Pourquoi nous sommes de nouveau en grève ?

05.12.2019 - Countercurrents

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Pourquoi nous sommes de nouveau en grève ?

Co-écrit par Greta Thunberg, Luisa Neubauer et Angela Valenzuela

Après plus d’un an de projections scientifiques lugubres et d’un activisme croissant, les dirigeants du monde ainsi que l’opinion publique reconnaissent de plus en plus la sévérité de la crise climatique et l’urgence d’agir. Et pourtant, rien n’a encore été fait. 

Depuis plus d’un an, les jeunes, partout dans le monde manifestent pour le climat. Nous avons lancé un mouvement qui a pris une ampleur inattendue, avec des millions de gens qui ont mis leur voix et leur corps au service de cette cause. Nous ne l’avons pas fait parce que c’était un rêve mais parce que nous ne voyions personne d’autre prendre des actions pour assurer notre avenir. Malgré les soutiens oraux que nous avons reçu de la part de nombreux adultes, dirigeants puissants de la planète y compris, nous ne voyons toujours aucune mesure concrète.

Faire la grève n’est pas notre mode d’action favori. Nous le faisons parce que nous n’avons pas d’autres choix. Bon nombre de conférences des Nations Unies sur le climat n’ont rien donné. Bon nombre de négociations ont produit des engagements très médiatisés des dirigeants mondiaux mais finalement des engagements vides de sens, des engagements de ces mêmes gouvernements qui autorisent les sociétés producteurs de combustibles fossiles à creuser pour trouver encore plus de pétrole et de gaz. Notre avenir part en fumée, pour leurs profits.

Les politiques et les sociétés de combustibles fossiles connaissent les changements climatiques depuis des décennies. Et pourtant les politiques les laissent continuer à exploiter les ressources de la planète et à détruire les écosystèmes, dans une quête d’argent rapidement gagné qui menacent notre existence même.

Ne vous méprenez pas : les scientifiques ont sonné l’alarme. Ils nous nous ont alerté  qu’il était peu probable que l’on réussisse à limiter la hausse des températures mondiales à 1.5 degrés Celsius au-dessus des niveaux pré-industriels, niveau au-delà duquel les effets les plus destructifs des changements climatiques seraient déclenchés.  

Pire encore, des recherches récentes montrent que nous sommes sur une tendance à produire en 2030 120% de combustibles fossiles de plus que ce qui serait conforme avec cette limite de 1.5°C. On enregistre un triste et haut record de la concentration de gaz à effet de serre dans notre atmosphère, et aucun signe de ralentissement. Même si les pays respectent leurs promesses de réduction d’émissions, nous allons tout droit vers une  augmentation de 3.2°C.

Les jeunes gens comme nous portons le fardeau des échecs de nos dirigeants. Les recherches montrent que la pollution émise lors de la consommation des combustibles fossiles est la plus grande menace pour la santé enfantine dans le monde. Rien qu’au moins de novembre,  cinq millions de masques ont été distribués dans les écoles de New Delhi, capitale de l’Inde, en raison d’un brouillard toxique. Les combustibles fossiles nous étouffent littéralement.

Le monde de la science exige des actions urgentes. Mais nos dirigeants continuent à l’ignorer. Donc nous continuons à nous battre.

Après une année de manifestations, nous avons été entendus. Nous sommes invités à intervenir dans les corridors du pouvoir. A l’ONU, nous nous sommes exprimés dans une salle pleine de dirigeants du monde. Lors du Forum Économique Mondial à Davos, nous avons rencontré des premiers ministres, des présidents et le Pape. Nous avons participé pendant des heures à des comités, nous avons discuté avec des journalistes et des réalisateurs. Nous avons reçu des récompenses pour notre activisme.

Nos efforts ont permis d’élargir la conversation sur le changement climatique. De plus en plus de gens parlent de la crise que nous traversons, il ne s’agit plus de murmures et d’arrière-pensées, mais d’une discussion publique avec un sens de l’urgence. Les sondages confirment les changements de perception. Un sondage récent  démontre que dans sept pays sur huit, la crise climatique est considérée comme l’un des problèmes les plus importants auquel le monde fait face. Un autre confirme que les écoliers montrent l’exemple dans la sensibilisation.

L’avis de l’opinion publique évoluant, les dirigeants du monde aussi disent qu’ils nous ont entendu. Ils disent qu’ils sont d’accord avec notre exigence d’agir urgemment pour faire face à cette crise climatique. Mais ils ne font rien. Ils se dirigent vers Madrid pour la 25ème session de la Conférence des Parties (COP25) dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le Changement Climatique. C’est de la pure hypocrisie.

Nous allons continuer à être présents dans les rues lors des deux vendredis à venir. Le 29 novembre dans le monde entier et le 6 décembre à Madrid, Santiago et dans beaucoup d’autres villes, lors de la conférence sur le climat. Les écoliers, les jeunes adultes et adultes se lèveront ensemble et exigeront que nos dirigeants prennent des actions. Pas parce que nous le voulons mais parce que la science l’exige.

Cette action doit être puissante et large. La crise climatique n’est pas seulement un sujet environnemental. C’est une crise des droits humains, de la justice et du pouvoir politique. Les systèmes opprimants coloniaux, racistes et patriarcaux l’ont créée et nourrie. On doit les démanteler. Les leaders politiques ne peuvent plus fuir leurs responsabilités.

Certains disent que la Conférence de Madrid n’est pas très importante, que les décisions seront prises lors de la COP26 qui aura lieu à Glasgow l’an prochain. Nous ne sommes pas d’accord. Comme nous le démontre clairement la science, nous n’avons pas une minute à perdre.

Nous avons appris que si nous ne nous élevons pas, personne ne le fera. Nous allons donc maintenir un rythme croissant de manifestations et protestations. Nous serons de plus en plus bruyants. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour persuader nos dirigeants qu’il faut s’unir à la science. Même les enfants comprennent cela.

Les actions collectives fonctionnent, nous l’avons prouvé. Pour tout changer, nous avons besoin de tout le monde. Chacun d’entre nous doit participer au mouvement de résistance pour le climat. Il ne faut pas seulement dire que ça nous importe, il faut le montrer !

Rejoignez nous. Participez aux manifestations à venir à Madrid ou chez vous. Montrez à vos communautés, à l’industrie des combustibles fossiles, à vos dirigeants politiques que nous ne tolèrerons plus aucune inaction sur le changement climatique. Plus nous sommes nombreux, plus nous avons des chances.

A vous dirigeants qui vous rendez à Madrid, notre message est simple, les regards de toutes les générations futures sont tournés vers vous. Agissez en conséquence.

Greta Thunberg est une jeune militante suédoise pour le climat

Luisa Neubauer est une activiste climatique allemande

Angela Valenzuela est une coordinatrice des « vendredis pour le futur » à Santiago au Chili

 

Traduction de l’anglais : Frédérique Drouet

Catégories: Ecologie et Environnement, International, Jeunes
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