L’entrée en vigueur du Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires : quelles perspectives ?

30.10.2020 - Luigi Mosca

Cet article est aussi disponible en: Espagnol, Italien

L’entrée en vigueur du Traité d’Interdiction  des Armes Nucléaires : quelles perspectives ?

Pour compléter le récent article de mon ami Angelo Baracca “La proibizione delle armi nucleari diventa norma internazionale”, je voudrais proposer ici quelques « pistes » pour la transition de la norme juridique de l’interdiction à l’élimination effective et totale de ces armes abominables.

Où en sommes-nous maintenant ?

À ce jour, 132 États ont rejoint le Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN) : 122 États ont voté pour son adoption le 7/7/2017 et 10 autres États l’ont signé ultérieurement. Au total, 84 États l’ont ensuite signée, dont 50 l’ont également ratifiée, ce qui remplissait la condition de son entrée en vigueur.

En rendant les armes nucléaires ILLÉGALES selon le droit international, le TPAN les a stigmatisées à jamais, il aura un rôle de catalyseur dans le processus de leur élimination effective et garantira par la suite l’irréversibilité d’une telle élimination.

J’utilise maintenant une métaphore pour illustrer ce processus : celle d’une randonnée en montagne en deux étapes. La première étape a consisté à monter du niveau de la mer vers un refuge situé à environ 2500 mètres d’altitude : l’arrivée au refuge représente ici l’entrée en vigueur du TPAN. La montée pour y arriver n’a certes pas été des plus faciles mais ça y est, nous y sommes ! Il s’agit maintenant d’aborder la deuxième étape, qui nous oblige à gravir une paroi rocheuse presque verticale au pied de laquelle se trouve le refuge : vous l’avez naturellement compris, la paroi rocheuse représente les 9 états nucléaires avec leurs alliés. Cependant, fort heureusement, la roche de cette paroi n’est pas lisse et homogène : il y a des points d’ancrage et des crevasses qui devraient faciliter, si elles sont bien utilisées, la montée vers le sommet.

Essayons maintenant de passer de la métaphore à la réalité.Si une coopération intense entre la société civile et les États « non dotés » a été suffisante pour parvenir à l’adoption puis à l’entrée en vigueur du TIAN, pour l’étape suivante, celle de l’élimination de ces armes, il sera nécessaire une interaction de la société civile également avec les États dotés d’armes nucléaires, à commencer par les deux « géants » : les USA et la Russie, avec, si possible, une médiation de la Chine. En fait, la Chine, malgré son régime totalitaire, a adopté une attitude relativement ouverte envers le processus qui a conduit à l’adoption du TIAN et ce contrairement à d’autres États, comme la France et les États-Unis, qui ont tout fait pour le saboter.De plus, la Chine est le seul État nucléaire à avoir totalement exclu de sa doctrine toute forme d’attaque nucléaire de « première frappe » et maintient ses armes nucléaires (vingt fois moins que celles des États-Unis ou de la Russie) au plus bas niveau d’alerte. (*)Dans un premier temps, la Chine pourrait, par exemple, proposer la création d’un groupe de travail, composé d’experts des 9 pays nucléaires (un WG9), avec pour mission spécifique de formuler une « feuille de route » réaliste pour un désarmement multilatéral coordonné, qui servirait alors de base aux négociations entre les 9 États nucléaires et leurs alliés.

En effet, il serait très important qu’une initiative mondiale de désarmement nucléaire vienne du « club » des États dotés.

Ici je vous entends dire : « Oui, tout cela est très beau, mais comment déclencher un tel processus ? »

Vous avez certainement raison, d’autant plus que, dans l’état actuel des choses, les dirigeants de plusieurs États nucléaires voient le TIAN comme de la fumée dans les yeux !

C’est là qu’il s’agit de trouver un argument décisif, c’est-à-dire qui permette à ces « adversaires » de se transformer en « alliés ».

Je vois alors un argument véritablement fédérateur : celui de faire comprendre que la menace posée par les armes nucléaires n’est pas (seulement) une menace entre États mais est avant tout une menace pour l’humanité dans son ensemble. Cela implique que nous sommes tous dans le même bateau, nations « dotées » et nations « non dotées », associations pacifistes et dirigeants politiques et militaires, et que par conséquent, soit nous sommes sauvés ensemble, soit nous périssons ensemble.

Et à cet égard il est opportun de jeter un coup d’œil également à l’ »Horloge de Apocalypse » des ‘Scientifiques Atomiques’ pour voir que nous sommes désormais « à 100 secondes de minuit« , c’est-à-dire de l’Apocalypse, ce qui est encore pire que dans les années les plus sombres de la guerre froide !

Une autre piste est celle de réduire les tensions actuelles dans le monde, et en particulier celles avec la Russie de la part des États-Unis, de l’OTAN et de l’UE, qui nous concernent particulièrement de près, étant donné qu’en cas de guerre nucléaire entre les États-Unis et la Russie le « théâtre » de la guerre serait essentiellement en Europe !

Je l’envisagerais à peu près comme ceci :

« Nous sommes conscients que pour la Russie la dissolution de l’Union soviétique a constitué un grand traumatisme, ainsi qu’une lourde humiliation et que cela la pousse à réagir de diverses manières, avec les tensions que cela engendre.

Afin d’éviter que cette situation ne dégénère de manière catastrophique, nous proposons de nous asseoir autour d’une table pour voir comment des solutions peuvent être trouvées, notamment pour les populations russophones des différents pays d’Europe de l’Est, qui soient acceptables par toutes les parties.

En effet, l’existence de ces minorités russophones dans les anciens pays soviétiques (les « pays frontaliers » : Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Moldavie et Ukraine) constitue une série de « bombes à retardement », dont malheureusement la première a déjà éclaté en Ukraine.

Une telle approche pourrait alors « démonter » les raisons invoquées par l’OTAN pour maintenir sa composante nucléaire en Europe, et peut-être … son existence même !

De cette manière, les tensions actuelles, essentiellement fondées sur une « culture de l’ennemi », pourraient céder la place à un régime de confiance mutuelle et de coopération pour résoudre les graves problèmes communs à tous: le réchauffement climatique, les déséquilibres socio-économiques, la sécurité et la paix « .

Je crois que des pays comme l’Allemagne, la France, la Belgique, l’Italie, Chypre et la Slovaquie, qui entretiennent déjà des relations de coopération avec la Russie, seraient dans une position favorable pour lancer une telle initiative.

Dans ce contexte, paraît intéressante l’intervention, le 10 juin dernier à Bruxelles, du Secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, qui a lancé le projet « OTAN 2030 » (**), affirmant la nécessité d’une évolution dans un sens plus politique / diplomatique de l’OTAN. Ceci, soulignant en particulier le fait qu’au cours de ses dix ans d’expérience en tant que Premier ministre de la Norvège, il avait constaté la possibilité de conclure de nombreux accords avec la Russie.

Or, les deux « pistes » indiquées ici impliquent des actions au niveau diplomatique, mais il est clair que pour être efficaces elles nécessitent aussi une forte participation de l’opinion publique : donc une large coopération entre associations diversifiées, capables d’agir de manière coordonnée aux deux niveaux : diplomatique et de sensibilisation de l’opinion publique.

S’il est vrai que la principale motivation d’un désarmement nucléaire multilatéral et coordonné est la sécurité humaine dans le monde, il existe une deuxième motivation importante qui est d’arrêter le gaspillage financier considérable (de plus de 100 milliards de dollars chaque année) et celui, non moins grave, du potentiel humain impliqué dans la conception, la construction et l’entretien de ces armements monstrueux. Or, tout ce potentiel peut et doit au contraire être utilisé pour faire face aux défis réels et immenses auxquels l’Humanité doit faire face : surtout la dégradation rapide du climat et de l’environnement, ainsi que les injustices sociales croissantes, cause d’une grande précarité et de la misère dans le monde, que la crise sanitaire actuelle du Covid-19 aggrave encore plus dramatiquement.

Et je voudrais insister sur la nécessité de prendre conscience du fait que les armements nucléaires : bombes, missiles, chasseurs-bombardiers, porte-avions, sous-marins nucléaires, etc. (comme d’ailleurs toutes les autres armes de guerre), généralement des produits de haute technologie, sont en fait une forme de barbarie moderne, qui n’a rien à envier à celle de certains de nos ancêtres et qui a en outre des conséquences potentielles infiniment plus dévastatrices !

Revenant à la pandémie Covid-19, au-delà de tous les problèmes graves qu’elle génère : sanitaires, économiques, sociaux, … elle pourrait avoir au moins un côté positif dans la mesure où elle parvient à nous convaincre que les vrais défis sont communs à toute l’humanité et qui, par conséquent, ne peut être surmonté qu’avec la coopération de tous et de nous tous.

Je conclus en rappelant ce ‘constat’ de Lucius Annaeus Seneca :

« Nous sommes des vagues de la même mer, des feuilles du même arbre, des fleurs du même jardin »

 

(*) Voir le dernier ‘White Paper’ chinois: « China’s National Defense in the New Era », Foreign Languages Press Co, Pekin (2019).

(**) Voir au lien : https://www.nato.int/cps/en/natohq/opinions_176197.htm?selectedLocale=en

Catégories: Opinion, Paix et Désarmement
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