Colombie : Piedad Córdoba, une femme d’exception

10.03.2011 - Bogotá - Luis Ammann

Alors que les médias diffusent le fait que Piedad Cordoba ait poursuivi l’État pour 84 millions de pesos, celle-ci le nie formellement.

D’après l’ex-sénatrice, le procureur général de Colombie, Alejandro Ordóñez serait responsable de ces rumeurs. D’ailleurs d’autres rumeurs sans fondement existent : elle aurait un appartement coûteux à Barcelone et un autre à Bogota, elle agirait au nom de Chávez, etc., et, bien sûr – l’accusation principale – elle serait une terroriste secrète des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

« Je suis tellement en colère qu’il ne serait pas honnête de dire que je vais continuer à travailler pour la paix dans le pays », a-t-elle déclaré à la chaîne de radio colombienne RCN. La pression psychologique subie pour le seul motif de croire en la possibilité d’une solution politique à la violence en Colombie et sa lutte pour un accord humanitaire libération de prisonniers des deux camps ont été pour elle une rude épreuve. En octobre 2010, elle exprimait : « Je suis la personne la plus menacée en Colombie. »

Son travail humanitaire a débuté en juillet 2007, à la demande formelle du président Uribe. Elle présentait des rapports précis au commissaire pour la paix Luis Carlos Restrepo, jusqu’en 2010. Si elle a continué à assumer son rôle de médiatrice après sa destitution, c’est parce qu’elle avait la conviction qu’elle sauvait des vies. 20 otages ont été libérés par les FARC grâce au processus de médiation réalisé par Piedad Córdoba. Parmi eux, des politiciens et des soldats ont été libérés à la suite d’opérations humanitaires.
Córdoba, pressentie pour le prix Nobel en 2009 – son promoteur, Adolfo Perez Esquivel, l’a révélé – (prix remporté par Barack Obama) a déclaré : « J’ai souffert toutes sortes de persécutions et je suis presque assignée à résidence puisque je ne peux aller nulle part. Mes enfants et ma famille ont également subi des menaces et des attaques. Nous avons payé un prix très cher. Mais ne vous méprenez pas : malgré tout, je ne vais pas changer d’avis, car il est de plus en plus clair pour moi qu’il y a là un choix entre la démocratie et la guerre. J’ai consciemment pris le chemin de la paix, qui est le même chemin que celui de la démocratie. Ce sont là mes convictions et je ne vais pas les changer pour des motifs de commodité ou pour résoudre les problèmes qui m’accablent. »

En Colombie, depuis un certain temps déjà, mais surtout depuis l’arrivée du président Uribe, la dissidence idéologique est devenue un crime. L’aide militaire et financière des États-Unis a stimulé la recherche de résultats à tout prix ; des jeunes innocents deviennent les « faux positifs » et sont tués par l’armée pour simuler des morts dans des affrontements fictifs, récompensés financièrement. Dans ce contexte, l’action de cette femme était insupportable pour les personnes au pouvoir.

A niveau international, Córdoba présente le problème en ces termes : « Les FARC exécutent des actions qui, dans le droit international humanitaire, constituent des actes de terrorisme, comme les enlèvements. Mais il faut admettre qu’il y a également violation du droit international humanitaire lorsque des agents du gouvernement font disparaître des personnes ou les exécutent sans aucune forme de procès, comme ce fut le cas des faux positifs. Je suis attentive à l’application stricte du droit international humanitaire dans tous les cas. Et c’est là une chose pour laquelle je ne suis pas reconnue. Par exemple, personne ne m’a demandé pourquoi je vais si souvent aux États-Unis ».

Piedad dit ne pas regretter ce qu’elle a fait et ce qu’elle a dit; « je ne me fatigue pas, ajoute-t-elle, même si j’ai payé un prix très élevé en termes de paix et de liberté. »

En 2007, le Nuevo Siglo l’a nommée « Femme de l’année », tandis que le journal El Espectador l’a cataloguée comme l’une des « Personnalités de l’année 2007 ». De plus, en 2007 également, elle a été pressentie pour la présidence de la République. Et elle jouit certainement de la reconnaissance internationale de divers secteurs.

Sa vie constamment mise en danger, elle est à considérer comme persécutée politique. Le gouvernement lui-même avait d’ailleurs ordonné – des documents le prouvant ont été présentés devant les tribunaux – de « la discréditer, d’affaiblir sa crédibilité, de la harceler ». Pourtant, elle ne compte pas quitter la Colombie et affirme «je ne peux me résigner à voir la guerre comme le destin inévitable du pays ».

Même si Piedad suspend les activités menées à ce jour, faute de conditions minimum pour les poursuivre, ses actions sont devenues un exemple de courage et d’humanisme.

Catégories: Amérique du Sud, Opinion, Politique

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