Le futur de l’être humain à la croisée des chemins – Présentation du livre à New York

24.04.2017 - Pressenza New York

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Le futur de l’être humain à la croisée des chemins – Présentation du livre à New York
De gauche à droit : Greg Mello, Tony Robinson, Guillermo Sullings et Dennis Redmond (Image : David Andersson))

Présentation du livre en présence de Dennis Redmond, Greg Mello, Tony Robinson et Guillermo Sullings le 30 Mars au centre LGBT de New York.

« Le futur de l’être humain à la croisée des chemins. Les pas vers la Nation humaine universelle » présente une analyse de la situation mondiale dans différents domaines tels que: le désarmement, le système financier international, l’environnement, la démocratie, les droits de la personne, l’immigration et les médias entre autres. Il présente un certain nombre de propositions que la société civile peut développer pour éviter de tomber dans le gouffre béant qui s’ouvre devant nous si les tendances actuelles se poursuivent telles quelles.

Vidéo: Séance de dédicaces du livre de Guillermo Sullings à New York

 

Photos https://goo.gl/photos/9wguEkAqmcqLitqb6

 

Texte de l’introduction par Tony Robinson, Co-directeur de Pressenza.

J’aimerais commencer mon introduction par une importante confession.

J’avoue avoir essayé de faire partie du système. J’ai vraiment essayé ! A 17 ans, j’ai décidé que je voulais joindre la Royal Air Force mais ils n’ont pas voulu m’engager. A 19 ans avant d’intégrer l’université, j’ai travaillé pour une banque privée dans un paradis fiscal britannique. A l’âge de 21 ans, après avoir quitté la fac, j’ai postulé pour devenir avocat d’affaires dans la City de Londres et ils n’ont pas voulu de moi non plus ! Alors vous voyez que j’ai vraiment essayé de me débarrasser de mon idéalisme encombrant. Mais le système n’a pas voulu de moi.

Toutefois, à la même époque, j’ai été profondément inspiré par la Déclaration universelle des droits humains et en particulier par le sort de Nelson Mandela alors en prison en Afrique du Sud. J’ai été profondément touché par la grande injustice d’un peuple sans droit de vote et j’ai voulu faire quelque chose pour cela. Alors j’ai croisé le chemin d’un parti politique, tout petit et insignifiant, appelé le parti humaniste qui comptait une poignée de membres au Royaume-Uni. Ils voulaient l’égalité de tous les êtres humains, ils croyaient dans le besoin de créer un changement social par la nonviolence et d’accompagner ce processus par un processus parallèle de changement personnel qui trouve une solution à la violence dont chacun souffre dans ses relations personnelles et dans la société en général. Ils parlaient d’un nouveau système économique basé sur la coopération et non sur la compétition. Ils donnaient tellement d’importance aux droits humains qu’à leur premier congrès international à Florence, en Italie, auquel j’ai eu le bonheur d’assister, ils ont décidé de faire de la Déclaration universelle des droits humains leur texte fondateur. C’est exactement ce que je recherchais.

Ce monde voulu par les humanistes, cette utopie, ce paradis, en comparaison du monde actuel, est une image qui n’a pas arrêté de me travailler depuis. Et aujourd’hui, cette image est devenue d’autant plus limpide avec la publication du livre de Guillermo.

Un des livres importants ayant précédé celui-ci est l’analyse visionnaire écrite par Silo dans son livre de 1994 : Lettres à mes amis sur la crise sociale et personnelle dans le monde d’aujourd’hui.

Je vous cite quelques passages de son livre :

Les humanistes sont des internationalistes, qui aspirent à une Nation humaine universelle. Quoiqu’ils conçoivent le monde comme un ensemble, les humanistes agissent sur leur environnement immédiat. Les humanistes ne cherchent pas à uniformiser le monde mais à le garder multiple : diverses origines ethniques, différentes langues et cultures ; diverses autonomies locales et régionales ; différentes idées et motivations ; différentes croyances, qu’elles soient religieuses ou athées ; diverses occupations et différents pouvoirs créatifs.

Les humanistes ne veulent pas être des maîtres. Ils ne sont pas attirés par les figures qui font autorité ou les patrons. Et ils ne se voient pas non plus comme les représentants ou les patrons de qui que ce soit. Les humanistes ne veulent pas d’un État centralisé ou d’une institution semi-étatique à sa place. Ils ne veulent pas non plus de gangs armés ou d’un état policier.

Mais un mur s’est construit entre les aspirations des humanistes et les réalités du monde actuel. Le temps est venu de mettre ce mur à bas. Pour faire cela, les humanistes du monde entier doivent s’unir.

Le mouvement humaniste avec lequel je travaillais à l’époque où ce livre fut publié a maintes fois essayé d’humaniser notre monde mais sans succès. Et comme le monde semble aller de pire en pire avec le temps depuis la fin de la seconde guerre mondiale, malgré les grandes avancées dans les domaines de la science et de la technologie, il n’est pas surprenant que de nombreux compagnons idéalistes formés dans les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt aient arrêté d’essayer. Ils se sont résignés à leur impuissance devant ce qui semble être un système monolithique fort. Un ensemble économico-politico-militaire et médiatique qui ne montre pas de signe de lâcher l’emprise qu’il a sur toute destinée humaine sur notre planète.

Et bien sûr, ce ne sont pas seulement les efforts des humanistes qui ont failli, mais également ceux des organisations contre la guerre, contre la pauvreté, contre le changement climatique. Ils ont tous échoué à faire changer la direction que le monde a prise. Et comme ce système économique a endetté et appauvri les jeunes générations, j’ai l’impression que cette génération n’a pas l’énergie nécessaire pour se montrer idéaliste, car d’abord concernée pour trouver de quoi se nourrir. Malgré des situations incroyables telles que le mouvement Occupy, aucun mouvement coordonné de masse n’est apparu. Et même le mouvement des 15M en Espagne, pourtant si prometteur, a connu de nombreux revers après ses premiers succès dans l’arène politique.

Il est vrai que les femmes ont connu ces dernières décennies des avancées en termes de respect de leurs droits et que dans certains pays, la communauté LGBT a pu faire un pas en avant significatif. Mais pour ce qui concerne les besoins basiques tels qu’exprimés joliment dans la formule « la vie, la liberté et la recherche du bonheur », il me semble que nous reculons. La génération d’aujourd’hui est la première qui se retrouve à vivre une vie plus dure que celle de ses parents.

Dans son livre, Guillermo analyse la situation dans différents secteurs. Greg en a commenté de nombreux aspects. Mais Guillermo résume bien la situation quand il dit :

Les droits humains ne seront pas respectés tant qu’une grande partie de l’humanité vivra selon le bon vouloir d’un pouvoir concentré. Personne ne peut espérer que le droit à la vie sera respecté quand la guerre est une stratégie d’action utilisée par ceux qui essaient de dominer le monde et maintiennent les profits du complexe militaro-industriel. Personne ne peut espérer le respect du droit à un travail digne, à la santé, à l’éducation et à un logement dans une société où la concentration du pouvoir économique exclut de plus en plus de personnes. Et personne ne peut espérer que les droits les plus basiques soient respectés quand les sociétés restent les spectatrices passives devant l’absence d’avenir de ceux qui tentent de migrer vers d’autres pays et se heurtent sans arrêt devant un mur d’égoïsme et d’indifférence.

Nous ne pouvons pas accepter que la subjectivité humaine soit manipulée par les médias qui contribuent à la marche continue du pouvoir économique, qu’il s’agisse de renforcer le consumérisme et les profits qu’il engendre, ou de manipuler l’électorat pour porter au pouvoir des gouvernements qui lui sont favorables, ou de garder la population hypnotisée pour l’empêcher de se rebeller. Les avancées technologiques en termes de communication appartiennent à tous et ne sont pas la chasse gardée de quelques-uns qui l’usent à des fins de manipulation.

Le ravage subi par les ressources naturelles et l’environnement, les désastres écologiques de plus en plus importants et les contaminations qui affectent la vie humaine et naturelle sont les conséquences d’une exploitation irrationnelle de notre planète. Et tout ceci est de la responsabilité de la cupidité du Capital et des gouvernements qui lui sont complices.

Plus particulièrement dans la section concernant les médias, Guillermo explique :

Auparavant, un individu était plus à la merci des enseignements reçus lors de son éducation, soit à la maison, soit dans des centres d’éducation ou des contextes religieux. Maintenant, les gens ont de nombreux choix et ils pensent alors qu’ils sont plus libres. Mais c’est cette sensation de liberté qui leur fait croire que les médias sont une fenêtre ouverte sur le monde, une fenêtre sur la vie, qui leur permet de voir tout ce qui existe et de choisir ce qu’ils préfèrent. C’est cette sensation qui les transforme en victimes d’une manipulation bien plus subtile. Parce que les gens s’habituent à voir à travers une fenêtre, ils ne font plus attention à la fenêtre. Ils ne voient que ce que la fenêtre leur laisse voir et ils pensent voir la réalité elle-même. Ils ne remettent pas en question l’influence de la fenêtre. Ils ne se font des opinions que sur des situations qu’ils arrivent à visualiser et ils font leur cette opinion.

Cette analyse crée de nombreux problèmes à de petits médias indépendants tels que Pressenza comme vous pouvez l’imaginer!

De façon plus importante, Guillermo conclut ainsi:

Nous devons comprendre qu’il n’est pas possible de changer une partie sans changer le tout, parce que tout répond à la logique d’un système plus grand qui le contient. Il ne sert à rien de penser chaque partie de façon séparée. Tout ce qu’on obtiendra c’est un monstre comme Frankenstein qui ne prend vie que dans les romans. C’est pourquoi le projet d’une Nation humaine universelle, même si cela peut sembler paradoxal, est plus réaliste qu’un projet qui veut juste changer une partie et l’intégrer dans le système actuel.

Mais qu’est-ce que cette Nation humaine universelle à laquelle se réfèrent à la fois Silo et Guillermo ? Guillermo en donne une magnifique définition :

Un monde sans frontières, une Confédération de nations humanistes, sans guerre, sans violence, sans faim, sans discrimination, avec de la justice sociale, avec une Démocratie Réelle, avec un équilibre environnemental, avec de la solidarité et avant tout avec un futur ouvert.

Qui ici n’est pas ému en entendant une telle définition ? Qui ici n’est pas capable de fermer les yeux et d’imaginer un tel monde et de ressentir une émotion intense l’envahir rien que d’y penser?

Nous autres, tous les activistes du monde, nous avons commencé à visualiser cette vue d’ensemble. Il est impératif que les activistes de tous secteurs commencent à échanger leurs visions du monde car c’est seulement dans cet échange venant du fond du cœur que les activistes anti-nucléaires comprendront vraiment que leur lutte est la même que celle pour les droits des femmes, la même que celle pour arrêter le changement climatique, la même que celle pour un vrai respect des droits humains, la même que celle pour une réelle démocratie, la même que celle pour tant d’autres causes importantes pour lesquelles des parties fragmentées d’activistes se battent si dur. Il s’agit de la même lutte pour trouver la paix intérieure, la même lutte pour se connecter aux aspects les plus profonds de la vie humaine et la même lutte pour se connecter à une spiritualité simple et profonde qui demande à ce que l’on traite les autres comme on souhaite être traité.

Je ne vais pas m’appesantir plus longuement sur cette introduction si ce n’est pour dire qu’avec son livre, Guillermo a ranimé la flamme de mon idéalisme qui commençait à se ternir. Ses 120 étapes pour la Nation humaine universelle ne sont pas faciles et il est évident que nous aurons besoin de centaines et de milliers de petits pas pour y arriver. Mais en procédant par étape, on peut voir le chemin qui mène au sommet. Et l’histoire nous apprend que les voies historiques ne sont jamais en ligne droite et que quand vous vous y attendez le moins, un chemin abrupt s’aplanit devant vous et que vous pouvez soudain courir.

Rappelons-nous que personne au début des années 80 n’avait prévu la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique. Moi, par exemple, j’étais assez fermement convaincu qu’avant 1985 nous allions tous mourir dans une guerre nucléaire.

Ce scénario n’a pas perdu de son actualité malgré le travail effectué cette semaine aux Nations unies, mais un chemin existe vers la Nation humaine universelle et j’espère sincèrement que le travail admirable de Guillermo inspirera des millions à s’atteler à cette tâche dans un acte convergent de solidarité. Moi le premier serai là pour mettre la main à la pâte.

Merci.

 

Présentation des intervenants:

Greg Mello, Directeur exécutif du Groupe d’étude Los Alamos au Nouveau Mexique.

Depuis 1989, la communauté du groupe d’étude Los Alamos a constamment mené des actions pour le désarmement nucléaire et d’autres problèmes similaires. Leurs activités comprennent la recherche et la scolarité, l’éducation des décisionnaires, un centre d’informations pour journalistes, l’organisation, les poursuites en justice et la promotion. Ils mettent en particulier l’accent sur l’éducation et la formation de jeunes activistes et chercheurs.

Depuis le 11 septembre 2001, leur travail a de plus en plus concerné l’utilisation d’armes nucléaires dans le cas d’agressions à l’étranger et la militarisation de la société à l’intérieur.

Greg est à New York pour suivre les développements des négociations aux Nations unies concernant la rédaction d’un traité pour interdire les armes nucléaires.

Tony Robinson, Co-directeur de l’Agence de presse internationale Pressenza.

Il a contribué au Mouvement humaniste dès 1989 et a travaillé pour promouvoir le changement social et personnel à travers une méthode active de nonviolence dans divers domaines tels que la politique, le développement à l’étranger, le désarmement et plus récemment le journalisme.

Ayant pris conscience du problème du désarmement nucléaire en 2006, Tony est devenu un défenseur passionné pour la suppression des armes nucléaires et de l’énergie nucléaire. Il a participé à la Marche mondiale pour la paix et la nonviolence de 2009. Il contribue à faire prendre conscience sur ce sujet par le biais de Pressenza, agence de presse internationale spécialisée dans le journalisme pour la paix et la nonviolence.

Tony a également traduit le livre présenté aujourd’hui, de l’espagnol vers l’anglais.

Guillermo Sullings, Économiste et auteur du livre « Le futur de l’être humain à la croisée des chemins. Les pas vers la Nation humaine universelle ».

Guillermo Sullings est né en Argentine en 1954. Il est expert-comptable diplômé de la faculté des sciences économiques de l’Université nationale de Lomas de Zamora. Depuis son adolescence, il a été partisan de l’humanisme universaliste développé par l’écrivain sud-américain Silo, guide spirituel et activiste pour la nonviolence.

En mai 2000, il a publié un livre intitulé « Au-delà du capitalisme: Economie mixte » qui présente un système économique alternatif aux systèmes capitaliste et communiste. Depuis 2002, il a écrit plusieurs essais sur des sujets sociaux, politiques et économiques et en 2003 il fut le candidat du parti humaniste à la présidence de l’Argentine. Depuis, Guillermo s’est occupé de réseaux d’activistes pour la nonviolence à travers l’Amérique latine.

Guillermo travaille en ce moment au développement d’une méthodologie pour une Réelle Démocratie.

 

Traduit de l’anglais par Anojaa Karunananthan – Trommons.org

Catégories: Amérique du Nord, Humanisme et Spiritualité, Politique, Reportages photo, Video
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