[Élections primaires en Argentine] La faute au peuple argentin

14.08.2019 - Buenos Aires, Argentine - Mariano Quiroga

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[Élections primaires en Argentine] La faute au peuple argentin
Traduction texte sur image : Macri n'est déjà plus là. (Crédit image : Coletivo Passarinho)

Le président argentin Mauricio Macri nous avait avertis dans un spot de campagne : « Si je deviens fou, je peux vous faire beaucoup de mal”. Durant ses presque quatre années de gouvernement, il s’est adressé à ses concitoyens sur le même ton menaçant.  Il semble bien que la folie l’a gagné.

Dimanche dernier, 11 août, avant qu’on ne connaisse les premiers résultats provisoires des élections Primaires Ouvertes Simultanées et Obligatoires [N.d.T. Élections primaires où chaque alliance électorale ou parti politique détermine les candidats aux fonctions de députés et de sénateurs, qui se présenteront deux mois plus tard aux élections législatives], Macri a admis que son parti avait réalisé une très mauvaise élection et a adressé des reproches aux électeurs qui  » ne comprenaient pas ce qu’ils faisaient  » et, sans donner les chiffres du scrutin, a invité tout le monde à aller dormir.

Quelques minutes plus tard, le ministre Rogelio Frigerio [N.d.T. Ministre de l’intérieur, des travaux publics et du logement] annonçait ce qui semblait impossible : le pré-candidat Alberto Fernández, du Frente de Todos avait obtenu plus de 47% des préférences de votes  et Macri lui-même à peine plus de 32%. Sans être des résultats définitifs, cette tendance a stoppé net le scénario de parité qui se profilait à l’horizon.

Mais les bagarres occasionnées par le résultat ont créé des tensions au sein du gouvernement. Certains ministres ont présenté leur démission et dans les conférences de presse, même si la possibilité de remonter dans les scores en octobre a été évoquée et bien qu’ils aient parlé de la possibilité d’un rétablissement électoral en octobre, ils ont montré une aversion et un mépris inouïs pour la volonté populaire.

La vengeance ne s’est pas fait attendre et le gouvernement a permis une brutale dévaluation de la monnaie, celle-ci ayant été freinée jusqu’au 11 août pour que le gouvernement aborde les élections avec l’image d’être capable de contenir le prix du dollar. La devise américaine a pris de la valeur et Macri mise sur le terrorisme économique comme ultime moyen pour récupérer des votes.

Néanmoins, il est aussi possible qu’il ne tente pas de profiter électoralement de cette pagaille économique et ne cherche qu’à augmenter ses bénéfices économiques ainsi que ceux de ses fonctionnaires et amis et essaie d’engranger en trois mois tous les profits imaginables qu’ils ne pourraient jamais obtenir si l’Etat revenait à se positionner en médiateur entre volonté déprédatrice et intérêts de la population.

Depuis que l’accord avec le Fonds monétaire international a été confirmé, l’Argentine est pratiquement en default, car ce qui est prévu comme paiement d’intérêts sur les prêts pour 2020 est impossible à assumer pour le peuple argentin. Ainsi, bien que jusqu’à présent Lagarde et compagnie aient voulu imposer leurs conditions, la résistance populaire organisée a arrêté les mesures les plus sanguinaires, qui ont été reportées jusqu’à un scénario futur de plus grande difficulté économique. Macri était persuadé qu’au cours de son second mandat, il pourrait « aller dans le même sens, plus vite », comme il l’avait annoncé aux hommes d’affaires internationaux qui lui avaient rendu visite.

Macri a exigé de ceux qui ont remporté les élections de dimanche qu’ils « prennent en charge » l’effondrement économique du lundi noir et a déclaré qu’il était « prêt à aider”. Il est  pour le moins étrange qu’il demande à une force qui n’a pas encore remporté une victoire électorale de gouverner.  En effet cette force a remporté les élections au sens où c’est elle qui a obtenu le plus fort soutien de la population pour se présenter aux élections d’octobre. Il a aussi assuré que le macrisme sera réélu en octobre. Discours schizophrène s’il en est.

Le rejet populaire est devenu explicite et a débordé le quadrillage médiatique qui protégeait le gouvernement depuis son entrée en fonction fin 2015. Ni le licenciement de 6 000 journalistes, ni la fermeture de médias n’ont empêché les gens de reconnaître la détérioration de leur pouvoir d’achat, les hausses tarifaires endémiques, l’absence de médicaments, l’abandon de l’éducation et de la santé, la fermeture des industries, l’incompétence et les détournements de fonds menés par l’alliance Cambiemos [Parti de Macri] depuis qu’ils sont montés dans le train de la politique publique.

Pour Macri, « il y a 7,5 millions d’Argentins qui ont compris, et d’autres qui n’ont pas compris » et ceux qui n’ont pas voté pour lui ont généré le chaos économique. En même temps, son candidat à la vice-présidence, Miguel Pichetto, a essayé de recomposer ce diagnostic  » Nous ne blâmons pas les gens, mais il est intéressant que les gens analysent les effets de leur vote”.

A tout ceci il faut encore ajouter que le patrimoine des propres fonctionnaires de Cambiemos s’est vu augmenter du fait de l’escalade du dollar, puisque leurs déclarations sous serment sont faites en dollars et avec des fonds qui reposent dans des paradis fiscaux, puisque, ils ne sont pas fous, jamais ils ne mettraient leur patrimoine entre leurs propres mains.

Le macrisme s’est avéré être une force politique prête à tout, de sorte que nous ne pouvons exclure les scénarios les plus violents et les plus extrémistes pour les semaines à venir, avec comme possible conséquence que se vérifie l’adage qui veut que « le péronisme ne laisse pas les autres partis aller au bout de leurs mandats ». La folie du président lui permet, selon ses déclarations, de nous faire beaucoup de mal. Nous devrons continuer à prendre soin de nous-mêmes collectivement.

 

 

Catégories: Amérique du Sud, Opinion, Politique
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