Le petit matin du samedi 3 janvier 2026 marque un tournant dangereux dans l’ordre international. Les explosions à Caracas et dans d’autres régions du Venezuela, accompagnées de survols d’aéronefs et d’attaques contre des installations militaires et stratégiques, ont été dénoncées par l’État vénézuélien comme un bombardement exécuté par les États-Unis sur son territoire souverain. Au-delà des euphémismes habituels, ce qui s’est produit constitue le recours direct à la force armée contre un État membre des Nations Unies.
Appelons les choses par leur nom. Il ne s’agit pas « d’opérations chirurgicales », ni « d’actions d’interdiction », ni d’un chapitre de plus de la rhétorique sécuritaire hémisphérique. Il s’agit de bombardements. Des attaques aériennes sur un territoire souverain, avec des effets matériels et symboliques qui ne peuvent être minimisés sans vider de sa substance le droit international. Quand une puissance décide de recourir à la force sans mandat multilatéral ni situation avérée de légitime défense imminente, la Charte des Nations Unies cesse d’être un cadre contraignant pour devenir lettre morte.
Le droit international est sans équivoque sur ce point. Le recours à la force est interdit sauf dans des circonstances strictement délimitées. Il n’existe aucune autorisation du Conseil de Sécurité permettant ces attaques, et aucune preuve d’une attaque armée préalable invoquant la légitime défense n’a été apportée. La conséquence est claire : la souveraineté du Venezuela a été violée, et avec elle, le principe même qui soutient la coexistence entre États depuis 1945.
Nier cette réalité à travers le langage édulcoré de la communication officielle ne la fait pas disparaître. La violence exercée par un État contre un autre à des fins politiques, en dehors des cadres légaux internationaux, porte un nom précis : le terrorisme d’État. Non pas parce qu’un gouvernement ou un autre le décrète, mais parce que c’est ainsi que la pratique juridique et politique le définit lorsque la force est utilisée pour contraindre, intimider ou imposer un résultat en dehors du droit.
L’impact de ces bombardements ne se limite pas au Venezuela. Il traverse toute l’Amérique latine et, à vrai dire, le système international dans son ensemble. Si un État peut en bombarder un autre sans conséquences réelles, le message est dévastateur : les souverainetés cessent d’être des garanties pour devenir des concessions révocables par la force. Aujourd’hui, c’est le Venezuela ; demain, ce pourrait être n’importe quel pays dont le territoire, les ressources ou les alignements s’avéreraient incommodes.
Une thèse inconfortable mais inéluctable se joue ici : sans une réponse collective ferme, le précédent est instauré. Le silence, l’ambiguïté diplomatique ou les condamnations tièdes sont interprétés comme un permis. Un permis pour de nouvelles actions unilatérales, pour davantage de bombardements, pour une escalade où la force remplace le droit et où la loi du plus fort se normalise.
La responsabilité historique incombe désormais à la communauté internationale. Les organismes multilatéraux, les instances régionales et les États qui revendiquent encore la valeur du droit ne peuvent détourner le regard. Condamner ces bombardements n’est pas un geste idéologique, c’est une obligation juridique et éthique. Convoquer des instances d’urgence, exiger des explications formelles et activer les mécanismes prévus pour freiner l’usage illégal de la force n’est pas du radicalisme : c’est la défense de l’ordre international minimal qui évite le chaos.
L’histoire est implacable envers les moments de lâcheté collective. Chaque fois qu’une agression reste impunie, l’étape suivante devient plus facile et plus brutale. Soit l’on stoppe cette dérive dès maintenant, soit l’on accepte que le monde entre dans une phase où les souverainetés tombent en cascade et où le droit international se transforme en une fiction de circonstance.
Ce bombardement n’est pas seulement une attaque contre le Venezuela. C’est une attaque contre l’idée même que les États, petits ou grands, puissent coexister selon des règles communes. Si ce principe s’effondre, ce qui suivra ne sera ni la sécurité ni la stabilité, mais une spirale de violence que plus personne ne pourra contrôler par la suite.

Cette photo, prise tôt le matin du 3 janvier 2026, montre une vue de la ville de Caracas, capitale du Venezuela. (Photo : Marcos Salgado/Xinhua)








