L’usage du français dans les tribunaux camerounais provoque des appels à l’indépendance

01.02.2017 - Cameroun - Redazione Italia

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L’usage du français dans les tribunaux camerounais provoque des appels à l’indépendance

Par Anderline Amamgbo

Des manifestations ont commencé à se dérouler dans les régions anglophones du Nord-Ouest et Sud-Ouest (anciennement appelées Southern Cameroons par les colons britanniques), exigeant de mettre un terme à l’usage du français dans les tribunaux et dans le système scolaire. Les manifestations ont commencé en octobre 2016, lorsqu’un groupe d’avocats a défilé dans les rues de Bamenda, capitale de la région du Nord-ouest, contre l’utilisation du français dans les tribunaux et le manque de versions anglaises de certaines lois et codes.

La réaction du gouvernement fut féroce : arrestations, intimidations et au moins deux manifestants tués dans la ville, principale référence pour les anglophones, lorsque la police a ouvert le feu pour écraser les manifestations.

Les manifestations se sont poursuivies en novembre, avec des grèves des avocats dans les deux régions anglophones du nord-ouest et sud-ouest, habitées par 3,2 millions de personnes.

Le Ministre de l’Administration territoriale a récemment interdit les activités du Southern Cameroon National Council, SCNC (Conseil National du Sud Cameroun) et du Cameroon Anglophone Civil Society Consortium, CACSC (Consortium Camerounais de la Société Civile Anglophone).

Le président du CACSC, l’avocat Nkongho Felix Agbor-Balla, ainsi que son secrétaire général, le Dr. Fontem Aforteka’a Neba, ont été arrêtés. Le même jour, Agbor-Balla et le Dr. Fontem Neba ont cosigné une déclaration demandant que les manifestations se déroulent sans violence.

Selon Amnesty International, ces deux hommes ont été arrêtés uniquement en raison de l’exercice paisible de leur droit à la liberté d’expression. Cette violation flagrante des droits fondamentaux risque d’enflammer une situation déjà tendue dans la région anglophone du pays et constitue à l’évidence une tentative de museler l’opposition.

L’Association du Nord-ouest du Cameroun affirme que la police camerounaise a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les avocats. Cette réaction de la police a provoqué d’autres manifestations dans la partie anglophone du Cameroun, avec certaines personnes appelant à l’indépendance.

Le Southern Cameroons était une région au sud des territoires sous mandat britannique, en Afrique de l’ouest. Depuis 1984, il fait partie de la République du Cameroun, où il forme les régions du Nord-ouest et Sud-ouest. Depuis 1994, des groupes de pression présents dans le territoire réclament l’indépendance de la République du Southern Cameroons et la République d’Ambazonie a été déclarée par l’Organisation du Peuple du Sud-Cameroun (Southern Cameroons Peoples Organisation, SCAPO) le 31 août 2006. En 1972, une nouvelle constitution a été adoptée au Cameroun, remplaçant l’Etat fédéral par un Etat unitaire.

Le mouvement anglophone du Cameroun a été créé en 1984. Au départ, les gens voulaient revenir à un système fédéral, mais ils ont fini par demander l’indépendance.

Raisons soutenant la demande d’indépendance

« Le problème n’a pas commencé avec la manifestation des avocats en octobre 2016, mais en 1961. Quand les territoires du Southern Cameroons ont été annexés au Cameroun actuel, » déclare  Ngu Tatih, du Conseil Gouvernemental d’Ambazonie.

L’Ambazonie est un terme utilisé pour identifier le mouvement qui promeut la restauration du Southern Cameroons. Les groupes pro-indépendance soutiennent que la résolution des Nations Unies 1608, adoptée en avril 1961, n’est pas entrée en vigueur.

« En 1961, notre peuple s’est vu offrir deux choix et nous avons décidé de nous joindre au Cameroun et créé une confédération. Nous n’avons pas décidé de créer un gouvernement étranger pour notre peuple, tel qu’il est devenu. Le peuple d’Ambazonie (Southern Cameroons) exige l’indépendance sans conditions préalables. Nous appelons une intervention de la communauté internationale à ce sujet avant que cela n’empire, » a encore déclaré M. Tatih.

Dans un communiqué de presse, Amnesty International a appelé les autorités camerounaises à libérer immédiatement et sans conditions les deux dirigeants de la société civile arrêtés dans la partie anglophone du pays, et à lever l’interdiction qui pèse sur leur organisation.

 

Catégories: Afrique, Diversité, Droits humains
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