Fashion Revolution : l’éco-responsabilité de la mode avance à grands points

11.05.2017 - Marie-Laurence Chanut Sapin

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien

Fashion Revolution : l’éco-responsabilité de la mode avance à grands points
(Crédit image : La Fabrique Idéale)

Une mode responsable implique un changement profond et multilatéral tant les acteurs sont nombreux et les enjeux importants. Plus que jamais, il semble nécessaire d’ouvrir le dialogue afin que les gouvernements, associations, entreprises et citoyens travaillent ensemble pour repositionner les contextes, notamment sur la question des modèles économiques.  

Réfléchir à des solutions sur toute la chaîne de valeur pour une mode plus propre est non seulement une question urgente, mais aussi un devoir moral à l’égard des populations les plus pauvres qui sont les premières victimes. 

La Fashion Revolution qui s’est déroulée la dernière semaine d’avril dans 90 pays a été l’occasion d’une nouvelle sensibilisation sur ce sujet.

 

Un drame humain a réveillé les consciences.  

Le 24 avril 2013, un immeuble d’un faubourg de Dacca capitale du Bangladesh, abritant des ateliers de confection textile s’est effondré faisant 1135 morts et plus de 2000 blessés.

Cet immeuble, le Rana Plaza, construit sur un terrain meuble et sans permis pour ses derniers étages, n’a pas supporté les vibrations des machines à coudre.

Dans les gravats du bâtiment, des étiquettes de marques de mode internationales ont été trouvées, mettant en lumière auprès d’un large public les conséquences désastreuses de la fast fashion[1].

Depuis, la mobilisation ne faiblit pas et une forte demande se maintient pour demander aux marques d’engager de façon croissante leurs responsabilités. Les consommateurs sont de leur côté, incités à accompagner ce changement à travers leurs actes d’achat.

Rappelons que la mode qui emploie environ 75 millions de personnes dans le monde – dont 80% sont des femmes entre 18 et 35 ans – est aussi la seconde industrie la plus polluante avec des conséquences environnementales et humaines.

Rappelons aussi que la seule raison de fabriquer au Bengladesh est le bas coût de la main d’œuvre car les infrastructures restent très mauvaises.

L’urgence de maintenir une vigilance et de mettre en avant les solutions alternatives existantes n’est plus à démontrer.

 

La Fashion Revolution, qu’est-ce que c’est ? 

Depuis l’accident dramatique du Rana Plaza, un collectif international, Fashion Revolution, a été créé à l’initiative de la créatrice Carry Somers. Il rassemble une multitude d’acteurs travaillant dans la mode qui s’associent à un public plus large pour amener cette industrie vers le respect de l’environnement et la valorisation des personnes, incluant également la question d’une meilleure répartition des profits.

L’évènement éponyme de ce collectif, dont la durée est passée en quatre ans d’une journée à une semaine, permet avec la mise en place de nombreuses initiatives, de se poser les bonnes questions et de s’informer tant sur les dommages que sur les avancées.

Une attention est particulièrement portée sur la question de la transparence de la chaine de valeur.

Le hashtag,  #WhoMadeMyClothes, a largement été relayé sur les réseaux sociaux.

Une action simple et visuelle où chacun(e) a pu poster une photo d’un vêtement de sa garde-robe pour demander à la marque qui l’a confectionné d’informer clairement sur les conditions de fabrication du vêtement.

À l’inverse les marques sensibles et engagées dans des processus plus vertueux peuvent avec le hashtag, #ImadeYourClothes apporter des informations.

La ville de Paris, a été un des lieux où la semaine de sensibilisation a été très active. Conférences et tables rondes, ateliers, projection du film « The true cost[2] »… des activités et rencontres pour tous les publics et tous les goûts.

 

Le sujet de la complexité de la chaîne de valeur a été largement abordé.

Celle-ci fait intervenir un grand nombre d’acteurs à un niveau international. Cela accentue les risques et a un impact environnemental important, entre autres, avec le transport des nombreuses marchandises que nécessite la confection d’un vêtement.

L’agriculteur et la matière première qu’il fournit constituent une première étape qui a déjà ses problématiques. Le coton par exemple, utilise beaucoup d’eau ainsi que des pesticides et son cours varie en fonction des récoltes.

S’ensuivent la filature et le tissage, puis l’ennoblissement du textile dont la teinture qui demande aussi de l’eau, et de l’énergie pour la chauffer, et des colorants chimiques.

Certes la teinture naturelle se développe de plus en plus mais elle ne deviendra jamais industrielle pour préserver les plantes qui servent de colorants.

Se rajoutent toutes les fournitures annexes comme les fermetures à glissières, les boutons, les galons … pour lesquelles il faudrait dans l’idéal s’assurer de l’écoconception.

Couper et coudre les vêtements nécessite beaucoup de main-d’œuvre et certains pays se sont industrialisés avec la confection car cela génère beaucoup d’emplois.

Lorsqu’une marque fait un réassort rapide, ce n’est pas sans conséquence car cela entraine la mise en place de sous-traitance difficilement identifiable. En effet, l’usine avec laquelle elle travaille fera appel à d’autres manufactures (qui peuvent être informelles) pour répondre à la commande.

En fin de course, il y a le transport et ses camions traités chimiquement contre les insectes et la putréfaction.

Le retour au local pour contrôler la chaîne de production prend tout son sens mais demande – pour ce qui concerne la France – de redévelopper certaines industries.

Beaucoup de solutions sont évoquées : ne pas surproduire pour ne pas déstocker, travailler avec les matières premières de son périmètre, éduquer le consommateur pour qu’il patiente. Mais aussi, connaître les ateliers de confection, les visiter, s’engager avec eux pour leur fournir du travail, les payer au juste prix, c’est-à-dire, celui qui inclut une sécurité pour les travailleurs).

 

L’indispensable nécessité de l’encadrement par des lois.

En février 2017, une loi relative au devoir de vigilance a été adoptée par l’Assemblée nationale sous l’impulsion d’une large coalition d’ONG et de syndicats, et du Collectif Ethique sur l’étiquette.

Désormais, les entreprises multinationales, donneurs d’ordres, de plus 5000 salariées en France ou plus de 10000 à l’international, ont l‘obligation, sous peine de sanction, de publier un plan de vigilance indiquant les mesures qu’elles prennent pour identifier et prévenir les risques et impacts négatifs sur l’environnement et sur les droits humains que pourrait occasionner leur activité.

Concrètement, il leur incombe de vérifier les méthodes de travail de leurs sous-traitants mais aussi d’instaurer des pratiques permettant à ces derniers de travailler dans des conditions adéquates. Cesser de faire pression sur les délais de production ou sur les prix par exemple même si cela implique de faire le choix économique de réduire les marges.

Concrètement, cela concerne 150 multinationales françaises.
Cette loi, visant à contraindre les entreprises par la législation, si imparfaite soit-elle car largement allégée par rapport au texte initial, doit maintenant être portée à un niveau européen et international.


Le chemin semble encore long mais des efforts sont notables pour beaucoup de marques et de nouveaux acteurs émergent. Certaines marques consacrent des budgets conséquents pour améliorer leurs chaînes d’approvisionnement, d’autres corrigent leurs processus lorsqu’un dysfonctionnement leur est signalé. Pour d’autres l’écoresponsabilité est partie prenante de leur modèle économique. Ce qui est certain est que toutes les entreprises qui font des efforts y gagnent en notoriété.

 

Quelles alternatives pour adopter un comportement d’achat plus responsable ? 

Ce qui sous-tend cette question est souvent le prix de la mode éthique qui reste élevé.

Même si l’offre est de plus en plus développée et attractive, la problématique du pouvoir d’achat est réelle. Consommer moins pour consommer plus intelligemment est une des réponses.

Une autre est de se tourner vers le local et s’intéresser aux savoir-faire. Les nouvelles marques qui arrivent sur le marché ont une l’histoire à raconter et tentent courageusement de répondre aux standards du marché (une mode trendy, une offre et un prix accessible).

Et pour les fashion addicts qui aiment changer souvent de garde robe, de nombreuses solutions alternatives existent telles que la location de vêtements, la seconde main, le recyclage, les vide dressing.

 

Les écoles ont un rôle à jouer sur plusieurs plans.

Celui de la sensibilisation et de l’information auprès des étudiants pour que ceux-ci comprennent les vrais enjeux et sachent faire la différence entre le green washing[3] et la réalité.

Mais aussi en mettant en place des formations pour apprendre aux étudiants ce qu’implique la création d’une marque de mode responsable (comment et avec qui construire sa chaîne d’approvisionnement, quels sont les moyens de vérification, comment calculer son impact environnemental ?)

 

Pour en savoir plus et rester informé : 

Fashion Revolution donne beaucoup d’informations et permet de télécharger Fashion Transparency Index 2017 regroupant les politiques, pratiques et impacts sociaux et environnementaux de 100 des plus grandes marques mondiales de mode :

About

Collectif éthique sur l’étiquette, un collectif pluri-acteurs qui œuvre pour le respect des droits humains au travail dans le monde et la reconnaissance du droit à l’information des consommateurs sur la qualité sociale de leurs achats : http://www.ethique-sur-etiquette.org

Campagne DETOX de Green Peace, vise à débarrasser le textile des produits toxiques : https://greenpeace.fr/tags/detox.

 

[1] Expression anglo-saxonne utilisée pour désigner le renouvellement, le plus rapide possible, des collections d’articles de la mode vestimentaire. Le fast fashion concerne le plus souvent des produits à prix peu élevés et qui ne sont pas destinés à être conservés d’une saison sur l’autre par l’acheteur.

Source : http://www.e-marketing.fr/Definitions-Glossaire/Fast-fashion

[2] https://truecostmovie.com

[3] Expression désignant un procédé de marketing ou de relations publiques utilisé par une organisation dans le but de se donner une image écologique responsable. La plupart du temps, l’argent est davantage investi en publicité que pour de réelles actions en faveur de l’environnement. Source wikipedia.

Catégories: Ecologie et Environnement, Opinion
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