Le TNP : une diversion du traité d’interdiction des armes nucléaires

20.03.2019 - Londres, Royaume-Uni - Tony Robinson

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Italien, Grec

Le TNP : une diversion du traité d’interdiction des armes nucléaires

En avril 2019, les Etats parties au Traité de non-prolifération nucléaire vont se rencontrer à New York pour poursuivre les préparatifs de l’édition 2020 de leur conférence quinquennale de révision.

L’espoir est faible cependant que quoi que ce soit change dans ce forum pour que la planète se rapproche de l’objectif vanté « la cessation de la fabrication d’armes nucléaires, la liquidation de tous les stocks existants desdites armes et l’élimination des armes nucléaires et leurs vecteurs des arsenaux nationaux en vertu d’un Traité sur le désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace.[1] »

En dépit de grandes avancées dans ces dernières décennies, d’accords bilatéraux entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique, puis avec la Russie, qui ont énormément réduit leurs stocks d’armes nucléaires, le TNP est actuellement paralysé et a manqué ses objectifs, au point qu’on doit sérieusement se demander s’il vaut encore la peine d’y perdre du temps.

Evidemment, le TNP n’a pas été un échec complet. Bien que le TNP ait échoué à arrêter la prolifération nucléaire – puisque quatre pays supplémentaires ont acquis l’arme nucléaire depuis son entrée en vigueur en 1970 – ça aurait pu être bien pire. 31 pays possèdent des centrales nucléaires, qui produisent toutes les matières premières utilisables pour des armes nucléaires. Pour la plupart de ces pays, le compromis entre l’abstention de produire des armes nucléaires en contrepartie d’une non-prolifération s’est avéré acceptable.

Bien entendu, dans le monde actuel conscientisé aux questions environnementales, plus personne ne pense que l’énergie nucléaire est une bonne idée et plus personne ne revendiquerait un « droit inaliénable » à son développement dans un traité s’il ne devait le faire. Cette technologie est extrêmement chère et obsolète, les déchets doivent être conservés durant 250.000 ans, c’est une question contrariante pour les scientifiques actuels. De plus, personne n’inclurait dans un traité une clause autorisant l’usage d’armes nucléaires à des fins pacifiques, mais le TNP en contient une [3].

Le TNP est le produit d’un moment différent de l’histoire et il est temps de réévaluer s’il est encore adéquat pour son objectif. En 1970, l’ONU était composée de 127 Etats membres et leur nombre a cru de 50% depuis lors, l’énergie nucléaire était considérée comme la panacée pour les problèmes de demande croissante d’énergie dans le monde et le monde était enfermé dans une guerre froide bipolaire dans laquelle deux puissances s’affrontaient pour la domination mondiale.

Mais la géopolitique mondiale a évolué, la technologie a évolué et la mentalité coloniale qui prévalait encore en 1970, époque où cinq nations estimaient avoir le droit d’imposer pour toujours leur possession d’armes nucléaires à toutes les autres, est morte.

Un autre indicateur important est que presque cinq décennies depuis l’entrée en vigueur du TNP, le Bulletin des scientifiques atomiques maintient actuellement l’horloge de la fin du monde à minuit moins deux. Nous n’avons jamais été aussi proches de l’Armageddon nucléaire que maintenant.

Et malgré cette menace terrible envers nous tous, les demandes quinquennales provenant de pays sans armes nucléaires – que les Etats nucléaires membres du traité progressent dans le désarmement, que ceux non-membres du traité s’y joignent – ont été accueillies par un dédain arrogant ou ignorées. « Les conditions de sécurité ne sont pas adéquates », ont déclaré les brutes nucléaires. Et ils répètent la même chose tous les cinq ans.

Pourtant, il existe nombre d’actions que les Etats nucléaires pourraient entreprendre tout de suite pour retarder l’horloge de la fin du monde à une position plus acceptable. 2000 armes nucléaires pourraient être sorties de l’état d’alerte instantanée, de sorte qu’au lieu de pouvoir les lancer en 15 minutes après qu’on ait appuyé sur le bouton rouge, cela prendrait des heures, soit assez de temps pour au moins donner un coup de fil et vérifier que l’attaque détectée n’était pas une fausse alerte. Des ogives nucléaires peuvent être démontées et rangées, leurs entrepôts ouverts aux inspections. Les Etats nucléaires peuvent entériner par des accords une politique de non-usage en premier. Le statut de l’arme nucléaire dans les doctrines de sécurité nationale peut être abaissé. Les Etats-Unis peuvent retirer leurs armes nucléaires d’Europe. La Russie et les Etats Unis peuvent s’asseoir et parler de leurs allégations de violation du traité FNI, s’accorder pour le préserver et inviter d’autres puissances nucléaires majeures à participer à ces négociations pour les étendre au niveau mondial.

Certaines de ces actions, voire toutes, peuvent être accomplies et chaque fois que les Etats nucléaires refusent de s’engager sur ces questions et refusent de prendre la moindre mesure pour apaiser les tensions internationales, le régime du TNP meurt encore un peu plus.

Quand l’approche du traité d’interdiction a commencé avec la création d’ICAN et l’inclusion dans le document TNP 2010 des « conséquences humanitaires catastrophiques », les pays non nucléaires se sont empressés de s’y joindre et de s’engager dans une nouvelle direction qui avait été si utile dans l’effort pour stigmatiser et interdire les armes à sous-munitions et les mines terrestres. Il est regrettable que la princesse Diana n’a pas vécu assez longtemps pour rencontrer des survivants de Hiroshima et Nagasaki et projeter leur souffrance dans la conscience d’une nouvelle génération.

Des conférences en Norvège, au Mexique, en Autriche ont réuni des experts en médecine, droit et histoire et ceux qui œuvrent aux réponses aux urgences internationales, ainsi que des organisations de la société civile qui ont apporté leur énergie, leurs connaissances et leur conviction, et ce fut un tournant dans les conversations sur le désarmement nucléaire.

Soudain, les pays nucléaires avaient perdu le contrôle sur le débat. Au début, ils ont tenté d’empêcher la Norvège d’avancer pour la conférence d’Oslo, mais comme ils n’ont pas pu convaincre le ministre norvégien des affaires étrangères, ils ont choisi l’option arrogante de boycotter la conférence, marquant leur dédain de la masse de preuves rassemblées, faisant écho à Ronald Reagan selon qui « une guerre nucléaire ne peut être remportée et ne doit jamais être menée. »

Ce mois marque le sixième anniversaire de la première conférence sur les conséquences humanitaires et nous disposons à présent d’un traité d’interdiction des armes nucléaires. Le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) a été approuvé par 122 pays en 2017 et il est sur le point de devenir le traité de désarmement entré le plus rapidement en vigueur de l’histoire, probablement en 2020. Par la suite, les Etats membres se rencontreront tous les deux ans, avec des conférences de révision tous les 6 ans. Le TNP va graduellement perdre toute pertinence.

Et ce n’est pas une mauvaise chose ! Nous ne devons pas considérer le TNP comme une espèce d’objet sacré qu’il faudrait préserver et révérer éternellement. Le TIAN est une évolution du TNP. Le TNP, dans son article VI, prévoit un tel besoin. Le TNP a rempli son office et approche de la retraite. En fin de compte, en nous retournant sur l’histoire nous verrons que le TNP était la meilleure première étape qui pouvait être accomplie en 1970, mais qu’en 2020, comme un adolescent qui grandit, le monde était devenu trop grand pour ses vieux vêtements et avait besoin de quelque chose qui conviendrait mieux.

En 2100 – si nous avons encore une planète – le TNP sera certainement mort, l’incapacité à atteindre l’universalité sous l’empire de clauses inspirées de l’apartheid en sera finalement venue à bout, une nation après l’autre s’en retirant et ratifiant le TIAN, ne laissant derrière que les puissances nucléaires comme parias, stigmatisées et étrangères à un monde qui aura grandi un peu plus qu’elles ne l’auront fait.

Alors, l’idée même d’utiliser l’arme nucléaire sera morte et les scientifiques nucléaires, au lieu de concevoir des bombes et des centrales nucléaires, se consacreront à chercher des moyens d’accélérer les processus de décroissance radioactive afin que les stocks mondiaux de déchets radioactifs puissent être neutralisés.

Bien entendu, il se peut que le TIAN soit mort lui aussi à cette époque, mais ce sera parce qu’il aura été lui aussi remplacé par autre chose dans un monde ne se fondant plus sur la concurrence et sur l’obsession perverse de mesurer la réussite économique en termes de capacité humaine à consommer des biens matériels et sur la spéculation des instruments financiers.

Dans ce monde à venir – appelons cela une Nation Humaine Universelle – nous aurons découvert qu’il n’y a nul progrès pour personne s’il n’est un progrès pour tous, et nous aurons compris que les bombes de tous types n’aident personne d’autre que les gens animés d’intentions violentes, et tout ce que nous accomplirons dans notre vie sera en lien avec la coopération mutuelle et la résolution des conflits par la nonviolence. Dans ce monde, les personnes animées d’intentions violentes n’auront plus accès à aucune forme de pouvoir leur permettant d’exercer cette violence sur d’autres. Elles recevront l’aide nécessaire pour dépasser ces pulsions violentes qui causent tant de préjudices, aux autres mais aussi à elles-mêmes.

Ainsi, quand nous commençons à voir le monde hors du contexte historique étroit du moment, mais dans un processus historique qui a duré et durera encore des millénaires, et si nous sommes à même de voir les êtres humains et la société humaine dans un processus d’évolution constante, nous reconnaîtrons que l’évolution s’applique aussi aux traités internationaux.

Dans ce contexte, le déclin du TNP n’est qu’une partie naturelle de ce processus et cela ne doit ni nous distraire ni nous inquiéter. La prochaine étape dans l’évolution de la planète nécessite le Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires, et il existera d’autres traités d’interdiction de l’énergie nucléaire qui n’ont pas encore été proposés. Et nous ne devons pas craindre de laisser s’éteindre quelque chose qui a pu apparaître sacré à une époque historique, parce que ce qui est vraiment sacré est la capacité de l’humain d’apprendre, changer, s’adapter et vaincre toutes les difficultés de la vie, de manière à ce que nous accomplissions notre entier potentiel.

 

[1] Préambule au TNP de 1970.

[2] Article IV du TNP.

[3] Article V du TNP.

 

Traduit de l’anglais par Serge Delonville

Catégories: International, Opinion, Paix et Désarmement
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