Le 1er avril, le collectif Resist.es et Spanish Revolution ont publié un manifeste affirmant que, face à la haine, « la bonté radicale est l’acte le plus dangereux que nous puissions soutenir ».
Voici le lien pour le signer : Manifeste pour la bonté radicale : //resist.es/peticiones/manifiesto-por-la-bondad-radical/
Chez Resist.es et Spanish Revolution, nous affirmons que la bonté n’est ni un choix esthétique ni une qualité individuelle. C’est une prise de position politique consciente contre un système qui se nourrit de la peur, de la fragmentation et de la violence symbolique pour se perpétuer.
La question n’est plus de savoir si la haine existe. La question est de savoir qui la produit, qui l’amplifie et qui en profite.
Car la haine n’est pas spontanée. C’est une infrastructure.
Elle est fabriquée dans les laboratoires médiatiques, diffusée par des algorithmes conçus pour maximiser les réactions émotionnelles, et transformée en profit politique et économique. Chaque canular, chaque discours déshumanisant, chaque récit conflictuel sert un but : détourner l’attention, diviser la société et protéger les structures qui concentrent le pouvoir.
La haine est un modèle économique
Et comme tout modèle économique, il a besoin de consommateurs. Il a besoin de clics, d’indignation ciblée, de personnes qui adhèrent à ce discours et le diffusent. Il a besoin de vous, n’importe qui, pour participer, même inconsciemment, à sa chaîne de valeur.
C’est pourquoi ce manifeste ne fait pas appel à la morale individuelle comme refuge. Il appelle à la responsabilité collective comme rupture avec le passé.
Vous, en tant qu’individu, n’êtes pas insignifiant·e au sein de ce système. Vous êtes un nœud. Un point de transmission. Un espace où se décide la propagation ou l’arrêt de la haine.
Chaque fois que vous partagez sans vérifier, vous alimentez une structure. Chaque fois que vous réagissez sous le coup de la colère, vous confortez une logique. Chaque fois que vous acceptez une simplification intéressée, vous légitimez un récit.
Mais l’inverse se produit également.
Chaque fois que vous vous arrêtez, vous interrompez le flux. Chaque fois que vous créez un contraste, vous introduisez des frictions. Chaque fois que vous choisissez de ne pas haïr, vous rompez un cercle vertueux de rentabilité.
Dans ce contexte, la bonté radicale est une pratique de sabotage
Ce n’est pas de la naïveté. C’est la conscience des mécanismes de production de la haine. C’est comprendre que la polarisation n’est pas un accident, mais un outil de gouvernement. C’est reconnaître que la peur est une ressource politique et que certaines personnes la manipulent à leur avantage.
Rejeter la haine, ce n’est pas se retirer du conflit. C’est le transformer
Cela consiste à refuser les cadres de pensée qui réduisent la complexité à des positions figées. C’est désobéir aux récits qui présentent autrui comme une menace. C’est démanteler les discours qui ont besoin de déshumaniser pour fonctionner.
Il ne s’agit pas d’être neutre, il s’agit d’être précis
Nommer l’injustice sans attiser la haine. Dénoncer les abus sans reprendre la logique de l’ennemi. Mettre en évidence les responsabilités sans déshumaniser.
Car le système a besoin que nous confondions la critique avec la haine, et la justice avec la vengeance.
La bonté radicale instaure autre chose : une éthique de la dignité irréductible
Même quand c’est inconfortable. Même quand ça ne suscite pas d’applaudissements immédiats. Même quand ce n’est pas rentable.
D’un point de vue technique, cela implique une maîtrise active des médias. Il s’agit de comprendre le fonctionnement des algorithmes de recommandation, la construction des bulles informationnelles et les techniques de désinformation. Cela passe par la reconnaissance de schémas récurrents : simplification extrême, recours constant à la peur et création d’ennemis vagues.
Cela implique également de développer des solutions alternatives.
Réseaux d’information vérifiés. Espaces de dialogue non soumis à la logique de la confrontation. Communautés qui privilégient l’écoute et l’empathie à la réaction.
La bonté radicale n’est pas passive. Elle est structurelle
Elle s’organise. Elle se protège. Elle se défend.
Il ne suffit pas de s’abstenir de haïr. Nous devons empêcher la haine de devenir la norme. Il ne suffit pas de s’abstenir de diffuser de la désinformation. Nous devons démanteler les conditions qui la rendent efficace. Il ne suffit pas d’éviter la polarisation. Nous devons demander des comptes à celles et ceux qui la provoquent.
Ce manifeste est une invitation à assumer ce rôle
Comprendre que chaque geste du quotidien a une dimension politique. Reconnaître que l’indifférence est aussi une forme de participation. Choisir consciemment les dynamiques à reproduire et celles à interrompre.
Car dans un écosystème conçu pour transformer la haine en profit, choisir de ne pas haïr est une forme d’insubordination.
Et dans un monde qui a besoin que nous ayons peur pour fonctionner, la bonté radicale est l’acte le plus dangereux que nous puissions accomplir.








