Il y a des nouvelles qui n’arrivent pas enveloppées d’épopée, ni de promesses tonitruantes, ni de titres conçus pour exciter l’espoir. Elles arrivent en silence, comme le font habituellement les choses importantes. Tandis que l’espace public se sature de cris, de menaces, de dirigeants brutaux et de démonstrations de force creuses, un petit groupe de personnes travaille chaque jour à l’exact opposé du spectacle : avec patience, rigueur et une éthique qui n’a pas besoin de caméras. L’avancée récente de l’équipe dirigée par Mariano Barbacid dans le cancer du pancréas appartient à cette catégorie de nouvelles qui ne cherchent pas le réconfort émotionnel, mais la vérité.

Il ne s’agit pas d’un « miracle », ni d’une guérison immédiate, ni d’une promesse gonflée. Il s’agit de science bien faite. Et, surtout, d’une manière d’être au monde : celle de ceux qui consacrent leur vie à réduire la souffrance humaine sans réclamer de protagonisme, à une époque où les projecteurs pointent le plus souvent vers les plus bruyants, et non vers les plus précieux.

Un scientifique sans tapage

Mariano Barbacid n’est ni un médecin médiatique ni un vendeur d’espoirs. C’est un biologiste moléculaire au regard doux, avec plus de quatre décennies consacrées à l’étude du cancer, l’un des scientifiques espagnols les plus influents de sa génération et une figure clé dans la compréhension des oncogènes RAS depuis les années 1980. Son nom est lié à l’identification de mécanismes fondamentaux de l’oncogenèse moderne, et non à des titres grandiloquents.

Il a dirigé pendant des années le Centre national de recherches oncologiques (CNIO), qu’il a contribué à construire depuis ses fondations. Ceux qui connaissent son parcours s’accordent sur un trait central : une rigueur extrême et une prudence publique. Barbacid ne parle pas de guérisons lorsqu’elles n’existent pas. Il ne joue pas avec la douleur d’autrui. Il n’accélère pas le temps de la science pour satisfaire l’anxiété médiatique.

Pourquoi le cancer du pancréas importe

L’adénocarcinome canalaire du pancréas est l’une des formes de cancer les plus létales. Selon les chiffres officiels de l’Organisation mondiale de la santé et du Centre international de recherche sur le cancer (IARC), il présente un taux de survie à cinq ans inférieur à 10 % dans la plupart des pays. En Europe et en Amérique du Nord, il est déjà l’une des principales causes de décès par cancer, et son incidence devrait augmenter dans les décennies à venir.

Sa létalité ne s’explique pas seulement par le diagnostic tardif, mais par son énorme résistance aux traitements. Plus de 90 pour cent de ces tumeurs sont entraînées par des mutations du gène KRAS, une protéine qui, pendant des décennies, a été considérée comme pratiquement « indrogable » : impossible à bloquer efficacement sans que la tumeur ne trouve des voies d’échappement.

La découverte : science, pas magie

L’avancée communiquée par l’équipe de Barbacid ne consiste pas à « arrêter » le cancer chez l’être humain, mais à obtenir quelque chose d’extraordinairement difficile dans des modèles précliniques : une régression tumorale complète et soutenue chez des souris atteintes d’un cancer du pancréas agressif, sans apparition de résistance sur de longues périodes d’observation.

L’étude a été publiée dans l’une des revues scientifiques les plus prestigieuses au monde, Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), après un processus d’évaluation par les pairs exigeant. Ce n’est pas un communiqué de presse : c’est de la science validée par la communauté scientifique internationale.

Ce qu’ils ont fait exactement

Le principe est simple à expliquer, bien que complexe à exécuter. Le cancer du pancréas survit parce que, lorsqu’une voie de croissance est bloquée, il active des routes alternatives. C’est un système adaptatif. L’équipe de Barbacid a conçu une stratégie de triple blocage simultané : attaquer KRAS et, en même temps, fermer les voies parallèles que la tumeur utilise pour s’échapper et continuer à croître.

En procédant de manière coordonnée, la tumeur se retrouve sans issues fonctionnelles. Dans les modèles animaux utilisés, cette stratégie a non seulement réduit la taille de la tumeur, mais l’a éliminée et a empêché sa réapparition pendant des mois, ce qui est exceptionnel pour ce type de cancer.

Expliqué pour tout lecteur attentif

Dit sans technicités : le cancer du pancréas fonctionne comme une ville dotée de multiples routes de fuite. Si l’une est coupée, la circulation se détourne simplement. Ce que cette équipe a fait, c’est bloquer plusieurs sorties clés en même temps. Non pas parce qu’ils étaient plus agressifs, mais parce qu’ils ont compris l’ensemble de la carte.

Ce n’est pas une balle magique. C’est un siège intelligent.

Ce que ce n’est pas

Ce n’est pas un traitement disponible. Ce n’est pas une guérison humaine. Ce n’est pas une promesse immédiate. Barbacid lui-même a insisté sur le fait que transposer cette stratégie aux patients nécessitera des années de travail, des ajustements de doses, une évaluation de la toxicité et des essais cliniques rigoureux. Cette honnêteté fait partie intégrante de sa qualité humaine et professionnelle.

Une réflexion nécessaire

Dans un monde dominé par des figures qui construisent le pouvoir à partir de la menace, du mensonge et de la violence symbolique, ces nouvelles ont aussi une fonction essentielle : rappeler qui fait réellement progresser la société. Des personnes comme Mariano Barbacid et son équipe ne recherchent pas l’attention, ne colonisent pas les titres et n’agitent pas les émotions primaires. Elles travaillent en silence pour que d’autres vivent un peu plus longtemps, souffrent un peu moins.

Il y a des personnes extraordinaires qui font le bien chaque jour, loin des projecteurs, tandis qu’une poignée de brutes ignorantes accapare l’attention, le bruit et l’anxiété collective. S’en souvenir n’est pas de la naïveté. C’est une forme de résistance éthique. Et aussi une manière de préserver la tranquillité de l’âme.