Open Arms : Mission accomplie

31.12.2018 - Algésiras (Cadix-Espagne) - Antonio Sempere

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien, Catalan, Grec

Open Arms : Mission accomplie

Ce 28 décembre, le navire de l’organisation Proactiva, Open Arms, a accosté au quai de Crinavis, dans la baie d’Algésiras (Cadix-Espagne), après avoir passé 8 jours avec 304 personnes rescapées au large des côtes libyennes, et après s’être vu refuser l’accès à tout port voisin comme Malte ou avoir tenté sans succès de les amener en Italie, France ou même Tunisie.

Ainsi, après plusieurs négociations avec Salvamento Marítimo de España [N.d.T. Etablissement public chargé de la sûreté maritime dans les eaux espagnoles], le navire a été autorisé à se rendre dans les eaux espagnoles et a mis le cap sur le port d’Algésiras (Espagne) pour procéder au débarquement des migrants, autre geste humanitaire du gouvernement présidé par Pedro Sánchez.

Avant de se rendre en Espagne, un garde-côte italien a récupéré un mineur somalien atteint d’une grave infection au visage pour l’évacuer vers l’île de Lampedusa. Quelques heures plus tôt, une femme et son nouveau-né ont été évacués dans un hélicoptère de sauvetage maltais. C’était la seule aide offerte par le gouvernement de Malte.

Après une traversée d’une semaine, l’équipage et les volontaires à bord de l’Open Arms ont rempli la tâche difficile qui leur avait été confiée : sauver des vies. A cette occasion, dans le cadre de leur surveillance en Méditerranée dans la zone SAR*, ils ont trouvé trois pateras [N.d.T. bateaux plats] en très mauvais état et sur le point de faire naufrage à environ 50 miles nautiques au nord-est de Tripoli, des pateras dans lesquels des femmes et de très jeunes enfants voyageaient. Maintenant, ils sont sains et saufs en Espagne.

* La zone SAR est une zone protégée par la Convention internationale sur la recherche et le sauvetage maritimes (Convention SAR, 1979), ​adoptée lors d’une conférence tenue à Hambourg, visait l’élaboration d’un plan SAR international de sorte que, quel que soit l’endroit où un accident se produit, le sauvetage des personnes en détresse en mer soit coordonné par une organisation de recherche et de sauvetage et, en cas de besoin, grâce à la coopération entre des organisations de recherche et de sauvetage de pays voisins.

Avec la réponse affirmative de l’Espagne, qui a offert le port d’Algésiras le 22 décembre, le navire de sauvetage espagnol se dirige vers l’Espagne. Six longues journées de navigation les attendaient pour couvrir plus de 1000 milles de traversée, avec le soutien de l’Astral, l’autre navire de l’ONG qui leur fournissait de la nourriture. « La mission a été longue et compliquée, mais positive », a résumé Gérard Canals, chef de mission et responsable lors de ce dernier voyage.

Arrivée à Algésiras (7 images)

Il était 08:50 par un matin froid quand il est apparu près du brise-lames du quai Crinavis à San Roque, le mât de l’Open Arms. Sur le pont, on pouvait voir les silhouettes des naufragés sauvés enveloppés dans des couvertures. A partir des téléobjectifs des caméras, on pouvait sentir les sourires et les visages reconnaissants. Pendant ce temps, l’équipage se préparait à la manœuvre d’accostage ; ils pouvaient bientôt mettre les pieds sur terre. Au pied du quai, un dispositif d’urgence les attendait : la Police nationale, la Garde civile et la Croix-Rouge, chargées en premier lieu de vérifier l’état de santé ; et le personnel du HCR, du CEAR et de Save the Children qui apporterait une assistance aux mineurs. La lourde tâche d’identification les attendait avant leur entrée au Centre de soins temporaires pour étrangers (CATE) de Crinavis.

Un sauvetage de 19 nationalités (3 images)

Au total, 19 nationalités différentes ont été sauvées : 101 personnes de Somalie, 62 de Côte d’Ivoire, 37 du Mali et 32 du Soudan, parmi les plus nombreuses. Il y avait aussi 9 personnes du Cameroun, 7 du Tchad, 5 d’Egypte, 5 de Gambie, 4 du Sénégal, 3 de Palestine, 2 du Ghana, 2 de Syrie et 1 du Liberia, Togo, Niger et Sierra Leone. Ces chiffres ont été fournis par Proactiva Open Arms après le débarquement.

Oscar Camps a attendu l’Open Arms à Algésiras

Oscar Camps, directeur de Proactiva Open Arms, s’est rendu à Algeciras pour accueillir le bateau et aider au débarquement. En milieu de la matinée et alors qu’ils débarquaient encore, il s’est présenté devant les médias dans un espace improvisé à l’extérieur du quai, car les médias n’ont pas été autorisés à entrer et à pouvoir faire des reportages avec la qualité et la rigueur que l’exigeait ce moment.

« L’arrivée a été calme, la mer nous a accompagnés et nous avons accosté à 8h55, une fois la procédure administrative terminée nous commençons le débarquement », déclarait Camps, «…nous descendons d’abord les femmes et les enfants, les familles et ensuite les adultes. Tous sont arrivés fatigués parce que le voyage a été long. Le seul port disponible était le plus éloigné. Ils ont navigué sur la Méditerranée pendant 1100 milles en hiver et sur le pont d’un navire, et nous avons dû faire des miracles pour leur fournir des couvertures et des médicaments. Nourrir plus de 300 personnes pendant 8 jours, c’est compliqué, c’est beaucoup de nourriture ». Oscar Camps expliquait que malgré la difficulté de la mission, il se sentait satisfait et fier des volontaires et de l’équipage de l’Open Arms, ainsi que de l’Astral (l’autre navire de la ONG), qui a fait les opérations logistiques pour l’approvisionnement.

Camps a aussi voulu partager une réflexion sur la situation des personnes qui tentent de fuir la Libye : « Je suis sûr que si nous ne les avions pas trouvées, ces personnes seraient mortes ; en fait, nous étions au courant d’un autre bateau avec 100 personnes d’Erythrée dont nous ne savons rien, c’est ce qui se passe en Méditerranée ».

Pour le directeur de Proactiva Open Arms, le fait qu’il y ait eu des pays qui n’ont pas répondu à l’appel de l’Open Arms de faire escale dans des ports plus proches répond à l’inaction de l’Union européenne face au drame des pateras fuyant l’Afrique. Malte est le seul pays à avoir répondu par écrit à cette demande, refusant même l’approvisionnement en denrées alimentaires. « Nous avons dû faire 1200 miles pour pouvoir amener des vivres au bateau, même si nous avions un bateau à Malte avec des couvertures et des provisions. Nous sommes passés de l’inaction au blocus humanitaire ». Pour les autres pays qui n’ont pas répondu à l’appel, comme la France et l’Italie, « Il est inapproprié que les garde-côtes ne répondent pas. Il est inapproprié que l’Union européenne ne réagisse pas à ce drame. Nous regrettons cette situation et en même temps nous demandons aux pays européens de respecter les conventions internationales qu’ils ont eux-mêmes signées ».

En ce qui concerne les personnes qui sont arrivées, Oscar Camps assure que beaucoup d’entre elles ont quitté leur pays en fuyant la guerre et qu’en 6 jours de traversée, elles ont eu le temps de connaître les histoires de vie de beaucoup d’entre elles. Elles ont même écrit des lettres relatant leurs expériences, dont Camps pense qu’elles finiront dans un bureau en Europe : « Elles viennent de guerres et de persécutions, de sorte que certains auront le droit de demander asile ».

Les migrants sont identifiés et envoyés au Centre d’accueil temporaire pour étrangers CATE, 6 images :

Les nouveaux arrivants ont déjà commencé à être distribués dans différents centres en Andalousie pour continuer les procédures d’identification. Selon les services d’assistance, la plupart des migrants sont en bonne santé, à l’exception de quelques cas de fatigue et de quelques femmes enceintes souffrant de maux mineurs. Il y a une crainte particulière pour un groupe d’adolescentes somaliennes, dont le nombre n’a pas encore été déterminé. « Il faudra enquêter pour savoir s’ils ont été victimes de viol ou d’abus », explique Vicente Raimundo, directeur des programmes de Save the Children en Espagne.

La réponse de Salvini

Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, a réitéré une fois de plus que l’Italie n’accueillera pas un seul immigrant secouru en Méditerranée par les bateaux des organisations et a une fois de plus attaqué les ONGs opérant en Méditerranée, les qualifiant de « trafiquants d’esclaves au service du trafic illégal d’êtres humains ». Ces déclarations sont produites par la demande du navire Sea Watch 3 de débarquer 32 migrants dans un port italien. « Ma réponse est la même : les ports italiens sont fermés », a déclaré le leader d’extrême droite.

En ce moment

Pendant ce temps, en Méditerranée, ils continuent de sauver des bateaux avec des personnes venant de l’enfer libyen. En plus de Sea Watch 3, il y a un autre navire Sea Eye qui a secouru 14 personnes au large des côtes libyennes samedi 29 décembre le matin. Au moment d’écrire cet article, le dimanche 30 décembre, il n’avait pas encore reçu de réponse et attend toujours qu’un pays autorise l’accostage pour débarquer les personnes sauvées. Le professeur Albrecht Penck est le premier bateau battant pavillon allemand à opérer dans la zone de sauvetage au large de la Libye.

Catégories: Droits humains, International, Reportages photo
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