Les valeurs démocratiques de l’occident sont-elles menacées ?

21.06.2016 - Bonn, Allemagne - Rédaction France

Les valeurs démocratiques de l’occident sont-elles menacées ?
(Crédit image : www.mauricio-alvarez.net)

Par Mauricio Alvarez Lopera

Le Forum Mondial des Médias 2016, organisé chaque année par la Deutsche Welle, s’est déroulé à Bonn du 13 au 15 Juin 2016. Le thème de cette édition : Media. Freedom. Values (Médias. Liberté. Valeurs) Pressenza France revient sur cet événement en 3 points :

 

La liberté d’expression (1) recule en Europe.

Pendant longtemps, l’Europe a été une référence mondiale dans le respect de la Liberté d’expression. Force est de constater que ce combat est loin d’être gagné. En effet, on assiste depuis quelques années à un recul des droits humains fondamentaux dans plusieurs pays européens. Cela met bien évidement en danger la diversité de l’information et le regard critique vis-à-vis de la classe politique, des acteurs économiques et de la société en général.

Si l’on considère le classement mondial de la liberté de la Presse pour l’année 2016 réalisé chaque année par Reporters sans Frontières (2), on constate un recul considérable de la France ces dernières années. Elle est passée de la 11ème place en 2002 à la 45ème en 2016. RSF constate “qu’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champs des médias finissent par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale.”.

Heureusement, nous pouvons encore compter sur certains pays du nord de l’Europe qui continuent à montrer la voie. Finlande (1er pour la 5ème année consécutive), Pays-Bas (2ème), Norvège (3ème), Danemark (4ème).

Pour RSF, l’Europe est menacée par ses démons et ceux du monde. “La tendance amorcée en Europe lors du Classement 2015, à savoir une érosion du modèle, tend à se confirmer en 2016 : détournement du contre-espionnage et de la lutte contre le terrorisme, adoption de lois permettant une surveillance à grande échelle, augmentation des conflits d’intérêts, mainmise de plus en plus grande des autorités sur les médias publics et parfois privés, le continent où la liberté de la presse est en moyenne la plus grande ne s’illustre pas par une trajectoire positive.”

Crédit photo : www.mauricio-alvarez.net

Pour finir, je reviens sur l’intervention de M. Alexander Graf Lambsdorff, député européen allemand et vice-président du parlement européen en Belgique, qui rappelait lors de la cérémonie d’ouverture du Forum Mondial des Médias : “La liberté d’expression est fondamentale. Aujourd’hui, nous pouvons parler de médias de bonne ou de mauvaise qualité, mais sans liberté d’expression, nous n’aurons pas de choix, car nous aurons uniquement des médias de mauvaise qualité.”

 

Les réseaux sociaux, une menace pour l’information ?

Les principales missions du journalisme sont : la Production, la Publication et la Distribution de contenu. La révolution digitale et les réseaux sociaux en particulier, ont profondément bouleversé le métier des médias traditionnels. Aujourd’hui, chaque individu est libre de produire un contenu, de le publier et de le distribuer en instantané aux quatre coins de la planète grâce aux technologies digitales.

Les deux premières conséquences de cette révolution technologique sont la démultiplication des sources de contenu et l’émergence de la gratuité. Les audiences, ayant davantage de choix, se sont progressivement dispersées affectant lourdement le modèle économique des médias traditionnels.

L’émergence et le développement des réseaux sociaux, en particulier de Facebook et de Twitter, sont venus ajouter une pression supplémentaire sur un secteur déjà très affecté, mais cette fois-ci les armes utilisées sont plus sournoises et dangereuses.

En effet, ces plateformes utilisent des algorithmes mathématiques qui permettent de programmer et de contrôler la visibilité des publications. Selon Hossein Derakhshan, journaliste free-lance et analyste média, les deux principaux critères utilisés par les réseaux sociaux sont la nouveauté et la popularité des publications. Nous sommes donc face à des plateformes linéaires, passives, programmées, séquentielles qui privilégient le temps réel.

Crédit photo : www.mauricio-alvarez.net

Ce fonctionnement affecte fortement la qualité de l’information disponible car, c’est seulement le contenu ‘nouveau’ et ‘populaire’ qui est mis en lumière. Selon M. Derakhshan, ces algorithmes ont un pouvoir qui va bien au‑delà de l’information, ils déterminent indirectement, à notre insu, notre façon de nous habiller, de manger, de voyager, et pire encore de penser.

Nombre de citoyens seraient devenus passifs et paresseux. La recherche, le travail de fond et le format texte, cèdent progressivement la place à l’image (photo, vidéo, animations, emoji, etc.), formats sans doute plus accessibles.

Par ailleurs, les réseaux sociaux tentent de maintenir les utilisateurs connectés à tout moment en leur donnant la sensation que le monde online est similaire à celui offline, sans les contraintes du réel. Les êtres humains sont devenus très prévisibles, donc facilement contrôlables. Nous n’avons jamais été aussi ‘nus’ face aux médias.

Derakhshan propose quelques solutions pour lutter contre ce qu’il appelle “la tyrannie de la majorité et de la nouveauté”.

  1. Construire des plateformes en open-source, pour que des développeurs créent de nouveaux algorithmes pour faire face à ceux des réseaux sociaux.
  2. Privilégier des actions dans la rue pour communiquer et sensibiliser les citoyens sur des sujets d’intérêt commun.
  3. Proposer du contenu en format Photo et Vidéo.
  4. Être plus actif quant à notre utilisation des réseaux sociaux. “Aimez ce que les autres n’aiment pas. N’ayez pas peur d’aller contre la masse.”.

En conclusion, la révolution digitale et les réseaux sociaux représentent une excellente opportunité pour démocratiser la création, la publication et la distribution de contenus, néanmoins il faut rester actif et vigilant pour éviter la concentration du pouvoir, qui entraînerait la manipulation et une perte brutale de la qualité de l’information.

 

L’occident est-il encore légitime pour véhiculer des valeurs démocratiques ?

Les nouvelles générations sont affectées par des défis majeurs tels que le terrorisme, la guerre, l’instabilité et la migration de masse. Les plus grands perdants sont généralement les gens coincés au milieu d’intérêts opposés et qui n’ont pas la possibilité d’agir dans l’un des deux sens.

L’occident s’est souvent positionné en tant que modèle, véhiculant des valeurs démocratiques dans le monde entier, mais sommes-nous en train de remettre en cause ces valeurs au nom des intérêts économiques et au nom de la sécurité ? La politique étrangère des pays occidentaux a-t-elle raté sa mission : protéger les intérêts de l’humanité ?

Crédit photo : www.mauricio-alvarez.net

Selon Claudia Roth, Vice-président du Bundestag Allemand, la légitimité de l’Europe de véhiculer des valeurs démocratiques telles que la paix ou les droits de l’homme est pour le moins entamée. Les dirigeants des pays non-démocratiques n’hésitent plus à nous rappeler des exemples qui témoignent du non respect de ces valeurs dans nos propres pays : La gestion de la crise des migrants en Europe, le scandale d’Abou Ghraib, les conditions de détention au sein de la prison de Guantánamo,  etc.

Le commerce de l’armement est trop juteux pour se perdre dans des débats sur l’éthique

Le volume des transferts internationaux d’armements ne cesse de croître depuis 2004. Il a même augmenté de 14% entre 2006 et 2015, selon l’institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Le principal fournisseur mondial reste les Etats-Unis d’Amérique qui pèsent pour près du tiers des ventes… A eux seuls, les Américains ont vendu ou cédé des armes sophistiquées à 96 pays ces cinq dernières années (3).

Lors du Global Media Forum, dans un workshop intitulé “Industrie de l’armement et éthique – Comment faire respecter l’éthique dans un business très rentable”, l’agence de presse Pressenza revient sur le rôle, pour le moins ambigu, des sociétés occidentales dans le commerce des armes.

Pressenza estime qu’il n’y a pas de véritable volonté politique des pays occidentaux pour résoudre des conflits, car leur attention se trouve ailleurs, dans la commercialisation des armes, dans le maintien des tensions et dans la coopération discrète avec des gouvernements jugés peu démocratiques. Ces actions contredisent les valeurs occidentales et renforcent le déclin d’une crédibilité déjà bien entamée. Et nous questionnons : « Nos valeurs revendiquées de Liberté, Démocratie, Paix et Droits Humains sont-elles seulement une illusion pour tromper l’opinion publique ? Qui dans nos sociétés plaide réellement pour ces valeurs ? Comment peut-on restaurer et renforcer nos valeurs ? Est-ce que les médias traitent suffisamment de ces discussions éthiques ou sont-ils victimes des pressions économiques- agissant plus dans la réaction que dans l’action ? ».

Crédit photo : www.mauricio-alvarez.net

Quelles que soient les réponses à ces questions, nous sommes persuadés que la grande majorité de la population n’est absolument pas au courant du fonctionnement de ce marché opaque et des conséquences désastreuses sur les populations du monde entier. Pour Pressenza, les médias jouent un rôle majeur dans la recherche de la vérité et dans la construction d’une information neutre et fiable pour ouvrir les yeux de la société civile sur les actions de leurs gouvernements.

 

Notes

(1) La liberté d’expression est le droit pour toute personne de penser comme elle le souhaite et de pouvoir exprimer ses opinions par tous les moyens qu’elle juge opportun, dans n’importe quel domaine.

Considérée comme une liberté fondamentale, la liberté d’expression est inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (ONU, 1948, article 19) :

« Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

(2) Reporters sans frontières (RSF) est une organisation non gouvernementale internationale reconnue d’utilité publique en France se donnant pour objectif la défense de la liberté de la presse et la protection des sources des journalistes.

(3) Source : rfi : Le marché mondial de l’armement se porte à merveille. 22.02.2016.

 

 

 

Catégories: Culture et Médias, Europe, Opinion
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