Le gouvernement espagnol a pris cette décision ce lundi 30 mars. Il est frappant que les grands médias n’en fassent pas mention.

Urs P. Gasche pour le journal en ligne INFOsperber

Les avions des États-Unis souhaitant participer à la guerre contre l’Iran depuis l’Angleterre ou la France devront désormais éviter l’espace aérien espagnol. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a déclaré que l’Espagne ne soutiendrait pas cette guerre, qui viole le droit international.

Dès début mars, le gouvernement Sánchez avait interdit aux États-Unis d’utiliser leurs bases andalouses de Rota et Morón pour des attaques ou un soutien logistique dans le cadre de la guerre contre l’Iran. En réponse, les États-Unis ont redéployé leurs avions, notamment vers la base USA de Ramstein, en Rhénanie-Palatinat.

Si la chaîne ARD Tagesschau a relayé la décision du gouvernement espagnol hier, cette information était absente du SRF Tagesschau. Selon la base de données médias SMD, la NZZ, le Tages-Anzeiger et les médias suisses ont également passé sous silence la décision espagnole aujourd’hui.

Ceci est d’autant plus frappant que l’agence de presse suisse SDA a déjà rapporté hier matin que « l’Espagne ferme son espace aérien aux avions militaires dans le cadre du conflit iranien ».

Au lieu de se concentrer sur les décisions prises ou les événements survenus, les grands médias reprennent principalement les déclarations des responsables politiques des parties belligérantes. Bien que ces informations soient également importantes, il est bien plus pertinent de s’intéresser aux décisions réellement prises et aux événements qui se déroulent, ainsi qu’au contexte militaire, économique et culturel.

L’Espagne est l’un des rares pays occidentaux à prendre au sérieux les violations du droit international commises par Israël et les États-Unis et à agir en conséquence, même face à la menace de droits de douane américains élevés.

« Opération Epic Fury » ou « Guerre d’agression »

Les principaux médias, à juste titre, parlent systématiquement de « guerre d’agression russe ». Pourtant, ils évitent ce terme pour décrire l’attaque illégale menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran.

Georg Häsler, rédacteur à la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) et colonel à temps partiel dans l’armée suisse, ne qualifie pas cette guerre de guerre d’agression, mais la désigne à nouveau comme « Opération Epic Fury », une expression étasunienne analogue à l’« opération spéciale militaire » russe.

Le supérieur de Häsler, Eric Gujer, peu soucieux du droit international, a déclaré : « Devons-nous attendre qu’un régime agressif franchisse un seuil critique, ou est-il légitime d’agir par anticipation ? »

En réalité, ni les États-Unis ni Israël n’étaient confrontés à une menace militaire immédiate de la part de l’Iran – leurs installations nucléaires ayant été bombardées auparavant – et la Russie n’était pas directement menacée par l’OTAN en Ukraine. Ces deux guerres sont illégales au regard du droit international et constituent donc des guerres d’agression.

Risquée, possible ou impossible ?

Ce mardi 31 mars, les journaux du groupe Tamedia relatent la prise de l’île pétrolière de Kharg et titrent : « Une offensive terrestre américaine est risquée, mais pas impossible. » Aucune mention n’est faite d’une attaque violant le droit international.

Même les voix qui défendent le droit international humanitaire sont rarement entendues dans les médias suisses, cette Suisse qui est l’État dépositaire des Conventions de Genève. Par exemple, le 29 mars, Mirjana Spoljaric Egger, présidente du CICR, déclarait dans le groupe de presse Tamedia : « Des affirmations telles que “Nous lançons des attaques indiscriminées contre des infrastructures énergétiques ou des usines de dessalement” sont incompatibles avec le droit international humanitaire. Quiconque attaque des infrastructures civiles fait la guerre aux civils. »

 

Traduction : Evelyn Tischer