La Permaculture comme philosophie de vie

C’est la mi-Novembre, et nous sommes dans le département du Jura en France. Nous avons rendez-vous avec Christophe M. à Lamoura à 1200m d’altitude, qui a accepté de nous faire visiter son projet de Permaculture.

Pendant le trajet, le paysage nous offre une palette de couleurs extraordinaires de mi saison. C’est le moment où l’automne cède progressivement sa place à l’hiver, qui est réputé dans ce département, comme l’un des plus rudes de France.

Un accueil qui permet de bien planter le décor

Christophe nous accueille à la porte de son domicile. Ses enfants jouent joyeusement autour de lui avec leur chat. Après les présentations de rigueur, Christophe ouvre spontanément la discussion, en nous interrogeant sur nos attentes par rapport à cette visite. En constatant que notre vision de la Permaculture est purement orientée vers la partie agricole, il explique : “Je considère la permaculture comme une philosophie de vie. Celle-ci vise à créer une relation plus harmonieuse et durable entre la nature, les êtres-humains et soi-même. Pour nous cela va bien au-delà de l’optimisation des techniques agricoles.”

Un processus d’apprentissage permanent

Christophe utilise à la fois une approche rationnelle, multisensorielle, itérative et collaborative pour construire, et faire évoluer son projet.

Rationnelle, car il s’inspire de sa formation de technicien et de multiples ouvrages sur l’écologie et la permaculture pour améliorer les technologies, et s’inspirer des mécanismes connus, issues des quelques 4 milliards d’années d’évolution naturelle (1).

Multisensorielle, dans le sens où c’est avec la vue, l’odorat, l’ouïe, le toucher, et le goût, qu’il parvient à obtenir des informations clés sur le fonctionnement de la nature locale, pour identifier des améliorations et encourager les bonnes pratiques.

Itérative, car la permaculture vise à concevoir de nouvelles solutions. Cela sous-entend donc la nécessité de créer des essais, de suivre des résultats, de prévoir du temps à la réflexion et d’accepter le fait de faire des erreurs.

Collaborative, car il s’agit d’un travail profondément humain. Ses enfants, sa famille, ses colocataires, des experts ou des curieux (comme nous), faisons partie d’un écosystème qui souhaite créer une nouvelle façon d’exister. Chacun d’entre nous à un rôle plus ou moins actif à jouer pour que cette transition soit réussie.

Le design du projet intègre les contraintes

Rome ne s’est pas faite en un jour, dit le dicton. C’est aussi le cas pour un projet de permaculture. Ceux qui souhaitent se lancer doivent prendre en compte et intégrer de nombreuses “contraintes”: Aspects climatiques, morphologie des sols, qualité de la terre, temps disponible, moyens humains, connaissances et compétences, ressources financières… On définit ensuite son projet en prenant en compte ces facteurs externes.

Selon Christophe,”Il serait a priori plus simple de mener un projet de permaculture dans un pays tropical que dans la montagne jurassienne. Par exemple, si l’on tient compte d’un seul paramètre, le climat, les variations de températures entre les saisons dans le Jura sont très larges (parfois plus de 50°C), cela affecte, entre autres, le temps productif et la variété des fruits, de légumes et d’espèces animales.” Les variations de température jour/nuit sont également importantes, même en été où les nuits restent froides et ralentissent grandement la croissance végétale.

En conclusion, tout projet de Permaculture doit donc intégrer de nombreuses contraintes. Et chaque contrainte nécessite du temps pour être assimilé. Il faut donc être patient. Il reste néanmoins important d’être actif et de donner beaucoup d’énergie à la réflexion et à la mise en place de systèmes.

Rien ne se perd, tout se transforme

L’un des principes de base de la permaculture est la circularité. C’est à dire, l’idée de réduire le plus possible les déchets en les transformant en matière première pour d’autres processus. Christophe explique : “Dans notre lieu presque rien ne se perd, nous prônons une économie circulaire plus responsable, qui préfère recycler que jeter, partager plutôt qu’acheter. Cela va du récupérateur d’eau de pluie, aux toilettes sèches, en passant par le système de compostage, l’habillement, le transport…”

Un dernier élément clé, la coopération

Pour donner encore plus de sens à un projet de permaculture, ou de transition, il est recommandable de favoriser la communication, et construire la confiance entre les membres de la communauté locale. Les actions possibles pour aller dans ce sens sont multiples : des systèmes de troc, le développement de monnaies alternatives locales, des rencontres, le partage de compétences, d’outils, de temps, etc. Christophe ajoute : “Nous utilisons une monnaie complémentaire appelé la PIVE (2), qui circule au côté de l’euro dans l’ensemble de la Franche-Comté. Les monnaies alternatives locales permettent de renforcer les liens sociaux, mais surtout la résilience en cas de crise ou d’effondrement économique.”

Conclusion

La permaculture est un concept qui va au-delà des notions purement agricoles. Celle-ci pourrait être considérée comme une philosophie de vie, qui va dans le sens de la transition économique et écologique.

(1)  La découverte de microfossiles au Québec fait remonter les premières traces de vie sur Terre à au moins 3,77 milliards d’années et celle-ci est sans doute même plus précoce. Selon l’article “3,77 milliards d’années : nouveau record pour la vie sur Terre” publié sur le site www.sciencesetavenir.fr le 03 Mars 2017

(2) www.pive.fr