La rébellion non-violente : une nouvelle valeur

10.02.2018 - Santiago du Chili - Pía Figueroa

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La rébellion non-violente : une nouvelle valeur
Graffiti chilien qui dénonce la déforestation (Crédit photo : Pressenza)

Nous avons été frappés par un article de José L. Álvarez Cedena, publié dans la section Science, éducation et technologie d’El País, et qui souligne l’initiative du Media Lab de l’Institut de technologie du Massachusetts, mieux connu sous le nom de MIT, de créer un prix de la désobéissance civile.

Pour nous mettre en contexte, Álvarez nous rappelle que le Mahatma Gandhi, en 1930, porta une poignée de sel à la bouche, à Dandi, en criant : « avec ce sel, je ferai tomber les fondations de l’empire ». Il poursuit en citant John Ford qui, en 1950, prit brièvement la parole lors d’une réunion du syndicat des réalisateurs convoquée par Cecil B. De Mille pour expulser Joseph Leo Mankiewicz pour communiste et dit : « Je m’appelle John Ford et je fais des westerns. Il n’y a personne dans cette pièce qui sache, aussi bien que Cecil B. DeMille, ce que le public américain veut et comment le lui donner. Mais je ne t’aime pas Cecil, je n’aime pas ce que tu représentes et je n’aime pas ce que tu dis ce soir ». Il cite aussi le cas de Rosa Parks en Alabama, qui a refusé de céder sa place à un passager blanc en 1955, un geste qui a transformé une femme humble en symbole. Et aussi Henry David Thoreau, Léon Tolstoï et Nelson Mandela. Dans l’histoire, il y a des exemples de personnes rebelles qui, par leur attitude et leurs actions, ont réussi à changer les choses. Des femmes et des hommes qui ont refusé d’obéir à l’ordre établi et qui, par la non-violence, ont pu modifier des lois, organiser des mouvements et même affronter des pays entiers. Beaucoup d’entre eux – même s’ils sont sortis victorieux de leurs batailles – ont été réprimés, ignorés, isolés ou punis pour leur attitude. Mais aujourd’hui, le MIT, l’un des établissements d’enseignement les plus prestigieux du monde, veut récompenser leurs contributions par un prix.

Le Prix de la désobéissance, remis pour la première fois cette année, vise à reconnaître les personnes audacieuses, celles qui suscitent un changement positif dans l’histoire humaine en défiant n’importe quelle institution (gouvernements, tribunaux, laboratoires, universités ou entreprises). Joi Ito, directeur du MIT Media Lab, estime que « les institutions peuvent être très hiérarchiques et se fonder sur l’obéissance. Mais certains systèmes se renforcent quand on intensifie les attaques. Le prix que nous avons créé vise à amplifier le message de ceux qui désobéissent, qui prennent des risques ». Dans un article publié par le MIT, Ito lui-même a déclaré que, à l’ouverture des candidatures au prix (un montant non négligeable de 250 000 $), ils ne savaient pas à quoi s’attendre. Mais en quelques semaines, ils ont reçu près de 8 000 propositions de candidatures du monde entier.

Les gagnants de cette première édition sont Mona Hanna-Attisha et Marc Edwards, des scientifiques et des militants qui ont fait face aux autorités lors de la crise de l’eau à Flint, au Michigan. Pendant des années, l’eau consommée par la population locale était contaminée par des niveaux de plomb pouvant être mortels. Hanna-Attisha et Edwards ont mis en péril leur prestige universitaire; ils ont été ridiculisés et punis pour avoir pris le parti des voisins de Flint, jusqu’à ce qu’ils prouvent qu’ils avaient raison et qu’ils forcent les dirigeants à rectifier le tir. « Quand vous affrontez le pouvoir, il y a des conséquences. Je vais en payer le prix pour le reste de ma carrière », a dit Edwards qui, toutefois, ne regrette pas les décisions qu’il a prises. Il ne les regrette pas parce que, comme le dit Joi Ito, ces désobéissants qui luttent pour changer les choses méritent d’être reconnus pour une tâche qui est guidée par un « dessein et une éthique supérieurs », et c’est là une récompense bien supérieure à toute récompense économique.

Nous connaissons tant de rebelles non-violents, que nous avons interviewés à Pressenza et dont nous suivons les luttes, en les diffusant dans nos articles. Nous connaissons les efforts que déploient tant de personnes au bon cœur pour modifier favorablement les conditions de vie de gens, de communautés entières, de pays et de l’écosystème, selon leur propre rayon d’influence. Ces prix sont, sans aucun doute, une source de motivation, car ils insufflent courage et reconnaissance à cette rébellion contre les conditions imposées et promeuvent le choix de ne pas recourir à la violence mais à des moyens plus cohérents pour les surmonter.

 

Traduit de l’espagnol par : Silvia Benitez

Catégories: International, Nonviolence, Opinion
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