Ni de gauche ni de droite : le retour de la grande arnaque

13.11.2018 - Italie - Tobia Savoca

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Ni de gauche ni de droite : le retour de la grande arnaque
(Photo satyricon.altervista.org)

Les mouvements « ni de gauche ni de droite » se sont déjà présentés dans l’histoire et ils se sont toujours comportés de la manière suivante. Ils ont revendiqué, avec les forces révolutionnaires populaires, des notions et des idées fortement identitaires et nationalistes contre les pouvoirs de l’économie mondiale, avant de se plier à leur logique.

« Nous allons nous battre contre les démocraties ploutocratiques et réactionnaires de l’Occident. » disait Mussolini lors de la déclaration de guerre du 1er juin 1940, alors qu’Hitler parlait de « complot judéo-bolchevique », et d’autres parleraient aujourd’hui des « pouvoirs forts de l’Europe et des banques ».

Il suffit de lire le programme du Sansepolcro (1), avec qui sont apparus les Fasci di Combattimento, mouvement embryonnaire du fascisme au début des années 20, et de se souvenir des intentions révolutionnaires anti-bourgeoises des SA de Rohm pendant l’avancée d’Hitler au début des années 30, pour se rendre compte que le nazi-fascisme des débuts réunissait des éléments socialistes, anti-capitalistes et nationalistes, donc de gauche et de droite.

Dans le passage de mouvement politique à régime de parti de masse, le financement et l’adhésion des groupes d’intérêt industriels et financiers conservateurs ont éliminé les éléments socialistes pour discipliner ces mouvements et les rendre, d’abord ambigus, puis complètement réactionnaires et anti-communistes.

En résumant, à partir du bouillon d’éléments anticapitalistes, socialistes et nationalistes du début, il en est émergé le capitalisme nationaliste.

En profitant de l’enthousiasme et du soutien transversal des débuts, en profitant du consensus, les nazi-fascistes, avec des nuances entre eux, ont poursuivi les intérêts du groupe dirigeant précédent, tout en transformant profondément la culture. Le groupe dirigeant précédent, issu du Risorgimento italien était profondément affaibli par sa politique bourgeoise et de défense du capitalisme libéral, dont les conséquences découlaient de la nature contradictoire et « physiologiquement » pathologique du capitalisme lui même.

Hitler et Mussolini ont poursuivi ou adapté la politique des grands groupes industriels, en favorisant la concentration économique et leurs intérêts, malgré une propagande qui affirmait la priorité de la politique sur l’économie, des intérêts allemands et italiens, du peuple sur les intérêts industriels.

En satisfaisant les convoitises revanchardes du peuple déçu par la propagande, ils ont maintenu la structure de l’état et de ses services, tandis que concrètement ils ont démantelé les mécanismes de l’état de droit. Comme le suggère Polanyi (2), le fascisme ne fut qu’une révolution réactionnaire pour réformer et protéger une économie capitaliste au prix de « l’élimination de toutes les institutions démocratiques autant dans le champ de l’industrie que dans celui de la politique ». Tout changer pour ne rien changer.

La droite économique de Salvini, de Thatcher et Reagan, et non la droite sociale, s’est toujours comportée en défense du capital et des patrons. Élément conservateur en économie, élément national dans la propagande; il ne manque que la ferveur révolutionnaire du départ, anti-caste (3), la déception ex-communiste des premiers pas (beaucoup d’électeurs du M5S ou de la Ligue viennent de la gauche), et le populisme qui permet de devenir hégémonique d’un point de vue culturel.

« Nos valeurs sont celles de Berlinguer et Almirante (4) » selon le chef du Mouvement Cinq Étoiles, Luigi Di Maio. Un mouvement politique actuel qui vise à dépasser la dichotomie droite-gauche, pour ses buts électoraux et pour ses caractéristiques endémiques. Il veut se positionner au delà de ce code binaire en créant une arnaque qui dévoile morbidement son essence dans le passage du mouvement au pouvoir.

Le Mouvement 5 étoiles, en attirant les sympathies et les espoirs d’un vrai changement, pourraient devenir une « nouvelle Démocratie Chrétienne » (5) comme le montre l’attitude centriste ou équilibriste de sa classe dirigeante pour n’importe quelle question politique ; toutefois n’étant pas lié à un espace politique et à une clientèle bien définie, ils ne peuvent pas se permettre des logiques de partage ou de courant.

En outre, l’hypothèse que leur nature centriste puisse leur permettre de jouir de la longévité la grande « baleine blanche », est mise en doute par une vie politique dans laquelle les caractères idéologiques binaires qui permettent la stratégie des « deux fours » disparaissent aux yeux des citoyens électeurs. Surtout si un des deux fours, celui de gauche, s’est éteint au point que Fico du Mouvement 5 étoiles apparaît plus d’opposition que tout autre membre du Parti Démocratique.

Enfin puisque la rage anti-capitaliste fournit seulement le carburant de ces mouvements fascistes, ces mous ennemis des « pouvoirs forts » ne pourront pas aller loin avec une voiture dont le moteur a une idéologie économique qui est née pour contenter tout le monde, surtout les patrons, en alternant concrètement du libéralisme sauvage de Salvini à une allure anti-marché au niveau européen, ou anti Tav-Tap (6) au niveau local, pour les Cinq étoiles.

La défense des droits de l’homme et des minorités, des « plus jamais » figés dans les Constitutions et dans les Déclarations Universelles de l’après guerre, est laissée au libre arbitre des administrateurs locaux ou des simples députés qui, selon leurs envies, se déclarent ici antifascistes, là favorables à l’accueil des migrants, parfois gay-friendly, mais dans le cadre du positionnement politique général du « contrat de gouvernement » subissent l’agressivité culturelle de la Ligue du Nord.

L’absence de repères idéologiques, à part celui de l’idéologie anti-caste, et le consensus à tout prix une fois au pouvoir, les laissent à la proie de ceux qui ont une position claire et nette, même si régressive ou réactionnaire. Ils se rendent complices, à contrecœur, des politiques qui ne renforcent pas leur position mais celle de Salvini.

La lutte contre la caste est valable pour couper les rentes viagères et les privilèges institutionnels, mais ce n’est pas la même chose que la lutte de classe, contre le seul vrai pouvoir fort, le capital, qui n’aspire qu’à l’exploitation et au conflit entres hommes.

(1) http://profonorati.weebly.com/uploads/7/8/4/3/7843915/manifesto_fasci_combattimento.pdf

(2) http://www.nilalienum.it/Sezioni/Bibliografia/Economia/Karl_Polanyi_La%20grande_trasformazione.HTML

(3) caste, casta, comme a été définie la classe politique avant le Mouvement Cinq Étoiles par un livret populaire de Gian Maria Stella qui dénonçait leur corruption et leurs privilèges

(4) Berlinguer et Almirante, respectivement secrétaire du parti communiste italien et du parti de droite MSI

(5) Démocratie chrétiennes, ancien parti de centre, catholique qui a dominé la politique italienne pendant tout l’après guerre

(6) TAV Train à grande vitesse Turin-Lyon ; TAP Trans-Adriatic Pipeline, gazoduc dans la Mer Adriatique

 

Traduit de l’italien par la rédaction francophone

Catégories: Opinion, Politique
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