Le jour où tu te trouvais à Arsenal (Ndt. le 20 juin 2017, dans le stade d’Arsenal, banlieue de Buenos Aires, Cristina Fernandez s’est adressé aux personnes qui remplissaient le stade), tandis que tu t’adressais aux foules, je conduisais dans les rues de Chicago.

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Je travaillais et mon employeuse m’avait envoyée faire une course. J’ai mis mes écouteurs dans mon téléphone cellulaire et j’ai écouté ta revendication politique sur Facebook. J’ai dû m’arrêter d’urgence quand tu as présenté le jeune bolivien dont le travail consistait à couper des légumes ; j’ai pleuré comme une enfant, car j’ai senti qu’à travers lui tu nommais tous les journaliers de tous les temps. On voyait dans ses yeux d’immigrant la nostalgie de milliers de personnes, la mienne également. Seulement nous, les immigrants, savons ce que c’est de vivre dans la maison de quelqu’un d’autre. Et je ne te parle même pas des immigrés clandestins. Je vis illégalement aux États-Unis depuis 14 ans, et je fais les mil et un métiers. Ce qui m’a fait craquer ce fut de te voir, toi, à ses côtés, d’égal à égal, parlant de lui comme être humain, comme entité de changement, tandis que tu présentais un projet de gouvernement et de société qui ferait en sorte que tous soient traités de la même manière, avec les mêmes droits et occasions de développement. Ce fut là un geste ayant des retombées politiques et humaines.

J’ai voulu écrire sur la déclaration que tu as faite à Arsenal, mais ce n’est que le vendredi 23 juin que je l’ai fait. Le texte s’intitule « Cristina et son entêtement de mule ». Je voulais raconter que dans mon village natal, être une mule est un honneur et, ainsi, t’honorer. Je n’ai jamais imaginé la portée qu’auraient ses mots ; j’ai reçu des centaines de messages de lecteurs argentins, qui t’aiment, et qui apprécient ce texte. Parmi les personnes qui m’ont écrit, l’une d’entre elles m’a dit qu’elle pouvait te faire parvenir tout message que je souhaiterais t’envoyer. Eh bien, tu ne me connais pas, mais je n’accepte pas de traitement préférentiel, car ce serait injuste. Alors j’ai décidé de t’écrire ces lignes; elles te parviendront lorsqu’elles te parviendront, parce que je suis certaine qu’elles arriveront à leur destination.

Je suis née au Guatemala, dans la province de Jutiapa, municipalité de Comapa, à l’ouest du pays. J’ai grandi dans un faubourg et je vendais des glaces au marché. Je considère ce faubourg comme mon grand amour, parce qu’il a donné des racines profondes à ma vie et qu’il est au centre de ma vision politique. Il s’appelle Ciudad Peronia.

Mais quel rapport entre une Guatémaltèque qui vit aux États-Unis et la politique argentine ? Eh bien, il n’y a qu’une seule Grande Patrie, sans frontières, et grâce à toi et à Evita je me sens argentine, et je sais qu’un jour, plus tôt que je ne le pense, j’irais marcher dans les rues poussiéreuses de l’Amérique du Sud que j’aime tant.

J’aimerais te dire que, comme des milliers de femmes en Amérique Latine et dans le monde, je me sens honorée de vivre ces temps-ci, à l’époque d’une femme qui a réécrit l’histoire de l’Argentine et de la femme dans la politique latinoaméricaine. Avec tous les honneurs, tu devrais te reposer, mais tu as décidé de poursuivre ta route sur le chemin le plus raide, comme toujours, plaçant tes espoirs dans l’adversité afin de réussir de nouveau à épouser les utopies et les transformer en sourires et en bonheurs sur le visage des personnes les plus vulnérables des classes sociales.

Je t’écris ces mots avec admiration et reconnaissance; tu es l’un de mes grands amours parce que tu me fais rêver à un monde plus humain, où nous serons tous, sans distinction, perçus comme des êtres égaux.

Je ne crois pas que la vie me donnera l’occasion de te connaître en personne, mais au moins je suis certaine que ces mots te parviendront. Tu y sentiras l’amour, la reconnaissance, l’admiration et la conviction des millions de personnes partout dans le monde qui t’aimons. Parce que, les personnes comme toi, il faut les chérir de tout notre cœur; et c’est naturel, parce qu’il faut rendre amour pour amour.

Nous te reverrons comme présidente de l’Argentine. Alors les mers résonneront, les couchers de soleil de couleur fleur de feu distilleront leur poésie et nous célébrerons de nouveau les jours heureux. Parce que ces jours reviendront, ils reviendront. Et tous prononceront ton nom, qui est déjà écrit dans l’histoire, de génération en génération, tels un mythe et une prouesse d’une femme qui a osé créer une patrie.

Je suis à tes ordres, ma belle présidente.

 

Traduit de l’espagnol par Silvia Benitez