La semaine du 12-18 avril, alors que l’attention au Moyen-Orient était concentrée sur des pourparlers entre l’Iran et d’autres puissances mondiales pour rétablir l’accord nucléaire iranien et obtenir que les États-Unis le ratifient à nouveau, un rapport a été publié par l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) à La Haye, aux Pays-Bas, selon lequel il existe “des motifs raisonnables de croire qu’à environ 21h22 le 4 février 2018, un hélicoptère militaire de l’armée de l’air arabe syrienne sous le contrôle des Forces du Tigre a frappé l’est de Saraqib en larguant au moins une munition. La munition a explosé et a libéré du chlore sur une vaste zone, affectant 12 personnes identifiées.

Cette nouvelle allégation d’utilisation d’armes chimiques constituerait une violation manifeste de la Convention sur les Armes Chimiques que le gouvernement syrien a ratifié en 2013.
Cependant, Damas a démenti avec colère le rapport de l’OIAC. “La République arabe syrienne condamne, dans les termes les plus forts, ce qui a été inclus dans le rapport de la soi-disant « équipe d’enquête et d’identification” illégitime et rejette tout son contexte », a déclaré un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères.

Ce n’est pas la première fois que des rapports de l’OIAC ont été rejetés par les autorités syriennes ; les rapports précédents sur des attaques à Douma et à Ghouta ont également été dénoncés. En fait, des documents relatifs au rapport sur Douma ont été publiés par Wikileaks et montrent l’ampleur des dissensions au sein de l’équipe d’enquête de l’OIAC elle-même quand le rapport officiel a conclu que la responsabilité incombait au gouvernement syrien. Cela met en lumière toutes sortes de tractations obscures au sein de l’OIAC, qui est censée être exempte de tout parti pris institutionnel ou politique.

Dans le contexte de la guerre civile en Syrie, le problème consiste à envoyer des enquêteurs médico-légaux sur les lieux des attaques présumées et à s’assurer de la véracité rapports des témoins oculaires ainsi que des vidéos et des photos qui circulent ensuite sur internet, sans oublier l’énorme problème consistant à s’assurer que les échantillons envoyés aux laboratoires d’analyse de l’OIAC n’ont pas été placés par ceux qui ont des intérêts à renverser le gouvernement de Bachar Al-Assad.

Le problème des preuves non fiables a été mis en évidence lors de l’incident de Douma, car il s’est produit à un endroit où le gouvernement a rapidement repris le contrôle, permettant ainsi aux enquêteurs d’entrer. Le problème que les lanceurs d’alerte de ce rapport ont reconnu, c’est qu’il n’y a pas de preuve irréfutable, tangible, qui prouve sans  équivoque que le gouvernement syrien attaque ses opposants avec des produits chimiques.

Cela ne veut pas dire que le gouvernement Assad n’a pas utilisé de produits chimiques sur son propre peuple, mais il est illogique de penser que, sachant parfaitement l’indignation internationale que susciterait toute utilisation d’armes chimiques, quelqu’un à Damas donnerait l’ordre de les utiliser. N’avons-nous vraiment rien appris de la guerre en Irak sur la base d’allégations fabriquées de programmes d’armes de destruction massive ? Allons-nous vraiment déclencher une autre guerre en Syrie sur la base de “motifs raisonnables de croire” ? Des centaines de milliers de personnes en Syrie vont certainement mourir dans une telle guerre.

Et c’est encore plus grave car le conflit en Syrie est en réalité une guerre par procuration entre les  Etats-Unis et la Russie et cette bataille se déroule sur plusieurs fronts.

En 2018, des allégations d’implications de la Russie dans l’empoisonnement d’un ancien espion russe et de sa fille à Salisbury, en Angleterre, ont donné lieu à un conflit diplomatique qui a entraîné l’expulsion de douzaines de diplomates russes situés dans des pays de tout l’Occident. Le fait qu’aucune preuve n’ait jamais pu être fournie pour associer l’empoisonnement présumé aux deux suspects russes identifiés sur des photographies, la chronologie incohérente proposée par la police du Royaume Uni et la disparition ultérieure des deux victimes russes, disparition qui n’a pas suscité de questions, n’ont pas empêché l’hystérie anti-russe dans les médias grand public d’atteindre un paroxysme.

Et aujourd’hui, des informations arrivent de la République Tchèque, qui tentent d’accuser la Russie pour une explosion survenue en 2014.

Et pendant ce temps, le conflit en Ukraine se développe, les tensions augmentent et la possibilité d’une guerre totale se profile à l’horizon.

Il est certain qu’il y a des personnes qui profitent de la guerre, de toutes les guerres. C’est à nous, en tant qu’individus, de veiller à ce que, si des décisions sont prises en faveur de la guerre, les informations sur lesquelles elles reposent soient solides.

La semaine du 5-11 avril, dans une entrevue au sujet du dernier rapport de l’OAIC, Dr Piers Robinson de l’Organisation pour les études de la propagande au Royaume Uni a dit : “ Je pense que la démocratie exige que les gens travaillent dur, n’est-pas ? les gens doivent réfléchir et penser par eux-mêmes, mais ils peuvent le faire. Et je pense que si les gens se séparent de l’adhésion aux médias grand public, et regardent cette riche variété de médias indépendants, ils peuvent réfléchir et penser par eux-mêmes. Allez voir les documents originaux qui circulent sur l’OIAC. Ne croyez pas un journaliste ou moi-même sur parole. Regardez simplement les documents qui sont disponibles et utilisez ensuite votre intelligence. C’est un travail difficile, mais c’est ce qu’est la démocratie. Je pense que la démocratie implique un travail difficile de la part des citoyens. Si nous sommes apathiques, nous perdrons la démocratie, n’est-ce pas?”

 

Traduit de l’anglais par Evelyn Tischer