Adonis ou une voix du vent syrien

15.05.2014 - Sylvène Baroche

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Adonis ou une voix du vent syrien

Crédit photo : kristianstadb.

Adonis, nom de plume d’Ali Ahmed Saïd Esber,  nous livre ici quelques propos sur la tragédie que vit aujourd’hui son pays, la Syrie.
Selon lui, une véritable révolution dans le monde arabe ne peut avoir des chances de réussite que sur « des bases laïques ».
Ce poète et traducteur, « l’un des plus grands poètes arabes vivants » né le 1er janvier 1930, à Qassabine en Syrie, dans une famille modeste, publie à dix-sept ans un poème en empruntant au dieu phénicien Adonis, symbole de la renaissance végétale, son pseudonyme auquel il restera fidèle. Il a à son actif de très nombreux prix littéraires, en France, en Italie, en Turquie et au Liban. A 84 ans, le doyen des poètes arabes, qui publie depuis près de 70 ans, continue de cheminer sur la voie de la rébellion. Exilé de son pays depuis quelques trente années, il enseigne à la Sorbonne et est aussi membre de l’UNESCO.

Pressenza : Adonis, les poètes chantent presque toujours la paix. Comme peut-on chanter la paix dans votre pays?
Adonis : On continue de la chanter. Il convient perpétuellement de chanter la paix. La poésie en elle-même veut dire Paix. Elle ne doit pas être un instrument ni un outil pour faire passer des choses. En aucun cas. La poésie ne prêche pas. Elle chante comme une fleur chante son parfum. C’est comme l’amour. C’est un chant de la vie, du cœur, du corps.

P. : Dans votre discours à Genève,  lors de la Conférence Internationale sur la Syrie démocratique qui a eu lieu en janvier dernier, vous avez souligné la nécessité de la cohérence des buts avec les fins. Pouvez-vous nous préciser cela?
A. : On ne peut pas au nom de l’Amour se faire des ennemis. Donc s’il y a un but humain, le moyen pour y parvenir, pour arriver à cette fin, doit être humain. Il n’y a pas de séparation entre les buts et les moyens. Ce qui a créé cette déformation c’est la politique, les intérêts, les puissances économiques. Jamais un but ne justifie la violence !

P. : Comment espérez-vous que la question  syrienne puisse se résoudre ?
A. : Je critique sans concession le système religieux islamique complètement sclérosé qui s’est imposé partout. Aucune reconnaissance de la diversité, de l’altérité.
Dans une société fondée sur la discrimination, dans laquelle politique et religion sont fondamentalement liées, comment avancer ?  C’est totalement l’inverse de l’idée même de la révolution. On est en train de détourner totalement le thème même de révolution. Les soi-disant révolutionnaires sont liés organiquement à la politique étrangère. Il faudrait un système laïque. C’est d’une révolution laïque, non-violente dont le pays a besoin.
Les nouveaux horizons s’ouvriraient alors et la vie humaine serait au cœur de tout.  L’homme recouvrerait ainsi sa liberté.  Parce que ce qu’il se passe là c’est une révolution antirévolutionnaire. Les opposants et le régime, tout cela est dans le même panier.
L’Islam exclut, ne reconnait pas ce qui lui est opposé.  Il n’y aura pas, il n’y aura jamais de Droits de l’Homme en Syrie tant qu’il n’y aura pas de séparation entre la religion et l’Etat.  Aujourd’hui, en Syrie, un chrétien ne peut évidemment pas être au pouvoir. Et n’a pas les mêmes droits qu’un musulman. Est-ce normal ?
C’est une société inconcevable. Toute conception tolérante est aujourd’hui exclue. C’est un pays qui n’a pas même une constitution. C’est l’exclusion de tout un peuple dont il est question aujourd’hui.
Et la France cautionne. Et les Etats-Unis appuient !  Mais comment peut-on concevoir qu’un pays fasse alliance avec un pays comme la Syrie qui n’a pas même une constitution ! La mémoire religieuse… Le conflit entre les arabes et les juifs… On vit cet amalgame entre beaucoup de peuples. Il n’y a plus de logique et plus aucune éthique.

P. : Adonis, pour conclure, qu’aimeriez-vous dire à tous ceux qui nous lisent ?
A. : Nous avons et de manière indéfectible besoin les uns des autres. Absolument . Je dois m’occuper de l’autre. Il est fondamental. Il passe avant moi. Nous devons vivre dans cette atmosphère-là. On doit aussi être attentifs : percevoir comment le mensonge est partout, comment il s’immisce, comment il nous submerge. Notre vie quotidienne c’est aussi notre culture. Nous devons faire attention à tout ce qui circule comme idées, être vigilants, être attentifs… Je suis optimiste quant au long terme. L’être humain est incroyable. Mais le moment que nous vivons aujourd’hui est difficile. Très difficile. Je n’ai pas de message à faire passer. Je souhaite juste que chacun aille au plus profonde de lui-même car c’est là qu’est sa vérité.
N’a-t-il pas dit : « je marche vers moi et vers tout ce qui vient » ?

 

 

 

Catégories: Droits humains, International, Interviews, Moyen Orient, Nonviolence, Opinion, Paix et Désarmement, Politique, Thème
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