Sur quelles bases les Grecs devraient-ils voter « oui » ou « non » lors du référendum ce dimanche ?

04.07.2015 - Tony Robinson

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Sur quelles bases les Grecs devraient-ils voter « oui » ou « non » lors du référendum ce dimanche ?
Manifestations place Syntagma en soutien au gouvernement grec (Crédit Image : Nikos Stergiou)

On entend des commentaires sans fin dans les médias sur ce que les Grecs devraient voter pour éviter une apocalypse. Certains disent que les Grecs devraient accepter les conditions exigées par le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission européenne. D’autres disent qu’ils devraient rejeter ces conditions et reprendre les négociations avec un mandat plus fort.

Comment donner un sens à cela ? Quels conseils les Grecs devraient-ils accepter et sur quelle base ? Regardons les différentes positions.

Accepter l’austérité ?

En votant oui, la Grèce accepte l’ensemble des mesures négociées depuis janvier, ce que le gouvernement d’Athènes n’a pas pu finalement admettre, reconnaissant que cela va bien au-delà du mandat qui lui a été donné par les électeurs.

Si la Grèce vote « oui », il est probable que le pays se dirige vers une nouvelle élection. Il est inconcevable que le gouvernement de coalition de Syriza puisse rester au pouvoir sans gagner une autre élection. On peut penser que la Grèce se tournera alors vers un gouvernement de centre gauche ou de centre droit qui obéira aux institutions.

Dans ce cas, les impôts augmenteront, les pensions des retraités seront réduites, tout sera privatisé et l’austérité deviendra un mode de vie pour toute une génération. Les droits humains et particulièrement ceux du travail seront supprimés jusqu’à ce que tout le monde, en dehors des quelques classes supérieures, vive dans la pauvreté. La jeunesse grecque suivra les pas des réfugiés syriens, irakiens et afghans, et se déplacera vers l’ouest, valises sur les épaules, à la recherche d’un emploi. Au moins ces réfugiés grecs ne seront-ils pas arrêtés à la frontière pour des histoires de papiers – ou peut-être le seront-ils – parce qu’ils seront des millions …

Après quelques années, les investissements étrangers et les revenus du tourisme afflueront de nouveau dans le pays, des centres d’appels et des usines seront construits, disposant d’un personnel hautement qualifié. Mais la Grèce aura aussi baissé de niveau social et d’un pays en développement il deviendra un pays, comme le Bangladesh ou l’Inde, où la pauvreté la plus totale cohabitera avec l’extrême richesse.

Rejeter l’austérité ?

 En votant « non » la Grèce rejette les mesures et Alexis Tsipras pourra retourner vers ses partenaires européens, renforcé par l’appui du peuple grec. Il pourra insister sur le fait que les mesures sont inacceptables et donner sa position finale sur la négociation, de façon à ce que ses partenaires européens l’acceptent ou la rejettent.

Dans cette situation, les institutions devront faire des choix. Elles pourront soit changer leur position sur la négociation et être d’accord avec les propositions moins austères présentées par la Grèce, soit insister pour que la Grèce paye ses dettes conformément aux accords faits avec les gouvernements précédents. Dans ce dernier scénario, la Grèce qui n’a pas l’argent, devra se déclarer en faillite et émettre une nouvelle monnaie pour permettre l’échange national de biens et de services.

Quelles sont les conséquences du retrait de la zone Euro ?

La nouvelle monnaie perdra rapidement de sa valeur, mais le commerce intérieur pourra continuer. Quelqu’un ayant de l’argent à la banque subira une perte avec le change de la nouvelle monnaie en comparaison à la valeur précédente en euros. Donc en comparant la valeur de ses actifs à leur valeur dans d’autres monnaies, cette personne estimera qu’elle aura perdu de sa richesse. Mais si une maison valant 40 000 euros un jour, est dévaluée à 40 000 drachmes le jour suivant, c’est sans importance parce que sa valeur relative par rapport à une autre maison dans le pays sera toujours la même.

Les entreprises devant de l’argent à des entreprises étrangères constateront soudainement qu’elles ne pourront pas les honorer parce que la dévaluation de la drachme par rapport aux autres monnaies mondiales veut dire que lesdites factures seront bien plus chères que ce qu’elles étaient à l’origine.

Un Grec ayant réalisé des économies pour partir en vacances à l’étranger se rendra compte tout de suite qu’il ne pourra pas se le permettre. Tout ce qui sera acheté à l’étranger deviendra extrêmement cher. La Grèce devra donc construire des usines pour fabriquer tout ce dont elle aura besoin.

Les banques étrangères à qui le gouvernement grec doit de l’argent feront des pertes énormes.

Comparaison à l’Argentine

C’est facile pour les institutions et les commentateurs de dire que la Grèce fait face à une apocalypse, mais ils ne se rendent pas compte que la Grèce la vivait déjà!

Quand vous marchez dans les rues d’Athènes vous voyez de milliers de gens qui y vivent. Quand vous sortez d’un supermarché, vous voyez des gens affamés mendiant un paquet de biscuits. Il a été évalué que 11000 personnes se sont suicidées depuis 2008 ! D’autres meurent en l’absence d’accès aux services médicaux et même ceux qui ont pu voir un médecin pourraient ne pas pouvoir obtenir les médicaments ou faire les examens nécessaires pour faire le suivi de leur maladie. Les enfants vont à l’école le ventre vide parce qu’il n’y a pas d’argent à la maison pour payer le petit-déjeuner. Pourtant nous parlons d’un pays développé et non pas de l’Afrique subsaharienne!

Avec ce scénario il est intéressant de voir ce qui s’est passé en Argentine en 2001 lorsqu’une situation semblable est arrivée. Le peso argentin, monnaie du pays, était effectivement en parité avec le dollar américain. La situation était devenue insoutenable, les banques avaient sorti tous les dollars du pays, le peso avait, en une nuit, perdu de sa valeur. Les personnes qui avaient de l’argent dans les banques pour payer des actes médicaux effectués à l’étranger et auraient pu ainsi avoir la vie sauve sont malheureusement mortes. Le pays était plongé dans le chaos et cela touchait plus particulièrement ceux qui avaient de l’argent à la banque. Du jour au lendemain, les détenteurs de dollars se sont postés devant les banques et ont manifesté en tapant sur des casseroles en signe de protestation. Ils n’ont jamais récupéré leur argent.

Cependant, il y a eu une révolution : une révolution économique non‑violente. Le gouvernement a refusé de payer ses dettes aux créanciers étrangers et a fait faillite. Au lieu de partir à l’étranger, l’argent a été utilisé pour être investi dans l’économie. Le taux de change du peso au dollar est passé de 1.1 à 4.1. Les exportations et le tourisme ont prospéré. En 2005 l’Argentine, grâce à l’appui du Venezuela riche en pétrole, a fait un paiement final au FMI pour rembourser sa dette. Un programme de nationalisations a été mis en place et le pays a vécu une des meilleures croissances économiques du monde. Néanmoins, l’inflation est actuellement haute, des contrôles monétaires sont en place et tout n’est pas parfait.

Ainsi que ferais-je ?

D’abord quel est l’enjeu ? Si les gens votent pour l’austérité les banques sortiront victorieuses. Si les gens rejettent l’austérité, les banques perdront.

Si les banques perdent, cela signifie qu’elles n’obtiendront pas le remboursement des prêts faits au gouvernement grec. Elles devront soit les considérer comme perdues, soit faire un accord et accepter beaucoup moins que ce qu’elles veulent récupérer. Peut-être certaines de ces banques feront-elles faillite et les gouvernements étrangers devront-ils protéger les petites et moyennes entreprises et garantir leurs acomptes, mais le côté “commercial” des activités bancaires, soit obtenir de l’argent grâce à la spéculation, ne sera plus possible. Cela ne serait pas une mauvaise chose étant donné que la spéculation est la cause du désordre actuel. L’économie grecque pourrait implémenter une nouvelle monnaie et l’économie connaîtrait une amélioration immédiate.

Si les banques gagnent, cela signifie que les Grecs vont effectivement rembourser les banques pour le reste de leurs vies professionnelles. En réalité, ils vont surtout payer les intérêts des prêts et très peu le remboursement. Et il restera très peu d’argent pour la reconstruction de l’économie.

Ainsi, sur les commentaires que l’on entend dans les médias concernant le choix du vote, je resterais très prudent. Pour certains, un vote contre l’austérité est un vote pour sortir de l’Union européenne. Ne croyez pas les médias qui disent cela, c’est comme dire qu’un vote contre l’austérité est un vote pour sortir de l’OTAN. Cela n’a aucun rapport.

Si je devais voter dimanche, je choisirais les êtres humains et non les banques. J’espère que les gens en Grèce arriveront à cette même conclusion et voteront pour les êtres humains. Pas uniquement pour leurs intérêts, mais pour les intérêts de chaque personne ordinaire, ceux de chaque travailleur européen, parce que si les banques tuent la Grèce, par la suite, elles feront de même avec un autre pays et encore un autre.

Note du traducteur :

Question du référendum :

«  Acceptez-vous le projet d’accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international lors de l’Eurogroupe du 25/06/2015 et composé de deux parties, qui constitue leur proposition unifiée ? » Le premier document est intitulé « Réformes pour la réussite du programme actuel et au-delà », et le second « Analyse préliminaire de la soutenabilité de la dette ».

 

 

 

 

Catégories: Economie, Europe, Opinion
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