{"id":430715,"date":"2017-02-14T22:37:35","date_gmt":"2017-02-14T22:37:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pressenza.com\/?p=430715\/"},"modified":"2017-02-14T23:15:38","modified_gmt":"2017-02-14T23:15:38","slug":"samir-amin-extraits-memoires-1-sur-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2017\/02\/samir-amin-extraits-memoires-1-sur-2\/","title":{"rendered":"Samir Amin : Extraits des M\u00e9moires &#8211; La bataille de l\u2019 IDEP (1\/4)"},"content":{"rendered":"<p><b>I\u00a0 La bataille de l\u2019 IDEP<\/b><\/p>\n<p><b>Professeur \u00e0 l&rsquo;IDEP-Dakar (1963-1967)<\/b><\/p>\n<p>J\u2019avais accept\u00e9, courant 1962, de faire partie d\u2019une \u00e9quipe que les Nations Unies voulaient constituer pour cr\u00e9er en Afrique un \u00ab\u00a0Institut de Planification et de D\u00e9veloppement\u00a0\u00bb. J\u2019\u00e9tais donc all\u00e9 \u00e0 Addis Abeba et devais pendant un mois cogiter avec les membres de cette \u00e9quipe. J\u2019avoue que je ne fus pas impressionn\u00e9 par ce qui s\u2019y dessinait. La majorit\u00e9 &#8211; bureaucrates africains et \u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb \u00e9trangers &#8211; voyaient les choses d\u2019une mani\u00e8re fort simple. On sait ce qu\u2019il faut faire, tant ce que doit \u00eatre une \u00ab\u00a0bonne politique de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb qu\u2019un \u00ab\u00a0bon enseignement des techniques de planification et de gestion\u00a0\u00bb. C\u2019est tout \u00e9crit dans les rapports d\u2019experts, c\u2019est un savoir qui est dans la t\u00eate de tous les bons profs. Na\u00efvet\u00e9 incroyable des uns, pr\u00e9tention stupide d\u2019autres. Mon point de vue \u00e9tait minoritaire, bien qu\u2019il fut soutenu par quelques personnages cl\u00e9, au-dessus de l\u2019\u00e9quipe, les uns \u00e0 New York (Philippe de Seynes), les autres \u00e0 Addis (quelques grands diplomates africains, des hauts fonctionnaires \u00e9thiopiens qui se r\u00e9v\u00e9laient bien au-dessus de la moyenne du continent, en d\u00e9pit de tous les pr\u00e9jug\u00e9s concernant leur pays \u00ab\u00a0qui n\u2019a pas eu la chance d\u2019\u00eatre colonis\u00e9\u00a0\u00bb), et de l\u2019Anglais Arthur Ewing qui assurait l\u2019int\u00e9rim du Secr\u00e9tariat de la C.E.A., en attendant l\u2019arriv\u00e9e de Robert Gardiner, lequel, je dois le dire aussi, a vite montr\u00e9 qu\u2019il penchait plut\u00f4t de notre c\u00f4t\u00e9. L\u2019essai valait donc la peine qu\u2019on s\u2019y associe, et en octobre 1963 nous quittions, Isabelle et moi, Bamako pour nous installer \u00e0 Dakar, si\u00e8ge du nouvel Institut Africain de D\u00e9veloppement et de Planification, IDEP.<\/p>\n<p>L\u2019I.D.E.P. devait me faire d\u00e9couvrir rapidement \u00e0 la fois les possibilit\u00e9s que l\u2019O.N.U. offrait &#8211; faire du neuf, dans un esprit multinational &#8211; mais aussi les faiblesses extr\u00eames de ce syst\u00e8me, ballott\u00e9 entre des forces directrices centrifuges impossibles \u00e0 concilier, pour des raisons intrins\u00e8ques tenant pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 sa nature internationale. La valse des directeurs de l\u2019I.D.E.P. au cours des ann\u00e9es soixante, leur changement annuel pendant les quatre premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019existence de l\u2019Institution, \u00e0 un stade premier o\u00f9 au contraire il aurait fallu le maximum de continuit\u00e9, \u00e9taient bien l\u2019expression de ces faiblesses. Bien que le comit\u00e9 pr\u00e9paratoire ait produit un document d\u00e9finissant les objectifs de l\u2019Institut, son mode d\u2019op\u00e9ration et de financement, les lignes g\u00e9n\u00e9rales de son programme d\u2019enseignement (sans que la recherche n\u2019y fut mentionn\u00e9e autrement que par pure forme), ce document \u00e9tait du style des \u00ab\u00a0r\u00e9solutions\u00a0\u00bb de l\u2019O.N.U., diplomatique et ambigu. Le directeur et le collectif qui avaient la responsabilit\u00e9 de le mettre en oeuvre disposaient donc d\u2019une marge d\u2019autonomie &#8211; et de man\u0153uvre &#8211; non n\u00e9gligeable, si on avait voulu en faire usage.<\/p>\n<p>Je ne sais comment la direction fut d\u2019abord confi\u00e9e, la premi\u00e8re ann\u00e9e, \u00e0 un couple curieux aux fonctions mal d\u00e9finies : Christian Vieyra (juriste b\u00e9ninois, on disait alors dahom\u00e9en) et John Mars (professeur d\u2019\u00e9conomie en Grande Bretagne, d\u2019origine autrichienne). Chacun d\u2019eux criait fort : je suis le directeur, le premier en fran\u00e7ais, le second en anglais, l\u2019un et l\u2019autre r\u00e9barbatifs au bilinguisme, ne communiquant (g\u00e9n\u00e9ralement pour s\u2019insulter) que par interpr\u00e8te (g\u00ean\u00e9) interpos\u00e9. Vieyra \u00e9tait proche des hommes politiques les plus mod\u00e9r\u00e9s de l\u2019Afrique francophone, du Dahomey en particulier, sensibles \u00e0 l\u2019extr\u00eame aux opinions des experts de la coop\u00e9ration fran\u00e7aise (ex Minist\u00e8re des Colonies, tr\u00e8s vite rebaptis\u00e9 sans quitter les lieux d\u2019ailleurs et sans grand changement de personnel). Mars \u00e9tait un professeur d\u2019\u00e9conomie conventionnelle, qui n\u2019avait jamais ni connu le \u00ab\u00a0tiers monde\u00a0\u00bb ni r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 ses probl\u00e8mes. Il \u00e9tait de surcro\u00eet d\u2019une na\u00efvet\u00e9 politique illimit\u00e9e.<\/p>\n<p>Robert Gardiner s\u2019est d\u00e9barrass\u00e9 du tandem Vieyra-Mars et a nomm\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante le danois Boserup. J\u2019ai du respect pour cet homme ouvert et curieux d\u2019apprendre. Boserup \u00e9tait venu avec la mission de trouver, en un an, un directeur africain qui lui succ\u00e9derait. Il tint sa promesse ; mais son choix fut, \u00e0 mon avis, malheureux. Le s\u00e9n\u00e9galo-mauritanien Mamoudou Tour\u00e9 n\u2019\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 en rien pour assumer cette fonction, ce qui ne devait pas l\u2019emp\u00eacher de faire carri\u00e8re plus tard, au F.M.I., dont il fut le serviteur z\u00e9l\u00e9 au Za\u00efre, puis, un temps, comme ministre des Finances \u00e0 Dakar. Tour\u00e9 n\u2019avait pas d\u2019id\u00e9es particuli\u00e8res concernant le r\u00f4le de l\u2019I.D.E.P., qu\u2019il acceptait de voir \u00ab\u00a0enseigner des techniques\u00a0\u00bb sans gu\u00e8re plus.\u00a0 De surcro\u00eet il \u00e9tait craintif \u00e0 l\u2019extr\u00eame et voulait donc \u00e9viter \u00e0 tout prix la conduite de recherches qui auraient pu \u00eatre critiques et d\u00e9plaire, dans tel ou tel gouvernement, \u00e0 un quelconque ministre. De mon c\u00f4t\u00e9 je n\u2019estimais pas possible un enseignement sans recherches et je poursuivais celles-ci &#8211; utilisant la marge de libert\u00e9 dont nous disposions si on voulait s\u2019imposer &#8211; par des travaux sur la C\u00f4te d\u2019Ivoire, le Mali, les pays du Maghreb. Ce que j\u2019en tirais effrayait Tour\u00e9 qui aurait voulu mettre ces \u00ab\u00a0rapports\u00a0\u00bb sous cl\u00e9 et en interdire tout usage ou diffusion. C\u2019est pour ces raisons que je commen\u00e7ais \u00e0 songer devoir quitter l\u2019I.D.E.P., si Tour\u00e9 y conservait son poste. Quand je suis parti donc, en octobre 1967, ce directeur \u00e9tait toujours l\u00e0, mais pas pour longtemps puisqu\u2019il devait \u00eatre recrut\u00e9 peu de temps apr\u00e8s par le F.M.I. Son successeur fut David Carney, auquel je succ\u00e9dais moi-m\u00eame en 1970.<\/p>\n<p>En quittant l\u2019I.D.E.P. j\u2019avais cru utile d\u2019adresser directement au secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019O.N.U. &#8211; \u00e0 l\u2019\u00e9poque U Thant &#8211; une lettre dans laquelle j\u2019expliquais les raisons de ma d\u00e9mission, sans mentionner quoi que ce soit de personnel, ni me concernant ni concernant les coll\u00e8gues et le directeur. J\u2019expliquais simplement qu\u2019\u00e0 mon avis, le r\u00f4le de l\u2019I.D.E.P. devait \u00eatre autre que celui d\u2019une \u00e9cole d\u2019enseignement de techniques, mal plac\u00e9e dans la concurrence sur ce terrain avec les universit\u00e9s d\u2019Afrique et d\u2019ailleurs ; que l\u2019Institut par contre devait tenter de devenir l\u2019un des centres majeurs de r\u00e9flexion critique sur les conceptions et les pratiques du d\u00e9veloppement en Afrique et articuler son enseignement sur ce type de d\u00e9bats. C\u2019est cette lettre &#8211; retrouv\u00e9e plus tard par la mission que le PNUD devait organiser en 1969 pour proposer des solutions \u00e0 la crise de l\u2019Institut qui a fait penser \u00e0 moi en haut lieu pour prendre la succession.<\/p>\n<p>J\u2019avais donc la charge d\u2019enseigner \u00e0 l\u2019I.D.E.P. la comptabilit\u00e9 nationale et les techniques (et exp\u00e9riences) africaines de planification. J\u2019enseignais donc les techniques de l\u2019input output, dont le maniement est relativement simple et formateur d\u2019un minimum de rigueur, toujours n\u00e9cessaire, mais je garde l\u2019opinion que j\u2019ai exprim\u00e9e que la technique ne doit pas servir de paravent pour \u00e9luder les choix sociaux et politiques fondamentaux qui pr\u00e9c\u00e8dent. J\u2019enseignais \u00e9galement l\u2019analyse de projets. Mais l\u00e0 je mettais en garde : ou bien cette analyse n\u2019est rien de plus que la rationalisation du calcul capitaliste de rentabilit\u00e9, et il faut le conna\u00eetre pour comprendre comment le monde r\u00e9el (qui est capitaliste) fonctionne ; ou bien on pr\u00e9tend extrapoler la logique de ce calcul pour lui donner une dimension sociale qui lui est \u00e9trang\u00e8re. Et dans ce cas on propose aux d\u00e9cideurs nationaux des instruments qu\u2019ils ne peuvent utiliser parce qu\u2019ils sont en conflit avec le mode de d\u00e9cision que mettent en oeuvre les agents \u00e9conomiques r\u00e9els. Ce type de \u00ab\u00a0planification\u00a0\u00bb, qui a \u00e9videmment la pr\u00e9f\u00e9rence de la Banque mondiale au point qu\u2019elle n\u2019en connait pas d\u2019autres, consiste donc en d\u00e9finitive \u00e0 jeter de la poudre aux yeux. Le choix traduit en fait un refus de planifier. Qui est logique. Si le march\u00e9 est autor\u00e9gulateur, pourquoi intervenir ? Le d\u00e9veloppement d\u2019ailleurs n\u2019a plus de sens particulier ; il n\u2019est que le r\u00e9sultat spontan\u00e9 des \u00ab\u00a0forces du march\u00e9\u00a0\u00bb, il devient synonyme d\u2019expansion du capitalisme, alors que la sp\u00e9cificit\u00e9 du concept de d\u00e9veloppement est pr\u00e9cis\u00e9ment de s\u2019en distinguer, d\u2019\u00eatre la traduction d\u2019un projet soci\u00e9taire identifiable en termes d\u2019objectifs sociaux et politiques.<\/p>\n<p>Il fallait donc, \u00e0 mon avis, avant tout apprendre aux futurs fonctionnaires du Plan \u00e0 identifier ces incoh\u00e9rences, \u00e0 en comprendre le m\u00e9canisme du d\u00e9ploiement, \u00e0 proposer des correctifs. Ce que j\u2019avais appris \u00e0 faire au Caire, \u00e0 Bamako et au S.E.E.F. \u00e9tait ici essentiel pour mon enseignement. Je le proposais sous la forme d\u2019exercices, d\u2019abord faits en classe, puis donn\u00e9s \u00e0 refaire par les \u00e9tudiants seuls. J\u2019inventais un T.E.E. (Tableau Economique d\u2019Ensemble) simplifi\u00e9 ; je d\u00e9finissais un \u00ab\u00a0Plan\u00a0\u00bb dans les termes par lesquels ils sont g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9finis (volumes d\u2019investissements, financements ext\u00e9rieurs etc.) \u00e0\u00a0 partir desquels on faisait d\u2019abord des projections (disons \u00e0 cinq ans) des grandeurs macro-\u00e9conomiques principales, ce qui permettait de faire conna\u00eetre les liaisons d\u00e9terminantes majeures entre ces grandeurs (propensions \u00e0 importer , coefficients de capital, charges r\u00e9currentes etc), puis, en pla\u00e7ant ces grandeurs dans un T.E.E. projet\u00e9, d\u2019identifier les incoh\u00e9rences. Outils : les tables d\u2019int\u00e9r\u00eats compos\u00e9s et la r\u00e8gle \u00e0 calcul.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc comment je comprenais mon m\u00e9tier d\u2019enseignant. Pour le tiers des \u00e9tudiants qui avaient un minimum de formation &#8211; fut elle tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale &#8211; ou de capacit\u00e9s intellectuelles et de volont\u00e9 de travail, les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9, je crois, pas mauvais. J\u2019ai retrouv\u00e9 beaucoup de ces \u00e9tudiants des ann\u00e9es plus tard, dans leurs pays respectifs, et j\u2019ai constat\u00e9 que leur travail y \u00e9tait appr\u00e9ci\u00e9.<\/p>\n<p><strong><u>Directeur de l\u2019Idep ( 1970-1980)<\/u><\/strong><\/p>\n<p>La mission d\u2019\u00e9valuation des Nations Unies dont j\u2019ai parl\u00e9 plus avant \u00e9tait parvenue \u00e0 la conclusion que le r\u00f4le que l\u2019I.D.E.P. devrait remplir en Afrique \u00e9tait principalement celui d\u2019analyser les exp\u00e9riences et les strat\u00e9gies du d\u00e9veloppement et de la planification, et de greffer son enseignement sur cette connaissance sp\u00e9cifique. C\u2019\u00e9tait exactement la position que j\u2019avais d\u00e9fendue dans la commission charg\u00e9e de la cr\u00e9ation de l\u2019institution, et que j\u2019avais rappel\u00e9e dans ma lettre de d\u00e9mission. Retrouvant cette lettre dans leur dossier de \u00ab\u00a0<em>briefing\u00a0<\/em>\u00bb il \u00e9tait normal que la mission pense \u00e0 moi pour prendre la rel\u00e8ve. Philippe de Seynes, que je ne connaissais pas encore, le fit.<\/p>\n<p>J\u2019h\u00e9sitais, en me demandant si v\u00e9ritablement je pourrais mettre en oeuvre le changement souhait\u00e9, compte tenu de toutes les faiblesses du syst\u00e8me des Nations Unies dont je commen\u00e7ais \u00e0 avoir eu l\u2019exp\u00e9rience. Mais j\u2019\u00e9tais en position de force pour n\u00e9gocier. Alors pourquoi ne pas tenter ? Je rencontrais donc &#8211; pour interview comme on dit &#8211; Philippe de Seynes \u00e0 New York. La discussion a \u00e9t\u00e9 d\u2019embl\u00e9e franche et cordiale. Nous sommes d\u2019ailleurs devenus des amis \u00e0 dater de ce jour. Je lui rappelais que j\u2019avais des opinions auxquelles je ne renoncerai pas, que je continuerai \u00e0 les exprimer dans les \u00e9crits \u00e0 venir, et que probablement cela ne plairait pas \u00e0 tout le monde. Qu\u2019importe, me dit-il, quelqu\u2019un qui n\u2019a pas d\u2019opinions ne peut remplir les fonctions qu\u2019on attend de lui dans un poste comme celui-l\u00e0. Regardez la CEPAL (la Commission Economique pour l\u2019Am\u00e9rique Latine). Raul Prebisch n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 s\u2019entourer d\u2019intellectuels qui sont tous dans l\u2019opposition vis \u00e0 vis de leurs gouvernements, souvent m\u00eame r\u00e9fugi\u00e9s politiques, comme les Br\u00e9siliens, Celso Furtado et Fernando Henrique Cardoso. Le succ\u00e8s de la CEPAL leur est d\u00fb, est \u00e0 rapporter \u00e0 la libert\u00e9 acad\u00e9mique qui y r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Je convenais donc d\u2019accepter le poste, en principe. Je pr\u00e9cisais n\u00e9anmoins que la \u00ab\u00a0rigolade\u00a0\u00bb (c\u2019est le terme que j\u2019ai employ\u00e9) ne durerait peut \u00eatre que trois mois. Je devrais en effet r\u00e9unir le Conseil d\u2019Administration de l\u2019I.D.E.P., pr\u00e9sid\u00e9 par le Secr\u00e9taire Ex\u00e9cutif de la C.E.A., leur soumettre mes propositions. Je ne pensais pas qu\u2019ils les accepteraient et je n\u2019avais aucune intention de les manipuler pour leur arracher un ralliement ambigu. Mais, ai-je dit, je ne ferai pas de chantage et ne leur laisserais pas entendre qu\u2019en cas d\u2019\u00e9chec de la r\u00e9union je d\u00e9missionnerais. On verra. Acceptez-vous, Monsieur de Seynes, de recevoir sans surprise ma lettre de d\u00e9mission dans trois mois. J\u2019accepte le risque, mais vous verrez que j\u2019ai raison, il est n\u00e9gligeable. Ils finiront par avoir ma peau, r\u00e9pliquais-je. Cela prendra beaucoup de temps, beaucoup plus que vous ne le pensez, concluait de Seynes. L\u2019histoire lui a donn\u00e9 raison : cela a pris dix ans.<\/p>\n<p><strong><em><u>LE RAYONNEMENT DE L\u2019I.D.E.P. EN AFRIQUE<\/u><\/em><\/strong><\/p>\n<p>A peine install\u00e9 je t\u00e9l\u00e9phonais \u00e0 Gardiner pour lui faire part de mon souhait de le rencontrer et le mettre au courant de mes intentions. Je les connais, me r\u00e9pondit-il, vous les avez d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9es. Vous en connaissez les principes, mais les modalit\u00e9s doivent \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9es \u00e0 leur tour, et j\u2019appr\u00e9cierais votre opinion \u00e0 ce sujet, comme il nous faut entendre le Conseil d\u2019Administration. Echanges de paroles courtoises, mais insuffisantes pour me faire comprendre si l\u2019accord que Gardiner avait donn\u00e9 \u00e0 New York pour ma nomination \u00e9tait sinc\u00e8re.<\/p>\n<p>A Dakar je faisais le tour de l\u2019Institut, rencontrais le personnel. Kwame Amoa avait \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 apr\u00e8s mon d\u00e9part et songeait s\u2019en aller. Je me rendais compte imm\u00e9diatement qu\u2019il avait de grandes qualit\u00e9s. Derri\u00e8re une apparence flegmatique \u00e0 la britannique, ce jeune Ghan\u00e9en \u00e9tait intelligent, fin, r\u00e9fl\u00e9chi, progressiste dans ses r\u00e9actions imm\u00e9diates. Je pensais donc imm\u00e9diatement introduire une premi\u00e8re innovation dans l\u2019organisation de l\u2019Institut, cr\u00e9er un poste de directeur adjoint dont il serait le b\u00e9n\u00e9ficiaire.\u00a0 Moi \u00e9gyptien et class\u00e9 francophone, lui ouest africain anglophone, cela serait une bonne chose pour l\u2019\u00e9quilibre et la repr\u00e9sentativit\u00e9 de l\u2019IDEP. Par ailleurs cela assurerait une permanence, puisque l\u2019un et l\u2019autre nous serions appel\u00e9s \u00e0 nous d\u00e9placer fr\u00e9quemment. En fait, il avait plus que ces capacit\u00e9s, il avait le temp\u00e9rament d\u2019un diplomate de qualit\u00e9, qui savait \u00e0 la perfection comment r\u00e9diger des propositions, n\u00e9gocier, reconna\u00eetre l\u2019essentiel et faire les concessions utiles. Nous sommes devenus des amis tr\u00e8s proches et j\u2019ai dit de lui qu\u2019il aurait pu \u00eatre le Ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res d\u2019une grande puissance. Aucun des directeurs avant moi n\u2019avait imagin\u00e9 \u00eatre second\u00e9 par un adjoint. En bons autocrates ils ne voyaient automatiquement dans leurs coll\u00e8gues que des adversaires \u00e0 l\u2019aff\u00fbt pour prendre leur place !<\/p>\n<p>Je ne connaissais pas les membres du conseil d\u2019administration \u00e9lus par une \u00ab\u00a0Conf\u00e9rence des Planificateurs Africains\u00a0\u00bb qui se r\u00e9unissait tous les deux ans au si\u00e8ge de la C.E.A. \u00e0 Addis Abeba. Bien que cette conf\u00e9rence fut cens\u00e9e \u00eatre suivie par les ministres responsables, elle n\u2019\u00e9tait en fait qu\u2019une r\u00e9union d\u2019administrateurs du d\u00e9veloppement. Il y avait parmi ceux-ci de tout, certains \u00e9taient des fonctionnaires de qualit\u00e9, d\u2019autres insignifiants. Ce n\u2019\u00e9tait pas forc\u00e9ment les meilleurs qui \u00e9taient choisis pour le Conseil de l\u2019I.D.E.P. et la r\u00e8gle de la repr\u00e9sentation de chacune des quatre r\u00e9gions du continent (Afrique du Nord, de l\u2019Ouest, du Centre, de l\u2019Est et Australe) comme celle de l\u2019\u00e9quilibre linguistique compliquaient les choses. La constitution du conseil pouvait donc faire l\u2019objet de manipulations. Gardiner y r\u00e9pugnait, par temp\u00e9rament probablement. Mais plus tard Adedeji ne devait pas manquer d\u2019y recourir. Je laissais tout cela se faire et d\u00e9faire sans aucune pr\u00e9occupation, ayant opt\u00e9 pour le principe de ne pas chercher \u00e0 me \u00ab\u00a0faire des amis\u00a0\u00bb dans le Conseil. Les Conseils que j\u2019ai connus \u00e9taient d\u2019une composition h\u00e9t\u00e9roclite, \u00e0 l\u2019image de ce que sont les administrations en Afrique, et ailleurs. Il y avait parmi leurs membres des administrateurs ouverts et comp\u00e9tents, avec qui on pouvait argumenter. Mais il y avait aussi les \u00e9ternels \u00ab\u00a0chasseurs de per diem\u00a0\u00bb qui se font \u00e9lire pour avoir l\u2019occasion de voyager, donc corruptibles. Mes propositions furent soutenues par Gardiner sans aucune r\u00e9serve, mais peut \u00eatre aussi sans enthousiasme. Le Conseil les approuva sans probl\u00e8me.<\/p>\n<p>J\u2019introduisais, avec l\u2019accord du Conseil, l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0Conseil acad\u00e9mique consultatif\u00a0\u00bb. J\u2019estimais plus qu\u2019utile &#8211; n\u00e9cessaire &#8211; de ne pas \u00ab\u00a0travailler seul\u00a0\u00bb et d\u2019avoir l\u2019opinion de gens avis\u00e9s. C\u2019est dans mon temp\u00e9rament. Or le Conseil d\u2019administration ne pouvait remplir cette fonction. J\u2019ai donc soumis \u00e0 Gardiner une liste de noms qu\u2019il approuva, en me disant n\u00e9anmoins : ce sont de trop grandes personnalit\u00e9s, ils ne viendront jamais. Ils sont tous venus. Il y avait parmi eux Dudley Seers, qui initiait la nouvelle universit\u00e9 modernis\u00e9e de Brighton en Grande Bretagne, Celso Furtado qui nous apportait le savoir accumul\u00e9 en Am\u00e9rique latine et \u00e0 la CEPAL, le Nig\u00e9rian Onitiri, l\u2019un des plus anciens universitaires d\u2019Afrique, Isma\u00efl Abdallah, Charles Prou, directeur du C.E.P.E. Je pr\u00e9cise -est-ce n\u00e9cessaire ? &#8211; que ces deux derniers, bien qu\u2019amis, n\u2019ont pas le temp\u00e9rament d\u2019\u00eatre des \u00ab\u00a0complices\u00a0\u00bb. Leurs avis, critiques, suggestions \u00e9taient aussi libres que ceux des autres.<\/p>\n<p>L\u2019option fondamentale \u00e9tait de faire de l\u2019I.D.E.P. un centre de r\u00e9flexion africain de premi\u00e8re grandeur. D\u2019arracher aux institutions \u00e9trang\u00e8res de \u00ab\u00a0l\u2019assistance technique\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0coop\u00e9ration\u00a0\u00bb, qu\u2019elles fussent europ\u00e9ennes, am\u00e9ricaines ou onusiennes, le monopole de penser pour l\u2019Afrique. Donc de mettre l\u2019accent sur la recherche et de tailler des enseignements sur mesure qui pourraient v\u00e9hiculer les d\u00e9bats et d\u00e9multiplier leurs effets.<\/p>\n<p>Les\u00a0 formules en furent diverses. Nous maintenions des enseignements relativement longs (un et deux ans) de mani\u00e8re \u00e0 pouvoir en approfondir les effets et \u00e0 associer les meilleurs \u00e9tudiants \u00e0 des recherches o\u00f9 ils feraient leur apprentissage, de mani\u00e8re \u00e9galement \u00e0 permettre d\u2019acqu\u00e9rir l\u2019outillage et la ma\u00eetrise des techniques. L\u2019une des innovations majeures fut celle d\u2019un programme de s\u00e9minaires de 4 \u00e0 6 semaines organis\u00e9s hors de Dakar. J\u2019y voyais beaucoup d\u2019avantages : toucher un multiple du nombre de nos \u00e9tudiants puisque chaque s\u00e9minaire pouvait\u00a0 r\u00e9unir 50 \u00e0 100 participants, \u00e0 faible co\u00fbt (les s\u00e9minaires \u00e9taient monolingues et la majorit\u00e9 des participants d\u00e9j\u00e0 sur place dans le pays o\u00f9 l\u2019on op\u00e9rait), \u00e9tablir des rapports \u00e9troits avec les universit\u00e9s locales invit\u00e9es \u00e0 partager les responsabilit\u00e9s du s\u00e9minaire, et avec les administrations et les services charg\u00e9s du d\u00e9veloppement. L\u2019I.D.E.P. remplissait fr\u00e9quemment ici le r\u00f4le d\u2019un catalyseur et amortisseur de chocs entre universitaires et administrateurs qui se m\u00e9prisaient mutuellement, entre diff\u00e9rentes forces politiques et courants de pens\u00e9e qui ne se fr\u00e9quentaient gu\u00e8re en dehors de nos invitations. Plus d\u2019une trentaine de ces cours\/s\u00e9minaires ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s au cours des ann\u00e9es 1970, dans vingt cinq capitales africaines diff\u00e9rentes, donnant par l\u00e0 m\u00eame un rayonnement continental \u00e0 l\u2019Institut. Chacune de ces op\u00e9rations \u00e9tait un v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement dans le pays concern\u00e9, longtemps\u00a0 comment\u00e9 et presque toujours vivant dans la m\u00e9moire de ceux qui y avaient particip\u00e9. Je garde un souvenir pr\u00e9cis d\u2019une dizaine de ces s\u00e9minaires (tenus \u00e0 Alger, Bamako, Cotonou, Ibadan, Douala, Brazzaville, Kinshasa, Mogadiscio, Dar es Salam et Tananarive).<\/p>\n<p>Pour mener \u00e0 bien ces t\u00e2ches il fallait bien entendu recruter un personnel du niveau requis et en nombre minimal suffisant. Nous y sommes parvenus, plus ou moins, attirant \u00e0 l\u2019I.D.E.P. des intellectuels dont certains sont suffisamment connus par leurs publications pour qu\u2019il soit inutile de les pr\u00e9senter ici. L\u2019\u00e9quipe s\u2019\u00e9toffait progressivement et comprenait \u00e0 un moment ou un autre, Norman Girvan (Jama\u00efque), Oscar Braun (Argentine), Hector Silva Michelena (Venezuela), Fawzy Mansour, Naguib Hedayat et Hassan Khalil (Egypte), Samba Sow (S\u00e9n\u00e9gal), Jacques Bugnicourt et Duhamel (France), Bernard Founou (Cameroun), Cadman Atta Mills (Ghana), Jagdish Saigal (Inde) et Marc Franco (belge, qui a fait une belle carri\u00e8re par la suite \u00e0 la CEE), Anthony Obeng (Ghana), Joseph Van den Reysen (Congo). Nous parvenions \u00e9galement \u00e0 la renforcer par de nombreux \u00ab\u00a0missionnaires\u00a0\u00bb, soit financ\u00e9s par la coop\u00e9ration fran\u00e7aise (parmi lesquels Pierre Philippe Rey, Catherine Coquery Vidrovitch, Andr\u00e9 Farhi, Francine Kane), soit invit\u00e9s d\u2019Afrique identifi\u00e9s au cours de nos s\u00e9minaires. Certains de ceux-l\u00e0 ont \u00e9t\u00e9 attach\u00e9s \u00e0 des programmes de recherches sp\u00e9cifiques, lorsque nous en trouvions le financement, comme les deux guin\u00e9ens Bald\u00e9 et Kouyat\u00e9, le malien Lamine Gakou, le soudanais Hamid Gariballah, les deux s\u00e9n\u00e9galais Abdousalam Kane et Alioune Sall (rattach\u00e9s au programme sp\u00e9cial de l\u2019ENDA), le kenyan Abdalla Bujra et le Malawi Thandika Mkandawire. Amoa et moi-m\u00eame, en d\u00e9pit de nos charges, n\u2019avions pas renonc\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 l\u2019enseignement, fut-ce \u00e0 moindre dose ; je n\u2019aurais pour ma part jamais accept\u00e9 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on peut \u00ab\u00a0diriger\u00a0\u00bb un institut sans partager avec les coll\u00e8gues la connaissance directe de ses probl\u00e8mes, c\u2019est \u00e0 dire sans le contact vivant avec ses \u00e9tudiants et sans la participation active aux \u00e9quipes de recherche.<\/p>\n<p>Cette \u00e9quipe \u00e9tait \u00e9videmment apte \u00e0 conduire des programmes de recherches faisant du sens. Comme je l\u2019avais appris au S.E.E.F. les meilleurs programmes sont ceux que les responsables d\u00e9finissent eux-m\u00eames et mettent en oeuvre librement. Le collectif servait donc de chambre de discussion des propositions, engagements volontaires des participants et d\u00e9bats organis\u00e9s aux diff\u00e9rentes \u00e9tapes du travail. Et si peut \u00eatre quelques individus pouvaient trouver dans ce syst\u00e8me le moyen de se d\u00e9rober, dans l\u2019ensemble la m\u00e9thode a probablement produit des r\u00e9sultats meilleurs que ceux que donne la r\u00e9partition autoritaire des t\u00e2ches. En t\u00e9moigne le nombre des papiers produits &#8211; plus de 400 &#8211; , certains de la taille d\u2019ouvrages, et le d\u00e9marrage de la publication de ces r\u00e9sultats, n\u00e9goci\u00e9 avec l\u2019\u00e9diteur Anthropos pour le fran\u00e7ais et l\u2019universit\u00e9 de Dar es Salam pour l\u2019anglais.<\/p>\n<p>Le rayonnement que l\u2019I.D.E.P. avait conquis occasionnait \u00e0 son tour l\u2019appel \u00e0 l\u2019Institut pour des missions de consultations. L\u2019un des objectifs qui m\u2019\u00e9taient toujours paru prioritaire \u00e9tait de briser l\u2019isolement dans lequel la colonisation avait enferm\u00e9 l\u2019Afrique. Nous avons donc organis\u00e9 dans cet esprit les deux premi\u00e8res grandes rencontres entre intellectuels d\u2019Afrique et d\u2019Am\u00e9rique latine (\u00e0 Dakar en 1972) puis d\u2019Afrique et d\u2019Asie (\u00e0 Tananarive en 1974). C\u2019\u00e9tait pour beaucoup la premi\u00e8re fois que l\u2019occasion leur \u00e9tait donn\u00e9e de d\u00e9battre entre eux des grands probl\u00e8mes du tiers monde. Jusque-l\u00e0 tout au plus quelques-uns d\u2019entre eux s\u2019\u00e9taient entrevus par hasard dans des r\u00e9unions internationales dont l\u2019ordre du jour ne portait pas toujours sur les questions qui \u00e9taient au centre de leurs pr\u00e9occupations. Pour beaucoup de latino-am\u00e9ricains et d\u2019asiatiques il s\u2019agissait de leur premi\u00e8re visite en Afrique. J\u2019\u00e9pargnerai les noms, qui sont pour la plupart bien connus. L\u2019\u00e9cole \u00ab\u00a0<em>d\u00e9pendantiste\u00a0<\/em>\u00bb latino-am\u00e9ricaine \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e par ses plus grandes figures &#8211; Fernando Henrique Cardoso, Ruy Mario Marini, Teotonio dos Santos, Pablo Gonzalez Casanova, Andr\u00e9 Gunder Frank, Anibal Quijano, G\u00e9rard Pierre Charles etc. Cardoso n\u2019avait jamais encore mis les pieds sur le continent qui n\u2019est pourtant pas sans importance pour le pays dont il est devenu le pr\u00e9sident, le Br\u00e9sil. Personne ne l\u2019y avait invit\u00e9. A Tananarive les Asiatiques du Sud-Est, singuli\u00e8rement les Indon\u00e9siens et les Malais, \u00e9taient surpris de se retrouver \u00e0 moiti\u00e9 chez eux, tandis que les Africains entendaient pour la premi\u00e8re fois une panoplie des meilleurs noms de la science sociale de ce pays continent qu\u2019est l\u2019Inde.<\/p>\n<p>L\u2019expansion des activit\u00e9s de l\u2019I.D.E.P. exigeait la mobilisation de moyens financiers suppl\u00e9mentaires, au- del\u00e0 du budget r\u00e9glementaire, financ\u00e9 par les Etats africains et le PNUD. Nous parvenions \u00e0 collecter plus de 50 % des sommes pour lesquelles les Etats africains s\u2019\u00e9taient engag\u00e9s en principe, soit plus de 600.000 dollars par an. Cela repr\u00e9sentait une proportion de respect des engagements financiers meilleure que celle des fonds collect\u00e9s par l\u2019O.N.U. elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale et bien meilleure que celle qui concernait les versements des Etats africains \u00e0 toute autre organisme africain ou international. Mais cela ne devait pas emp\u00eacher les tristes sires que sont Doo Kingue (propuls\u00e9 par les Am\u00e9ricains \u00e0 la direction du P.N.U.D.), Bertin Borna (R\u00e9sident Repr\u00e9sentant de l\u2019O.N.U. \u00e0 Dakar), et quelques autres comme l\u2019affreux Paul Kaya d\u2019engager des diatribes d\u00e9magogiques &#8211; seulement 50 % ! Or apr\u00e8s mon d\u00e9part de l\u2019I.D.E.P., lorsque pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0 ces d\u00e9tracteurs s\u2019y sentirent chez eux pour faire la pluie et le beau temps, cette proportion est tomb\u00e9e \u00e0 presque z\u00e9ro !<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement je me mis \u00e0 rechercher activement des sources de financement suppl\u00e9mentaires. Philippe de Seynes et Gardiner, je dois dire, m\u2019ont donn\u00e9 carte blanche pour le faire. Je suis parvenu \u00e0 collecter ainsi des moyens qui doublaient presque le budget de l\u2019I.D.E.P. Sur ce plan la coop\u00e9ration fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement d\u00e9cevante et n\u2019a pas chang\u00e9 depuis. Je r\u00e9ussissais mieux avec l\u2019Italie qui acceptait de financer un programme de recherche (mis en oeuvre par Bald\u00e9 et Kouyat\u00e9) et surtout avec la Su\u00e8de dont la SAREC, r\u00e9cemment cr\u00e9\u00e9 (en 1975 si je ne me trompe) s\u2019est av\u00e9r\u00e9 par la suite d\u2019une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 exemplaire \u00e0 l\u2019\u00e9gard de nos projets. Je reviendrai sur l\u2019entretien avec Olof Palme qui m\u2019a ouvert ces portes.<\/p>\n<p>Certes les co\u00fbts globaux de l\u2019administration de l\u2019Idep \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s, en grande partie pour des raisons objectives r\u00e9duisant les possibilit\u00e9s de compression \u00e0 presque n\u00e9ant : bar\u00e8mes des salaires onusiens, bilinguisme (entra\u00eenant la traduction et l\u2019interpr\u00e9tation), biblioth\u00e8que que je tenais \u00e0 voir enrichie de tout ce qu\u2019il fallait &#8211; livres et revues. N\u00e9anmoins d\u2019autres sources de d\u00e9penses me paraissaient pouvoir \u00eatre r\u00e9duites. L\u2019administration onusienne est lourde et multiplie les postes administratifs et financiers avec une avalanche hi\u00e9rarchique. Le mode de comptabilit\u00e9 est l\u2019un des plus inutilement compliqu\u00e9 qu\u2019on puisse avoir imagin\u00e9. Et cette complication ne facilite pas l\u2019audit dont la n\u00e9cessit\u00e9 est toujours absolue, loin de l\u00e0. Elle facilite seulement la gu\u00e9rilla bureaucratique si les circonstances s\u2019y pr\u00eatent ! J\u2019invitais donc Gustave Massiah, dont je connaissais l\u2019immense comp\u00e9tence dans ces domaines de l\u2019organisation, \u00e0 \u00e9tudier la question. Je n\u2019ai pas mis en oeuvre les recommandations intelligentes qu\u2019il m\u2019a propos\u00e9es. Je me suis imm\u00e9diatement rendu compte que je pr\u00eaterais le flanc \u00e0 une attaque sur un terrain favorable \u00e0 l\u2019adversaire. Ce n\u2019\u00e9tait pas le terrain sur lequel j\u2019avais choisi de contraindre ce dernier \u00e0 se battre.<\/p>\n<p>Je ne concevais pas que l\u2019I.D.E.P. puisse remplir \u00e0 elle seule toutes les fonctions attendues d\u2019un centre majeur de r\u00e9flexion. Il fallait donc prendre des initiatives et cr\u00e9er d\u2019autres institutions, plus sp\u00e9cialis\u00e9es ou \u00e0 vocation compl\u00e9mentaire. La direction de l\u2019I.D.E.P. \u00e9tait bien situ\u00e9e pour stimuler ces initiatives. Ce que je fis dans trois directions.<\/p>\n<p>J\u2019avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 la conf\u00e9rence de Stockholm (1973) qui initiait la prise de conscience des probl\u00e8mes de l\u2019environnement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Je crois que j\u2019ai saisi imm\u00e9diatement la pertinence et l\u2019importance du probl\u00e8me. Je n\u00e9gociais donc &#8211; avec les Su\u00e9dois &#8211; le soutien \u00e0 un premier programme test pour l\u2019Afrique et, rentr\u00e9 \u00e0 Dakar, j\u2019en confiais l\u2019ex\u00e9cution \u00e0 Jacques Bugnicourt, en 1974. C\u2019est Bugnicourt qui a eu l\u2019id\u00e9e d\u2019appeler ce programme E.N.D.A (Environnement pour le D\u00e9veloppement en Afrique). Bien plac\u00e9 aupr\u00e8s de la coop\u00e9ration fran\u00e7aise il obtenait d\u2019elle le financement d\u2019un noyau de personnel d\u2019appui (si je ne me trompe Mataillet, Guibert, Melle Mottin, Langley et plus tard Mhlanga) qui a permis le d\u00e9marrage effectif et l\u2019expansion rapide du projet. En conformit\u00e9 avec mon temp\u00e9rament je donnais \u00e0 Bugnicourt carte blanche pour n\u00e9gocier les moyens d\u2019ex\u00e9cution de son programme et il le fit avec le talent qu\u2019on lui conna\u00eet. E.N.D.A. faisait n\u00e9anmoins partie de l\u2019I.D.E.P., juridiquement, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019en 1977 ce programme se transforme en une institution ind\u00e9pendante. Ce qui avait \u00e9t\u00e9 mon objectif d\u00e8s le d\u00e9part.<\/p>\n<p>M\u00eame topo pour le CODESRIA sur laquelle je reviendrai plus en d\u00e9tail dans un autre chapitre de ces M\u00e9moires.<\/p>\n<p>Je parlerai plus loin dans ces <em>M\u00e9moires <\/em>avec plus de d\u00e9tails de la cr\u00e9ation du Forum du Tiers Monde. J\u2019en prenais l\u2019initiative avec un groupe de coll\u00e8gues et de personnalit\u00e9s d\u2019Asie, d\u2019Afrique et d\u2019Am\u00e9rique latine ; nous obtenions que le Pr\u00e9sident du Chili, Allende, nous invite en 1973 (\u00e0 peine trois mois avant le coup d\u2019Etat de Pinochet) \u00e0 Santiago pour mettre au point le projet. Le congr\u00e8s constitutif du Forum s\u2019est tenu ensuite \u00e0 Karachi en 1975, l\u2019un de nos membres ayant obtenu son financement par la Banque Nationale du Pakistan. Je reviendrai \u00e9galement avec plus de d\u00e9tails sur l\u2019audience qu\u2019Olof Palme m\u2019accordait (la m\u00eame ann\u00e9e je crois) et sur le financement par la SAREC su\u00e9doise qui a suivi, permettant le d\u00e9marrage effectif ult\u00e9rieur de cette nouvelle institution importante du Tiers Monde.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 1970 ont \u00e9t\u00e9 celles de la grande \u00e9poque pour l\u2019I.D.E.P. Sans fausse modestie je peux dire que le nom de l\u2019institution \u00e9tait connu et respect\u00e9 surtout le continent. Mais justement pour cela, je savais que cela ne pourrait durer.<\/p>\n<p>L\u2019administration des Etats Unis \u00e9tait notre adversaire fondamental, comme elle l\u2019est de toutes les forces de lib\u00e9ration dans le tiers monde. L\u2019I.D.E.P. &#8211; si mineure que puisse \u00eatre une telle institution sur l\u2019\u00e9chiquier mondial &#8211; devait \u00eatre d\u00e9truite. La strat\u00e9gie am\u00e9ricaine ne n\u00e9glige jamais de faire ce qu\u2019elle doit, sur tous les fronts, majeurs et mineurs. La guerre de position avait commenc\u00e9 d\u00e8s 1972, par personnes interpos\u00e9es, bureaucrates africains m\u00e9diocres (ou corrompus) eux-m\u00eames pour cette raison d\u00e9pendants pour leur carri\u00e8re onusienne de la note que la CIA leur donnerait. Ma strat\u00e9gie de contre-feu \u00e9tait simple : mettre les Etats africains de notre c\u00f4t\u00e9. Application de la phrase des Chinois\u00a0 \u00ab\u00a0les Etats veulent l\u2019ind\u00e9pendance, les nations la lib\u00e9ration, les peuples la r\u00e9volution\u00a0\u00bb. Il s\u2019agissait donc d\u2019une bataille pour le respect du principe de l\u2019ind\u00e9pendance des Etats africains. Ayant choisi ce terrain pour y porter la bataille (et c\u2019est pourquoi j\u2019abandonnais les autres terrains secondaires dont j\u2019ai parl\u00e9 plus haut) ma strat\u00e9gie \u00e9tait simple : tenir les Etats au courant. Non pas par le renseignement de d\u00e9tail sur les intrigues de l\u2019adversaire ; au contraire m\u00e9priser celles-ci et simplement donner toute la transparence n\u00e9cessaire \u00e0 nos activit\u00e9s, sur le fond, et en informer les plus hautes autorit\u00e9s, jusqu\u2019aux chefs d\u2019Etat qu\u2019on pouvait savoir sensibles \u00e0 l\u2019argument d\u2019ind\u00e9pendance et capables de comprendre la port\u00e9e positive de nos activit\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0 qu\u2019une occasion f\u00fbt donn\u00e9e \u00e0 l\u2019adversaire lui permettant d\u2019intensifier son offensive. Gardiner quittait le Secr\u00e9tariat de la C.E.A. et Adebayo Adedeji qui lui succ\u00e9dait \u00e9tait un jeune loup autocrate et avide. Adedeji redoublait imm\u00e9diatement l\u2019intensit\u00e9 de la guerilla administrative par\u00a0le canal du \u00ab\u00a0chef de l\u2019administration\u00a0\u00bb dont la carri\u00e8re d\u00e9pendait de lui, charg\u00e9 de saboter le travail et de nous noyer de \u00ab\u00a0m\u00e9mos\u00a0\u00bb. Je n\u2019acceptais pas le combat sur ce terrain et ne r\u00e9pondais m\u00eame pas \u00e0 ces \u00ab\u00a0m\u00e9mos\u00a0\u00bb. C\u2019est alors qu\u2019Adedeji fut contraint de monter au cr\u00e9neau. En 1978 il fit transf\u00e9rer la tutelle de l\u2019I.D.E.P. de l\u2019O.N.U. \u00e0 la C.E.A., c\u2019est \u00e0 dire \u00e0 lui, puis s\u2019employa \u00e0 manipuler la conf\u00e9rence des Planificateurs Africains et le Conseil d\u2019Administration de l\u2019Institut pour leur faire adopter deux r\u00e9solutions catastrophiques pour l\u2019avenir de l\u2019I.D.E.P.\u00a0 Par la premi\u00e8re les s\u00e9minaires nationaux \u00e9taient supprim\u00e9s et le seul cours \u00e0 Dakar maintenu, soit disant pour le renforcer. R\u00e9sultat\u00a0: le volume des activit\u00e9s d\u2019enseignement de l\u2019Institut, mesur\u00e9 en stagiaires \/mois, qui avait presque doubl\u00e9 (augment\u00e9 de 90 %) entre 1970 et 1977, devait redescendre \u00e0 son niveau de d\u00e9part lors de ma derni\u00e8re ann\u00e9e de direction, en 1979. Par la suite ce dernier niveau n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9, \u00e0 ma connaissance. Par la seconde r\u00e9solution tous les budgets annexes, financ\u00e9s par des accords sp\u00e9ciaux, \u00e9taient supprim\u00e9s et la n\u00e9gociation \u00e9ventuelle d\u2019accords retir\u00e9e \u00e0 la direction de l\u2019I.D.E.P. et transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la C.E.A. Bien entendu la C.E.A. n\u2019a rien n\u00e9goci\u00e9 par la suite, ou tout au moins rien obtenu. Evidemment je sauvais les meubles. E.N.D.A., CODESRIA et FTM pouvaient \u00eatre chass\u00e9s de l\u2019I.D.E.P., ils avaient les moyens de leur propre autonomie. Moi-m\u00eame et Amoa, \u00e0 la surprise d\u2019Adedeji, nous d\u00e9missionnions en mai 1980.<\/p>\n<p>Les trois mois de \u00ab\u00a0rigolade\u00a0\u00bb avaient dur\u00e9 dix ans.<\/p>\n<p><strong><u>La machine onusienne<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Le monde moderne est constitu\u00e9 de nations interd\u00e9pendantes. Dans l\u2019in\u00e9galit\u00e9, et m\u00eame dans une in\u00e9galit\u00e9 qui ne cesse de s\u2019aggraver depuis deux si\u00e8cles. Concevoir et mettre en oeuvre une autre organisation des soci\u00e9t\u00e9s et de leur interd\u00e9pendance qui supprime cette dimension majeure de la r\u00e9alit\u00e9 du monde moderne &#8211; que j\u2019appelle la polarisation immanente \u00e0 l\u2019expansion du capitalisme mondialis\u00e9 &#8211; constitue l\u2019une des t\u00e2ches majeures de la civilisation, si on veut que celle-ci ne p\u00e9risse pas corps et \u00e2me dans les destructions mat\u00e9rielles et morales que la polarisation produit in\u00e9luctablement.<\/p>\n<p>La victoire remport\u00e9e sur le fascisme \u00e0 l\u2019issue de la seconde guerre mondiale et l\u2019essor des mouvements de lib\u00e9ration nationale en Asie et en Afrique, qui a impos\u00e9 la liquidation du vieux colonialisme, sont \u00e0 l\u2019origine de la cr\u00e9ation de l\u2019ONU, la premi\u00e8re tentative dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 d\u2019organiser les relations internationales \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te, m\u00eame s\u2019il a fallu attendre encore une quinzaine d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s 1945 pour que la couverture de la plan\u00e8te devienne \u00e0 peu pr\u00e8s totale. La cr\u00e9ation de l\u2019ONU a \u00e9t\u00e9, de ce fait, un fait historique positif ; l\u2019ONU est n\u00e9cessaire, et si elle n\u2019existait pas il faudrait l\u2019inventer.<\/p>\n<p>Ma vision de l\u2019ONU est donc d\u2019abord essentiellement politique. En ce sens elle est certainement diff\u00e9rente de celle de la grande majorit\u00e9 de ceux qui ont op\u00e9r\u00e9 sous son drapeau et qui voient l\u2019organisation comme une sorte de \u00ab\u00a0pool d\u2019expertise\u00a0\u00bb mis par les uns \u00e0 la disposition des autres. Cette vision est celle du discours sur le \u00ab\u00a0village mondial\u00a0\u00bb qui est, pour moi, tout simplement ridicule, parce qu\u2019il ignore la r\u00e9alit\u00e9 majeure &#8211; la polarisation g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la logique du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>La mondialisation n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau et je ne suis sans doute pas le seul \u00e0 m\u2019y \u00eatre int\u00e9ress\u00e9 bien avant qu\u2019elle ne soit devenue un th\u00e8me de la mode dominante. Cette dimension est pr\u00e9sente d\u00e8s l\u2019origine dans mon analyse du capitalisme r\u00e9ellement existant.\u00a0 J\u2019ai toujours pens\u00e9 que l\u2019unit\u00e9 d\u2019analyse la plus pertinente \u00e9tait le syst\u00e8me mondial, non les sous-syst\u00e8mes qui le composent. Qui s\u2019enferme dans les fronti\u00e8res d\u2019un pays quelconque &#8211; Etats Unis ou Belgique, Chine ou Somalie &#8211; se condamne donc \u00e0 ne pas comprendre v\u00e9ritablement la dynamique du changement m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de sa seule propre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Certes la solution de ce probl\u00e8me majeur n\u2019est pas pour demain, puisqu\u2019elle implique des transformations de fond en comble de tous les aspects de la vie sociale dans toutes les r\u00e9gions du monde, que je ne vois pas comment on pourrait qualifier autrement que par le terme de \u00ab\u00a0socialisme \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale\u00a0\u00bb. Ces transformations impliqueront forc\u00e9ment, \u00e0 un certain stade de leur d\u00e9ploiement, le d\u00e9passement de l\u2019optique inter-nationale (des rapports entre nations) et la construction de rapports v\u00e9ritablement supra-nationaux. Il n\u2019est pas impossible que cette exigence soit d\u2019abord ressentie dans le cadre de grandes r\u00e9gions, comme la construction europ\u00e9enne aurait d\u00fb et pu l\u2019illustrer. Or l\u2019ONU ne fournit pas, dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, ce cadre supranational \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale m\u00eame sous une forme embryonnaire. L\u2019organisation reste strictement internationale. Si elle venait \u00e0 se bloquer ind\u00e9finiment \u00e0 ce stade, elle risquerait alors de faire oublier la port\u00e9e du projet qui \u00e9tait \u00e0 son origine : organiser le monde dans une perspective humaniste. Mais l\u2019ONU ne pourra contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9volution, dans ce sens n\u00e9cessaire et souhaitable que si ses composantes &#8211; les nations &#8211; en pr\u00e9parent elles m\u00eames les conditions, par leur propre transformation.<\/p>\n<p>Il y a beaucoup d\u2019obstacles qui entravent ces transformations, aux \u00e9chelles locales et \u00e0 celle du syst\u00e8me mondial. Cependant l\u2019obstacle imm\u00e9diat principal est l\u2019h\u00e9g\u00e9monisme des Etats Unis. Un h\u00e9g\u00e9monisme qui n\u2019est plus fond\u00e9 sur une sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e9conomique et technologique qui, \u00e9crasante aux lendemains de 1945, s\u2019est \u00e9rod\u00e9e rapidement. Cette h\u00e9g\u00e9monie aujourd\u2019hui est fond\u00e9e avant tout sur le monopole de la puissance des armes, renforc\u00e9 par les effets de la mondialisation n\u00e9o-lib\u00e9rale et le discours de la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb vulgaire du capitalisme exprim\u00e9e dans le jargon de l\u2019anglo-am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>L\u2019ONU n\u2019est donc pas pour moi une institution m\u00e9prisable, inutile, qui fausse le fonctionnement r\u00e9el des rapports entre les Nations &#8211; qui ne sont con\u00e7us alors que comme des rapports de force. Mais elle n\u2019est pas non plus le noyau de l\u2019organisation du \u00ab\u00a0village mondial\u00a0\u00bb. Cette vision, populaire dans certains milieux, est, \u00e0 mon avis, na\u00efve, encore une fois parce qu\u2019elle saute par-dessus la r\u00e9alit\u00e9 des m\u00e9canismes polarisateurs qui op\u00e8rent dans ce soit disant \u00ab\u00a0village\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019adversaire principal est donc l\u2019h\u00e9g\u00e9monisme am\u00e9ricain. Et celui-ci s\u2019emploie avec toute sa vigoureuse puissance \u00e0 la fois pour soumettre tous les pays du monde &#8211; fut-ce \u00e0 des degr\u00e9s divers et par des moyens appropri\u00e9s bien entendu &#8211; et simultan\u00e9ment organiser l\u2019ordre international qui lui convient, qui exige l\u2019instrumentalisation de l\u2019ONU. Le combat pour la d\u00e9fense de l\u2019organisation internationale et le progr\u00e8s de sa mission est donc synonyme de combat contre l\u2019h\u00e9g\u00e9monisme am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>La plupart des pays capitalistes d\u00e9velopp\u00e9s ont accept\u00e9 le leadership des Etats Unis. Cette conjoncture a toujours permis aux Etats Unis d\u2019instrumentaliser les Nations Unies, non sans arrogance. C\u2019est pire aujourd\u2019hui, d\u2019autant que les diplomaties occidentales ont repris en ch\u0153ur les campagnes du d\u00e9nigrement de l\u2019ONU orchestr\u00e9es par Washington, pour le plus grand profit de l\u2019OTAN\u00a0! On dira qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des puissances majeures certaines puissances moyennes sont diff\u00e9remment\u00a0 actives au sein du syst\u00e8me des Nations Unies : les Scandinaves entre autre. En termes de contributions financi\u00e8res et de postes de responsabilit\u00e9 le poids de ces pays dans le syst\u00e8me onusien est effectivement important. En exploitent-ils tout le potentiel ? La r\u00e9ponse \u00e0 cette question n\u2019est pas simple. J\u2019ai souvent entendu dire que les responsables de ces pays seraient \u00ab\u00a0na\u00effs\u00a0\u00bb et que de ce fait, ils sont enclins \u00e0 d\u00e9fendre des positions de \u00ab\u00a0<em>wishful thinking<\/em>\u00a0\u00bb (voeux pieux) surestimant le r\u00f4le de l\u2019ONU, ou bien encore que, par leur culture protestante, ils sont enclins \u00e0 s\u2019aligner naturellement sur les positions h\u00e9g\u00e9moniques de la grande m\u00e9tropole am\u00e9ricaine. Je crois toutes ces explications non pas seulement &#8211; au mieux &#8211; fort superficielles, mais encore largement erron\u00e9es et trompeuses. Certains de ces pays &#8211; la Su\u00e8de &#8211; ont pris des positions courageuses de soutien aux luttes dans le tiers monde, parfois en conflit frontal avec les Etats Unis. La Su\u00e8de a accueilli les d\u00e9serteurs am\u00e9ricains pendant la guerre du Viet Nam (aucun autre pays occidental ne l\u2019a os\u00e9), elle a soutenu les luttes de lib\u00e9ration dans les colonies portugaises \u00e0 un moment o\u00f9 aucun pays de l\u2019alliance atlantique ne l\u2019a fait. Je crois donc plut\u00f4t que ces pays ont fait une option strat\u00e9gique de soutien de principe \u00e0 l\u2019ONU, peut-\u00eatre parce que &#8211; compte tenu de leur taille modeste &#8211; ils craignent d\u2019\u00eatre parmi les plus vuln\u00e9rables dans une conjoncture de chaos international. Dans ce cas leur option est, \u00e0 mon avis, correcte et positive. Cela ne signifie pas qu\u2019ils en d\u00e9duisent n\u00e9cessairement des postures efficaces, ni qu\u2019ils exploitent au mieux leur pr\u00e9sence dans le syst\u00e8me onusien.<\/p>\n<p>La diplomatie des pays du tiers monde a \u00e9t\u00e9 fort active au sein du syst\u00e8me des Nations Unies pendant toute la p\u00e9riode de Bandung et singuli\u00e8rement entre 1960 et 1975. Qui ne se souvient des Assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales de ces grands jours de l\u2019ONU, lorsque, dans le hall du b\u00e2timent de New York, en septembre-octobre de chaque ann\u00e9e, on rencontrait des hommes d\u2019Etat d\u2019envergure et les plus c\u00e9l\u00e8bres des journalistes. De nos jours le hall n\u2019est plus gu\u00e8re hant\u00e9 que par des fonctionnaires subalternes et des journalistes sans importance. La diplomatie des Non Align\u00e9s et du Groupe des 77 imposait la discussion de tous les v\u00e9ritables grands probl\u00e8mes de notre \u00e9poque, ceux concernant l\u2019ordre \u00e9conomique international &#8211; avec entre autre la cr\u00e9ation de la CNUCED en 1964 &#8211; comme ceux concernant les interventions politiques des puissances dans les affaires du tiers monde. Le poids que la diplomatie du tiers monde avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque temp\u00e9rait les ambitions de\u00a0 Washington au sein de l\u2019appareil onusien, en d\u00e9pit de la soumission de leurs agents d\u2019ex\u00e9cution &#8211; africains et autres &#8211; au sein de cet appareil.<\/p>\n<p>Mais quelle qu\u2019ait \u00e9t\u00e9 la valeur de la diplomatie du tiers monde de l\u2019\u00e9poque, son intervention dans la gestion onusienne \u00e9tait largement annihil\u00e9e par l\u2019action des Am\u00e9ricains et de leurs \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb. Ceux-l\u00e0, propuls\u00e9s \u00e0 des postes de d\u00e9cision &#8211; dont ils n\u2019\u00e9taient \u00e9videmment que les ex\u00e9cutants, d\u2019autant plus \u00e9lev\u00e9s qu\u2019ils \u00e9taient m\u00e9diocres, voire fragilis\u00e9s par les dossiers de la CIA &#8211; n\u2019ont jamais eu de r\u00f4le autre que celui que leurs patrons leur assignaient. Inutile de donner des noms, ce que j\u2019ai dit plus haut en sugg\u00e8re imm\u00e9diatement quelques-uns. Beaucoup d\u2019entre eux avaient presque le physique de l\u2019emploi. Vulgarit\u00e9 bien entendu. Le malheur est que, derri\u00e8re ces personnages &#8211; les \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb des Am\u00e9ricains et de beaucoup de ceux qui dans les autres pays de l\u2019Occident en acceptent la strat\u00e9gie &#8211; se profilaient &#8211; et se profilent toujours &#8211; des cohortes \u00ab\u00a0d\u2019experts\u00a0\u00bb et m\u00eame parfois des \u00ab\u00a0intellectuels\u00a0\u00bb. Pas suffisamment forts pour s\u2019imposer comme \u00ab\u00a0irrempla\u00e7ables\u00a0\u00bb. Pas suffisamment courageux pour ne pas succomber \u00e0 la tentation de \u00ab\u00a0faire carri\u00e8re\u00a0\u00bb. Ce choix fait, la d\u00e9ch\u00e9ance progressive devient fatale. Quelques-uns sombrent m\u00eame dans l\u2019alcoolisme, sans doute pour noyer leurs remords.<\/p>\n<p>J\u2019ai voulu ici simplement brosser le tableau du cadre humain dans lequel la bataille de l\u2019IDEP et bien d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 conduites \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Source\u00a0:<a href=\"http:\/\/samiramin1931.blogspot.fr\/2017\/02\/samir-amin-extraits-des-memoires-idep.html\"> http:\/\/samiramin1931.blogspot.fr\/2017\/02\/samir-amin-extraits-des-memoires-idep.html<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I\u00a0 La bataille de l\u2019 IDEP Professeur \u00e0 l&rsquo;IDEP-Dakar (1963-1967) J\u2019avais accept\u00e9, courant 1962, de faire partie d\u2019une \u00e9quipe que les Nations Unies voulaient constituer pour cr\u00e9er en Afrique un \u00ab\u00a0Institut de Planification et de D\u00e9veloppement\u00a0\u00bb. 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