Protestation, répression et non-violence en Grèce

09.12.2012 - Athènes - Kostas Klokas

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Protestation, répression et non-violence en Grèce
(Crédit image : Dimitris Bouras)

Par : Marianella Kloka et Kostas Klokas de ‘Un monde sans guerre Grèce’

Puisque des protestations avaient commencé en Espagne, les Athéniens se mirent à manifester dans le Syntagma Square le 25 mai 2011. D’autres manifestations furent également organisées dans plus de 30 villes à travers tout le pays. Nous avons passé plus d’un mois à nous rejoindre tous les jours à l’entrée du square, en de larges foules ; on y organisait des assemblées ouvertes pour la démocratie directe. Des réunions publiques eurent lieu pendant environ deux mois.

Le 29 juin, il y eu un débat au Parlement dans le but de signer le « Pacte de Stabilité », un accord entre le premier et le second mémorandum. Celui-ci allait causer une lourde perte sur nos revenus et mettre des actifs de notre économie nationale très importants en grand danger. La mobilisation fut énorme. Des centaines de milliers de manifestants se retrouvèrent dans les rues avec pour ferme intention d’agir de manière non-violente. Et pour la première fois, la police grecque montra sa véritable identité : des douzaines de manifestants se sont retrouvés à l’hôpital à cause des grosses quantités de gaz lacrymogène utilisées, une marche à laquelle participaient retraités, jeunes adultes, parents et enfants, … a été violemment interrompue.
A la fin de l’été 2011, il y avait des assemblées ouvertes dans divers quartiers, la plupart autour du centre d’Athènes. Se sont renforcés de très intéressants efforts de non-coopération et de solidarité entre les gens : banque de temps, trocs, refus de payer des taxes supplémentaires intégrées dans les factures d’électricité, échange de ticket pour les transports en commun, collectes de nourriture et de vêtements pour un nombre grandissant de personnes sans domicile, etc…

Pendant ce temps, nous avions une coalition gouvernementale non élue de 3 partis politiques et un banquier en guise de Premier Ministre. Il conduit le pays dans le second mémorandum qui aurait dû être signé mi-février. Le 12 février 2012, des milliers de manifestants se sont retrouvés à Syntagma Square pour montrer leur opposition aux mesures d’austérité. La police grecque commença à jeter des gaz lacrymogène dès le début de cette manifestation pacifique afin d’empêcher les manifestants d’approcher du Parlement. Puisque ces-derniers souffraient à cause des fumées, ils ont commencé à se retirer pour se protéger et avancer petit à petit. A ce moment-là, nous voyions le point le plus violent depuis décembre 2008, couvert par toutes les chaînes de télévision en Europe, présentant cette manifestation comme violente. Jusqu’alors, nous pensions qu’un mouvement de masse était nécessaire pour montrer notre refus du mémorandum. Lors de ce rassemblement, nous avons pris conscience que ça ne marcherait pas, car l’état par l’intermédiaire de la police grecque et sa brutalité réussirent à y mettre fin. Il était désormais clair que nous devions mettre en place de nouvelles méthodes pour nous battre.
Un mois plus tard, le gouvernement annonça des élections. Le peuple était réconforté, espérait que c’était le moment de montrer à nouveau leur massive opposition via leurs votes. Mais la campagne électorale eut également l’effet  de concentrer les Grecs sur la politique intérieure, utilisant la télévision et y concentrant tous les débats.
Lors des élections de mai 2012, les partis politiques de coalition ont perdu une grande partie de leur pouvoir. Syriza, un parti de droite contre les mesures d’austérité, a gagné près de 17%. Le parti néo-nazi Golden Down est entré au Parlement avec un 7% scandaleux. Ce ne fut pas possible de former un gouvernement. De nouvelles élections ont donc eu lieu 40 jours plus tard, accompagnées par une campagne terroriste menée par les médias dans le but d’effrayer les gens et de les empêcher de voter pour Syriza.

En juin 2012, même si Syriza a atteint 27% des voix, les résultats des élections ont scellé une nouvelle coalition entre partis de droite et de gauche. La Grèce a été menée dans la même direction : mémorandum, asservissement, et tout récemment le massacre de tous les droits du travail.

Le gouvernement de coalition de trois partis a été élu grâce à des promesses jamais tenues et aujourd’hui le chômage non officiel dépasse les 30% (53% pour les jeunes de moins de 25 ans). La société grecque a été économiquement transformée par les difficultés dans son mode de vie. La faim est maintenant courante. Beaucoup d’enfants s’évanouissent à l’école car ils meurent de faim, des milliers de gens sont sans domicile et des millions de personnes se demandent comment ils vont pouvoir se chauffer pendant l’hiver qui approche.
La crise économique a créé un nouveau contexte psychologique dans le pays. Il est clair que l’on «provoque» plus que jamais le choix des gens, entre humanisme et antihumanisme.

Le bloc antihumaniste est incarné par les Nazis de Golden Dawn, qui après les élections de juin ont énormément augmenté leur cruauté et leurs attaques, dirigées surtout envers les immigrants. Naturellement, les politiques, la répression policière et les banques appartiennent au même bloc antihumaniste.

D’un autre côté, un grand nombre d’organisations spontanées montrent l’augmentation de la solidarité, nécessaire pour la survie. Des initiatives liées à la désobéissance civile, à la non-violence active, comme par exemple le grandissant « réseau d’écoles pour la non-violence », montrent que les gens se tournent de plus en plus vers de nouveaux modes d’expression dans les domaines sociaux et personnels.

La majorité des Grecs sont toujours paralysés et inactifs, mais la vitesse à laquelle se passent les choses et le nombre de stimuli venant de l’extérieur change jour après jour le profil du pays.

 

Traduction de l’anglais : Frédérique Drouet

Catégories: Droits humains, Europe, International, Nonviolence, Opinion, Politique
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