En décembre 2025, le président américain Donald Trump s’est vu décerner le nouveau prix de la FIFA, le « Prix de la Paix de la FIFA – Le football unit le monde », par le président de l’organisation, Gianni Infantino. Cette décision a immédiatement suscité l’incrédulité et la critique à travers le monde, soulevant une question fondamentale : qu’entend la FIFA par « paix » ?
Si le football a véritablement vocation à unir le monde, alors ce prix — et le processus qui l’a généré — doit être sérieusement remis en question.
L’attribution de ce Prix de la Paix ne résulte pas d’un processus transparent ou démocratique. Elle reflète une tendance plus large où l’administration Trump exerce des pressions politiques et diplomatiques sur les institutions internationales pour obtenir légitimité et approbation publique. En d’autres termes : de l’intimidation (bullying). La FIFA, malgré ses prétentions de neutralité et d’indépendance, semble avoir cédé à cette pression.
Mais un pouvoir imposé par la coercition peut être renversé par une action non violente, organisée et collective. Si un gouvernement peut contraindre une institution sportive mondiale à légitimer son dirigeant sous la bannière de la paix, alors la société civile mondiale doit être capable de forcer cette même institution à corriger sa trajectoire. Il ne s’agit pas de punition ou d’humiliation. Il s’agit de légitimité.
La paix ne se simule pas
La posture actuelle des États-Unis vis-à-vis du reste du monde — marquée par des sanctions, une diplomatie coercitive, des menaces militaires et un mépris des normes internationales — est en contradiction flagrante avec les valeurs que ce Prix de la Paix prétend représenter. On ne peut décemment parler le langage de la paix tout en pratiquant la domination.
Lorsque l’intimidation réussit sans être contestée, elle devient un précédent. Lorsqu’elle est contestée collectivement et sans violence, elle devient fragile.
Révoquer ce prix enverrait un message clair : la paix n’est ni un exercice de relations publiques, ni un trophée politique obtenu par la pression.
Une Coupe du Monde remise en question
Cette controverse éclate alors que la Coupe du Monde de la FIFA 2026 approche. Prévue du 11 juin au 19 juillet, elle sera la toute première édition à 48 équipes, avec 104 matchs répartis dans 16 villes, dont 11 aux États-Unis, les autres se situant au Canada et au Mexique.
Supporter·rice·s internationaux·ales, militant·e·s et figures politiques se demandent si le climat politique actuel aux États-Unis — particulièrement les pratiques d’application des lois sur l’immigration, les restrictions de voyage et les politiques frontalières — fait du pays un hôte sûr et accueillant pour une célébration mondiale censée unir l’humanité.
Les appels au boycott de la Coupe du Monde 2026 se multiplient sur les réseaux sociaux. Des supporters signalent l’annulation de leurs projets de voyage et de leurs achats de billets, craignant des détentions arbitraires, des refus de visa et des traitements hostiles aux frontières. Les organisations de défense des droits humains ont alerté à plusieurs reprises sur les pratiques de détention et l’érosion des libertés civiles — des préoccupations qui prennent une urgence accrue alors que des millions de personnes s’apprêtent à franchir les frontières pour cet événement planétaire.
Une proposition non violente pour une remise à zéro mondiale
S’il existe une action non violente en 2026 capable de transformer la conscience mondiale, c’est bien une campagne internationale exigeant que la FIFA rende des comptes. Une telle campagne pourrait appeler à :
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La révocation du Prix de la Paix de la FIFA décerné à Donald Trump ;
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Un report d’un an de la Coupe du Monde 2026 ;
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La délocalisation du tournoi vers une coalition de pays hôtes africains — tels que l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte et l’Algérie — des régions dotées d’une profonde tradition footballistique et longtemps exclues du pouvoir sportif mondial.
Cette proposition est ambitieuse. Mais l’ambition a toujours été nécessaire au changement.
La FIFA n’est pas un corps neutre flottant au-dessus de la politique. C’est une institution mondiale comptant 211 associations membres, dont les décisions reflètent des valeurs, des alliances et des rapports de force. Ce que la FIFA choisit de récompenser — et qui elle choisit d’honorer — envoie un message à des milliards de personnes.
Diffuseurs : retirer le consentement économique
L’un des leviers non violents les plus puissants se trouve au-delà des stades et des frontières : la diffusion. La Coupe du Monde n’est pas seulement un événement sportif, c’est un produit médiatique mondial. Les chaînes de télévision et les plateformes de streaming paient des milliards en droits de licence qui financent les opérations de la FIFA. Sans ces revenus — et sans audience — le tournoi perd son socle économique.
Une campagne non violente coordonnée pourrait donc appeler les diffuseurs à :
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Suspendre la couverture de la Coupe du Monde ;
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Refuser de payer les droits de licence tant que la FIFA légitime un pouvoir politique coercitif sous le couvert de la paix ;
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Expliquer publiquement leur position éthique aux téléspectateurs, aux annonceurs et aux citoyens.
Cette action ne ciblerait pas les joueurs, les supporters ou les travailleurs. Elle viserait l’infrastructure financière et symbolique qui permet à la FIFA d’agir sans avoir de comptes à rendre. Ce n’est pas de la censure, c’est un refus éthique.
Une campagne universelle : les réseaux sociaux comme infrastructure non violente
Pour qu’une telle campagne réussisse, elle doit être mondiale, visible et coordonnée. C’est pourquoi les réseaux sociaux ne sont pas secondaires : ils sont essentiels. Ils constituent aujourd’hui l’infrastructure de la non-violence. Ils permettent à des millions de personnes d’agir ensemble par-delà les frontières et les cultures sans contrôle centralisé.
Une campagne mondiale pourrait :
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Coordonner des messages, des visuels et des hashtags communs sur tous les continents ;
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Amplifier les témoignages de supporters, de joueurs, de journalistes et de défenseurs des droits de l’homme ;
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Exposer en temps réel les contradictions entre le discours de la FIFA et ses actes ;
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Maintenir une pression publique constante sur les dirigeant·e·s de la FIFA, les diffuseurs et les sponsors.
C’est ainsi que les mouvements non violents grandissent : par la visibilité, la participation et la persistance — jusqu’à ce que le silence devienne impossible.
Pour réussir, cependant, cela doit être plus qu’un simple moment médiatique. Cela doit devenir un mouvement non violent populaire. Les clubs de football, les associations de supporter·rice·s, les personnes qui jouent, les fédérations nationales et les publics du monde entier doivent être appelés à se lever — non pas contre le sport, mais pour la dignité humaine. Il s’agit de retirer tout consentement à l’illégitimité et de redonner un sens au jeu. Le football a toujours été plus qu’un sport. Il reflète ce que nous sommes — et ce que nous choisissons de devenir.
Avant d’être supporter·rice de football, chacun·e est avant tout un être humain.
La question est désormais simple : la FIFA continuera-t-elle à servir le pouvoir ou révoquera-t-elle le Prix de la Paix pour réapproprier le jeu à l’humanité ?








