La campagne électorale pour les élections générales au Pérou s’intensifie, et la société civile se mobilise à travers l‘Accord historique citoyen (AHC). Celui-ci propose aux personnes candidates à la présidence, au Sénat et à la Chambre des députés six conditions démocratiques de bonne gouvernance pour la période 2026-2031, qu’ils devront respecter s’ils sont élus et qui rendront dignité, justice et droits aux 34 millions de personnes vivant au Pérou.
Les propositions que l’Accord historique va élaborer à travers des groupes de travail et mettre en œuvre avec des brigades de volontaires sont les suivantes :
- L’abrogation des lois favorables à la criminalité ;
- Réparation en faveur des familles des victimes de la répression 2022-2023 et des assassinats commandités ;
- L’instauration de la perpétuité pour les corrompus ;
- L’abrogation des réformes constitutionnelles imposées par le Congrès ;
- Des travaux d’infrastructure sans corruption ;
- Une réforme de l’éducation (universitaire, technique, supérieure et l’enseignement primaire et secondaire) et des bourses, pour une éco-industrialisation du développement local et national.
« Ce sont des propositions que l’Accord historique va élaborer à travers des groupes de travail, promouvoir et mettre en œuvre avec des brigades de volontaires, tout en les remettant aux candidat·e·s et les autorités qui seront élues », a déclaré Héctor Jesús Chunga, représentant de la Coalition citoyenne pour la vie.
« Les citoyens et citoyennes doivent retrouver leur influence politique »
Pour sa part, Grimaldo Ríos, également membre de la Coalition citoyenne pour la vie, a dénoncé le fait que, concernant l’abrogation des lois favorables à la criminalité (qui ont entraîné une explosion de la criminalité), « le projet de loi 12158 est actuellement bloqué, le Congrès ne veut pas en discuter. C’est pourquoi nous avons besoin que ce processus soit accompagné par les citoyens. Nous avons besoin que les citoyens retrouvent leur pouvoir d’influence sur les politiques définies par le gouvernement et l’État en général ».
Ríos Barrientos a également annoncé une campagne nationale à partir de l’élan donné par le Forum de l’accord historique prévu pour le 16 février. « Nous allons appeler les différentes organisations citoyennes à promouvoir cette campagne de signatures afin de recueillir la volonté des citoyens et d’abroger les lois favorables à la criminalité. La plupart des personnes candidates affirment qu’ils abrogeront les lois favorables à la criminalité dès leur entrée en fonction. Nous espérons donc que le jour du forum, ils s’engageront à signer cette abrogation. Telles sont les conditions que nous, citoyens, imposons aux personnes candidates qui briguent le vote des citoyens. Mais la tâche ne s’arrête pas là, nous devons poursuivre notre action citoyenne afin que cet engagement soit mis en œuvre ».
« Nous avons besoin que nos institutions et nos autorités répondent aux demandes de la population, qui réclame justice, vérité et le rejet de l’impunité que les politiciens ont pris l’habitude d’imposer ces dernières années. Le pouvoir est entre nos mains et nous leur demandons de respecter les engagements pris. S’ils ne le font pas, les citoyens ont le droit d’exiger qu’ils s’y conforment ou, dans tous les cas, de révoquer ces autorités », a déclaré M. Ríos.
Adhésion ou continuité ?
Delia Espinoza, actuelle candidate à la présidence du Barreau de Lima (CAL), espère « que les personnes candidates aient suffisamment de capacité éthique et morale pour tenir leurs promesses et qu’ils adhèrent également à cet accord citoyen historique auquel ils sont conviés, car les citoyens veulent prendre leur destin en main. Les Péruviens, et je m’inclus dans ce groupe maintenant que j’ai été démise de mes fonctions de magistrate, je reste péruvienne et avocate, et même candidate à la présidence du Barreau de Lima ; je continue d’être cette voix qui dit qu’il faut respecter la volonté du peuple lors des élections.
Et il faut que les personnes candidates acceptent maintenant les six conditions, afin qu’ils assument la tâche de tout faire dans l’intérêt public, dans l’intérêt national ; il ne s’agit pas pour eux de présenter maintenant toutes leurs propositions, pour les oublier au moment où ils prendront le pouvoir. C’est lorsqu’ils prendront le pouvoir que commencera réellement la tâche, l’engagement et la noblesse dont ils doivent faire preuve pour tenir leurs promesses.
« Si ces six conditions ne sont pas acceptées et publiquement approuvées, avec un engagement à les respecter, cela signifie que les personnes candidates visent à perpétuer ce que nous vivons et subissons aujourd’hui. Le peuple n’en veut plus. Avec ces parlementaires, ces présidents que nous avons eu et ces autorités actuelles… Nous, Péruviens, avons tous ouvert les yeux », a ajouté Delia Espinoza.
Respect de la vie et institutions apolitiques
Par ailleurs, Jeremías Escalante, représentant de la Fédération des travailleurs de construction civile du Pérou, a insisté sur le respect de la dignité et de la vie : « L’accord historique des citoyens est une coalition de différentes organisations sociales et de base, comme, en l’occurrence, le Syndicat de construction civile et la Fédération des travailleurs de construction civile . Je suis membre de l’accord historique citoyen, et des travailleurs des transports, des étudiants, des femmes au foyer y participent également… Je crois que nous avons largement de bonnes raisons ; nous ne devons pas l’oublier. »
Depuis 2008, des assassinats ont lieu dans le secteur de la construction : plus de 26 dirigeants ont été assassinés pour s’être opposés à l’ingérence ou à l’infiltration de pseudo-syndicats et de pseudo-dirigeants qui utilisent l’organisation syndicale comme façade et qui se servent donc de l’enregistrement automatique du ministère du Travail à des fins criminelles. Nous nous battons donc aussi pour que la dignité et la vie soient respectées, n’est-ce pas ? Il n’est pas juste que des transporteurs, des ouvriers, des commerçants ordinaires soient assassinés, et je pense que cela ne peut être toléré dans le pays.
Escalante Paulino a également souligné la non-politisation des institutions : « Nous aspirons également à ce que les institutions jouissent d’une liberté et d’une indépendance administrative et technique. Elles ne peuvent pas être politisées. Il n’est pas juste que la Commission nationale de justice soit politisée, il n’est pas juste que le Bureau national des processus électoraux soit politisé, il n’est pas juste que le RENIEC (Registro Nacional de Identificación y Estado Civil) soit politisé. Tout est politisé. Le ministère public, qui a récemment été politisé à l’extrême, est allé jusqu’à destituer Delia Espinoza, qui est une bonne procureure représentant réellement les intérêts du peuple. Cependant, pour des raisons politiques, en raison de cette coalition qui existe au sein du Congrès de la mafia, du crime organisé, ils ne veulent malheureusement pas ou ne permettent pas qu’elle reste en fonction ».
Des interlocuteurs valables pour le développement entrepreneurial
Maribel Cayampe, représentante du Front des entrepreneurs de Gamarra (FEDEGA), explique pourquoi ils font partie de l’AHC : « Nous soutenons également le projet de loi sur la perpétuité pour les fonctionnaires corrompus, c’est une chose. L’autre point est que, depuis nos espaces, nous venons promouvoir le développement entrepreneurial avec l’esprit d’entreprise, tant chez les hommes que chez les femmes. Cependant, le rôle de promoteur qui incombe à l’État n’est pas rempli. Et tout ce travail nous est renvoyé, à nous les entrepreneurs, aux micro et petits entrepreneurs, à nous les entrepreneurs qui avons décidé de développer des chaînes de production ; nous sommes donc de moins en moins nombreux. Cet apport n’arrive pas, et pourtant les conditions sont réunies !
Si nous ne prenons pas soin de notre marché, d’autres négocient à notre place, et ces interlocuteurs ne se battent pas pour les vrais Péruviens, ils ne remplissent donc pas leur rôle. Et nous l’avons vu dans les médias. En d’autres termes, nous ne pouvons pas dire que tel président, tel gouvernement a été intègre et transparent. C’est donc ce que nous voulons. Et le moment viendra où nous pourrons vraiment, en tant que MYPES (micro et petites entreprises), en tant qu’entrepreneurs pour les “petits” , ceux d’en bas, mettre en place nos véritables interlocuteurs valables qui pensent et ressentent comme nous.
AHC : un outil pour autonomiser tout le monde
Leandro Pacheco Taipe, représentant du collectif Jóvenes Líderes por el Perú [Jeunes leaders pour le Pérou] (JLP) de la génération Z, a souligné que « l’accord historique sert d’outil pour que tous les citoyens, y compris les jeunes, puissent agir de manière autonome et que les besoins du peuple soient satisfaits sans avoir à dépendre d’intérêts politiques étrangers ou d’intérêts d’un pouvoir que nous ne contrôlons pas ».
Il s’agit d’un outil qui favorise l’activité citoyenne et collective, un outil de recréation du tissu social, car c’est de là que naît le véritable acteur citoyen chez les jeunes pour résoudre les problèmes, à savoir l’activité politique. Il ne s’agit pas seulement de dépendre des élections tous les cinq ans, ni seulement de dépendre de ceux qui ont été élus, mais aussi de donner du pouvoir à tous ces collectifs qui se sont formés, de donner du pouvoir aux fronts, aux fédérations d’étudiants universitaires, aux boursiers, aux jeunes auto-organisés et aux jeunes travailleurs… ».
L’Accord historique citoyen, avec ces slogans et bien d’autres, vise à garantir que les droits fondamentaux à l’éducation, à la santé, à un travail de qualité, etc. soient correctement respectés, afin que les jeunes, dès leur plus jeune âge, pendant leur scolarité, leur formation professionnelle et leurs études supérieures, s’impliquent dans la vie sociale et politique, car ce que nous avons actuellement, c’est de la politique bon marché. L’Accord historique cherche à résoudre ce problème en passant d’une politique bon marché à une politique réelle, qui répond aux besoins de la population et qui naît du tissu social que nous essayons de réparer.
Ce que je veux dire, c’est qu’étant donné qu’il existe tant de groupes, comme on le sait, et qu’ils sont très dispersés, avec leurs propres intérêts et leurs propres slogans, ils auront la liberté de décider. Et comme nous sommes nombreux, plus de 7 millions, nous allons être attentifs à notre avenir qui est aussi celui de la nation.
L’Accord historique citoyen (AHC) tiendra son troisième forum citoyen le 16 février, où diverses organisations de base se réuniront pour rechercher l’engagement des futurs pères de la patrie. Toutefois, une réunion préparatoire en présentiel et en ligne aura lieu le 2 février au Barreau de Lima (CAL), dans le district de Miraflores.
La rédaction de Pressenza continuera à rendre compte de l’évolution de l’AHC et de son influence sur les prochaines élections générales au Pérou, qui se tiendront le 12 avril prochain.
Traduction : Evelyn Tischer








