« On peut changer les choses, mais chacun doit jouer son rôle » : Interview avec Federico Pizzarotti, maire de Parme

16.06.2013 - Olivier Turquet

Cet article est aussi disponible en: Anglais, Italien

 

Le vendredi 25 mai 2012, Federico Pizzarotti fut proclamé maire de Parme, et devenait le premier maire de grande ville à représenter le « Mouvement 5 étoiles ». Il est le plus jeune maire de cette ville et, comme le dit sa biographie officielle, l’un des fondateurs du « Mouvement pour la décroissance heureuse » ; en outre, il s’est longtemps engagé dans la culture, dans les œuvres sociales et dans le sport. Son élection a fait beaucoup de bruit, et tous les médias avaient les yeux rivés sur Parme ; on disait de tout et son contraire. Puis, comme pour les médias grand public, ce maire gênant a été plutôt oublié…

 

M. Pizzarotti, êtes-vous content que le cirque médiatique vous ait oubliés, vous et Parme ?

Si par « cirque médiatique », vous faites référence à la présence constante de la télévision nationale, alors je dirais que l’Italie n’a pas oublié Parme. Au moins une ou deux fois par semaine, on a toujours à la télévision des informations au niveau national. Il faut s’y habituer. Sans toute cette attention portée sur nous, nous travaillerions sûrement avec plus de tranquillité.

Votre Conseil municipal a été au pouvoir pendant un an. Faisons le point sur la situation : qu’avez-vous accompli, et que vous reste-t-il à accomplir ?

Le bilan est positif, et ce malgré la grande dette ainsi que la crise de confiance en politique, due à l’arrestation de l’ancien maire et d’une partie des membres du Conseil. Pour résumer, nous avons succédé aux commissaires extraordinaires à un moment où l’opposition était déterminée à requérir une certaine procédure à un moment de déclin pré-économique. Nous nous sommes opposés à cela, et nous avons bien fait : nous avons pu non seulement éviter la banqueroute, mais nous avons également achevé le bilan avant toutes les autres municipalités, avec un surplus en actif de 16 millions d’euros. De plus, nous nous sommes chargés de la dette de 840 millions d’euros et l’avons rabaissée à 200 millions d’euros. Il nous reste encore beaucoup de travail à faire, mais dans l’ensemble, nous sommes satisfaits.

La question de l’incinérateur était l’un des chevaux de bataille de votre campagne électorale. On en a vu de toutes les couleurs : pourriez-vous nous expliquer à quel point nous en sommes à ce sujet ?

Si j’avais eu le pouvoir d’y mettre fin rien qu’en signant en bas d’une feuille, je l’aurais fait dès le premier jour. Malheureusement, la situation est plus compliquée que ça, et la commune de Parme n’a pas le pouvoir objectif de fermer l’incinérateur. Il a en revanche le pouvoir d’y faire obstacle avec des politiques d’expansion de la collecte sélective des déchets : bref, en l’affamant. Et c’est ce que nous sommes en train de faire. Nous croyons encore en une gestion des déchets qui tienne compte de la sauvegarde de l’environnement : c’est une de nos lignes directrices qui nous distingue de tous les autres partis.

Vous faites partie du « Mouvement pour la décroissance heureuse » : qu’est-ce qu’un maire peut faire de plus pour appliquer concrètement les idées de décroissance ? Comment faites-vous à Parme ?  

Tout d’abord, les changements, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Cela requiert du temps, de la persévérance, et surtout la volonté de créer une nouvelle culture de conduite. Comme exemples de décroissance heureuse immédiatement applicables, on trouve les potagers sociaux ainsi que les marchés ne vendant que des produits locaux (nous en avons déjà ouvert deux). Cela dit, pour régler d’autres problèmes, il nous faut plus de temps : nous pouvons et devrions donner aux gens les moyens de lancer un nouveau genre de paradigme social – en l’occurrence, la décroissance. La décroissance implique de donner plus de valeur à des atouts intangibles, ceux qui produisent du bien-être, et accorder moins de valeur aux biens matériaux et aux produits de consommation.

La participation des citoyens est une force du « Mouvement 5 étoiles » : que faites-vous pour les y encourager à Parme ?

Nous faisons beaucoup, comparé aux dernières administrations. En un an, nous avons encouragé plus de 40 réunions publiques où le Conseil et les citoyens discutent ensemble des problèmes liés à Parme : la dégradation, la sécurité, la politique de logement, l’environnement et bien plus. L’idée, c’est de restaurer la confiance dans la ville, égarée après une période de mauvaise administration, et sur laquelle s’est également étendue l’ombre de la corruption. La participation des citoyens est un bon antidote pour la démocratie et pour avoir davantage confiance envers les institutions.

J’estime que la vraie politique devrait repartir aux fondements mêmes de la société. Êtes-vous d’accord ? Devrions-nous, par exemple, conférer plus de pouvoir sur le territoire aux quartiers et aux circonscriptions ?

Comme je l’ai dit, je suis d’accord pour recommencer à partir des fondements de la société. La clef du développement d’une ville, ce sont ses citoyens. C’est pourquoi nous promouvons un long processus de démocratie de proximité. C’est une politique que l’on ne peut pas appliquer du jour au lendemain, car en premier lieu, il est nécessaire d’éliminer un facteur culturel gênant : l’idée de toujours déléguer aux « autres » le devoir de prendre soin de notre communauté.

Que se passe-t-il lorsque vous devenez maire en vous appuyant sur une réalité « de mouvement » ? Cela a-t-il changé quelque chose ? Comment est-ce que vous, Federico Pizzarotti, vous vous sentez dans ce rôle-là ? Comment l’interprétez-vous ?

Comparé à avant, ma vie a changé du tout au tout. Je ressens profondément le poids de ma responsabilité, et j’essaye de considérer le rôle de maire avec un esprit civique et institutionnel. Le rôle de la place, qui était jusqu’à hier le rôle du Mouvement 5 étoiles, est devenu un rôle de proposition et de gouvernement. Cependant, cela n’a changé en rien nos idées.

Sur le plan international, beaucoup sont intéressés par ce qui se passe en Italie, et par ce que vous comptez entreprendre : voulez-vous adresser un message à ces gens-là ?

Un message très simple et direct : on peut changer les choses, mais pour cela, chacun d’entre nous doit relever le défi pour jouer son rôle au sein de cette société.

Traduction de l’italien : Thomas Gabiache

Catégories: Europe, International, Interviews, Politique
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