Guillermo Sullings : Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent

01.06.2018 - Madrid, Espagne - Redacción Madrid

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Guillermo Sullings : Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent
(Crédit image : David Andersson)

L’économiste Guillermo Sullings, auteur du livre « A la Croisée des Chemins. Vers la Nation humaine universelle » parle dans cette interview pour Pressenza de la différence entre globalisation et mondialisation, du Forum humaniste européen, du néolibéralisme et de son dépassement, et du rôle du Fonds monétaire international  en Argentine sous la présidence de Macri.

Transcription ci-dessous.

Nous sommes avec Guillermo Sullings, économiste et auteur du livre « A la Croisée des Chemins Vers la Nation humaine universelle ».   Nous avons une question : nous voyons aujourd’hui que le fossé entre riches et pauvres se creuse de plus en plus. Que pouvons-nous faire ?

La solution est à la fois simple et difficile, n’est-ce pas ? C’est simple parce qu’en réalité, il y a assez de richesse pour que tous les êtres humains vivent bien, si elle était distribuée différemment, et difficile parce qu’évidemment ceux qui ont cette richesse ont le pouvoir de l’empêcher d’être distribuée d’une autre manière, mais je crois que la voie possible est la réelle démocratie parce qu’à travers la réelle démocratie, les gens peuvent vraiment avoir le pouvoir et distribuer la richesse en faveur du peuple et non en faveur d’un petit nombre d’entre eux.

Le thème est que la démocratie formelle que nous avons aujourd’hui fait que ceux qui ont le pouvoir économique sont les mêmes que ceux qui ont le pouvoir politique.  Donc, afin de distribuer la richesse et de générer du développement dans le monde entier, nous devons retirer le pouvoir au pouvoir financier mondial, prendre l’argent directement et l’investir dans la production afin que tout le monde en profite et qu’il y ait une distribution équitable.

Pour cela, nous devons avoir un grand pouvoir politique dans tous les pays du monde, pas seulement dans un pays, et pour avoir un grand pouvoir politique, nous devons déplacer les échelons supérieurs de la démocratie formelle qui dépendent aujourd’hui du pouvoir économique et le peuple doit prendre le pouvoir par le biais d’une véritable démocratie. Ensuite,  les mécanismes économiques de distribution sont simples à mettre en place. La partie difficile est d’un point de vue politique.

Dans votre livre, vous parlez des pas pour avancer vers la Nation humaine universelle, mais qu’est-ce que c’est ? Que serait cette Nation humaine universelle ?

Eh bien, l’être humain depuis l’époque des cavernes, puis des tribus, des cités-États et des nations, a convergé, a étendu un niveau d’intégration, et aujourd’hui il n’y a aucun doute que le monde devient de plus en plus intégré. Les cultures convergent, les gens communiquent de plus en plus. Ainsi, le monde a tendance à être un. C’est une réalité du processus historique. Le problème et la question que nous devons nous poser est de savoir si ce monde va être contrôlé par des multinationales, une puissance financière mondiale, par une seule puissance, ou plusieurs puissances militaires, par une bureaucratie politique ; ou si ce sera un monde qui converge vraiment, où les gens peuvent décider de leur destin pour leur avenir et vivre dignement.

Nous, les humanistes, croyons que la Nation Humaine Universelle est une aspiration dont nous avons besoin et que nous allons mettre en avant, mais aujourd’hui, le monde va dans une autre direction. Cependant, il faut faire certaines choses pour pouvoir changer cette direction. Cette direction vers un monde sans violence, sans guerres, sans discrimination, avec une répartition équitable des richesses ; un monde auquel nous aspirons tous, c’est ce que nous appelons la nation humaine universelle.

On pourrait dire que cette tendance à l’unification du monde, mais contrôlée par des pouvoirs concentrés, le pouvoir économique, le pouvoir militaire, le pouvoir des puissances, c’est ce qu’on appelle la mondialisation. Nous préférons parler de mondialisation lorsque nous parlons de cette convergence des cultures, de cette unité entre les peuples qui tend à converger vers une nation humaine universelle.  C’est ce que nous appelons la mondialisation qui est différent de la globalisation.

Comment s’est déroulé le Forum Humaniste Européen ?

Ce fut très intéressant. Je crois qu’en premier lieu, ce forum a montré que l’humanisme est bien vivant, qu’il est désireux de poursuivre ses rêves d’une nation humaine universelle, rêves forgés pendant des décennies dans ce mouvement humaniste basé sur l’humanisme universaliste que Silo a fondé il y a 50 ans. Ainsi, il me semble que ce forum est le signe d’un nouveau départ et d’une relance de cette intention humaine de converger vers la nation humaine universelle. J’espère que cette convergence entre des personnes et des organisations de différents pays qui ont très bien développé de nombreux domaines thématiques et qui retournent dans leur pays respectif, continueront le contact avec d’autres organisations et développeront un véritable réseau  vers cette nation humaine universelle. J’espère que cela se répétera aussi en Amérique latine, dans d’autres continents, et que nous pourrons converger à un moment donné dans un Forum mondial où nous prendrons des mesures concrètes vers cette nation humaine universelle.

Hier il y eu une note dans Clarín qui mentionne un slogan lancé par les humanistes dans les années 80 « Minga au FMI » et maintenant nous voyons que le gouvernement Macri se rapproche du FMI pour demander de l’argent. Quel est votre point de vue en tant qu’économiste ?

Oui, j’ai vu la note sur Clarín.

Évidemment, Clarín a une approche néolibérale, il lui semble donc très bien que le Fonds monétaire soit là. Donc la note est clairement opposée à la protestation contre le Fonds monétaire réalisée à l’époque, dans laquelle, comme le dit Clarín, l’humanisme a été un pionnier.

Cette phrase « Minga au Fonds monétaire international » a été créée par les humanistes en 1984-1985 après la fondation du Parti humaniste parce qu’à cette époque, le Fonds monétaire disciplinait l’Argentine et toute l’Amérique latine à travers la dette extérieure que ces pays avaient contractée lors des dictatures militaires et le pouvoir financier international et alors les économies des pays devaient suivre les politiques économiques, les diktats du Fonds monétaire international. Donc « Minga au Fonds » était une façon de dire qu’il ne fallait pas payer la dette extérieure que les gouvernements militaires avaient contractée et qu’il ne fallait pas suivre les directives économiques imposées par le Fonds monétaire international.

Ce fut une période de protestations contre le Fonds monétaire. L’humanisme a été un pionnier dans cette protestation. Cette phrase est un symbole de cette époque. Je me souviens que c’était le dessin d’une petite tirelire symbolisant le Fonds monétaire et « Minga al Fondo », qui est une phrase très argentine pour dire que nous n’allons rien vous payer, une coupure de manche, et bien cette note de Clarín rappelle cette époque.  Alors que les gouvernements précédents ont désendetté le pays, en deux ans le gouvernement néolibéral de Macri l’a rapidement de nouveau endetté et aujourd’hui il doit se tourner vers le FMI  pour continuer à s’endetter et continuer avec leur recette comme jamais auparavant.

 

Traduction de l’espagnol, Pressenza

Catégories: Economie, International, Interviews, Relations internationales
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