Par Jérémie Cravatte , Benoit Coumont , CADTM Belgique

Au CADTM, on sait trop bien ce que c’est d’être flippéE, voire découragéE, par toutes ces questions sur lesquelles on sèche. Du coup, inspiréEs par nos meilleurEs piqueurs et piqueuses (notre famille, nos potes, le pizzaiolo d’en face, les gens que l’on rencontre en animation), le CADTM Liège a organisé plusieurs sessions d’élaborations collectives d’éléments de réponse à ces piques (qu’elles soient d’ordre technique ou plus « politique »).

Ce travail a engendré une brochure que vous pouvez retrouver en entier ici.

L’Islande a refusé de payer pour les dettes de la banque privée Icesave et a poursuivi en justice des responsables de la débâcle financière. Est-ce un exemple d’alternative ?

À partir de 1999, les trois plus grandes banques islandaises sont privatisées : Glitnir (aujourd’huiIslandsbanki), Landsbanki et Kaupthing. Entre 2006 et 2008, Icesave (filiale de Landsbanki) propose des comptes d’épargne aux taux avantageux à destination de clientEs du Royaume-Uni et des Pays-Bas. En 2000, la taille des banques ne représentait qu’une fois le PIB du pays, en 2008 elle pèse dix fois le PIB. Suite à la crise des subprimes de 2008, les trois grandes banques font faillite. Le gouvernement islandais adopte en urgence une loi restreignant les sorties de capitaux, recapitalise les banques et rembourse les déposantEs islandaisEs à l’aide d’un prêt contracté au FMI de 2,1 milliards $. Il se montre incapable d’assurer le « sauvetage » de la banque Icesave pour un montant de 3,9 milliards $ (son PIB est de 9 milliards$). Les agences de notation font alors pression sur le pays ainsi que les Pays-Bas et le Royaume-Uni (ce dernier le placera même sur sa liste des États terroristes).

Fin 2009, le Parlement islandais vote le paiement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Mais sous la pression populaire, le Président Grímsson s’en remet à un référendum avant de signer. 93 % des islandaisEs s’opposent au paiement. Le FMI fait pression sur le gouvernement et menace de ne pas verser les dernières tranches du prêt accordé (coup classique de cette Institution).

L’année suivante, le Parlement islandais approuve un nouvel accord de remboursement sous de meilleures conditions. Soumis au référendum, il est à nouveau rejeté par la population. La Commission européenne porte dès lors plainte contre l’Islande devant la Cour de justice de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Le tribunal donne raison à l’Islande.

Entre 2009 et 2013, trois anciens dirigeants de la banque sont condamnés à des peines de prison. Le gouvernement islandais avait annoncé vouloir juger les responsables de la crise, mais seul l’ex-Premier Ministre fut jugé (et innocenté).

Parallèlement à cela, l’Islande porte, dès 2009, sa candidature à l’entrée dans l’Union européenne. Elle la retire en mars 2015 (avec le gouvernement du « Parti de l’Indépendance » ramené au pouvoir), arguant des désaccords concernant les eaux territoriales et les quotas de pêche. Il n’est pas impossible cependant que l’affaire Icesave ait également découragé les IslandaisEs d’adopter les législations européennes et la monnaie unique (qui auraient rendu illégal un tel traitement de la crise). Le pays envisage d’ailleurs de rendre la création monétaire publique.

Aujourd’hui, si l’on peut avancer que la reprise économique a été plus facile en Islande que dans la plupart des autres pays européens, la situation sociale s’en retrouve néanmoins dégradée et le gouvernement de centre-droite mène une politique néo-libérale et de privatisations. Le pays a remboursé le FMI sans broncher.

On ne peut donc dire que le cas islandais soit exemplaire et représentatif d’une gestion idéale dans l’histoire de la crise bancaire. Néanmoins, il fait figure d’exception dans un contexte où la plupart des pays ont assumé sur leurs fonds propres les dettes des banques privées sans broncher…

 

Plus d’infos : « Europe L’Islande prend son destin en main » de François Remand et Xavier Dupret, juin 2014.

Lire également : « En Islande, les responsables du naufrage bancaire n’ont pas pu acheter leur procès » d’Eva Joly, février 2016

Auteur.e

Jérémie Cravatte Permanent au CADTM Belgique

L’article original est accessible ici