Philippe Van Parijs : « La plus grande objection à un revenu de base est d’ordre moral »

01.08.2018 - Logroño, Espagne - Gabriela Amaya

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Espagnol, Allemand, Grec

Philippe Van Parijs : « La plus grande objection à un revenu de base est d’ordre moral »
(Photo Álvaro Orús)

Nous publions ici l’interview complète du philosophe et économiste Philippe van Parijs, effectuée pour le documentaire RBUI notre droit de vivre par le réalisateur Álvaro Orús. Ce documentaire a été soutenu par les ‘Humanistes pour un revenu de base universel’ et par notre agence Pressenza.

Selon Van Parijs, la plus grande objection au RBUI (*) n’est pas économique, mais morale, et provient à la fois de la droite et de la gauche. « Nous avons besoin d’un argument moral fort qui défend la nécessité d’un RBUI… La valeur derrière le revenu de base est donc la justice, et non la charité ou la solidarité ».

Video: Álvaro Orús

Voici un résumé de cette interview. La possibilité pour la société d’accorder un revenu à des personnes qui ne font aucun effort pour le recevoir est considérée comme moralement répréhensible par de larges pans de la droite et de la gauche. Mais si nous regardons le RBUI un peu plus en détail, nous pouvons voir que cela correspond à une troisième génération de subventions sociales : la première est apparue dans certaines villes flamandes et allemandes au 17ème siècle et était exclusivement une aide pour les pauvres ; la deuxième a été instituée par Bismarck en Allemagne et avait le caractère de solidarité entre travailleurs ; et la troisième génération de revenus sociaux, à laquelle appartient le RBUI, considère ces revenus comme un dividende pour la richesse sociale accumulée sur plusieurs générations et qui devrait donc être distribué à l’ensemble de la société. La valeur derrière le RBUI est donc la justice, et non la charité ou la solidarité.

Quant à la viabilité économique du RBUI, au niveau national, cela n’est possible que si le système fiscal est réformé et rendu plus progressif, avec plus d’impôts payés par ceux qui gagnent plus et l’abolition de toutes les exonérations fiscales dont bénéficient les entreprises. Et au niveau européen, le financement pourrait être assuré par la TVA, mais cette taxe devrait être uniformisée dans toute l’Union européenne, car tenter d’harmoniser l’impôt sur le revenu des personnes physiques est pratiquement impossible en raison des énormes différences entre les pays. Mais d’autres formes de financement du RBUI ne doivent pas être exclues, comme l’imposition des bénéfices des grandes entreprises (dont les taux d’imposition sont encore très inférieurs à ceux de la TVA, par exemple), ou des transactions financières, ou des émissions de carbone, bien que ces formes de financement complémentaires, dans l’état actuel des choses, apporteraient peu de fonds par rapport à la TVA ou à l’impôt sur le revenu des personnes physiques.

Le RBUI est maintenant soutenu à la fois par la gauche et la droite, ce qui amène d’autres personnes des deux côtés à prendre position contre lui, uniquement parce que l’idée est défendue par ses « ennemis ». Cependant, sa capacité à dégager un consensus dans tous les secteurs de la société, comme ce fut le cas pour la sécurité sociale (qui était soutenue par les employeurs, qui y voyaient un moyen d’améliorer les performances de leurs travailleurs), fait du RBUI une idée valable pour le 21ème siècle. Le RBUI donne la liberté à ceux qui le reçoivent, parce qu’il leur permet de choisir leur emploi et la façon d’occuper leur temps, sans que personne ne leur dise quoi faire ; c’est pourquoi les libéraux peuvent le soutenir, puisque l’ingérence de l’État est moindre, et aussi les progressistes de gauche peuvent le soutenir, parce qu’il donne à chacun la possibilité de choisir, pas seulement aux riches.

« Je suis venu à cette idée du RBUI au début des années 1980, explique Van Parij, lorsque le chômage a commencé à devenir massif et qu’il était censé être combattu par l’augmentation incessante de la production, une proposition écologiquement insoutenable, ou par la vieille recette de la propriété étatique des moyens de production, qui, dans le socialisme réel, a mis fin à la liberté et n’a pas permis la fin des inégalités. Le RBUI offrait une alternative au néolibéralisme et au socialisme d’État, parce qu’il permettait aux gens de se libérer à la fois de l’assujettissement au marché et de la soumission à l’État, il était compatible avec le respect de l’environnement et très radical et inspirant, il promettait une utopie pour l’avenir dont les gens se passionnaient ».

 

Traduit de l’anglais par la rédaction francophone

 

(*) RBUI : revenu de base universel inconditionnel

Catégories: Droits humains, Economie, International, Interviews
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