Algérie : une lecture des dernières (non) élections législatives

09.05.2017 - Karim Metref - Redazione Italia

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Algérie : une lecture des dernières (non) élections législatives
(Crédit image : Abdelaziz Bouteflika vote pendant les élections législatives du 2012 . Crédits image : Magharebia)

par Karim Metref

Jeudi dernier,  4 mai 2017, le peuple algérien dans sa majorité n’a pas pris part aux élections législatives. Le taux de participation a été très faible et les résultats sans surprises, aucune. Tout à fait normal dans un pays qui semble tourner en rond, ne sachant pas comment sortir de son état d’égarement.

Comme un disque rayé

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika en 1999, l’Algérie ressemble à un vieux disque rayé, qui tourne et semble bien fonctionner pendant un certain temps mais, arrivée au point endommagé, elle l’Aiguille saute et revient au point de départ.

Les élections de jeudi passé ne sont qu’une autre réplique d’une pièce de théâtre qui de l’extérieur semble un fonctionnement démocratique, alors que l’intérieur est tout pourri. Un jeu dont tout le monde connait les règles. Elles sont connues et acceptées par « L’opposition », qui accepte de participer à des élections dont les résultats ne dépendent pas des urnes mais de l’humeur des patrons du pays. Les règles sont connues aussi mais pas du tout acceptée par le public algérien, qui, en réponse, depuis des années ne va vote plus.

Une participation très faible

Officiellement, le taux de participation était de 38,25%. Dans cet article, nous allons prendre en compte les chiffres officiels déclarés par le Ministère de l’Intérieur. Bien que tout le monde en Algérie, y compris les partis au pouvoir (1), sait que la fraude est importante et systématique. L’opinion publique est en fait convaincue que le taux de participation est beaucoup plus faible que les 38,25% déclarés.

Mais même 38,25%,  équivalents à 8,624,199 électeurs, c’est faible, très faible. De ces 8,624,199 nous trouvons aussi que 2.109.917 ont voté bulletin blanc, alors que la majorité absolue 14.627.304 (soit 61,75%) ne s’est même pas présentée aux urnes.

Des chiffres qui en disent long

Ce qui se passe en Algérie n’a rien à voir avec le simple désintéressement de la politique, qui sévit un peu partout dans le monde. C’est une véritable protestation silencieuse. Un refus de coopérer dans un jeu absurde, en lequel personne ne croit.

Dans les jours précédant les élections, les réseaux sociaux étaient peuplés d’appels au boycott de cette dernière farce électorale et de blague qui ridiculisent les hommes politiques de la soi-disant opposition, qui, en échange de bons salaires et de privilèges acceptent de participer à cette mascarade digne des meilleures traditions comiques (2).

En réponse au Premier ministre, qui a invité les femmes algériennes à rappeler à leurs maris d’aller voter, une jeune «facebookeuse» répond depuis son mur : « Monsieur le ministre, si mon mari va voter, je demande le divorce. »

Avec ses 61% officiels et ses probables 80% réels, le parti du boycott et de l’abstention est certainement le seul vraiment représentatif du pays.

 Victoire écrasante des partis du pouvoir

L’étude des résultats des élections en Algérie est importante. Pas tellement pour comprendre l’humeur de l’électorat, mais plutôt pour comprendre le climat interne aux clans du pouvoir. Voir tous les résultats en détail: (3)

Le Front de libération nationale (FLN), qui a toujours été le principal soutien politique de Bouteflika, a perdu 56 sièges par rapport à 2012, payant ainsi les tensions internes qui l’ont secoué ces deux dernières années, mais il a encore la majorité relative avec 164 députés élus.

Le parti du Rassemblement national démocratique (RND) de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia  passe par contre de 68 sièges à 97. Ensemble, les deux partis au pouvoir ont une confortable majorité absolue avec 261 sièges sur le total des 462 sièges du Parlement algérien. Et si on y ajoute les 13 sièges reçus par le Mouvement populaire algérien (MPA) de Mr Amara Benyounes, un parti sorti du chapeau des Services algériens (ainsi que de nombreux micro-partis qui animent la pittoresque vie électorale du pays) et qui est toujours resté fidèle au clan des Bouteflika, on peut dire que le pouvoir en Algérie s’est réservé une majorité écrasante dans son semblant de parlement. Et cela est plutôt un signe d’isolement et de faiblesse que de force.

Le retour timide des Islamistes

Sur le front islamiste, la situation s’est améliorée par rapport à la véritable humiliation subie en 2012 (4). La formation principale de l’ancienne alliance «Algérie verte», la Société du Mouvement pour la paix (MSP) a obtenu 33 sièges, alors que l’alliance dirigée par Ennahda (Ennahda- Adala-Elbina) à reçu seulement 15 sièges. Ensemble, les deux formations islamistes font 48 sièges, un nombre qui ne leur permettra d’exercer aucun type de pression parlementaire et ne les portera surement pas à participer à la formation du prochain gouvernement, comme c’était souvent le cas jusqu’en 2012.

On peut dire que la mise au coin des islamiste que les généraux n’ont pu réaliser par les cannons, Bouteflika l’a obtenue par les pétrodollars. Dommage que ni l’une ni l’autre méthode n’ont pu réduire l’influence de l’idéologie islamiste qui reste quand même majoritaire et profondément ancrée dans les milieux populaires.

Partis laïcs, une présence symbolique

Les partis de l’« opposition » laïque sont dans une posture plus inconfortable encore. Le Front des forces socialistes (FFS), le parti fondé en 1963 par Hocine Aït Ahmed (qui est mort l’année dernière), a pris 15 sièges seulement. En 2012, comme récompense pour avoir rompu avec sa longue tradition de boycott des élections politique, il a été primé de pas moins de 27 sièges distribués sur plusieurs régions du pays. Cette fois-ci, il n’a d’élus que dans ses fiefs traditionnels: la ville d’Alger et les quatre départements de la région de Kabylie. .

Les trotskistes du Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune doivent se contenter seulement de 11 sièges. « Une sanction pour nos positions politiques », dit la camarade Hanoune, dénonçant une fraude grave et systématique. (5). Jusqu’à présent, pour sa loyauté envers le président Bouteflika, le PT a toujours été récompensé par une vingtaine de sièges au Parlement Un résultat assez extraordinaire pour un parti qui n’a presque pas d’élus dans les assemblées communales et de wilayas à travers le territoire national. La sanction, selon de nombreux observateurs, n’est pas due aux « positions contre les politiques d’austérité », comme l’a déclaré la secrétaire générale du parti, mais plutôt pour avoir signé en 2015, en compagnie de 19 membres de la société civile Algérienne, une lettre ouverte à Bouteflika pour attirer son attention sur la détérioration profonde des principales institutions du pays, avec un président-roi qui a du mal à jouer son rôle à cause de sa maladie. (6)

De son coté le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), un parti laïque d’inspiration libérale et social-démocratique, a eu droit à 9 sièges.

Si on met ensemble FFS, RCD et Pt le total est de 35 élus, soit 13 de moins que les islamistes.

Et puis tous les autres…

Le reste des sièges au Parlement a été saupoudré sur une soixantaine de micro-partis et de listes indépendantes, dont la plupart sont plus ou moins à inscrire dans la coalition au pouvoir.

 Un pays qui tourne en rond

Vu de l’extérieur, l’Algérie est un pays qui n’a rien qui foire. C’est un pays riche, très riche. Il n’a pas de dette extérieure. Au cours des 20 dernières années, il a pu payer toutes ses dettes auprès des banques internationales et  accumuler une réserve de trésorerie, qui est arrivée à atteindre environ 70 milliards de Dollars en 2013. Après cette date, la réserve a commencé à fondre comme neige en été avec l’effondrement des prix du pétrole. Le pays dispose de ressources naturelles, de terres fertiles, de l’eau, du soleil et d’un énorme potentiel touristique largement inexploité. Mais son principal atout est l’humain. Un peuple jeune, en bonne santé et avec un bon niveau d’éducation et de compétences dans de nombreux domaines. Mais le pays n’avance pas il fait du sur-place.

A partir de la fin officielle de la guerre civile en 1999, avec l’adoption de la «Charte nationale pour la paix et la concorde civile», la formule adoptée par le système du gouvernement Bouteflika était basé sur la corruption. Utiliser les énormes revenus de la vente d’hydrocarbures pour acheter la paix et rester au pouvoir, voilà la recette. Acheter les militants jihadistes, qui ont accepté de descendre des maquis en échange de véritables fortunes, acheter les partis politiques de l’opposition par des salaires élevés et des privilèges, acheter la classe moyenne  avec des financements faciles et des possibilités de faire des affaires avec l’État, acheter les leaders des jeunes qui descendent dans la rue pour exprimer leur malaise, acheter les travailleurs et les employés par l’augmentation des salaires et des retraites et les crédits à la consommation…

Un homme malade, seul à la barre

Aujourd’hui, Bouteflika, qui a presque complètement éliminé ses principaux rivaux – le clan des généraux – et a concentré tous les pouvoirs autour de sa personne, est vieux et malade. Son entourage ne compte aucune personnalité ayant son charisme et en mesure de reprendre le contrôle de la situation. Les revenus des hydrocarbures ont considérablement diminué par rapport aux années précédentes et ne suffisent plus pour soutenir le mode de vie trop cher du pays. En dehors des exportations du pétrole et du gaz, l’Algérie importe la quasi-totalité de sa consommation. Avec l’épuisement des réserves en devise, c’est la fin d’une époque qui se profile.

Le temps des grandes alliances et de la paix achetée à coup de pétrodollars est sur le point de finir. Qui gouverne l’Algérie l’a très bien compris et la répartition des sièges lors de ces (non) élections législatives le montre très clairement. En période de vaches maigres, seuls les plus fidèles parmi les fidèles ont accès au sancta-sanctorum de la (non) démocratie algérienne. Mais y a-t-il vraiment fidélité dans un système où tout s’achète et tout se vend ?

Notes :

(1) Échauffourées et interruption du scrutin dans plusieurs bureaux de vote à Sidi Bel Abbès.

(2) Algérie: Quand les YouTubeuses s’attaquent aux élections les Autorités paniquent

(3) Résultats en détail: http://www.algerie-focus.com/2017/05/resultats-complets-elections-legislatives-rnd-fln-obtiennent-majorite-absolue/

(4) 2012: Deux grands perdants de ces élections : Bouteflika et le FFS. Brève analyse de Lahouari Addi, Politologue algérien.   (http://lequotidienalgerie.org/2012/05/13/deux-grandsperdants-de-ces-elections-bouteflika-et-le-ffs/)

(5) PT: la douche froide! (Http://www.liberte-algerie.com/actualite/pt-la-douche-froide-269362)

(6) La lettre des 19 filles au Président Bouteflika Personnalités (https://www.algerie1.com/actualite/la-lettre-des-19-personnalites-au-president-bouteflika)

Catégories: Afrique, Opinion, Politique
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