5 questions à Alexis Tiouka, « Petit guerrier pour la paix »

06.03.2018 - Paris, France - France Libertes

5 questions à Alexis Tiouka, « Petit guerrier pour la paix »

A l’occasion de la sortie du livre Petit guerrier pour la paix, Alexis Tiouka a accepté de répondre à nos questions. Le livre, co-écrit avec la journaliste Hélène Ferrarini, est en vente sur la boutique en ligne de France libertés. (www.france-libertes.org)

Peux-tu nous expliquer le titre du livre Petit guerrier pour la paix ?

Alexis Tiouka. Le lecteur trouvera rapidement une explication à ce titre en lisant le premier chapitre du livre, qui parle entre autre de mon enfance. « Petit guerrier » fait référence à mon nom kali’na. Nous portons tous des noms français, pour l’état-civil, et amérindien, que nous gardons le plus souvent pour nous. Cet état de fait reflète bien les questions d’identité qui nous traversent de manière tellement profonde qu’elles affectent même une chose aussi intime que nos noms. Quant à la paix, le lecteur devra progresser dans le livre jusqu’à la fin où je formule un message de solidarité entre les peuples.

Quelle est la situation des amérindiens en Guyane aujourd’hui ?

Un chiffre qui résume beaucoup de choses : le taux de suicide est vingt fois supérieur chez les Amérindiens que dans la population générale française. Nous restons discriminés dans l’accès à l’éducation, l’accès aux soins, la reconnaissance de nos cultures et de nos langues… Et lorsque nous y avons accès, nous sommes plongés dans une logique purement assimilationniste, comme c’est le cas à l’école par exemple. Dans le dernier chapitre de ce livre, nous passons en revue la situation contemporaine des Amérindiens de Guyane, mais il y a tant à dire que nous n’avons pas pu creuser tous les aspects.

En quoi le combat des amérindiens rejoint-il celui d’autres peuples autochtones ailleurs dans le monde ?

Le fait que nous menons le même combat m’est apparu de manière flagrante lorsque j’ai participé avec des représentants de peuples autochtones du monde entier aux longues négociations à l’ONU pour la Déclaration des droits des peuples autochtones, qui fut finalement adoptée en 2007. Chaque peuple a ses spécificités, mais nous faisons face aux mêmes difficultés. Le droit à la terre, la reconnaissance de nos cultures, nos capacités d’adaptation au milieu piétinées par des intérêts économiques qui n’ont rien à voir avec notre vision des choses… C’est en cela que le terme même de peuples autochtones prend tout son sens car il crée une unité entre nous. Nous sommes tous des petits guerriers pour la paix.

Comment qualifier la relation de l’État français aux citoyens amérindiens de Guyane ?

Déni. En refusant de nous reconnaître pour ce que nous sommes, des peuples autochtones présents en Guyane avant la colonisation française, l’État français nie d’une certaine manière notre existence. Il ne voit en nous que des « citoyens français ». Circulez, il n’y a rien à voir ! Ou comment rayer en un un mot, celui de citoyen, l’histoire d’une spoliation et d’une domination de plusieurs siècles. C’est donc un dialogue de sourds entre Amérindiens et État français car nous n’employons pas le même vocabulaire, nous ne nous concevons pas de la même manière. A partir de là, les relations sont forcément compliquées.

Pourquoi sortir ce livre maintenant ? Qu’en attends-tu ?

« Les peuples qui ne cultivent pas leurs mémoires ne seront jamais capables de construire leur propre histoire et manqueront d’indépendance et de souveraineté. Ils ne seront pas capables d’interpréter leur passé, d’affronter leur présent et de se projeter dans le futur. » Ce sont les premiers mots que j’adresse au lecteur de Petit guerrier pour la paix et qui me semblent aussi répondre à cette question. J’espère une décolonisation de nos imaginaires.

Le grand rassemblement des Amérindiens de Guyane qui marque la naissance de notre mouvement a eu lieu en 1984. C’était il y a plus de 30 ans. Je pense qu’il est temps pour ma génération qui a vécu cette époque de la raconter. J’ai choisi de faire un livre, mais toutes les formes sont bonnes tant que le partage est au rendez-vous. Pour moi, Petit guerrier pour la paix est une manière de partager cette histoire, car elle ne m’appartient pas. Elle nous appartient à tous et notamment aux nouvelles générations amérindiennes qui se mobilisent et sont en train d’écrire une nouvelle page de nos luttes.

 

Alexis Tiouka est juriste, spécialiste du droit autochtone. Il est originaire du village kali’na d’Awala-Yalimapo, berceau du mouvement autochtone de Guyane. Il a représenté les Amérindiens de Guyane française à l’ONU lors des discussions sur les droits des peuples autochtones dans les années 1990-2000.

  • Petit Guerrier pour la paix, d’Alexis Tiouka et Hélène Ferrarini
  • Ibis Rouge Editions
  • Date de parution: 10 novembre 2017
  • Prix de vente : 15,00 €
Catégories: Amérique du Sud, Europe, Paix et Désarmement
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