Pressenza interviewe Marcel Claude

31.07.2013 - Santiago du Chili - Juan Carlos Cartagena

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien

Marcel Claude et Tomás Hirsch – Photo Pressenza

« Si notre société désire être démocratique, elle doit être une société informée ; si elle ne l’est pas, alors il sera très difficile pour le peuple d’exercer sa souveraineté », affirme Marcel Claude Reyes, pré-candidat présidentiel chilien.

Cette conversation avec le chef du mouvement Tod@s a La Moneda concernait le rôle des médias 40 ans après le coup d’État de 1973, dans une société qui se dit elle-même démocratique ; Reyes met l’accent sur l’action de l’État à ce sujet :

« Le rôle des médias doit passer par la décision politique de l’État de mettre fin à cette situation hégémonique : la première chose à faire est d’en finir avec le financement du duopole par l’État : ils ne devraient jamais recevoir plus de financement publicitaire de l’État. Ces ressources devraient être investies dans des médias indépendants. Cette seule décision démocratiserait les communications, car il ne s’agit pas d’une petite somme : c’est une source de financement importante pour le duopole. »

Dans ce but, quelles actions concrètes appliqueriez-vous ?

 J’enlèverais à La Tercera (un des principaux quotidiens au Chili) le Journal officiel, et je le confierais à un groupe indépendant du duopole. De plus, l’Etat doit investir dans des médias locaux, indépendants, régionaux, universitaires. Tous les fonds dont l’Etat dispose actuellement, et qui reviennent au duopole, doivent être replacés dans la presse indépendante. Au niveau de la télévision, je rendrais à la télévision nationale son rôle de média public, je rendrais la chaîne 11 à l’Université du Chili, que je tâcherais de faire devenir une station universitaire. Nous ne devons pas permettre que des groupes économiques disposent de médias : pour moi, c’est l’une des pires décisions qui puissent être appliquées dans une société qui se veut démocratique. Remettre le contrôle de l’information à ceux qui souhaitent contrôler la société, je trouve cela inacceptable.

Quel lien faites-vous entre ce que vous venez de dire et vos récentes interviews sur divers médias ?

Les médias sont destinés à servir d’écho aux intérêts et à la pensée de la caste dirigeante (« establishment »), du pouvoir de fait ; ils assument une conduite peu démocratique, et ils ne sont pas seulement une caisse de résonnance de l’oligarchie. Mon expérience avec les journalistes m’a appris qu’eux cherchent à devenir un contrepoint de l’opinion du pouvoir. D’habitude, les journalistes ne parlent pas en suivant l’opinion publique, ne disent pas ce que les gens peuvent penser, ni ce que dit le sens commun, ni des conversations quotidiennes de tous les jours : ils parlent en suivant les intérêts des propriétaires des médias. D’une certaine façon, ils font office de mur de retenue, d’intermédiaires entre le pouvoir et les citoyens ; en définitive, ils ne sont pas indépendants. Si notre société désire être démocratique, elle doit être une société informée ; si elle ne l’est pas, alors il sera très difficile pour le peuple d’exercer sa souveraineté.  C’est ce qui s’est passé durant ces quarante années : si vous vous demandez quel est le mécanisme de contrôle et de domination le plus efficace que les maîtres de ce pays ont appliqué sur la société chilienne, c’est le contrôle des médias. La Concertation des partis pour la démocratie (coalition de partis politiques chiliens du centre et de la gauche) a investi pendant 20 ans dans le duopole, sans créer de nouveaux types de médias ni renforcer l’éducation publique ; elle n’avait besoin d’aucune loi : tout ce qu’il lui fallait, c’était une décision politique.

Concernant le quotidien disparu, « La Nación », est-ce qu’il revient dans les kiosques sous un nouveau visage ?

 Il devrait être réédité dans un autre but, différent d’avant, orienté vers la vente et avec peu de pages : un quotidien à caractère public qui ne dépende ni de l’Etat ni du président de la République, mais d’un programme de grande représentation sociale et politique, qui tourne dans un but public non lucratif et que l’Etat. Je ne sais pas en revanche s’il faudrait garder le même nom.

 Notre société pourra-t-elle vivre un avant et un après ces quarante années ?

Bien des choses se sont passées depuis 1973. Nous vivons une punition permanente. Toi l’ouvrier, tu as voulu vivre avec dignité : alors débrouille-toi avec le salaire minimum. Toi l’étudiant, tu voulais devenir leader, penseur et critique : alors paye un crédit jusqu’à tes cinquante ans. Il est possible que cette année, 40 ans après le coup d’Etat militaire, il y ait un avant et un après qui dépendra de ce que nous serons capables de faire en politique, s’il y aura une renaissance de la vie politique au Chili. J’ai la certitude totale et absolue que cette année, il va y avoir une surprise politique magistrale. Cette candidature est déjà une surprise, car elle réveille des émotions très fortes et puissantes, mais en même temps, elle dérange comme un caillou dans la chaussure : et nous, nous espérons que ça fasse l’effet d’un rocher dans la chaussure. Nous allons bâtir un nouveau mode de politique, que le gouvernement ne pourra pas ignorer ; nous aurons le pouvoir politique pour mobiliser le Chili ; nous allons générer des faits politiques dont ils ne pourront pas se passer. Soit nous remportons l’élection présidentielle, soit nous entrons dans l’arène politique en occupant une part importante du territoire, ce qui signifie qu’ils ne pourront plus dévaloriser les travailleurs, les étudiants et les minorités sexuelles, après ces 40 dernières années.

C’est pourquoi je pense nous sommes en pleine croissance : le mouvement Todos a La Moneda croît avec son auto-convocation au niveau communal et régional pour générer ses propres propositions politiques.

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Traduction de l’espagnol : Thomas Gabiache

 

 

Catégories: Amérique du Sud, Culture et Médias, Interviews, Politique
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