines de milliers de femmes, s’empressant de naturaliser le corps des femmes et de le soumettre à la Loi, à l’Eglise puis à la Médecine, comme l’explique Silvia Frederici dans ‘Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive’.

Près de 10 siècles nous séparent de ces femmes, et nous constatons que malgré les grands progrès réalisés dans le domaine de la santé des femmes, nous sommes toujours confrontés aux problèmes que les sorcières affrontaient dans le passé. Depuis ces temps-là jusqu’à aujourd’hui, les femmes ont perdu le pouvoir de prendre des décisions concernant leur corps, et c’est donc une revendication importante Mouvement féministe.

Le corps féminin a été et continue d’être un objet de litige et de pouvoir. Il y a des batailles constantes pour savoir qui est responsable, comme par exemple lors des débats publics dans différents pays sur la légalisation de l’avortement et les droits en matière de reproduction.

La recherche de l’auto-conscience de son corps par les femmes et la quête de la démédicalisation et de la dépathologisation du corps féminin sont de plus en plus latentes.

Cette note est la deuxième d’une série de textes qui analyseront le rôle des femmes dans la construction du modèle de santé occidental.

 

Par Flavia Estevan – flaviaestevan@gmail.com

Ehrenreich, Barbara e English, Deirdre Bruxas parteiras e enfermeiras: Uma história de mulheres curandeiras.

Federici, Silvia. Calibã e a bruxa: mulheres, corpo e acumulação primitiva. São Paulo: Editora 2 Elefante, 2017.

Foucault, Michel. Microfísica do poder. 8. ed. Rio de Janeiro: Graal, 1989.

 

Articles publiés dans la série Femmes de REHUNO :

Femmes 01- Quel rôle les femmes jouent-elles dans la santé d’hier, d’aujourd’hui et de demain ?

Femmes 02 – Les sorcières étaient-elles des guérisseuses ?

Catégories: Genre et féminismes, Opinion, Santé
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