Menace bien présente et grand danger

20.01.2013 - MOYEN ORIENT - Tony Henderson

Cet article est aussi disponible en: Anglais

Menace bien présente et grand danger

“Comme l’ont démontré de nombreux sondages, bien que les citoyens des pays arabes aient pour la plupart une aversion pour l’Iran, ils ne le considèrent pas comme une menace vraiment sérieuse. Ils perçoivent plutôt la menace comme venant d’Israël et des Etats-Unis ; et beaucoup, parfois même une majorité considérable, voient les armes nucléaires iraniennes comme un contrepoids à ces menaces », déclare Noam Chomsky dans son article « La plus grande menace à la paix dans le monde », paru dans le New York Times en date du 5 janvier 2013.

The Wall Street Journal a observé dans son reportage à propos du dernier débat de la campagne électorale américaine pour la présidentielle, au sujet des politiques étrangères, que « l’ Iran a été le seul pays mentionné davantage (qu’ Israël)  au cours du débat, étant considéré par la plupart des états du Moyen Orient comme la plus grande menace à la sécurité de la région » et les deux intendants étaient d’accord sur le fait qu’un Iran atomique représenterait la plus grande menace pesant sur le Moyen Orient en question – et sur le monde entier, selon les dires de M. Romney, qui a ressorti le point de vue traditionnel adopté par les Etats-Unis.

M. Chomsky affirme que l’article du Wall Street Journal, ainsi que ceux d’innombrables journaux  sur la question de l’Iran, laissent des questions importantes sans réponses, parmi elles : Qui exactement voit l’Iran comme la plus grande menace ? Et qu’est ce que les Arabes (ainsi que la plupart du globe) pensent qu’il puisse être fait à propos de cette menace – si telle est vraiment la façon dont ils perçoivent l’Iran ?

D’après lui, il est facile de répondre à la première question, c’est que la “menace iranienne” est avant tout une obsession occidentale, partagée aussi par les dictateurs arabes, mais pas par les populations arabes.

“Comme l’ont démontré de nombreux sondages, bien que les citoyens des pays arabes aient pour la plupart une aversion pour l’Iran, ils ne le considèrent pas comme une menace vraiment sérieuse. Ils perçoivent plutôt la menace comme venant d’Israël et des Etats-Unis ; et beaucoup, parfois même une majorité considérable, voient les armes nucléaires iraniennes comme un contrepoids à ces menaces ».

Chomsky a constaté qu’en 1998, le Général Lee Butler, ancien chef du Commandement Stratégique disait  qu’ «  Il est extrêmement dangereux, au beau milieu du chaudron des animosités que l’on nomme Moyen Orient, qu’une seule nation, Israël, ait un puissant arsenal d’armes nucléaires, cela insuffle l’envie chez les autres nations d’en faire autant. »

Bien que Butler ait été un éminent concepteur de la stratégie américaine de dissuasion nucléaire, il a écrit, dès 2002, qu’il s’agissait de « la recette pour une véritable catastrophe », et il a appelé les Etats-Unis et les autres puissances nucléaires à s’engager avec raison dans le Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires (TNP) et à faire des efforts convaincants pour venir à bout du fléau que sont les armes nucléaires.

Chomsky souligne que les nations ont l’obligation légale de poursuivre sérieusement de tels efforts ; en référence à la décision prononcée en 1996 par la Cour Internationale selon laquelle : « Il existe une obligation de poursuivre en toute bonne foi et d’amener à une conclusion les négociations qui conduiront au désarmement nucléaire sous toutes ses formes et sous un contrôle international strict et efficace. » Cependant, en 2002, l’administration de George W. Bush déclarait que les Etats-Unis n’étaient soumis à aucune obligation !

Au sein de la communauté internationale des détenteurs de l’opinion, il semble qu’une majorité partage les points de vue arabes en ce qui concerne la menace iranienne. En fait, le Mouvement des Non- Alignés a vigoureusement appuyé le droit de l’Iran à s’enrichir en uranium, notamment il y a peu de temps lors de son sommet à Téhéran en août 2012.

L’article de Chomsky  s’attarde aussi sur le fait que l’Inde, pays le plus peuplé des Non- Alignés, a élaboré des moyens de passer outre les sanctions financières globales contre l’Iran observées par les Etats-Unis. Ainsi, les projets de l’Inde progressent en ce qui concerne l’établissement d’une liaison entre le port iranien de Chabahar (rénové grâce à l’aide des Indiens) et l’Asie centrale, liaison qui passerait par l’Afghanistan. Les relations commerciales entre les deux pays ne cessent d’augmenter et s’il n’y avait pas les pressions incessantes des Etats-Unis à travers des sanctions de complaisance, les relations entre l’Inde et l’Iran seraient probablement bien meilleures et en constante progression.

Concernant la Chine, qui a un rôle d’observateur dans le Mouvement des Non- Alignés, c’est à quelque chose près la même situation. Tandis qu’elle élargit elle aussi ses projets de développement vers l’ouest, notamment avec le projet de reconstitution de l’ancienne route commerciale allant de la Chine jusqu’en Europe – la fameuse « Route de la Soie » – les trains à grande vitesse vont constituer pour la Chine des connections plus efficaces avec l’Asie Centrale, jusqu’au Kazakhstan et même au-delà, certainement pour enfin atteindre le Turkménistan et ses riches ressources d’énergie. Un lien avec l’Iran et des extensions vers la Turquie et l’Europe seront également construits à coup sûr, à plus long terme.

Chomsky rappelle à ses lecteurs que la Chine a également pris le contrôle du grand port de Gwadar au Pakistan, permettant ainsi d’obtenir du pétrole provenant du Moyen Orient tout en évitant les détroits d’Ormuz et de Malacca, qui sont non seulement trop encombrés mais aussi sous le contrôle efficace des Etats-Unis. Le pétrole brut importé d’Iran, des états du Golfe Arabe et d’Afrique peut ainsi être acheminé par voie terrestre vers le nord-ouest de la Chine grâce au port pakistanais.

Assez parlé de toutes ces implications stratégiques des divers pouvoirs en quête de pétrole et de gaz pour maintenir leur développement et assurer leur puissance économique, mais qui mentent aussi à propos de la source même de la problématique nucléaire – les réserves d’énergie, où elles se trouvent et qui en contrôle l’accès. En solutionnant les peurs qui y sont associées, les nations en concurrence assoupliraient leurs postures agressives. Cela nous amène à la visée principale de cet article – la réduction des armes nucléaires de façon multilatérale.

Il n’a pas échappé à l’attention de ceux qui prennent position un peu partout dans le monde en faveur de l’élimination des armements nucléaires comme un premier pas vers une réduction générale des armes que l’Iran fait actuellement de plus en plus d’efforts à ce sujet. Malgré cela, les commentaires occidentaux persistent à croire qu’un tel processus ne peut être qu’une tentative de poudre aux yeux lancée à la face du monde et ils continuent de blâmer et on peut même dire de diaboliser l’actuel président de la République Islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad.

Du point de vue des protagonistes de la paix à tout prix, on a bien remarqué qu’au sommet de Téhéran en août 2012, le Mouvement des Non- Alignés  a réitéré la proposition de longue date qui consiste à réduire ou même à mettre fin aux armes nucléaires au Moyen Orient en y établissant une zone dépourvue d’armes de destruction massive. Ils s’accordent ainsi avec Chomsky qui déclare que « faire des efforts dans ce sens est clairement la façon la plus simple et la moins coûteuse de venir à bout des menaces.  C’est presque la Terre entière qui les soutient sur ce point. »

Il y a eu une opportunité d’avancer sur cette question en décembre 2012 lorsqu’une conférence internationale a été planifiée à propos de la réduction d’armes à Helsinki, en Finlande. La dite conférence a bien eu lieu, cependant seuls les ONG y ont participé et c’était d’ailleurs une conférence alternative organisée par l’Union pour la Paix de Finlande. La conférence internationale de « l’élite » a quant à elle été annulée par les Etats-Unis peu de temps après que l’Iran ait accepté d’y participer. Ce revirement de la part des Etats-Unis a eu lieu juste après qu’on ait su qu’Israël refusait de participer à la conférence. Comme le fait remarquer Chomsky : « les Etats-Unis n’accepteront jamais des mesures qui placerait les équipements nucléaires israéliens sous inspection internationale. De même que les Etats-Unis ne divulgueront aucune information sur la nature et l’étendue des activités et des équipements nucléaires israéliens. »

A la suite de ces évènements, les militants de la paix ont accueilli avec joie la déclaration dans les médias indiquant que “le groupe Arabe et les états membres du Mouvement des Non-Alignés étaient d’accord pour continuer à faire pression afin qu’ait lieu une conférence sur l’établissement au Moyen Orient d’une zone dépourvue d’armes nucléaires et de n’importe quelles autres armes de destruction massive ».

En décembre 2012, l’Assemblée Générale des Nations-Unies a fait passé une résolution appelant Israël à rejoindre le Traité de Non-Prolifération du nucléaire, 174-6. Chomsky nous rappelle que ceux qui s’y sont opposés en votant NON constituent « le contingent habituel : Israël, les Etats-Unis, le Canada, les îles Marshall, la Micronésie et les Palaos ». Il a également porté à l’attention des lecteurs que seulement quelques jours plus tard, les Etats-Unis menaient des essais d’armes nucléaires, en ayant encore une fois interdit la présence d’inspecteurs sur leur site d’expérimentation au Nevada. L’Iran a protesté, tout comme le maire d’Hiroshima et les groupes pacifistes japonais.

L’établissement d’une zone dépourvue d’armes nucléaires requiert bien entendu la coopération des puissances nucléaire du Moyen Orient, Etats-Unis et Israël inclus. Ceux-ci restent pourtant les éternels réfractaires au projet. La situation est identique dans des zones semblables en Afrique et dans le Pacifique où l’on attend indéfiniment la mise en place de telles applications à cause des Etats-Unis qui insistent pour maintenir et moderniser les bases équipées en armement nucléaire sur les îles qu’ils contrôlent.

Pendant que les ONG se réunissaient pour leur réunion alternative à Helsinki, un dîner se déroulait à New York sous les auspices de l’Institut Washington pour la Politique au Proche Orient, rejeton du lobby israélien. D’après un reportage enthousiaste dans ce que Chomsky considère comme la revue « Gala » de la presse israélienne, « Dennis Ross, Elliott Abrams et plusieurs autres ‘anciens conseillers supérieurs d’Obama et de Bush’ ont promis à l’assemblée que ‘le président attaquerait (l’Iran) l’année prochaine si la diplomatie ne portait pas ses fruits’ – voilà un bien joli cadeau de Noël. »

Ce qui tient le tout en équilibre – à ce stade du processus d’évolution où l’humanité pourrait se libérer une bonne fois pour toutes de ce regard fixe et hypnotique qu’elle porte sur le cycle interminable de violence généré par le monde des guerres et de la puissance nucléaire – , c’est le manque d’informations objectives qui parviennent jusqu’aux oreilles des citoyens américains moyens. Sans cela, l’électeur ou l’électrice ordinaires peuvent difficilement prendre conscience des alternatives existantes et de la manière donc la diplomatie a une fois de plus échoué, et alors commencer à remettre en question le gouvernement et les parties politiques. Comme l’affirme Chomsky à la fin de son article, « Pratiquement aucune information ne circule aux Etats-Unis sur le sort livré à la proposition de solution la plus évidente pour régler « la plus grande menace » – c’est-à-dire établir une zone dépourvue d’armes nucléaires au Moyen Orient. »

Un autre point de l’actualité qui vaut la peine d’être mentionné est la requête d’Al Jazeera  d’obtenir un Bureau Nord Américain pour assurer toute la couverture de l’information aux Etats-Unis – bonne chance Al Jazeera !

Noam Chomsky est l’auteur de plus de 150 livres et a retenu une attention mondiale avec ses points de vue.

 

Traduction de l’anglais : Julie Godard

Catégories: International, Moyen Orient, Paix et Désarmement
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