Libre circulation des personnes : les êtres humains se transforment en marchandise; cela n’est pas acceptable

Par Henriette Hanke Güttinger

Suite au vote concernant la libre circulation des personnes en Suisse [Février 2014, NdE], les médias de masse stigmatisent le peuple suisse dans des commentaires stupides accompagnés des adjectifs «racistes», «xénophobes» ou «craintifs». Les commentaires intelligents qui illustrent les dessous économico-politiques de la libre circulation des personnes ne sont au contraire passés sous silence.

La libre circulation des personnes est l’un des trois piliers du néolibéralisme ou, en d’autres termes, de la mondialisation. La libre circulation du capital, des marchandises et des personnes a provoqué depuis Thatcher/Reagan un désastre sans précédent. Il y a plusieurs années, j’ai entendu à la radio Deutschlandfunk l’interview d’un jeune ouvrier allemand qui observait un chantier à Berlin. Il n’avait pas de travail. Les ouvriers sur ce chantier étaient tous Polonais, ils trimaient pour des salaires de misère, vivaient dans des baraques et leurs familles se trouvaient en Pologne …

C’est cela, la libre circulation des personnes : les êtres humains se transforment en marchandise qu’on peut librement transférer là où le profit est le plus grand. L’argument que la mondialisation apporte la prospérité à tous est un mythe mortel.

Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation, décrit cela clairement dans son livre «Destruction massive. Géopolitique de la faim». (Editions du Seuil) tout comme Jean Feyder dans «La faim tue» (L’Harmattan). L’Europe est un projet néolibéral, ce que cela apporte aux populations, nous le voyons à satiété: paupérisation en Grèce, des milliards pour les banques (MES), HartzVI en Allemagne etc., etc. …
Il faut absolument une réorientation: les économies nationales doivent de nouveau être limitées dans le monde entier. Il faut que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes soit mis en application dans tous les domaines, tant politiques qu’économiques. C’est dans ce contexte que se place la décision du souverain suisse de limiter la libre circulation des personnes.

Ce que Guillaume Tell, notre héros national, a dû faire autrefois avec son arbalète, le citoyen moderne le fait à l’aide de son bulletin de vote. La haute finance est épouvantée par cela. Voilà la raison pour laquelle on tape sur la Suisse avec ces arguments débiles. Sinon, les autres peuples européens pourraient suivre l’exemple! Il faut donc, par tous les moyens, empêcher que les peuples européens puissent participer aux décisions politiques, sinon ils pourraient eux aussi déposer un veto dans l’urne. Pour pouvoir continuer à augmenter les profits, il faut éliminer toute souveraineté des peuples et les placer uniquement sous le joug de la Commission européenne …
Outre la Suisse, on pourrait aussi s’orienter sur les Etats de la Communauté des Etats latino-américains et caraïbes (CELAC): les 33 Etats d’Amérique latine se libèrent du joug des Etats-Unis et se déclarent région zone de paix.

Source : http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4214