Pousser le verrou du dopage pour ouvrir le XXIème siècle sur une société égalitaire (2/5)

12.02.2013 - Paris - Dominique Béroule

Pousser le verrou du dopage pour ouvrir le XXIème siècle sur une société égalitaire (2/5)
(Crédit image : Le cerveau, vu comme une carte touristique évolutive. Image : Dominique Béroule )

2ème épisode: « Magical Mystery Tour » (chanson célèbre, 1967)

 

Pour mémoire, 1er épisode: « What a wonderful world » (chanson célèbre, 1967) ici :

https://www.pressenza.com/fr/2013/02/pousser-le-verrou-du-dopage-pour-ouvrir-le-xxieme-siecle-sur-une-societe-egalitaire-15/

 

Au pays des modèles de société, plusieurs sites remarquables mériteraient au moins une visite, comme par exemple celui de la Décroissance. Des paysages pittoresques restent en effet à découvrir et à construire ; mais c’est l’envie d’y aller qui fait défaut. Il faut avouer qu’avec leur relief récent parsemé de forêt vierge, ils semblent difficiles d’accès, et surtout moins éclairés que la riante vallée du libéralisme économique, traversée d’autoroutes et dopée aux énergies fossiles. Seul un improbable effort de volonté pourrait y ouvrir la voie d’une aventure moderne, puisqu’aucune agence de voyage, aucun spot publicitaire n’en fait la promotion. Nous soutenons que cette situation trouve son origine dans le fonctionnement intime de chacun d’entre nous, dans les structures profondes de notre cerveau.

Partons donc en excursion dans ces territoires présumés mystérieux, sinon magiques…

Le cerveau ne forme pas un ensemble homogène. Il se compose de plusieurs organes en interaction, aux priorités changeantes, car l’essentiel est de survivre au milieu de prédateurs potentiels. Au moment de traverser la chaussée, le piéton n’envisage pas toutes les manières d’agir pour en déduire finalement ‑ et peut-être trop tard ‑ l’option la plus efficace. En ville, il est conditionné par un signal visuel en marge du passage-piéton : un indice qui peut être qualifié d’« émotionnel » puisqu’il anticipe la récompense d’avoir traversé la route sans encombre. Un tel conditionnement justifie l’existence des émotions, en-dehors du relief qu’elles donnent à la vie, au-delà de l’information qu’elles peuvent véhiculer socialement. Lorsqu’un individu est le siège d’une émotion intense et bien définie telle que la peur, la joie, la colère, le plaisir, les événements vécus peu avant s’en trouvent automatiquement colorés. Cette mémoire en couleurs va être préservée dans un organe capable de « conseil rapide en entreprise ». Ainsi, par la suite, les évènements ou indices prometteurs seront recherchés, ou bien au contraire évités si l’émotion qui les suit parfois est redoutable. Supposons qu’un piéton indiscipliné entreprenne, une baguette sous le bras, de traverser la chaussée tandis que l’indice visuel « piéton à l’arrêt » clignote en rouge sur sa rétine. Frôlé alors par un automobiliste indélicat, il en sera quitte pour la peur… mais pas seulement ; une couleur froide – et même glaciale – va impressionner durablement son plan d’action ‘traverser la rue’ à chaque apparition du signal « piéton à l’arrêt ». Si elle est intense, cette émotion négative va également se propager en arrière vers d’autres objets aperçus avant le traumatisme, comme… la boutique du boulanger qui venait de fournir la baguette !

Dans sa vie quotidienne, l’individu est mu par une quête inconsciente des indices émotionnels annonçant une expérience gratifiante. Dans notre société, l’argent occupe sans doute la plus haute marche sur le podium de ces indices acquis au cours de l’existence. Dans le cerveau, la primauté du réflexe-garant-de-survie est telle que la promesse d’une forte récompense immédiate oriente le comportement plus sûrement que la connaissance de déficits ultérieurs avérés, comme en témoigne la dépendance à une drogue. La prise de drogue compense temporairement une sensation de malaise. Chez certaines personnes, la drogue provoque un déséquilibre chimique qui régénère le malaise après le plaisir, encourageant une nouvelle prise de drogue. Bienvenue en dépendance.

Sur la carte formée par l’organe sensori-moteur du cerveau, qui détermine les décisions et les actions d’un individu, une sensation de manque va modifier le classement des sites touristiques. Imaginons une carte cérébrale extrêmement dynamique, dont le contenu s’étende et se remodèle au cours de la vie, y compris la taille de ses voies de circulation. Le contrôle du trafic consisterait en l’élargissement momentané des routes conduisant aux endroits adaptés à la situation courante, depuis des panneaux indicateurs d’origine émotionnelle. La carte d’un individu affamé verrait se transformer en autoroutes les voies menant à des restaurants, tandis que les autres sites d’intérêt touristique perdraient temporairement leurs panneaux indicateurs et deviendraient seulement accessibles par d’étroits chemins, en attendant la satiété, le retour à l’équilibre. Si le touriste devient insatiable, il aura tendance à emprunter les portions d’autoroute qui peuvent le conduire à une forte récompense, négligeant toute la richesse et la diversité du reste de la carte, renonçant de ce fait à l’étendre par apprentissage. Le phénomène est donc d’autant plus grave que l’organisme est jeune ; chez lui, une addiction épuise en effet le temps normalement consacré à la construction intensive de nouveaux paysages. Par ailleurs, les tendances impulsives sont d’autant plus favorisées que les indices émotionnels (signaux du passage-piéton, devanture de boulangerie,…) sont distribués largement sur la carte touristique. L’interdiction d’un dopant tend à limiter les lieux et les moments où celui-ci est consommé (ex : en fin de soirée, dans la chambre d’hôtel d’un coureur du Tour de France). La cigarette engendre au contraire une des dépendances les plus difficiles à réduire, autant par le déséquilibre chimique cérébral provoqué par ses composants, que par la diversité et la fréquence des endroits où elle est fumée, y laissant à chaque fois une trace émotionnelle positive. Le téléphone portable possède également cette caractéristique, puisqu’il est utilisable et transportable partout, par définition. De même, l’automobile est-elle largement répandue sur les cartes touristiques de notre mémoire. Avec la diminution globale des télécommunications et des transports publics, il est remarquable que ces dopants fassent aujourd’hui partie du paysage, après avoir influencé le routage de cartes plus anciennes. Les dopants accessoires d’hier sont devenus les utilitaires d’aujourd’hui.

D’après certains chercheurs, le contrôle de l’extension de la carte cérébrale et de la taille de ses routes dépendrait d’une autre carte, plus grossière, souterraine, capable d’associer des indices de l’environnement aux émotions susceptibles de les suivre. Le débit de rivières souterraines y serait automatiquement modulé par un autre organe plus profond, chargé de détecter les indices émotionnels. L’origine souterraine, inconsciente, de ces structures cérébrales anciennes serait obligatoire, puisqu’elles travailleraient « dans l’avenir », anticipant les éventuelles récompenses et punitions du futur, tandis que la carte touristique sensorimotrice serait affectée au présent. Instantanées et inconscientes, les envies impulsives de consommation et l’emprise de l’argent sur nos comportements deviendraient quasi-irrépressibles, une fois acquis les conditionnements d’une société marchande.

Guérir malgré tout de nos dépendances comme de nos évitements aurait pour effet d’aplanir les crevasses profondes et les pics inaccessibles de nos cartes cérébrales, ainsi qu’à y éviter l’extension d’autoroutes. On retrouverait alors la faculté de construire et d’explorer des sites remarquables, y compris de nouveaux sommets de vie collective.

 

Prochain épisode: « Money, money, money » (chanson célèbre, 1976)

Catégories: Ecologie et Environnement, Opinion
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