Obama et la nouvelle menace militaire en Indonésie

11.11.2010 - Washington - Amy Goodman

Pressenza – Washington, 11/11/10 – Tandis que les personnes vivant aux alentours du volcan Merapi essayent de sortir des cendres après une série d’éruptions ayant engendré plus de 150 morts, un nuage encore plus noir guette l’Indonésie sous la forme du soutien réitéré des États-Unis au tristement célèbre Kopassus, le commando des forces spéciales du pays. Alors qu’Obama atterrissait à Djakarta cette semaine, le journaliste Allan Nairn www.allannairn.com a publié plusieurs documents secrets du Kopassus, qui montrent le niveau de violence de la répression politique exercée par ce commando spécial des forces armées, désormais, pour la première fois en plus de dix ans, avec le soutien des États-Unis.

Au mois de mars dernier, Nairn révélait les détails d’un programme d’assassinat du Kopassus dans la province indonésienne d’Aceh, province de Papouasie Occidentale. Pour Nairn, la Papouasie Occidentale représente la région “où des dizaines de milliers de civils ont été assassinés et là où le Kopassus est le plus actif… Lorsque les États-Unis ont rétabli l’aide au Kopassus en juillet dernier, ils ont prétexté la lutte contre le terrorisme, mais les documents prouvent que le Kopassus, c’est un fait, poursuit systématiquement les civils » car les civils “sont beaucoup plus dangereux que n’importe quelle opposition armée.”.
Un document fait mention de 15 leaders de la société civile papoue, tous “civils, à commencer par le principal représentant du Synode Baptiste de Papouasie. Parmi les autres, on trouve des pasteurs évangélistes, des militants, des leaders traditionalistes, des législateurs, des étudiants et des intellectuels ainsi que des figures de l’establishment local et le président de l’organisation des Jeunes Musulmans de Papouasie. »

Le Président Obama a vécu en Indonésie entre 6 et 10 ans, suite au mariage de sa mère avec un citoyen indonésien. Obama déclarait à Djakarta cette semaine : “On a dit évidemment beaucoup de choses sur le fait que ce moment représente mon retour là où j’ai vécu enfant… Mais aujourd’hui, je suis là, en tant que Président, pour me concentrer non seulement sur le passé, mais surtout sur le futur, sur l’importante association que nous sommes en train de bâtir entre les États-Unis et l’Indonésie ». Une partie de cette relation implique le renouvellement du soutien au Kopassus, qui avait été refusé plusieurs fois après que les forces armées indonésiennes aient totalement détruit le Timor Oriental en 1999, alors occupé par l’Indonésie, faisant plus de 1400 morts timorais.

Une série de vidéos filmées avec des téléphones portables a été dévoilée en Papouasie. Les vidéos montrent des scènes de torture de la part de personnes semblant appartenir aux forces armées. Dans l’une des vidéos, on voit des soldats brûler les parties génitales d’un homme avec une pique brûlante, lui couvrant la tête d’un sac plastique pour l’étouffer et le menaçant d’une carabine. Une autre vidéo montre un Papou mourir lentement d’une blessure par balle tandis qu’un soldat le filme avec son téléphone portable et se moque de lui, le traitant de « sauvage ».

J’ai parlé avec Suciwati Munir, la veuve du célèbre militant indonésien des droits de l’Homme, Munir Said Thalid, lors de la rencontre des lauréats du Prix Nobel Alternatif, à Bonn (Allemagne). Son époux, fervent critique des forces armées indonésiennes, a reçu le prix peu avant sa mort. En 2004, lors d’un vol à bord de la compagnie aérienne nationale indonésienne, Garuda vers la Hollande, il fut invité en première classe où il fut empoisonné à l’arsenic. Il est mort avant l’atterrissage de l’avion.

Voici le message de Suciwati pour Obama :
“Si Obama s’est engagé envers les droits de l’Homme dans le monde, en particulier en Indonésie, il doit faire attention à la situation des droits de l’Homme en Indonésie. Et la première chose qu’il devrait demander au Président Susilo Bambang Yudhoyono est de résoudre l’affaire Munir. » J’ai demandé si elle voulait rencontrer le Président Obama lors de sa visite en Indonésie, elle a répondu : “Peut-être que oui ou peut-être que non. Oui, pour lui rappeler la situation des droits de l’Homme en Indonésie. No, car l’erreur qu’il a faite en prenant cette décision a perpétué l’impunité en Indonésie. ».
Il s’agit de la troisième tentative du Président Obama de visiter l’Indonésie. La première fois n’a pas eu lieu car il devait rester aux États-Unis pour soutenir la réforme du système de santé. Sa deuxième tentative a dû être annulée en pleine marée noire causée par BP. Cette fois, il y est arrivé, bien que l’éruption du Merapi l’ait forcé à partir quelques heures plus tôt.

À Djakarta, le journaliste Allan Nairn remarquait : “Il est bon de pouvoir retourner là où l’on a été élevé, mais on ne devrait pas apporter des armes en cadeau. On ne devrait pas offrir d’entraînement à des personnes torturant leurs anciens voisins. Obama a dit, lors de sa conférence de presse, qu’il souhaitait se rapprocher du monde musulman. Il a déclaré qu’il y avait eu des malentendus et de la méfiance. Bon, une façon de commencer à se rapprocher des musulmans, mais également des chrétiens, des hindous et des bouddhistes en Indonésie serait de cesser tout soutien des États-Unis à l’armée indonésienne qui a tué des centaines de milliers de civils indonésiens et des civils de l’ancien territoire occupé, le Timor Oriental. Une autre façon de se rapprocher du reste du monde musulman est de cesser d’attaquer l’Afghanistan et l’Irak, d’arrêter les attaques contre le Pakistan, le Yémen, le Kenya et partout dans le monde. Il s’agirait du début d’un véritable rapprochement : mettre fin aux actes criminels. »

Amy Goodman est présentatrice de “Democracy Now!”, émission internationale et quotidienne d’actualités, d’une heure qui émet en anglais sur plus de 550 chaînes de télévision et stations de radio et sur 200 stations en espagnol. En 2008, elle a reçu le prix « Right Livelihood Award », également connu comme le « Prix Nobel Alternatif », accordé par le Parlement suédois.
www.democracynow.org/es
Traduction de Muriel Berne

Catégories: Amérique du Nord, International, Politique

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