{"id":402951,"date":"2016-11-29T04:43:47","date_gmt":"2016-11-29T04:43:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pressenza.com\/fr\/?p=402951"},"modified":"2016-11-29T04:43:47","modified_gmt":"2016-11-29T04:43:47","slug":"du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/","title":{"rendered":"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine"},"content":{"rendered":"<p><strong>Par<\/strong> <b>Eric Toussaint<\/b> , <b>Fernando Martinez Heredia pour CADTM<\/b><\/p>\n<div class=\"chapo\">\n<p>Republication d&rsquo;une interview de Fernando Martinez Heredia r\u00e9alis\u00e9e par Eric Toussaint \u00e0 Santiago de Cuba en juillet 1998.<\/p>\n<p>Cette interview est parue dans <i>Le pas suspendu de la r\u00e9volution. Approche critique de la r\u00e9alit\u00e9 cubaine<\/i>, de Yannick Bovy et Eric Toussaint, paru aux \u00e9ditions du Cerisier en 2001.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"texte\">\n<p><strong>Eric Toussaint\u00a0: Quelles sont les grandes \u00e9tapes de ces quarante ann\u00e9es de R\u00e9volution cubaine\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Fernando Martinez Heredia\u00a0:<\/strong> R\u00e9pondre \u00e0 cette question est une entreprise extr\u00eamement difficile\u00a0: comment r\u00e9sumer en quelques phrases l\u2019un des \u00e9v\u00e9nements les plus importants de la seconde moiti\u00e9 du XX \u00e8me si\u00e8cle sur le continent am\u00e9ricain\u00a0?<\/p>\n<p>Je m\u2019y attaquerai en donnant ici ma vision personnelle, subjective. Non seulement parce que chacun ne peut avoir qu\u2019une vision subjective de la r\u00e9alit\u00e9, mais \u00e9galement parce qu\u2019\u00e0 Cuba, pour \u00eatre sinc\u00e8re, nous manquons de bonnes analyses globales du processus r\u00e9volutionnaire contemporain, m\u00eame si nous disposons d\u2019excellentes monographies sur des th\u00e8mes plus particuliers. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la volont\u00e9 de t\u00e9moignage s\u2019accentue, mais les travaux de synth\u00e8se font toujours d\u00e9faut. Au niveau de la production internationale, la bibliographie contemporaine sur Cuba est immense\u00a0: \u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante, on d\u00e9nombrait d\u00e9j\u00e0 plusieurs centaines d\u2019ouvrages. Mais une v\u00e9ritable synth\u00e8se de source \u00e9trang\u00e8re sur cette p\u00e9riode n\u2019existe pas non plus. Peut-\u00eatre est-ce d\u00fb au fait qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une longue p\u00e9riode et que le r\u00e9gime issu de la R\u00e9volution est toujours en place, peut-\u00eatre est-ce parce que son premier dirigeant est toujours un dirigeant de dimension internationale et qu\u2019il reste le personnage le plus important de la vie politique cubaine. Les cycles historiques achev\u00e9s sont ceux qui se pr\u00eatent le mieux \u00e0 l\u2019analyse, \u00e0 la synth\u00e8se.<\/p>\n<p>Mais commen\u00e7ons. J\u2019ai vu changer le monde deux fois\u00a0: tout d\u2019abord autour de 1959 et des ann\u00e9es 60, ensuite dans les ann\u00e9es 90. La premi\u00e8re fois, la R\u00e9volution cubaine \u00e9tait l\u2019actrice principale du changement\u00a0; la deuxi\u00e8me fois, elle est devenue un foyer de r\u00e9sistance. Les deux situations sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes, comme la nature des changements intervenus.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Du XIX<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup> si\u00e8cle au triomphe de 1959<\/h3>\n<p><span class=\"spip_document_15286 spip_documents spip_documents_left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.cadtm.org\/local\/cache-vignettes\/L250xH354\/moton742-b7c88.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"354\" \/><\/span>Pour bien comprendre la R\u00e9volution cubaine, il est fondamental de rappeler, tr\u00e8s bri\u00e8vement, les grandes \u00e9tapes de notre histoire nationale (sur ces grandes \u00e9tapes et certains des \u00e9v\u00e9nements auxquels Fernando Martinez Heredia fait allusion, lire \u00e9galement les rep\u00e8res historiques). Une histoire qui commence avec la \u201c d\u00e9couverte \u201d et la colonisation de l\u2019\u00eele, la formation d\u2019une colonie militaire et de communication hispano-cr\u00e9ole, une colonie de services et de production entre l\u2019Espagne et d\u2019autres r\u00e9gions jusqu\u2019\u00e0 la fin du XVIII<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup> si\u00e8cle. C\u2019est alors qu\u2019on vit se construire une soci\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re, r\u00e9sultant d\u2019une lente accumulation de traits culturels, et d\u00e9veloppant un dynamisme \u00e9conomique qui ne tarda pas \u00e0 faire de Cuba, au d\u00e9but du si\u00e8cle pass\u00e9, la colonie la plus riche du monde \u2013 sur le dos d\u2019un million d\u2019esclaves, prix de la modernit\u00e9 qui lui donna le chemin de fer (avant l\u2019Italie et l\u2019Espagne), le premier c\u00e2ble sous-marin, le premier t\u00e9l\u00e9phone et le premier t\u00e9l\u00e9graphe d\u2019Am\u00e9rique latine. Une modernit\u00e9 bas\u00e9e sur l\u2019exploitation sauvage du plus grand nombre par une bourgeoisie propri\u00e9taire d\u2019esclaves qui connecta Cuba au march\u00e9 mondial capitaliste, aux progr\u00e8s et aux id\u00e9es du capitalisme international et, finalement, dans la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 la grande production d\u2019aliments pour l\u2019immigration et la population croissante des Etats-Unis.<\/p>\n<p>Cette aventure coloniale fit de Cuba ce que l\u2019on appellera, un si\u00e8cle plus tard, un pays sous-d\u00e9velopp\u00e9, grand exportateur de sucre et d\u2019aliments, subordonn\u00e9 \u00e0 un centre qui le dominait outrageusement\u00a0: d\u2019abord comme importateur de produits, puis de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 partir de 1898.<\/p>\n<p>Cela fait un si\u00e8cle que les Etats-Unis envahirent Cuba. L\u2019histoire de la nation cubaine a en effet pour caract\u00e9ristique de conjuguer en une seule date la fin de trente ann\u00e9es d\u2019efforts pour lib\u00e9rer le pays, pour conqu\u00e9rir l\u2019ind\u00e9pendance nationale (dans le premier monde, on parle de d\u00e9colonisation) par le biais de r\u00e9volutions abolitionnistes, populaires, nourries d\u2019id\u00e9aux radicaux et d\u00e9mocratiques, et le d\u00e9but de la domination n\u00e9ocoloniale compl\u00e8te des Etats-Unis sur la Grande Ile. A Cuba, la R\u00e9volution pour l\u2019ind\u00e9pendance nationale fut une R\u00e9volution moderne\u00a0: parce que le pays n\u2019avait connu que la modernit\u00e9 barbare du capitalisme, et parce que les travailleurs avaient conscience de lutter pour la justice sociale. L\u2019\u00e9cart entre les riches et les pauvres n\u2019\u00e9tait pas seulement palpable\u00a0: il crevait les yeux.<\/p>\n<p>Quand Jos\u00e9 Marti (parler de Marti n\u2019est pas une manie cubaine\u00a0: on ne peut \u00e9voquer l\u2019histoire contemporaine de Cuba, ni m\u00eame son avenir, sans y faire r\u00e9f\u00e9rence) put \u00e9laborer une pens\u00e9e, un programme, il parvint \u00e0 mettre sur pied une organisation que l\u2019on aurait alors pu qualifier de \u201c bolch\u00e9vique \u201d, en 1892, 93, 94. Selon lui, l\u2019ind\u00e9pendance de Cuba marquerait le d\u00e9but de la seconde ind\u00e9pendance de l\u2019Am\u00e9rique, et le d\u00e9but d\u2019une lutte contre l\u2019imp\u00e9rialisme nord-am\u00e9ricain, comme il l\u2019\u00e9crivit en 1895. Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 d\u2019une quelconque capacit\u00e9 \u201c divinatoire \u201d, mais d\u2019une vision claire des conditions de d\u00e9veloppement social \u2013 puis politique \u2013 de Cuba. Dans cette guerre qui s\u2019acheva il y a cent ans p\u00e9rirent 22\u00a0% de la population de l\u2019\u00eele. Ce fut la \u201c guerre du Vietnam \u201d du si\u00e8cle pass\u00e9, au cours de laquelle on inventa les camps de concentration. A partir de l\u00e0 naquit donc une r\u00e9publique post-r\u00e9volutionnaire, la R\u00e9publique cubaine, qui dura 60 ans et se termina en janvier 1959.<\/p>\n<p>Une r\u00e9publique qui renia une partie des id\u00e9aux des luttes d\u2019ind\u00e9pendance. Elle gouverna de mani\u00e8re honteuse, d\u2019abord au nom de ces luttes, puis en initiant un processus \u201c civilisateur \u201d, un processus de \u201c progr\u00e8s \u201d qui revenait \u00e0 singer les grandes puissances du capitalisme mondial. Avec n\u00e9anmoins une forte coloration nationale qu\u2019exigeaient les circonstances et l\u2019histoire r\u00e9cente.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9publique n\u00e9ocoloniale fut \u00e9branl\u00e9e par ce que nous appelons \u00e0 Cuba la R\u00e9volution des ann\u00e9es 1930, qui transforma les id\u00e9aux de justice sociale en id\u00e9aux communistes, socialistes, ouvrant la voie d\u2019un radicalisme d\u2019opposition, non plus seulement entre pauvres et riches, mais d\u00e9sormais entre prol\u00e9tariat et bourgeoisie. Un radicalisme qui soulignait la n\u00e9cessit\u00e9 de bien comprendre la distinction \u00e0 faire entre le peuple et ses ennemis.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es trente permirent de d\u00e9finir la strat\u00e9gie qui rendrait possible une R\u00e9volution anticapitaliste, seule \u00e0 m\u00eame de faire en sorte que l\u2019ind\u00e9pendance de Cuba soit totale. Cette \u00e9volution de la culture politique motiva le caract\u00e8re beaucoup plus \u201c national \u201d de la seconde r\u00e9publique bourgeoise n\u00e9ocoloniale qui s\u2019\u00e9tablit entre 1935 et 1959. Celle-ci se donnant, par certains aspects, des airs nationalistes suivant une politique d\u2019Etat interventionniste dans le domaine \u00e9conomique, m\u00e9diatrice entre bourgeois et ouvriers, et, en g\u00e9n\u00e9ral, m\u00e9diatrice entre les diff\u00e9rentes classes sociales. Une politique, d\u2019ailleurs mise en pratique dans un autre contexte par le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Roosevelt \u201c conseill\u00e9 \u201d par l\u2019\u00e9conomiste Keynes et qui pouvait s\u2019envisager comme une politique propice au d\u00e9veloppement national.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Honte \u00e0 l\u2019argent\u00a0!<\/h3>\n<p>Cette r\u00e9publique produisit un consensus de masse, articul\u00e9 autour de grands partis d\u2019opposition rassemblant diverses classes sociales\u00a0: le Parti r\u00e9volutionnaire cubain authentique et son c\u00e9l\u00e8bre chef de file Grau San Martin, le Parti du Peuple cubain, ou Parti orthodoxe, emmen\u00e9 par le non moins c\u00e9l\u00e8bre Eduardo Chibas. L\u2019homme le plus populaire de son temps, aur\u00e9ol\u00e9 d\u2019un prestige immacul\u00e9 de r\u00e9volutionnaire des ann\u00e9es trente et d\u2019une profession de foi sans \u00e9quivoque\u00a0: \u201c Honte \u00e0 l\u2019argent \u201d.<\/p>\n<p>La politique d\u2019opposition et radicale de Chivas remuait les foules. A tel point que certains, terroris\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une possible victoire de son parti aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 1952, virent d\u2019un bon \u0153il le coup d\u2019Etat militaire perp\u00e9tr\u00e9, le 10 mars de la m\u00eame ann\u00e9e, par un groupe d\u2019aventuriers (conduit par Fulgencio Batista, NDLR) qui faisait voler en \u00e9clats la nature extr\u00eamement institutionnelle du pays. Certains jugements \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce pr\u00e9tendent que Cuba \u00e9tait un pays subissant les dictatures les unes apr\u00e8s les autres. C\u2019est faux\u00a0: \u00e0 ce moment-l\u00e0, aucun autre pays des Cara\u00efbes, d\u2019Am\u00e9rique centrale ou de la c\u00f4te carib\u00e9enne de l\u2019Am\u00e9rique du Sud (Venezuela, Colombie) ne connaissait une structure institutionnelle aussi solidement \u00e9tablie que celle de la Grande Ile. A Cuba, la R\u00e9volution (la tentative de 1933 comme celle de 1959) fut le fruit des caract\u00e9ristiques du pays, de la conjoncture, ainsi que de l\u2019accumulation culturelle pr\u00e9alable \u00e0 laquelle j\u2019ai bri\u00e8vement fait allusion pr\u00e9c\u00e9demment.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Quelles sont les caract\u00e9ristiques fondamentales de la lutte qui aboutit au triomphe de 1959\u00a0? Et quel en a \u00e9t\u00e9 le d\u00e9tonateur\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> La situation d\u00e9boucha sur une crise qui mena \u00e0 la guerre r\u00e9volutionnaire, comme cons\u00e9quence de la politique d\u2019un pays qui voulait, en fait, le retour \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 et \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 institutionnelle.<\/p>\n<p>Le gouvernement de Batista essaya, par une manipulation \u00e9lectorale, de maintenir tant bien que mal sa l\u00e9gitimit\u00e9. Mais au cours de l\u2019ann\u00e9e 1955, le mouvement de protestation s\u2019amplifia, s\u2019organisa \u2013 avec l\u2019apparition du Mouvement du 26 juillet\u00a0-, et d\u00e9clencha de nombreuses gr\u00e8ves. Certaines furent largement suivies, et notamment celle, immense, de la fin de l\u2019ann\u00e9e\u00a0: la gr\u00e8ve sucri\u00e8re, qui exprimait ill\u00e9galement la volont\u00e9 populaire d\u2019une partie du pays de voir se produire un changement social et politique radical, bien plus important que la simple chute de la dictature de Batista.<\/p>\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 du mouvement r\u00e9volutionnaire fut incarn\u00e9e, dans sa forme la plus organis\u00e9e, par le Mouvement du 26 juillet. Le Directoire R\u00e9volutionnaire, d\u2019origine estudiantine, \u00e9tait une organisation beaucoup plus modeste, bien qu\u2019elle pratiqu\u00e2t elle aussi une tactique pertinente de lutte arm\u00e9e \u00e0 la recherche du soutien populaire. Le Mouvement du 26 juillet, dirig\u00e9 par Fidel Castro, fut celui qui adopta les modes d\u2019organisation les plus ad\u00e9quats, exprima v\u00e9ritablement les d\u00e9sirs, les besoins, les urgences, et t\u00e9moigna du plus profond esprit de r\u00e9volte. Je pense en effet que la rationalit\u00e9 et l\u2019esprit de r\u00e9volte sont les deux composants essentiels des R\u00e9volutions modernes anticapitalistes. Si ces deux \u00e9l\u00e9ments sont r\u00e9unis, alors tous les espoirs sont permis.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, \u00e0 mon avis, ce qui permet d\u2019expliquer que Fidel Castro et son Mouvement r\u00e9ussirent, au-del\u00e0 de la traditionnelle difficult\u00e9 de r\u00e9unir villes et campagnes, urbanit\u00e9 et ruralit\u00e9, \u00e0 canaliser et \u00e0 organiser significativement la protestation quand la guerre commen\u00e7a, fin 1956. On le dit peu, mais il ne s\u2019agit pas simplement de l\u2019habilet\u00e9 d\u2019un groupe\u00a0: ils \u00e9taient \u00e0 la fois l\u2019expression d\u2019une volont\u00e9 collective et de capacit\u00e9s pr\u00e9alables d\u2019auto-organisation. Il existait bien \u00e0 Cuba un tr\u00e8s large mouvement syndical r\u00e9formiste, mais qui ne put jouer un r\u00f4le de premier plan dans l\u2019insurrection. De m\u00eame qu\u2019existait une culture d\u2019organisation ouvri\u00e8re et de travailleurs en g\u00e9n\u00e9ral, mais essentiellement urbaine (bien que certaines tentatives d\u2019organisation paysanne se fussent d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9es, parfois tr\u00e8s s\u00e9rieusement), ainsi qu\u2019une culture de la soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0: des centaines et des centaines d\u2019organisations s\u2019exprimaient par leurs probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques, par leurs conqu\u00eates ou la d\u00e9fense de celles-ci, et surent s\u2019opposer de mani\u00e8re politiquement coordonn\u00e9e aux abus de la r\u00e9pression et, de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 l\u2019existence m\u00eame de la dictature.<\/p>\n<p>Un autre aspect de la lutte politique \u00e0 Cuba \u00e0 cette \u00e9poque est la mani\u00e8re dont des secteurs importants de la classe dominante tent\u00e8rent de faire de la soci\u00e9t\u00e9 civile un m\u00e9diateur entre le gouvernement et l\u2019opposition en g\u00e9n\u00e9ral. Il y eut d\u2019abord le dialogue civique de 1955 \u2013 1956 entre le gouvernement et les partis d\u2019opposition\u00a0; ensuite, pendant la guerre, la tentative de m\u00e9diation entre le pouvoir et le mouvement insurrectionnel pour tenter, d\u2019une part, de mettre fin \u00e0 la dictature, et, d\u2019autre part, d\u2019\u00e9viter une R\u00e9volution en lui substituant une d\u00e9mocratie, un gouvernement civil qui pr\u00e9serverait le syst\u00e8me capitaliste n\u00e9ocolonial.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0, au milieu de cette situation politique complexe, que se produisit le triomphe de la Tendance insurrectionnelle, comme elle se nommait alors, mais que bient\u00f4t les gens appelleraient le \u201c 26 \u201d.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Quand Fidel Castro devient-il un des dirigeants r\u00e9volutionnaires principaux\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> La lutte contre Batista \u00e9tait aussi la lutte de la d\u00e9mocratie contre la dictature. On en appelait \u00e0 la r\u00e9bellion au nom de la d\u00e9mocratie. Aux yeux de tous, Fidel \u00e9tait alors le docteur Fidel Castro. Ce n\u2019est qu\u2019en 1955 qu\u2019il est devenu un dirigeant institutionnel tr\u00e8s cr\u00e9dible. En ao\u00fbt de cette ann\u00e9e-l\u00e0, l\u2019Assembl\u00e9e du Parti orthodoxe re\u00e7ut avec beaucoup d\u2019\u00e9motion le message que Fidel lui fit parvenir depuis son exil mexicain. En r\u00e9alit\u00e9, ceux qui mirent sur pied, dans toutes les r\u00e9gions du pays, la structure municipale et provinciale du \u201c 26 Juillet \u201d \u00e9taient pour la plupart issus des rangs de la Jeunesse orthodoxe \u2013 elle-m\u00eame pr\u00e9sente de fa\u00e7on organis\u00e9e sur tout le territoire, comme les autres partis politiques.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce cadre que le jeune Fidel Castro, ancien chef de file orthodoxe, ancien leader estudiantin (et pas de premier plan), fut candidat \u00e0 la Chambre des Repr\u00e9sentants pour les \u00e9lections, qui n\u2019eurent d\u2019ailleurs pas lieu. En fin de compte, s\u2019il n\u2019y avait eu l\u2019\u00e9pisode de la Moncada, il aurait pu \u00eatre un parfait inconnu. Quand il lan\u00e7a sa campagne depuis le Mexique, en 56 (Fidel avait \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 en mai 1955 lors d\u2019une amnistie et avait quitt\u00e9 Cuba pour le Mexique), sur le mot d\u2019ordre \u201c Nous serons libres ou martyrs \u201d, beaucoup le prenaient pour un fou. Aussi fou, croyait-on, que les jeunes illumin\u00e9s qui chantaient, chahutaient dans les cin\u00e9mas ou troublaient les manifestations publiques aux cris insens\u00e9s de \u201c R\u00e9volution, R\u00e9volution, Fidel Castro, Fidel Castro\u00a0! \u201d. La police avait beau tenter de les r\u00e9duire au silence, au prix de ses habituels abus de pouvoir, cela ne les rendait que plus sympathiques aux yeux de la population.<\/p>\n<p>Et en 1956, par le biais des Manifestes num\u00e9ro 1 et 2 du \u201c 26 Juillet \u201d, Fidel r\u00e9v\u00e9la \u00e0 la population politiquement active du pays et aux sympathisants les ambitions de son Mouvement.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Le Manifeste num\u00e9ro 1 date de 1956\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> De mars 1956. Le peuple tout entier l\u2019a d\u00e9couvert dans la revue Boh\u00e9mia. Ce Manifeste dit\u00a0: \u201c Ceci est la R\u00e9volution des humbles, par les humbles et pour les humbles. \u201d Trois pr\u00e9positions\u00a0: de, par et pour. Le docteur Fidel Castro est l\u2019organisateur de cette exp\u00e9dition lib\u00e9ratrice \u00e0 venir. Le gouvernement s\u2019en moque ouvertement. En novembre de cette m\u00eame ann\u00e9e, railleur, le chef des forces arm\u00e9es d\u00e9clare\u00a0: \u201c Une guerre annonc\u00e9e ne tue pas de soldats \u201d.<\/p>\n<p>Mais entre-temps, la situation nationale devient tendue. Les gr\u00e8ves massives se succ\u00e8dent. L\u2019activit\u00e9 ill\u00e9gale de la population se d\u00e9veloppe\u00a0; les sans-emplois rejoignent les travailleurs dans la protestation urbaine. On d\u00e9cr\u00e8te des op\u00e9rations villes-mortes. L\u2019organisation clandestine devient un \u00e9l\u00e9ment extr\u00eamement important (qui deviendra essentiel), mais les formes de protestation restent tr\u00e8s diverses. J\u2019insiste d\u2019ailleurs sur le fait \u2013 souvent peu pris en compte \u2013 que c\u2019est ce type de climat qui rend possible une insurrection. Dans de nombreux pays, des groupes de personnes h\u00e9ro\u00efques et illumin\u00e9es ont tent\u00e9 l\u2019aventure et ont \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est alors que Fidel passe \u00e0 l\u2019<a class=\"cs_glossaire\" href=\"http:\/\/www.cadtm.org\/Action,1341\" name=\"mot1341_0\"><span class=\"gl_mot\">action<\/span><\/a> pour la deuxi\u00e8me fois. Il n\u2019est plus seulement celui qui a men\u00e9 l\u2019assaut contre la caserne Moncada le 26 juillet 1953\u00a0: aux yeux de tous, il devient \u00e9galement le commandant du Granma (le c\u00e9l\u00e8bre bateau des insurg\u00e9s), l\u2019homme qui revient au pays pour entreprendre la guerre de lib\u00e9ration. Mais \u00e0 nouveau, c\u2019est l\u2019\u00e9chec\u00a0: le d\u00e9barquement du Granma tourne pratiquement au d\u00e9sastre le 2 d\u00e9cembre 1956.<\/p>\n<p>Le Parti socialiste populaire (PSP \u2013 le parti communiste favorable \u00e0 la ligne dict\u00e9e depuis Moscou, NDLR), qui envisageait les processus sociaux sous un certain angle, estima que le d\u00e9barquement du Granma \u00e9tait un \u00e9chec parce que l\u2019id\u00e9e elle-m\u00eame \u00e9tait mauvaise\u00a0: les acteurs du drame \u00e9taient h\u00e9ro\u00efques, immacul\u00e9s, pourvus des meilleurs intentions, mais seul l\u2019\u00e9chec pouvait d\u00e9couler d\u2019id\u00e9es et de pratiques totalement d\u00e9plac\u00e9es.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, et malgr\u00e9 ce qu\u2019en pensait le PSP, il s\u2019agissait bien d\u2019une lutte de masse. La direction du PSP n\u2019a pas compris que se d\u00e9roulait un processus o\u00f9 se rejoignaient les luttes de masse et la lutte de groupes arm\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>Fidel Castro devient donc le chef de la r\u00e9bellion. Il n\u2019est pas encore le \u201c lider maximo \u201d, pas m\u00eame pour les t\u00eates pensantes du camp insurrectionnel, qui, au c\u0153ur de la Sierra Maestra, continuent \u00e0 l\u2019appeler le Docteur \u2013 et non le Commandant \u2013 Fidel Castro\u00a0: sans doute s\u2019agit-il l\u00e0 de la tradition cubaine des \u201c docteurs leaders d\u00e9mocratiques \u201d (comme Eduardo Chibas et Grau San Martin). Mais c\u2019est aussi une pr\u00e9caution salutaire\u00a0: \u201c Nous ne menons pas un mouvement r\u00e9volutionnaire pour le compte de futurs dictateurs, mais pour qu\u2019il n\u2019y ait plus jamais de dictature \u201d. Souci d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Les r\u00e9volutions, comme toute autre chose, sont constitu\u00e9es d\u2019\u00e9tapes, de moments. La lutte de protestation massive, ill\u00e9gale, se heurte \u00e0 la r\u00e9pression de la dictature et commence \u00e0 devenir impossible. Elle r\u00e9siste cependant jusqu\u2019en 1957, et notamment \u00e0 Santiago de Cuba, o\u00f9 la mort de Frank Pais (dont l\u2019enterrement mobilisera les foules) suscitera une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Ou \u00e0 Cienfuegos, avec l\u2019insurrection du 5 septembre, au d\u00e9part de la conspiration du Mouvement du 26 Juillet. Le peuple rejoint les insurg\u00e9s et r\u00e9siste victorieusement aux troupes venues de Santa Clara. Seule l\u2019aviation et les forces de La Havane parviennent \u00e0 reprendre le contr\u00f4le de la ville.<\/p>\n<p>Il n\u2019y aura d\u00e8s lors plus de place pour ces premi\u00e8res formes de lutte populaire. Seules les nouvelles formes d\u2019organisation, clandestines, pourront se d\u00e9velopper. Et le \u201c 26 Juillet \u201d en sera le f\u00e9d\u00e9rateur. Je parle ici du r\u00f4le essentiel du Mouvement, sans m\u00e9conna\u00eetre pour autant la pr\u00e9sence active et souvent h\u00e9ro\u00efque du Directoire r\u00e9volutionnaire \u2013 qui m\u00e8nera d\u2019ailleurs une action qui le rendra c\u00e9l\u00e8bre\u00a0: l\u2019attaque du Palais pr\u00e9sidentiel, le 13 mars 1957, avec pour objectif l\u2019\u00e9limination du dictateur et un appel \u00e0 la lutte destin\u00e9 au peuple. Bien qu\u2019elle \u00e9chou\u00e2t \u00e9galement, cette offensive secoua la capitale du pays et fit prendre conscience \u00e0 beaucoup qu\u2019en finir avec la tyrannie \u00e9tait de l\u2019ordre du possible.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Il faut souligner, pour le lecteur, que 35 assaillants p\u00e9rirent dans cette tentative h\u00e9ro\u00efque de prendre le Palais\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Ce fut une op\u00e9ration \u201c commando \u201d sans \u00e9quivalent\u00a0; la place \u00e9tait quasiment imprenable. Mais ils parvinrent n\u00e9anmoins au troisi\u00e8me \u00e9tage du Palais.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">L\u2019importance du Mouvement du 26 Juillet<\/h3>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> La lutte de la guerrilla de la Sierra Maestra, avec le vert olive comme couleur de l\u2019insurrection et le brassard du 26 Juillet comme signe d\u2019appartenance \u00e0 l\u2018Arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire du \u201c 26 \u201d (par facilit\u00e9, nous l\u2019appellerons l\u2019Arm\u00e9e rebelle), va donc incarner l\u2019esp\u00e9rance majeure des gens du pays. Et chaque jour davantage, dans la mesure o\u00f9 la r\u00e9pression cherche \u00e0 \u00e9touffer, par la mort, la d\u00e9tention, la torture, toute forme de protestation organis\u00e9e. Seule la clandestinit\u00e9 permet un certain soutien \u00e0 la r\u00e9bellion, notamment par la collecte d\u2019argent et la propagande syst\u00e9matiques, dans tout le pays, ainsi que des tentatives, insuffisantes mais int\u00e9ressantes, d\u2019organisation ouvri\u00e8re puis, sous contr\u00f4le rebelle, paysanne.<\/p>\n<p>Dans toute cette histoire, l\u2019organisation clandestine du 26 Juillet joue donc un r\u00f4le capital. Parmi ses leaders, Frank Pais, que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut, fut une des personnalit\u00e9s marquantes de l\u2019histoire contemporaine de Cuba, intimement li\u00e9e aux rebelles de la Sierra Maestra. Parmi ses plus hauts faits d\u2019armes, l\u2019insurrection du 30 novembre 1956 \u00e0 Santiago, sa ville d\u2019origine, destin\u00e9e \u00e0 couvrir et soutenir l\u2019arriv\u00e9e du Granma, ainsi que la formation d\u2019une colonne d\u2019appui, compos\u00e9e de jeunes de l\u2019organisation, munis de toutes les armes qui avaient pu \u00eatre glan\u00e9es \u00e0 travers le pays, et envoy\u00e9s renforcer la balbutiante \u201c guerilla \u201d de la Sierra. C\u2019est ce qui permit \u00e0 Fidel d\u2019atteindre une capacit\u00e9 de feu suffisante pour attaquer, prendre et d\u00e9truire une caserne locale (El Uvero, le 28 mai 1957), et faire ainsi comprendre par les armes au gouvernement que les petites casernes de cette zone d\u2019op\u00e9rations ne pourraient r\u00e9sister aux avanc\u00e9es de l\u2019offensive rurale.<\/p>\n<p>Malheureusement, Frank Pais meurt pr\u00e9matur\u00e9ment le 30 juillet 1957. Sa grandeur est exprim\u00e9e au peuple par Fidel Castro qui proclame, depuis la Sierra Maestra\u00a0: \u201c Ils ne savent pas qui ils ont tu\u00e9\u00a0; ils ont tu\u00e9 le meilleur de notre jeune g\u00e9n\u00e9ration \u201d.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Gr\u00e8ve et insurrection<\/h3>\n<p>Finalement, c\u2019est la gr\u00e8ve d\u2019avril 1958 qui provoquera un retournement de situation. Elle manifestait la volont\u00e9 de faire revivre la tradition r\u00e9volutionnaire des ann\u00e9es 30 et ses id\u00e9aux. L\u2019id\u00e9al radical selon lequel faire une r\u00e9volution ne consiste pas seulement \u00e0 renverser un gouvernement, mais bien \u00e0 r\u00e9aliser un profond changement social. En l\u2019occurrence, la victoire de la r\u00e9volution passe obligatoirement par une transformation de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale en insurrection.<\/p>\n<p>Ce sont des id\u00e9es qui viennent en partie d\u2019Europe, mais surtout de la r\u00e9alit\u00e9 cubaine de la r\u00e9volution des ann\u00e9es 30. Le fait est qu\u2019aucune r\u00e9volution n\u2019a jamais triomph\u00e9 en imitant la pr\u00e9c\u00e9dente. Jamais, nulle part.<\/p>\n<p>La mort de Frank Pais avait provoqu\u00e9 une v\u00e9ritable explosion spontan\u00e9e. Plus tard, en avril 58, le mouvement vers la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale est le r\u00e9sultat de la mise en pratique d\u2019un plan pr\u00e9con\u00e7u. Le mouvement clandestin parvint \u00e0 transformer la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale en d\u00e9but d\u2019insurrection. Une insurrection d\u00e9j\u00e0 importante, bien que partielle, et ce 15 mois apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre.<\/p>\n<p>Le front ouvrier national qui impulsa la gr\u00e8ve, se fiait trop \u00e0 l\u2019id\u00e9e selon laquelle c\u2019est l\u2019insurrection qui permettrait le triomphe de la gr\u00e8ve, et non la gr\u00e8ve qui d\u00e9boucherait sur une insurrection victorieuse. Ce fut une erreur tragique, mais qui donna lieu \u00e0 d\u2019innombrables d\u00e9monstrations d\u2019h\u00e9ro\u00efsme de la part des populations des villes et villages de Cuba. Souvent bien sup\u00e9rieures \u00e0 leurs possibilit\u00e9s, ce qui ne manqua pas de laisser de profondes traces. Apr\u00e8s le 9 avril, le d\u00e9couragement s\u2019installa. Les structures urbaines souffraient beaucoup, mat\u00e9riellement et moralement. Le commandement de la Sierra Maestra \u00e9tait \u00e9puis\u00e9.<\/p>\n<p>Une r\u00e9union \u201c d\u00e9cisive \u201d, comme la qualifia Che Guevara dans ses \u201c Passages de la guerre r\u00e9volutionnaire \u201d, permit d\u2019apporter un changement structurel dans l\u2019organisation de la r\u00e9bellion. Lors de cette r\u00e9union de la Direction nationale du 26 Juillet bas\u00e9e dans la Sierra Maestra, il fut d\u00e9cid\u00e9 que Fidel assumerait dor\u00e9navant les trois fonctions de chef de l\u2019Arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire du 26 Juillet, chef du Mouvement du 26 Juillet et chef des milices arm\u00e9es du \u201c 26 \u201d dans les villes, villages et zones suburbaines. Il devenait le Commandant Fidel Castro. Bien que beaucoup l\u2019appelaient encore le Docteur, il \u00e9tait d\u00e9sormais le chef unique, le \u201c lider maximo \u201d de l\u2019organisation.<\/p>\n<p>Cela r\u00e9pondait \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9sister \u00e0 la charge du gouvernement, qui avait beau jeu de d\u00e9clarer, fort logiquement\u00a0: \u201c Nous allons tenter de porter le coup de gr\u00e2ce en profitant de la situation favorable \u201d. Ce fut d\u2019ailleurs l\u2019objectif de la grande offensive contre-r\u00e9volutionnaire de l\u2019\u00e9t\u00e9 1958, commenc\u00e9e le 25 mai. Entre-temps, la guerre avait connu de nouveaux d\u00e9veloppements dans les r\u00e9gions orientales de l\u2019\u00eele, amenant le jeune commandant Raul Castro \u00e0 former un front \u00e0 l\u2019Est de la province. Un front qui se r\u00e9v\u00e9la d\u2019une extr\u00eame importance, \u00e9tendant son contr\u00f4le sur une zone g\u00e9ographique et une population civile incomparablement plus importantes que celles de la Sierra Maestra.<\/p>\n<p>A la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, la guerrilla \u00e9tendra \u00e9galement son emprise jusqu\u2019au centre du pays. Mais l\u2019essentiel est que l\u2019\u00e9t\u00e9 1958 vit la d\u00e9faite militaire des troupes de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re dans les combats de la Sierra. Les rebelles pass\u00e8rent de la r\u00e9sistance \u00e0 la contre-offensive victorieuse. Le gouvernement devint incapable d\u2019infl\u00e9chir la guerre en sa faveur.<\/p>\n<p>Ce qui eut une autre cons\u00e9quence, extr\u00eamement importante \u00e0 ce moment-l\u00e0 mais \u00e9galement pour la suite\u00a0: asseoir l\u2019autorit\u00e9 de Fidel au sein de l\u2019organisation du 26 Juillet et aux yeux de la population, d\u00e9j\u00e0 majoritairement acquise \u00e0 la R\u00e9volution. Et souvent directement impliqu\u00e9e\u00a0: par la collecte de fonds, la lecture et la diffusion de la propagande, etc. De telle sorte que ce qui apparaissait dans le discours gouvernemental et qui faisait d\u00e9j\u00e0 partie du vocabulaire des jeunes militants \u2013 se dire ou \u00eatre qualifi\u00e9 de fid\u00e9liste \u2013 passa dans le langage courant. En 1958, toute personne impliqu\u00e9e dans cette guerre et qui ne faisait pas partie du Directoire r\u00e9volutionnaire \u00e9tait fid\u00e9liste. Le langage exprimait ainsi une premi\u00e8re reconnaissance de ce \u201c commandement supr\u00eame \u201d qu\u2019avait institu\u00e9 la r\u00e9union \u00e0 laquelle j\u2019ai fait allusion.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Quelle est la nature de cette r\u00e9volution\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> C\u2019est une r\u00e9volution des humbles, pour les humbles, par les humbles. Une r\u00e9volution qui entend r\u00e9aliser une r\u00e9forme agraire radicale et profonde. La d\u00e9claration militaire d\u2019ao\u00fbt 1958, qui vit Fidel nommer Che Guevara et Camilo Cienfuegos chefs des colonnes qui conquirent le centre du pays, inclut un texte qui dit \u00e0 peu pr\u00e8s ceci\u00a0: ces derniers \u201c ont le pouvoir d\u2019appliquer les lois et r\u00e8glements de l\u2019Arm\u00e9e rebelle en mati\u00e8re agraire \u201d. Pourtant aucune loi n\u2019a encore \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e. Mais Che Guevara l\u2019avait \u00e9nonc\u00e9 d\u2019une phrase simple\u00a0: \u201c La r\u00e9forme agraire est le fer de lance de l\u2019Arm\u00e9e rebelle \u201d. Celle-ci avait une politique et des objectifs sociaux pour la mener \u00e0 bien. Pour une partie de ses dirigeants, cela s\u2019appelait \u201c socialisme \u201d.<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019\u00e9tait pas le socialisme dont parlaient les camarades du PSP. La tradition socialiste est vaste\u2026<\/p>\n<p><strong><br \/>\nET\u00a0: Ne faut-il pas pr\u00e9ciser qu\u2019une r\u00e9forme agraire \u00e0 Cuba s\u2019inscrit dans un contexte o\u00f9 dominent les rapports de production capitaliste\u00a0? Le f\u00e9odalisme n\u2019a jamais exist\u00e9 sur l\u2019\u00eele. Tu as d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 la relation qui existait entre la bourgeoisie et le prol\u00e9tariat \u2013 y compris donc le prol\u00e9tariat paysan. C\u2019\u00e9tait un prol\u00e9tariat salari\u00e9. La r\u00e9forme agraire se r\u00e9f\u00e8re donc \u00e0 une lutte contre la grande propri\u00e9t\u00e9 terrienne capitaliste, et non contre les traits pseudo-f\u00e9odaux du pays (invention du Komintern stalinien)\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Ce que tu dis est tr\u00e8s important. De la m\u00eame mani\u00e8re que pr\u00e9c\u00e9demment, quand j\u2019ai parl\u00e9 de \u201c fid\u00e9liste \u201d, le langage joue ici un r\u00f4le caract\u00e9ristique. Un discours jadis martel\u00e9 par une id\u00e9ologie qui se r\u00e9clamait \u2013 et c\u2019\u00e9tait son droit \u2013 du socialisme, disait\u00a0: \u201c Les relations dans les campagnes cubaines sont semi-f\u00e9odales \u201d. Pourquoi\u00a0? Parce qu\u2019elle n\u2019envisageait \u00e0 Cuba qu\u2019une r\u00e9volution d\u00e9mocratico-bourgeoise cens\u00e9e achever la modernisation capitaliste du pays. Comme tu le dis bien, le propri\u00e9taire terrien n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019un des r\u00f4les du type de domination capitaliste, dans ce cas. Le syst\u00e8me de grande propri\u00e9t\u00e9 \u2013 qu\u2019il soit nord-am\u00e9ricain ou cubain \u2013 exprimait un syst\u00e8me capitaliste d\u2019exploitation et de domination de Cuba. C\u2019est fondamental.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Pourtant, les militants du Parti socialiste populaire parlaient de lutte anti-f\u00e9odale, anti-imp\u00e9rialiste\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> \u201c Agraire \u201d, \u201c anti-imp\u00e9rialiste \u201d, \u201c contre les r\u00e9sidus f\u00e9odaux \u201d, \u201c pour un d\u00e9veloppement national \u201d\u2026 Selon eux, il fallait aussi chercher, et trouver, une classe bourgeoise nationale qui jouerait un r\u00f4le positif, <a class=\"cs_glossaire\" href=\"http:\/\/www.cadtm.org\/Actif\" name=\"mot806_1\"><span class=\"gl_mot\">actif<\/span><\/a>, face au camp qui r\u00e9unissait les pro-imp\u00e9rialistes du march\u00e9 international et les f\u00e9odaux ou semi-f\u00e9odaux des campagnes. Ce serait la bourgeoisie nationale, positive, contre la bourgeoisie marchande. Mais l\u2019Histoire en d\u00e9cida autrement.<br \/>\nToute r\u00e9volution est une victoire sur les limites du possible<\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Dans des travaux publi\u00e9s \u00e0 Cuba il y a des ann\u00e9es, je parle de deux \u00e9tapes significatives concernant la R\u00e9volution au pouvoir\u00a0: du 1<sup class=\"typo_exposants\">er<\/sup> janvier 1959 au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, et de ce moment-l\u00e0 \u00e0 1989. Personne ne m\u2019a jamais dit\u00a0: \u201c Vous vous trompez compl\u00e8tement \u201d. Le silence r\u00e8gne. Mais l\u2019on consid\u00e8re pourtant, en g\u00e9n\u00e9ral, que les deux \u00e9tapes en question concernent les p\u00e9riodes allant de 1959 \u00e0 septembre 1960 pour la premi\u00e8re, et de septembre 1960 \u00e0 aujourd\u2019hui pour la seconde\u2026<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e du PSP selon laquelle une r\u00e9volution \u00e0 la fois capitaliste et anti-imp\u00e9rialiste aurait pu se produire \u00e0 Cuba me para\u00eet absurde\u00a0; mais de toutes fa\u00e7ons, \u00e0 partir de 1959, il ne fut plus question d\u2019id\u00e9es, mais de faits. Et dans les faits, ce qui se produisit fut une victoire de l\u2019anti-imp\u00e9rialisme remport\u00e9e par les forces anti-capitalistes. Elle seule permit d\u2019atteindre la justice sociale en lib\u00e9rant le pays de sa relation avec les Etats-Unis. C\u2019est pour cela que je qualifie la R\u00e9volution cubaine de 1959 de \u201c r\u00e9volution socialiste de lib\u00e9ration nationale \u201d. D\u2019autre part, je pense que les r\u00e9volutions ne se produisent pas en fonction d\u2019un certain d\u00e9terminisme \u00e9conomique. Toute r\u00e9volution est une victoire sur les limites du possible.<\/p>\n<p>Pour nous, qui \u00e9tions tr\u00e8s jeunes \u00e0 cette \u00e9poque, mais \u00e9galement pour tout le peuple de Cuba, la vie changea profond\u00e9ment. Plus que d\u2019une insurrection nationale motivant le changement de r\u00e9gime, c\u2019est d\u2019une profonde r\u00e9volution sociale qu\u2019il s\u2019agissait, rompant, qui plus est, les liens n\u00e9o-coloniaux qui rattachaient le pays aux Etats-Unis. Deux \u00e9v\u00e9nements formidables qui se produisaient simultan\u00e9ment, et qui \u00e0 mon avis ne pouvaient advenir l\u2019un sans l\u2019autre.<\/p>\n<p>Comment les avons-nous v\u00e9cus\u00a0? Comment la population les a-t-elle ressentis\u00a0? La R\u00e9volution triomphante paraissait une f\u00eate interminable. Elle r\u00e9v\u00e9lait des potentialit\u00e9s insoup\u00e7onn\u00e9es chez les gens. Les limites du possible avaient vol\u00e9 en \u00e9clats. C\u2019est tr\u00e8s difficile de raconter un \u00e9v\u00e9nement de cette importance. Tout juste puis-je y faire allusion\u00a0:<\/p>\n<ul class=\"spip\">\n<li>L\u2019id\u00e9e selon laquelle un politicien est forc\u00e9ment quelqu\u2019un d\u2019habile, de malhonn\u00eate, fut remplac\u00e9e par la conception de celui-ci comme quelqu\u2019un d\u2019honn\u00eate repr\u00e9sentant les int\u00e9r\u00eats du peuple.<\/li>\n<\/ul>\n<ul class=\"spip\">\n<li>L\u2019id\u00e9e que Cuba ne pouvait vivre en tant que pays civilis\u00e9 ind\u00e9pendamment des Etats-Unis \u2013 id\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9pandue pendant un si\u00e8cle, y compris chez les gens cultiv\u00e9s \u2013 disparut brutalement. A tel point que les Etats-Unis, dans le mouvement, furent rendus responsables de tous les maux du monde. Un nouveau cadre de vie, une nouvelle vision du monde se dessinaient, qui ne peuvent \u00eatre expliqu\u00e9s qu\u2019apr\u00e8s, pas au moment o\u00f9 on le vit. Le pays se sentait lib\u00e9r\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<ul class=\"spip\">\n<li>On nota \u00e9galement chez la majorit\u00e9 des gens un impact libertaire important, d\u2019ailleurs caract\u00e9ristique de toute r\u00e9volution en profondeur.<\/li>\n<\/ul>\n<ul class=\"spip\">\n<li>Une autre caract\u00e9ristique de cette p\u00e9riode \u00e9tait l\u2019existence d\u2019un pouvoir r\u00e9volutionnaire qui devait bien entendu s\u2019organiser en tant que pouvoir. Et pendant tr\u00e8s longtemps se d\u00e9velopp\u00e8rent \u00e0 Cuba, ensemble, l\u2019influence libertaire et l\u2019influence du pouvoir r\u00e9volutionnaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les processus r\u00e9volutionnaires produisent g\u00e9n\u00e9ralement ces deux impacts diff\u00e9rents. En g\u00e9n\u00e9ral, que l\u2019impact libertaire soit minoritaire ou majoritaire, celui du pouvoir r\u00e9volutionnaire devient tr\u00e8s rapidement pr\u00e9dominant, r\u00e9prime ou non les aspects libertaires plus ou moins brutalement, et ensuite s\u2019approprie les symboles de la r\u00e9volution, qu\u2019il exhibe comme preuves de l\u00e9gitimation de son nouveau pouvoir. Dans le cas de Cuba, le processus donna lieu, je le r\u00e9p\u00e8te, \u00e0 une coexistence prolong\u00e9e des deux aspects, ce qui influen\u00e7a la R\u00e9volution quant \u00e0 sa politique, son id\u00e9ologie, et m\u00eame quant \u00e0 sa conception de la d\u00e9mocratie \u2013 un terme si souvent mal compris. Car s\u2019il ne fait aucun doute que le pouvoir r\u00e9volutionnaire finit par absorber l\u2019influence libertaire, les r\u00e9sidus de celle-ci font partie int\u00e9grante du mode de pens\u00e9e, des sentiments et de la vie de nombreux Cubains d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Quant aux formes politiques pr\u00e9c\u00e9dentes, elles disparurent\u00a0: la dictature, bien entendu, mais \u00e9galement le syst\u00e8me d\u00e9mocratique bourgeois, et cela a son importance.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Quel type de d\u00e9mocratie r\u00e9volutionnaire y eut-il apr\u00e8s 1959\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Malheureusement, l\u2019euro-centrisme veut que d\u00e8s lors qu\u2019un pays est socialiste, il faut le concevoir sur le mod\u00e8le de l\u2019URSS. Et si ce pays cesse d\u2019\u00eatre socialiste, il faut l\u2019envisager comme une r\u00e9plique de ce que firent Gorbatchev, ses amis et ceux qui vinrent apr\u00e8s. Les ex-sovi\u00e9tiques d\u00e9couvrirent le parlement il y a peu, alors que les Cubains le d\u00e9couvrirent au si\u00e8cle pass\u00e9. La r\u00e9publique cubaine fut parlementaire. Ce que la t\u00e9l\u00e9vision cubaine s\u2019appliqua d\u2019ailleurs \u00e0 montrer \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les t\u00e9l\u00e9viseurs \u00e9taient encore plus nombreux chez nous qu\u2019en Angleterre, peu de temps apr\u00e8s la seconde guerre mondiale.<\/p>\n<p>Je tiens \u00e0 souligner cela pour que l\u2019on comprenne bien que nous sommes pass\u00e9s par des exp\u00e9riences d\u00e9mocratiques bourgeoises et que celles-ci ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es apr\u00e8s 1959. Je ne pose pas ici de jugement de valeur, je le dis en tant qu\u2019historien.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Par quoi furent-elles remplac\u00e9es\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Par un processus qui entendait cr\u00e9er un mode de pouvoir tout \u00e0 fait neuf \u2013 mais il n\u2019en fut naturellement pas ainsi. Cela \u00e9tant dit, il s\u2019agit bien d\u2019une rupture, dans la mesure o\u00f9 l\u2019on n\u2019imita pas le syst\u00e8me de d\u00e9mocratie bourgeoise ant\u00e9rieur. Pas plus que l\u2019on n\u2019imita le syst\u00e8me sovi\u00e9tique, bien qu\u2019il repr\u00e9sent\u00e2t l\u2019unique formule qui apparaissait \u00e0 l\u2019horizon, en tout cas dans un premier temps, et surtout \u00e0 partir de 1961. A cet \u00e9gard, le premier choc interne \u00e0 la R\u00e9volution (apr\u00e8s que celle-ci f\u00fbt parvenue \u00e0 se fortifier de mani\u00e8re irr\u00e9versible) fut celui de l\u2019opposition \u00e0 ceux qui voulaient r\u00e9duire le processus cubain \u00e0 une d\u00e9mocratie populaire de type est-europ\u00e9en. C\u2019est ce que l\u2019on appela le \u201c sectarisme \u201d du processus politique entre la fin de l\u2019ann\u00e9e 1960 et 1962, caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019allusion \u00e0 une personne\u00a0: Anibal Escalante, dirigeant du PSP.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement du r\u00e9gime r\u00e9volutionnaire motiva la cr\u00e9ation d\u2019un nouvel Etat, avec, dans une certaine mesure, de nouveaux minist\u00e8res. L\u2019INRA (Institut national de R\u00e9forme agraire) fut le p\u00e8re d\u2019une partie d\u2019entre eux\u00a0: le Minist\u00e8re de l\u2019Industrie sucri\u00e8re, celui du Commerce int\u00e9rieur, et d\u2019autres. C\u2019est l\u2019Arm\u00e9e rebelle des ann\u00e9es 59-60 \u2013 l\u2019institution de base de la R\u00e9volution \u2013 qui donna naissance \u00e0 l\u2019INRA.<\/p>\n<p>En effet, la R\u00e9volution, en tant que mouvement insurrectionnel, fut un vivier de futurs cadres et de futures structures organisationnelles. C\u2019est cela qui d\u00e9termina en grande partie le fonctionnement r\u00e9el de l\u2019INRA, et c\u2019est de l\u2019INRA que naquit une partie du nouvel Etat. Ses dirigeants \u2013 Fidel Castro, le Che et d\u2019autres \u2013 incarnaient de mani\u00e8re d\u00e9cisive son id\u00e9ologie rebelle, et portaient les modes d\u2019organisation, les id\u00e9es, les id\u00e9aux. L\u2019id\u00e9ologie de l\u2019organisation a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 leur v\u00e9cu, \u00e0 leurs exp\u00e9riences, et \u00e9videmment \u00e0 leurs projets.<\/p>\n<p>Il s\u2019agissait d\u2019une \u00e9tape qui voyait le pr\u00e9sent se transformer en changements. Les choses changeaient, les unes apr\u00e8s les autres, et le futur s\u2019organisait comme projet. On commen\u00e7ait donc, d\u00e9j\u00e0, \u00e0 penser \u201c nous devons \u00eatre\u2026 \u201d. Dans la rue, les gens disaient\u00a0: \u201c Que sommes-nous\u00a0? \u2013 Socialistes. \u201d \u201c Que serons-nous\u00a0? \u2013 Communistes. \u201d Naissait l\u2019id\u00e9e selon laquelle le r\u00e9gime politique devait correspondre aux projets du pays.<\/p>\n<p>Au cours de cette premi\u00e8re \u00e9tape, les conqu\u00eates \u2013 pour employer un terme que l\u2019on utilisait d\u00e9j\u00e0 beaucoup \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 de la R\u00e9volution furent le th\u00e9\u00e2tre des transformations les plus profondes, des gens, des relations sociales, des institutions. Il serait trop long d\u2019en faire le d\u00e9tail ici, mais elles signifi\u00e8rent d\u2019\u00e9normes changements dans la vie mat\u00e9rielle et spirituelle du pays.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Comment la population influait-elle sur les d\u00e9cisions\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Les immenses transformations de la soci\u00e9t\u00e9, qui b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent au plus grand nombre, connurent une participation massive et syst\u00e9matique de la population en ce qui concerne leur mise en pratique et la d\u00e9fense du nouveau r\u00e9gime. Je tiens \u00e0 \u00eatre clair\u00a0: je dis bien en ce qui concerne leur mise en pratique. Pas en ce qui concerne leur \u00e9laboration, ou la d\u00e9cision elle-m\u00eame. L\u00e0 aussi on essayait de d\u00e9passer les vieux sch\u00e9mas, notamment ceux que caract\u00e9risait la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative ant\u00e9rieure que j\u2019ai \u00e9voqu\u00e9e plus haut, dans laquelle les \u00e9lections et de nombreuses consultations \u00e9taient la tradition. On voulait d\u00e9passer cela.<\/p>\n<p>Je crois qu\u2019il ne faut pas sous-estimer la capacit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque de produire de \u201c l\u2019auto-confiance \u201d, de produire la certitude, l\u2019assurance que ce pouvoir \u00e9tait \u00e0 nous, que ce pouvoir \u00e9tait le n\u00f4tre. Il ne s\u2019agissait pas de manipulations op\u00e9r\u00e9es par quelques bureaucrates, mais de convictions partag\u00e9es par des centaines de milliers de personnes. Ce n\u2019est pas n\u00e9gligeable.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: La population eut-elle une influence sur le contenu de la r\u00e9forme agraire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Absolument. Mais avant que je te r\u00e9ponde directement, permets-moi un petit d\u00e9tour historique. Avant la R\u00e9volution, le monde rural \u00e9tait soumis \u00e0 un ordre extr\u00eamement rigide, encadr\u00e9 par un syst\u00e8me de gardes rurales de l\u2019Etat et de gardes priv\u00e9es \u00e0 la solde des propri\u00e9taires. Avec une \u201c l\u00e9galit\u00e9 \u201d qui distinguait entre le vol de biens mobiliers, puni de la prison, et le vol de la terre (l\u2019expulsion des paysans par les capitalistes) ou de la propri\u00e9t\u00e9 sur la terre, quasiment reconnu par le droit civil. De l\u2019aspect r\u00e9pressif \u00e0 la structure l\u00e9gale, tout favorisait une domination sans partage sur la campagne. C\u2019est \u00e0 cela que la R\u00e9volution a mis un terme, faisant du mot d\u2019ordre \u201c La terre \u00e0 celui qui la travaille \u201d une politique, et d\u00e9clarant vouloir \u201c rendre le pays \u00e0 la campagne \u201d (c\u2019est-\u00e0-dire donner aux paysans la place qui leur revient, NDLR) comme juste retour des choses \u00e0 ceux qui ont, par leur travail, tout sacrifi\u00e9 pour la richesse de la nation. \u201c La Havane doit se d\u00e9vouer, le peuple havanais doit aller travailler et r\u00e9aliser les investissements \u00e9conomiques \u00e0 la campagne \u201d. C\u2019\u00e9tait aussi un juste retour des choses envers ceux qui, pendant des g\u00e9n\u00e9rations, avaient lutt\u00e9 pour l\u2019ind\u00e9pendance du pays. C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9appara\u00eet la figure du \u201c Mambi \u201d insurg\u00e9 de la campagne, qui rappelle un peu l\u2019id\u00e9ologie nationaliste paysanne de la seconde r\u00e9publique bourgeoise n\u00e9ocoloniale, mais d\u00e9sormais vue d\u2019une autre mani\u00e8re. De la m\u00eame mani\u00e8re que le gouvernement r\u00e9volutionnaire promulgue des lois f\u00e9brilement, rappelant ainsi la tradition de la r\u00e9publique bourgeoise quant \u00e0 la production ou la discussion des lois\u2026<\/p>\n<p>Je reviens \u00e0 ta question. Au cours des trois premi\u00e8res ann\u00e9es de la R\u00e9volution furent vot\u00e9s des milliers de lois, de r\u00e9solutions et d\u2019innombrables r\u00e8glements. L\u2019INRA gouvernait au moyen de lois \u00e9labor\u00e9es par les dirigeants r\u00e9gionaux. Mais les gens marquaient la r\u00e9forme agraire de leur empreinte, non seulement par l\u2019application de la loi, mais \u00e9galement par leur refus de l\u2019appliquer. Quelquefois, ils attendaient\u00a0; mais la plupart du temps ils faisaient pression, ou agissaient, simplement. Par exemple, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1959 et dans les deux premi\u00e8res semaines de 1960 se produisit la v\u00e9ritable grande occupation des terres et la transformation de la gestion de la campagne, au nom de la loi de r\u00e9forme agraire, par des contingents de soldats et de civils.<\/p>\n<p>Il faut bien comprendre que la mani\u00e8re de conduire les processus est fondamentale dans la R\u00e9volution cubaine. Cela permit d\u2019\u00e9viter, d\u00e8s les premiers jours, que des affrontements sanglants ne se produisent. Ce sont les tribunaux qui furent amen\u00e9s \u00e0 rendre la justice. \u201c Toute question que nous avons \u00e0 traiter doit \u00eatre l\u00e9galis\u00e9e \u201d. Ca ne veut pas dire que n\u2019importe quel acte \u00e9tait d\u00e9pendant de ce qu\u2019en disait la loi. Mais il avait une base l\u00e9gale. Ainsi, les nationalisations, qui revenaient \u00e0 faire passer au domaine public la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des bourgeois \u2013 grands, tr\u00e8s grands\u2026 et parfois m\u00eame petits \u2013 devinrent quelque chose de parfaitement naturel. Mais la loi les approuvait, et donc l\u2019expression \u201c por la libre \u201d disparut. \u201c Por la libre \u201d traduisait ce qui se faisait de mani\u00e8re d\u00e9sordonn\u00e9e, ou sans un ordre pr\u00e9cis, sans organisation. Et \u00e0 partir de l\u00e0, l\u2019id\u00e9e que les r\u00e9volutionnaires devaient s\u2019organiser acquit une importance \u00e9norme.<\/p>\n<p>L\u2019organisation de masse la plus importante \u00e0 cet \u00e9gard pendant la premi\u00e8re p\u00e9riode de la R\u00e9volution fut celle des Milices nationales r\u00e9volutionnaires. Je l\u2019ai v\u00e9cue de l\u2019int\u00e9rieur, et \u00e9tudi\u00e9e par la suite\u00a0: au travers de cette organisation se produisit un processus de socialisation et de politisation.<\/p>\n<p>Dans la pratique, les gens organis\u00e9s dans les milices d\u00e9velopp\u00e8rent des attitudes anticapitalistes extr\u00eamement structur\u00e9es. Par le biais de l\u2019armement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 du peuple, comme l\u2019aurait dit Karl Marx. Ici, \u00e0 mon sens, cela joua un r\u00f4le fondamental. D\u2019autre part, la d\u00e9mocratisation des syndicats, processus entam\u00e9 surtout au cours de l\u2019ann\u00e9e 1959, signifia la promotion d\u2019un nouveau cadre de dirigeants de base, interm\u00e9diaires et de hauts dirigeants syndicaux qui provenaient de l\u2019activit\u00e9 et de l\u2019enthousiasme des travailleurs\u2026<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Il y eut donc une d\u00e9mocratisation importante\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Extr\u00eamement importante.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Le mouvement syndical<\/h3>\n<p><strong>ET\u00a0: Comment a-t-il \u00e9t\u00e9 possible que cinq ans \u00e0 peine apr\u00e8s le triomphe de la R\u00e9volution, quelqu\u2019un comme le Che puisse consid\u00e9rer que la d\u00e9mocratie syndicale n\u2019existait d\u00e9j\u00e0 plus \u00e0 Cuba\u00a0? Je cite\u00a0: \u201c Ici, la d\u00e9mocratie syndicale est un mythe (\u2026) Le Parti se r\u00e9unit, propose \u00e0 la base Monsieur Untel comme candidat unique, et voil\u00e0 celui-ci \u00e9lu (\u2026) Sans le moindre processus de s\u00e9lection de la part des masses (\u2026) Les gens ont besoin de s\u2019exprimer (\u2026) Actuellement, j\u2019irais jusqu\u2019\u00e0 dire que les syndicats pourraient cesser d\u2019exister (\u2026) et de transf\u00e9rer leurs fonctions aux conseils de la Justice du Travail (\u2026) Les seuls \u00e0 ne pas \u00eatre d\u2019accord seraient les membres de la bureaucratie syndicale qui s\u2019est cr\u00e9\u00e9e. Naturellement, si on leur dit qu\u2019ils doivent retourner travailler de leurs petites mains, ils vont r\u00e9pondre \u201c Ecoute, \u00e7a fait 18 ans que je suis dirigeant syndical\u2026 \u201d (in Paco Ignacio Taibo II, Ernesto Guevara, tambien conocido como El Che, capitulo 33 sobre el ano 1964, pagina 553, edicion Planeta Bolsillo, Mexico, 1997)<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Dans les grands processus de changement social, les choses passent rapidement. Je pense que les syndicats ont eu leur heure de gloire en ce qui concerne l\u2019expansion de l\u2019id\u00e9ologie r\u00e9volutionnaire et de ses institutions, puis qu\u2019ils ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9cliner, avant tout parce que leur culture venait de la lutte pour des r\u00e9formes et des revendications imm\u00e9diates. Les transformations r\u00e9volutionnaires ont compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9 ce que pensaient les syndicats. Une revendication de 1959, face au ch\u00f4mage, \u00e9tait le passage \u00e0 quatre tours de 6 heures dans les raffineries de sucre, de mani\u00e8re \u00e0 ce que le nombre de travailleurs augmente d\u2019un tiers. Cela ne s\u2019est pas produit. N\u00e9anmoins, en quatre ans seulement, le ch\u00f4mage avait disparu \u00e0 Cuba. En 1963, on commen\u00e7ait m\u00eame \u00e0 manquer de bras, de force de travail. La transformation, en ce qui concernait les manquements \u00e0 la l\u00e9gislation du travail, les salaires inf\u00e9rieurs aux normes minimales et les \u00e9normes injustices qui avaient cours auparavant, fut totale. Ce fut un triomphe sur toute la ligne, qui vit une augmentation nette des revenus des travailleurs. L\u2019action de l\u2019Etat r\u00e9volutionnaire pour concr\u00e9tiser toutes ces demandes fut d\u00e9cisive.<\/p>\n<p>La Justice du travail fut r\u00e9form\u00e9e, et transform\u00e9e en un processus extr\u00eamement rapide\u00a0: raison \u00e9tait toujours donn\u00e9e au travailleur. C\u2019en devenait une blague, on disait\u00a0: \u201c Le Minist\u00e8re du Travail juge, mais le patron, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Etat, ne gagne jamais\u00a0! \u201d De la m\u00eame mani\u00e8re, c\u2019\u00e9tait quasiment impossible d\u2019obtenir un licenciement. L\u2019Etat patron ne pouvait licencier aucun travailleur jusqu\u2019\u00e0 la cr\u00e9ation de la loi 32, dix ou onze ans apr\u00e8s le triomphe de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Les syndicats furent donc d\u00e9pass\u00e9s par des structures qui donnaient davantage que ce que eux-m\u00eames avaient r\u00eav\u00e9 au cours de leur lutte. D\u2019autre part, le contenu de la politique sociale du pays s\u2019est r\u00e9alis\u00e9 via un gigantesque pacte social entre la population et le gouvernement. Le gouvernement est le garant \u2013 de l\u00e0 l\u2019expression \u201c le pouvoir est n\u00f4tre \u201d \u2013 des changements qui se produisent et de la poursuite de ces changements. Il est garant de ce que la r\u00e9forme agraire ne soit pas suivie d\u2019une capitalisation des campagnes, comme dans d\u2019autres pays qui ont connu des r\u00e9formes plus ou moins profondes, mais de ce qu\u2019elle soit le vecteur d\u2019un nouvel ordre des choses qui r\u00e9volutionne la campagne. Et donc ce sont les forces organis\u00e9es de la R\u00e9volution, son Etat, son arm\u00e9e, ses milices, l\u2019INRA, l\u2019Association nationale des petits agriculteurs (l\u2019ANAP, ce nouveau groupe qui rassemble des propri\u00e9taires), qui sont les instruments de la r\u00e9volution agraire.<\/p>\n<p>Pour revenir au syndicat, il n\u2019a donc pas r\u00e9ussi \u00e0 adopter rapidement une nouvelle attitude r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Certes, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 absurde de penser que le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CTC (Centrale des Travailleurs Cubains) puisse entrer en conflit avec l\u2019Etat qui incarnait la R\u00e9volution, mais de l\u00e0 \u00e0 se transformer en un fonctionnaire dudit Etat, il n\u2019y avait qu\u2019un pas\u2026 qu\u2019il aurait fallut ne pas franchir.<\/p>\n<p>Le nouvel Etat, qui avait d\u00fb multiplier ses fonctions, commen\u00e7ait d\u2019ailleurs lui aussi \u00e0 se bureaucratiser rapidement. Je ne crois pas que le syndicat \u00e9tait responsable de sa propre bureaucratisation, mais les dirigeants de la conf\u00e9d\u00e9ration syndicale n\u2019ont pas lutt\u00e9 contre cela. On peut rapprocher cela de ce qu\u2019a dit le Che quand il s\u2019engageait comme ministre de l\u2019Industrie mais surtout comme dirigeant politique du pays, pour mener une exp\u00e9rience de masse de participation avec 400.000 travailleurs. Dans un syst\u00e8me qui a forc\u00e9ment d\u00fb \u00eatre autoritaire \u2013 un autoritarisme, en plus, qui \u00e9tait celui de la production industrielle. C\u2019est en ce sens que le Che faisait r\u00e9f\u00e9rence au fait que les dirigeants du mouvement syndical avaient pu se convertir en faire-valoir du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Mais je veux ajouter ceci\u00a0: en 1966, cette direction syndicale fut compl\u00e8tement remplac\u00e9e par l\u2019Etat r\u00e9volutionnaire. Le XII<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup> Congr\u00e8s de la CTC, en septembre 66, fut l\u2019occasion pour la direction r\u00e9volutionnaire de revivifier le mouvement syndical. Cela entrait dans le cadre d\u2019une r\u00e9organisation g\u00e9n\u00e9rale du pouvoir destin\u00e9e \u00e0 remplacer les formes de l\u2019Etat r\u00e9volutionnaire des ann\u00e9es 59-60-61, bureaucratis\u00e9, et \u00e0 approfondir le syst\u00e8me de transition socialiste cubain, dans une optique et avec des objectifs communistes.<\/p>\n<p>Cela \u00e9tait \u00e9galement ins\u00e9r\u00e9 dans le processus r\u00e9volutionnaire mondial \u2013 l\u2019effort internationaliste en Am\u00e9rique latine en particulier. Dans ce processus global qui marqua la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 60, le pouvoir pr\u00e9tendait que la R\u00e9volution cubaine serait la premi\u00e8re r\u00e9volution socialiste d\u2019Am\u00e9rique, mais que l\u2019apparition de nouveaux pouvoirs en permettrait d\u2019autres.<\/p>\n<p>Les possibilit\u00e9s de la R\u00e9volution cubaine de 1959 lui furent donn\u00e9es par l\u2019effort que fournirent les Cubains. La possibilit\u00e9 d\u2019approfondir l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire au cours de la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 60 \u00e9tait li\u00e9e au fait que ces efforts soient prolong\u00e9s par la victoire des r\u00e9volutionnaires argentins, br\u00e9siliens, v\u00e9n\u00e9zu\u00e9liens ou d\u2019autres pays, qui permettrait une nouvelle union internationale rendant viable l\u2019\u00e9conomie et le r\u00e9gime politico-id\u00e9ologique cubain, ind\u00e9pendante du courant dit socialiste d\u2019Union sovi\u00e9tique et du courant mao\u00efste. Dans cette situation, tant le mouvement syndical que l\u2019Etat ou l\u2019ensemble des institutions cubaines \u00e9taient soumis \u00e0 une tension \u00e9norme. Le mouvement syndical n\u2019y r\u00e9sista pas, et il fut remplac\u00e9 par d\u2019autres formes d\u2019organisation. Il perdit pratiquement toute son importance. Il ne la r\u00e9cup\u00e9ra qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, mais de mani\u00e8re toute diff\u00e9rente.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">La relation Cuba \u2013 Union sovi\u00e9tique<\/h3>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> La R\u00e9volution cubaine est la seule r\u00e9volution anticapitaliste victorieuse \u00e0 s\u2019\u00eatre maintenue aussi longtemps en Am\u00e9rique latine. Ce fut un triomphe sur les lois de la g\u00e9opolitique \u2013 mais celle-ci, depuis, s\u2019en est veng\u00e9e l\u2019une ou l\u2019autre fois\u2026 Cette R\u00e9volution fut donc la premi\u00e8re r\u00e9volution socialiste autonome \u00e0 triompher en occident. Le processus qui parvint \u00e0 aller si loin dans la formation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 anticapitaliste de transition socialiste, comme je l\u2019appelle \u2013 mais je ne vais pas d\u00e9velopper ce concept ici\u00a0-, et \u00e0 caract\u00e8re anti-imp\u00e9rialiste et internationaliste, dut faire face \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9 des choses\u00a0: elle devait s\u2019adapter \u00e0 un monde domin\u00e9 par l\u2019existence de deux zones oppos\u00e9es, l\u2019une emmen\u00e9e par les Etats-Unis et l\u2019autre par l\u2019Union sovi\u00e9tique. Deux zones d\u2019affrontement g\u00e9opolitique mondial qui \u00e9taient \u00e0 cette \u00e9poque \u00e0 la recherche de comp\u00e9tences et de coordinations.<\/p>\n<p>Cuba dut donc rapidement trouver des r\u00e9ponses \u00e0 ses besoins. Depuis 1960, la confrontation avec le r\u00e9gime nord-am\u00e9ricain \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 importante, syst\u00e9matique. Elle arriva \u00e0 une rupture qui conduisit l\u2019\u00e9conomie cubaine \u00e0 rechercher de nouveaux partenaires, de nouvelles ressources pour assurer sa viabilit\u00e9, et donc \u00e0 conclure des accords avec l\u2019Union sovi\u00e9tique et d\u2019autres pays plus ou moins d\u00e9pendants de celle-ci. Cuba devait trouver des d\u00e9bouch\u00e9s pour son sucre\u00a0; elle les trouva avec l\u2019URSS. Elle devait se procurer du p\u00e9trole\u00a0; elle y parvint avec l\u2019URSS. De m\u00eame pour les armes dont elle avait besoin pour se d\u00e9fendre et armer la population \u00e0 grande \u00e9chelle\u00a0: elle les re\u00e7ut de l\u2019Union sovi\u00e9tique et de certains de ses alli\u00e9s. Commen\u00e7ait une relation dont l\u2019histoire s\u2019\u00e9tendit sur trente ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette histoire de l\u2019affrontement Etats-Unis \u2013 URSS et de l\u2019alliance entre Cuba et l\u2019URSS influen\u00e7a profond\u00e9ment les affaires int\u00e9rieures cubaines. D\u2019abord, l\u2019affrontement avec les Etats-Unis rendait indispensable une unit\u00e9 nationale extr\u00eamement forte et pesa lourdement sur le syst\u00e8me politique de l\u2019\u00eele \u2013 c\u2019est encore le cas \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 nous parlons. L\u2019alliance avec l\u2019Union sovi\u00e9tique impliquait d\u2019avoir un alli\u00e9 tr\u00e8s puissant qui pr\u00e9tendait davantage utiliser Cuba dans le cadre de sa politique \u00e9trang\u00e8re, de son syst\u00e8me de relations internationales que de lui porter assistance dans une perspective internationaliste. Et l\u2019influence du r\u00e9gime sovi\u00e9tique se ressentit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays.<\/p>\n<p>Comme dans le cas de n\u2019importe quelle r\u00e9volution, il y avait des opinions diff\u00e9rentes sur la mani\u00e8re de mener le processus plus avant. La tradition \u201c socialiste-populaire \u201d (celle du PC pro-Moscou) d\u00e9veloppait des arguments tr\u00e8s li\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie sovi\u00e9tique \u2013 mais pas forc\u00e9ment \u00e0 l\u2019histoire sovi\u00e9tique. La tradition cubaine se heurtait \u00e0 ces conceptions staliniennes. Certaines id\u00e9es sur le socialisme d\u00e9mocratique \u00e9taient tr\u00e8s int\u00e9ressantes et nourries d\u2019influences datant d\u2019avant le triomphe de la R\u00e9volution \u2013 celles que l\u2019on retrouvait au sein du Mouvement du 26 Juillet et chez bien d\u2019autres personnes. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que l\u2019on tenta de r\u00e9soudre le probl\u00e8me de mani\u00e8re interne, avec l\u2019organisation d\u2019un parti unifi\u00e9 de fa\u00e7on extr\u00eamement pr\u00e9coce dans la seconde moiti\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e 1960, qui fut baptis\u00e9 Organisations R\u00e9volutionnaires Int\u00e9gr\u00e9es, parce qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9 de fusionner imm\u00e9diatement les diff\u00e9rentes organisations.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">La construction d\u2019un parti unifi\u00e9 et la crise de 1962<\/h3>\n<p><strong>ET\u00a0: Les Organisations R\u00e9volutionnaires Int\u00e9gr\u00e9es (ORI) comprenaient le Parti socialiste populaire (PC pro-Moscou), le Mouvement 26 Juillet et le Directoire r\u00e9volutionnaire estudiantin\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Exactement. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de construire un parti au milieu d\u2019une R\u00e9volution qui \u00e9tait plut\u00f4t, dans l\u2019esprit de tous, une esp\u00e8ce de bric-\u00e0-brac tonitruant. Il fallait se doter de structures. Mais comment\u00a0? Apparut alors une formule qui pr\u00e9tendait imiter la structure d\u2019un parti communiste d\u2019Europe orientale. Absurde\u00a0! L\u2019id\u00e9e \u00e9tait absurde.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le triomphe, le Mouvement du 26 Juillet se retrouva donc dans une situation qui le vit dispara\u00eetre en tant qu\u2019organisation.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: La majorit\u00e9 de ses cadres s\u2019int\u00e9gr\u00e8rent totalement \u00e0 l\u2019appareil r\u00e9volutionnaire, \u00e0 l\u2019Etat\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Pas seulement. Aux forces arm\u00e9es, \u00e0 l\u2019Etat, aux milices, aux syndicats, aux comit\u00e9s de d\u00e9fense,\u2026 Dans de tr\u00e8s nombreux secteurs, en somme.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Pour accomplir des t\u00e2ches de construction et de gestion\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Oui, ainsi que de participation.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Cela ne leur laissait gu\u00e8re de temps pour des t\u00e2ches plus partisanes\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Ou pour garder la volont\u00e9 de construire une organisation plus \u201c rassembleuse \u201d. Je ne veux pas comparer ici la R\u00e9volution cubaine et la r\u00e9volution alg\u00e9rienne, mais l\u2019on aurait pu d\u00e9cider que le 26 Juillet soit le parti de la R\u00e9volution. D\u00e8s lors qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 celui de l\u2019insurrection, pourquoi pas\u00a0? Ses structures nationales, provinciales et municipales auraient form\u00e9 l\u2019embryon du nouveau parti. Mais il n\u2019en fut pas ainsi. Comme je le disais, les personnes responsables des Organisations R\u00e9volutionnaires Int\u00e9gr\u00e9es voulurent les transformer pratiquement en un appareil politique de type communiste, \u00e0 l\u2019image de ce qui pouvait exister dans un pays d\u2019Europe de l\u2019Est.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Qui \u00e9tait en charge de cela\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Un ancien dirigeant du Parti socialiste populaire, Anibal Escalante. Tous les dirigeants du PSP ne particip\u00e8rent pas \u00e0 cela de mani\u00e8re active. Y prirent part plut\u00f4t des gens coopt\u00e9s par Anibal. Mais il faut rappeler que ces \u00e9v\u00e9nements se produisirent en \u00e0 peine deux ans, de 1960 \u00e0 1962. Les ORI n\u2019avaient pas les possibilit\u00e9s de subsister. Cela \u00e9tant dit, je ne crois pas \u00e0 une explication des faits sociaux bas\u00e9e sur l\u2019argument des malveillances individuelles.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: En effet, l\u2019app\u00e9tit de pouvoir d\u2019Anibal Escalante n\u2019est pas une explication suffisante. Ce que Fidel Castro d\u00e9nonce dans ses discours de mars 1962, c\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019ombre de tout cela prosp\u00e9rait un appareil qui s\u2019\u00e9tendait jusqu\u2019aux provinces, jusqu\u2019aux communes du pays, et qui s\u2019organisait de mani\u00e8re \u00e0 d\u00e9tenir une position de monopole\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> C\u2019est vrai, tout cela \u00e9clata au grand jour. La force de la R\u00e9volution cubaine, c\u2019est que tant Fidel Castro que ses plus proches collaborateurs purent y \u00e9chapper et comprendre non seulement qu\u2019avoir un mod\u00e8le n\u2019\u00e9tait pas indispensable, mais \u00e9galement que l\u2019on pouvait s\u2019en d\u00e9barrasser. Mais diff\u00e9rents aspects de la r\u00e9alit\u00e9 entrent ici en ligne de compte. Cuba dut faire face, pendant toute l\u2019ann\u00e9e 1962, \u00e0 l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019\u00eatre envahie par les Etats-Unis \u2013 \u00e9ventualit\u00e9 dont l\u2019Histoire a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas illusoire. En septembre de la m\u00eame ann\u00e9e, autre aspect de la r\u00e9alit\u00e9, avant la d\u00e9couverte des missiles nucl\u00e9aires, la d\u00e9fense militaire de Cuba est de plus en plus intimement li\u00e9e \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Tu te rends compte de la vitesse \u00e0 laquelle les choses \u00e9voluent, de mois en mois\u00a0? A Cuba, on essaye de r\u00e9organiser toute l\u2019\u00e9conomie d\u00e9sormais nationalis\u00e9e, et avec peu de cadres. La fuite de cadres et de techniciens est incroyablement importante, en raison des liens culturels \u00e9troits du pays avec les Etats-Unis, mais surtout \u00e0 cause de l\u2019appui politique direct du gouvernement am\u00e9ricain aux fuyards\u00a0: il leur promettait du travail s\u2019ils quittaient Cuba, et il tint parole, en faisant toutes sortes de campagnes autour de cela.<\/p>\n<p>Par exemple, l\u2019aboutissement du premier sc\u00e9nario de renversement du r\u00e9gime cubain, le sc\u00e9nario Eisenhower-Kennedy, est concr\u00e9tis\u00e9 par l\u2019offensive de la Baie des Cochons (Playa Giron, avril 1961). A ce moment-l\u00e0 existe \u00e9galement une opposition arm\u00e9e soutenue par les Etats-Unis dans certaines zones, surtout dans le centre du pays. La lutte contre ces \u00e9l\u00e9ments s\u2019appelait, dans la tradition cubaine, la lutte contre les bandits. Mais l\u2019attaque nord-am\u00e9ricaine frontale intervient au moment o\u00f9, \u00e0 Cuba, se produit la critique profonde de la tentative de convertir le pays en une d\u00e9mocratie populaire soumise \u00e0 l\u2019Union sovi\u00e9tique. Rends-toi compte de l\u2019ampleur du probl\u00e8me\u00a0! Cela exigea la souplesse des deux parties\u00a0; les sovi\u00e9tiques remplac\u00e8rent leur ambassadeur, maintinrent le syst\u00e8me d\u2019aide militaire et l\u2019achat de sucre \u00e0 6 centavos la livre, le prix fixe n\u00e9goci\u00e9, et au cours de cette ann\u00e9e 1962 se r\u00e9alisa la plus importante implication militaire sovi\u00e9tique\u00a0: il y eut plus de 17.000 militaires \u00e0 Cuba, en secret, qui aid\u00e8rent \u00e0 installer le syst\u00e8me capable de mener des attaques tactiques, nucl\u00e9aires, contre les Etats-Unis.<\/p>\n<p>Cuba suivit la politique \u00e9trang\u00e8re sovi\u00e9tique, qui d\u00e9boucha sur la crise des missiles et qui vit le pays confront\u00e9 aux Etats-Unis mais \u00e9galement \u00e0 la realpolitik de l\u2019URSS. Tout le pays se leva, en armes, dispos\u00e9 \u00e0 aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019an\u00e9antissement face aux ennemis de l\u2019humanit\u00e9, dans un moment de supr\u00eame unit\u00e9 r\u00e9volutionnaire. Mais simultan\u00e9ment, tous d\u00e9couvrirent les limites de ce qu\u2019ils croyaient \u00eatre l\u2019internationalisme de l\u2019URSS.<\/p>\n<p>Ainsi, au moment o\u00f9 les id\u00e9aux r\u00e9volutionnaires et le r\u00f4le jou\u00e9 par la direction cubaine avaient amen\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation n\u00e9faste d\u2019une d\u00e9mocratie populaire de type est-europ\u00e9en se produisit la plus grave confrontation entre Cuba et les Etats-Unis et la plus grave crise internationale depuis la seconde guerre mondiale. Le monde se trouvait au bord de la troisi\u00e8me guerre. A ce moment-l\u00e0, il y eut naturellement des chocs extr\u00eamement violents au sein du r\u00e9gime cubain. Che Guevara, et surtout Fidel Castro, l\u2019exprim\u00e8rent dans des documents publics\u00a0; il faut d\u2019ailleurs souligner, au passage, que dans les processus de ce genre, c\u2019est rare.<\/p>\n<p>La r\u00e9organisation politique du pays, imm\u00e9diatement apr\u00e8s tous ces \u00e9v\u00e9nements, d\u00e9boucha sur la formation du Parti uni de la R\u00e9volution socialiste de Cuba (PURSC), un nom trop long mais d\u00e9j\u00e0 plus satisfaisant que le pr\u00e9c\u00e9dent\u2026 Un parti qui pr\u00e9tendait \u00eatre autre chose, qui entendait organiser les r\u00e9volutionnaires cubains d\u2019apr\u00e8s l\u2019id\u00e9e selon laquelle est n\u00e9cessaire un parti qu\u2019il est encore imprudent d\u2019appeler communiste, un parti construit sur des bases nouvelles, meilleures. Duquel on ne serait membre, ou militant, qu\u2019en \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9 par les travailleurs, par ses camarades, en assembl\u00e9e ouverte de discussion, comme quelqu\u2019un d\u2019exemplaire. Et pas sur le choix d\u2019un groupe ou d\u2019un cercle restreint.<\/p>\n<p>L\u2019appui de l\u2019assembl\u00e9e des travailleurs exemplaires \u00e9tait donc le pr\u00e9requis indispensable \u2013 ce fut une innovation cubaine \u2013 \u00e0 ce qu\u2019une personne puisse se consid\u00e9rer comme candidate \u00e0 l\u2019appartenance \u00e0 ce nouveau parti. Cela commen\u00e7a par les travailleurs, puis on en vint aux \u00e9tudiants et aux soldats. La personne choisie devait passer par un processus de s\u00e9lection o\u00f9 les commissions de membres du Parti, sur leur propre lieu de travail, devaient analyser profond\u00e9ment le travailleur, parler avec lui de sa vie, de sa spontan\u00e9it\u00e9, comme l\u2019on disait. Lui pouvait refuser, dire qu\u2019il ne souhaitait pas \u00eatre membre du Parti, c\u2019\u00e9tait son droit. Mais du d\u00e9but \u00e0 la fin du processus, c\u2019\u00e9tait la s\u00e9lectivit\u00e9 du Parti qui s\u2019exprimait, incarn\u00e9e par l\u2019organisation de base, le noyau du Parti, et aucune instance sup\u00e9rieure. Et \u00e0 la fin du processus, la personne devait revenir devant une assembl\u00e9e de travailleurs pour expliquer si elle restait ou non, et pourquoi. Cela donnait lieu \u00e0 des d\u00e9bats qui assuraient la transparence du processus et le prestige des militants.<\/p>\n<p>Ce fut un facteur fondamental quant \u00e0 la d\u00e9monstration de la force morale du Parti. Je dirais que jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, le prestige des membres du Parti et de ses bases a \u00e9t\u00e9 le plus solide qui soit.<\/p>\n<p>Une des raisons qui pouvait entra\u00eener la perte du statut de membre du Parti pouvait \u00eatre la chute du prestige parmi les travailleurs. Si l\u2019un d\u2018eux perdait la confiance de ses compagnons, cela devait \u00eatre discut\u00e9. On essaya de faire en sorte que la forme d\u2019organisation interm\u00e9diaire, comme les \u00e9chelons successifs du Parti, soient d\u00e9mocratiques, qu\u2019elles offrent des <a class=\"cs_glossaire\" href=\"http:\/\/www.cadtm.org\/Garanties\" name=\"mot820_2\"><span class=\"gl_mot\">garanties<\/span><\/a>, qu\u2019elles permettent des contr\u00f4les, et pas seulement d\u2019en haut, \u00e9galement de bas en haut. Je ne crois pas que le succ\u00e8s fut tel qu\u2019il puisse \u00eatre qualifi\u00e9 d\u2019exemplaire, mais la conqu\u00eate de la d\u00e9mocratie \u00e0 la base se maintint. Celle de la capacit\u00e9 des bases d\u2019exprimer leurs points de vue, depuis leur statut de membre, sans subir de repr\u00e9sailles. Je pense que c\u2019est une des formes libertaires principales qui ont subsist\u00e9 dans la tradition politique cubaine, malgr\u00e9 l\u2019absorption de l\u2019aspect libertaire par le pouvoir r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Le Parti Uni de la R\u00e9volution socialiste eut \u00e9galement une autre racine, \u00e0 mon sens tr\u00e8s importante\u00a0: la tentative de faire en sorte qu\u2019\u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019autres pays, le Parti ne dirige pas les affaires de l\u2019administration. Au contraire, il devait tenter d\u2019exercer un fort contr\u00f4le politique et moral sur leur conduite. Il s\u2019agit d\u2019une des lignes directrices sur lesquelles la rh\u00e9torique, ainsi que la pratique politique cubaine, structurelle, interne au Parti, ont mis l\u2019accent pendant plus de 30 ans. Quand se forma le Parti communiste de Cuba, en octobre 1965, on tenta de traduire cela en termes de loi.<\/p>\n<p>Par ailleurs , la critique selon laquelle le Parti se retrouvait amen\u00e9, dans la pratique, \u00e0 diriger les administrations, fut d\u00e8s le d\u00e9part une critique exprim\u00e9e par Fidel Castro, le Che et d\u2019autres (voir encadr\u00e9\u00a0: Fidel Castro, le Parti et l\u2019Etat\u2026).<\/p>\n<p><strong><br \/>\nET\u00a0: Quand, \u00e0 ton avis, se produisit le \u201c virage \u201d qui a favoris\u00e9 la \u201c bureaucratisation \u201d tant d\u00e9nonc\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Non, non, ce n\u2019est pas ce que je veux dire, ce n\u2019est pas un virage. La mani\u00e8re cubaine de transformer l\u2019autoritarisme prenait de plus en plus d\u2019influence, et non les formes est-europ\u00e9ennes de domination. Mais \u00e7a ne veut pas dire non plus\u2026<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Peux-tu expliquer cela\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> \u2026 Cela ne s\u2019est pas produit d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Cela me para\u00eet tr\u00e8s important.<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Je t\u2019ai dit que le Parti Unifi\u00e9 puis le Parti communiste qui lui a succ\u00e9d\u00e9, avaient la volont\u00e9 in\u00e9branlable de se distinguer des partis d\u2019Europe orientale en ce qui concernait la s\u00e9paration Parti-Etat. Et du plus haut commandement, je veux parler de Fidel, des autres membres du Bureau Politique et du Comit\u00e9 Central, l\u2019opinion \u00e9tait que devait exister une s\u00e9paration entre le Parti et l\u2019Etat. En plus, rappelle-toi que le Parti cubain tint son premier congr\u00e8s seulement 17 ans apr\u00e8s le triomphe de la R\u00e9volution et 10 ans apr\u00e8s la formation du Comit\u00e9 central. Cela donne une id\u00e9e de ce que sa vocation n\u2019\u00e9tait pas de tenir des congr\u00e8s \u00e0 tout bout de champ, ni de se presser pour le faire.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">Les deux \u00e9tapes de la R\u00e9volution<\/h3>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> La premi\u00e8re \u00e9tape de la R\u00e9volution, selon moi, va de la prise du pouvoir du 1<sup class=\"typo_exposants\">er<\/sup> janvier 1959 au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, disons 1971. A partir de ce moment-l\u00e0 se produisit une inflexion qui vit le pays commencer \u00e0 abandonner la dimension la plus imposante du projet de type communiste r\u00e9volutionnaire. Cela ne veut pas dire qu\u2019il se d\u00e9tachait de ce projet\u00a0: il disait l\u2019abandonner bien plus qu\u2019il ne l\u2019abandonnait r\u00e9ellement. C\u2019est un \u00e9l\u00e9ment int\u00e9ressant\u00a0: le langage voulut que cela s\u2019exprime comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un abandon.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 60, et surtout \u00e0 la fin de la d\u00e9cennie, \u2013 on n\u2019en parle que rarement\u00a0-, le monde du travail connut une tension \u00e9norme, dans tout le pays. Partout, les cadres du Parti, aussi bien que les dirigeants politiques envoy\u00e9s d\u2019en haut que les chefs d\u2019entreprises d\u2019Etat ou que les militaires jou\u00e8rent un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans les zones de travail et les diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays, \u00e0 la recherche de l\u2019efficacit\u00e9. C\u2019est \u00e0 cette situation difficile que se vit confront\u00e9e la R\u00e9volution cubaine \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60. On ne peut donc pas dire que \u201c l\u00e0, le Parti se confondit avec l\u2019Etat \u201d. On peut relever que l\u2019effort fut extr\u00eamement individualis\u00e9, ou pragmatique, ou soumis \u00e0 la direction du pays.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Que se passa-t-il alors\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Un certain nombre de personnes assum\u00e8rent des responsabilit\u00e9s avec grande autorit\u00e9 dans des r\u00e9gions et dans des t\u00e2ches particuli\u00e8rement soumises \u00e0 la direction sup\u00e9rieure de l\u2019Etat, ind\u00e9pendamment du fait qu\u2019ils fussent cadres du Parti, de l\u2019Etat, de l\u2019arm\u00e9e ou de la r\u00e9gion concern\u00e9e.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">La seconde \u00e9tape<\/h3>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Dans les ann\u00e9es 70, et c\u2019est \u00e0 mon avis ce qui caract\u00e9rise en partie la deuxi\u00e8me \u00e9tape de la R\u00e9volution, se produisit une r\u00e9organisation de toutes les institutions. L\u2019Etat se r\u00e9organisa. Le premier Etat de la R\u00e9volution, comme je te le disais, eut \u00e0 affronter quelques coups durs entre 65 et 67 et tenta de se r\u00e9organiser sur des bases qui supposaient un approfondissement communiste du socialisme. En 1970 fut entam\u00e9 un processus de critique massive accompagn\u00e9 d\u2019assembl\u00e9es publiques de travailleurs, retransmises \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, qui d\u00e9but\u00e8rent au Minist\u00e8re de l\u2019Industrie l\u00e9g\u00e8re. Elles commenc\u00e8rent \u00e9galement avec le fameux cri de Fidel, dans son discours du 26 Juillet 1970\u00a0: \u201c Le pouvoir du peuple\u00a0; \u00e7a c\u2019est le pouvoir. \u201d. Ainsi qu\u2019avec son intervention, quelques jours plus tard, au cours des premi\u00e8res assembl\u00e9es\u00a0: \u201c Le socialisme n\u2019a pas le choix. Le socialisme doit \u00eatre de masse. Simplement, le socialisme qui n\u2019est pas de masse et d\u00e9mocratique se bureaucratise et cesse d\u2019\u00eatre socialisme \u201d. Ou avec sa c\u00e9l\u00e8bre phrase du 7 d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e, lorsque se constitua le nouveau syndicat du Minist\u00e8re de l\u2019Industrie l\u00e9g\u00e8re (un syndicat qui \u00e9manait des assembl\u00e9es de base, et entendait essayer d\u2019\u00eatre v\u00e9ritablement d\u00e9mocratique)\u00a0: \u201c Maintenant, le Ministre a trouv\u00e9 avec qui discuter \u201d. Mais ce projet ne r\u00e9ussit pas. Pour autant, dire qu\u2019il n\u2019eut aucun effet serait une erreur grave.<\/p>\n<p>Cette deuxi\u00e8me \u00e9tape est tr\u00e8s contradictoire\u00a0: on y trouve dans une certaine mesure l\u2019imitation par Cuba de certains aspects du syst\u00e8me sovi\u00e9tique, les traits autoritaires du processus cubain, mais \u00e9galement sa vocation de recueillir la participation populaire.<\/p>\n<p>Un des \u00e9l\u00e9ments qui lui permirent de maintenir son prestige moral au cours de cette deuxi\u00e8me \u00e9tape fut le caract\u00e8re autonome des organisations de base du Parti. Quand arriva la \u201c rectification \u201d de 1985, il \u00e9tait courant d\u2019entendre, dans la bouche des militants et des membres des organisations de base du Parti\u00a0: \u201c Ah, nous, au moins, on a sauv\u00e9 notre honneur, parce que nous nous sommes oppos\u00e9s, nous avons critiqu\u00e9 les effets graves de la bureaucratisation, et nous n\u2019y sommes pour rien\u00a0! \u201d. On entendit m\u00eame cette expression\u00a0: \u201c Nous ne voulons pas que le Parti soit une confr\u00e9rie de moines qui fasse \u00e9talage de sa puret\u00e9 face \u00e0 la situation \u201d\u2026<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Revenons \u00e0 la p\u00e9riode qui va de 1970-71 au d\u00e9but du mouvement de rectification en 1985\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Cette p\u00e9riode est \u00e0 mon avis la deuxi\u00e8me \u00e9tape de la R\u00e9volution au pouvoir. Avec l\u2019insertion de l\u2019\u00e9conomie cubaine dans le syst\u00e8me international du CAEM (Conseil d\u2019assistance \u00e9conomique mutuelle), ou COMECON, on abandonna la pr\u00e9tention d\u2019autosuffisance alimentaire et l\u2019on se basa sur l\u2019association des deux \u00e9conomies, sovi\u00e9tique et cubaine (avec en plus une participation int\u00e9ressante de l\u2019Allemagne de l\u2019Est et de la Bulgarie). Une association qui permit \u00e0 Cuba d\u2019obtenir par n\u00e9gociations, au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, quelques succ\u00e8s significatifs quant aux termes des \u00e9changes et des cr\u00e9dits. Mais elle n\u2019obtint rien de substantiel lui permettant de conna\u00eetre un d\u00e9veloppement \u00e9conomique autonome. Au contraire, son statut de pays exportateur de produits de base subsiste, avec 4,3 millions de tonnes de sucre au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, dans le cadre d\u2019une conjoncture mondiale qui lui \u00e9tait favorable car le prix du sucre \u00e9tait \u201c \u00e9lev\u00e9 \u201d.<\/p>\n<p>Cuba exportait \u00e9galement, \u00e0 destination de l\u2019Union sovi\u00e9tique, des agrumes et quelques autres produits. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019URSS fournissait l\u2019essentiel du p\u00e9trole dont Cuba avait besoin, une \u00e9norme partie de ses aliments, de ses v\u00e9hicules, de ses \u00e9quipements, ainsi qu\u2019une aide \u00e0 son processus d\u2019industrialisation \u2013 aide qui ne permit cependant pas \u00e0 Cuba de tirer grand b\u00e9n\u00e9fice de ses immenses r\u00e9serves naturelles de fer ou de nickel, ou en tout cas de parvenir \u00e0 une production industrielle correspondant \u00e0 l\u2019excellent niveau de formation et de pr\u00e9paration des travailleurs qualifi\u00e9s cubains. Cuba n\u2019eut pas non plus les moyens de d\u00e9velopper une industrie \u00e9lectronique (un projet pourtant apparu d\u00e8s les ann\u00e9es 60) et d\u2019en faire un \u00e9l\u00e9ment comp\u00e9titif international du Tiers Monde. En cause, l\u2019opposition active et syst\u00e9matique des Etats-Unis par le biais du blocus \u2013 facteur d\u00e9terminant les limites principales \u00e0 l\u2018\u00e9volution de l\u2019\u00e9conomie cubaine.<\/p>\n<p>L\u2019industrialisation cubaine des ann\u00e9es 70 fut donc tr\u00e8s limit\u00e9e, ne profitant pas suffisamment des ressources naturelles et n\u2019ayant pas acc\u00e8s, en raison de l\u2019opposition nord-am\u00e9ricaine, aux march\u00e9s dont elle aurait normalement d\u00fb pouvoir profiter ou \u00e0 des cr\u00e9dits qui auraient pu lui \u00eatre favorables. Sans oublier la relation de suj\u00e9tion oblig\u00e9e au CAEM.\u00a0Les dirigeants de celui-ci n\u2019avaient aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 favoriser un d\u00e9veloppement \u00e9conomique autonome du pays.<\/p>\n<p>Je pense que cette situation fut d\u00e9cisive pour la deuxi\u00e8me \u00e9tape dont nous parlons ici. Cela \u00e9tant, Cuba parvint \u00e0 atteindre, pour sa population, des niveaux de consommation beaucoup plus \u00e9lev\u00e9s que ceux de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente. Et comme le syst\u00e8me se caract\u00e9risait par une redistribution syst\u00e9matique de la richesse sociale, la diff\u00e9renciation en mati\u00e8re de consommation ne fut pas tr\u00e8s importante. Compar\u00e9es \u00e0 celles existant dans d\u2019autres pays, les dites \u201c diff\u00e9rences sociales \u201d au sein de la soci\u00e9t\u00e9 cubaine \u00e9taient minimes. Qui plus est, les attentes de la population \u00e9taient marqu\u00e9es par un renoncement prononc\u00e9 de la majorit\u00e9 aux comportements consum\u00e9ristes. L\u2019exemple, en simplifiant, pourrait \u00eatre oppos\u00e9 \u00e0 celui de la Pologne, o\u00f9 des probl\u00e8mes de consommation d\u00e9bouch\u00e8rent sur de v\u00e9ritables \u00e9meutes.<\/p>\n<p>Cuba est un pays tr\u00e8s occidental, au moins autant que la Pologne. C\u2019est pour cette raison que je la prends en exemple, plut\u00f4t que la Bulgarie, qui est une r\u00e9gion plus paysanne. A Cuba, la notion de consommation dans la vie quotidienne a pu \u00eatre relativis\u00e9e par une \u00e9ducation sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019accumulation culturelle de la R\u00e9volution. La population sentit qu\u2019elle jouissait d\u2019un certain bien-\u00eatre \u00e9conomique \u00e0 cette \u00e9poque, surtout dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 des ann\u00e9es 70 et jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 80.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, l\u2019universalisation de l\u2019\u00e9ducation commen\u00e7ait \u00e0 porter ses fruits. En une seule g\u00e9n\u00e9ration, le poids majoritaire de l\u2019enseignement primaire fut remplac\u00e9 par celui de l\u2019enseignement moyen, en nombre, ce qui permit \u00e0 la population d\u2019acqu\u00e9rir une formation de qualit\u00e9, radicalement nouvelle. Il est difficile de trouver un pays qui ait connu un tel changement des niveaux scolaires et techniques en l\u2019espace d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>On parvint \u00e9galement \u00e0 assurer une v\u00e9ritable couverture au niveau de la sant\u00e9, universelle et gratuite elle aussi. Le syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 sociale \u2013 d\u2019apr\u00e8s un sp\u00e9cialiste de l\u2019Universit\u00e9 de Harvard \u2013 \u00e9tait, de loin, le meilleur d\u2019Am\u00e9rique latine. Il avait d\u00e9pass\u00e9 le mod\u00e8le argentin (et sa couverture \u00e9galement universelle) depuis longtemps.<\/p>\n<p>Dans ce cadre de bien-\u00eatre, l\u2019Etat se bureaucratisa profond\u00e9ment, de m\u00eame que les moyens de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes qui le concernaient. L\u2019influence de cette bureaucratisation sur la politique en g\u00e9n\u00e9ral fut tr\u00e8s importante. Les structures de base du Parti restaient relativement en-dehors de cela, mais cela ne veut pas dire que le Parti n\u2019\u00e9tait pas affect\u00e9. Il l\u2019\u00e9tait, bien s\u00fbr. Si la bureaucratisation \u00e9tatique ne se mesure pas au nombre de ses bureaucrates, les chiffres \u00e9taient n\u00e9anmoins \u00e9loquents\u00a0: selon les donn\u00e9es de 1986, en 12 ans, le nombre total de fonctionnaires avait \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par 2,5 entre 1973 et 1985.<\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Les comportements bureaucratiques, la n\u00e9gation des opinions diff\u00e9rentes, la prise en compte d\u2019un seul point de vue, l\u2019\u00e9loignement par rapport au peuple, furent des maux tr\u00e8s r\u00e9pandus. L\u2019opinion sociale \u00e9tait contr\u00f4l\u00e9e de mani\u00e8re officielle. Les moyens de communication de masse perdirent la fonction qu\u2019ils \u00e9taient cens\u00e9s remplir. D\u2019outils de lutte populaire favorable \u00e0 la transition socialiste, ils se mu\u00e8rent compl\u00e8tement en un outil de propagande, ce qui n\u2019est pas du tout la m\u00eame chose. En g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019id\u00e9ologie est-europ\u00e9enne s\u2019imposa partout, au point que le discours officiel ne tarissait pas d\u2019\u00e9loges sur les suppos\u00e9s succ\u00e8s de l\u2019Union sovi\u00e9tique et de son syst\u00e8me, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 consid\u00e9rer comme id\u00e9ologiquement pr\u00e9judiciable toute critique \u00e0 son \u00e9gard.<\/p>\n<p>Toutes les institutions furent affect\u00e9es, les organisations sociales, les syndicats\u2026 qui perdirent toute possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u00e9mocratiques et repr\u00e9sentatifs. Je pense malgr\u00e9 cela qu\u2019\u00e0 la base, chacun parvint \u00e0 pr\u00e9server certaines caract\u00e9ristiques, les unes plus heureuses que d\u2019autres. Au niveau de la base, cela traduisait une \u00e9vidente vivacit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, le Pouvoir populaire municipal, qui existait depuis 1959, enregistra certains progr\u00e8s, surtout \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 70. Et \u00e0 partir de 1976, ce fut le cas au niveau national. Ce syst\u00e8me de Pouvoir populaire municipal, tr\u00e8s participatif, fut aussi une \u00e9cole de la d\u00e9mocratie, avec toutefois de nombreuses limites quant au pouvoir de gestion. Je fais la distinction entre ce Pouvoir et l\u2019Assembl\u00e9e nationale des d\u00e9put\u00e9s, tr\u00e8s en-dessous de ce niveau en mati\u00e8re de participation, et \u00e0 mon avis surtout repr\u00e9sentative en termes de prestige. De nombreux personnages prestigieux y si\u00e8gent, et le reste des gens vote pour eux. Il y a des commissions permanentes dans cette Assembl\u00e9e, qui jouent un r\u00f4le et exercent un certain contr\u00f4le, mais je me retrouve davantage dans le r\u00e9gime municipal, qui a obtenu de nombreux succ\u00e8s, y compris en termes de promotion pour des gens venus de la base.<\/p>\n<p>Ce cadre-l\u00e0 d\u00e9natura une partie notable du projet r\u00e9volutionnaire. Mais cela ne devint visible que dans les ann\u00e9es 85-86, avec l\u2019amorce du processus de rectification.<\/p>\n<p>C\u2019est depuis la plus haute direction du pays, depuis Fidel, qu\u2019est initi\u00e9e cette \u201c rectification \u201d \u2013 ce qui donne d\u2019ailleurs une id\u00e9e de la faiblesse du syst\u00e8me. Mais ce qui est certain, c\u2019est que Fidel lan\u00e7a une campagne politique et id\u00e9ologique destin\u00e9e \u00e0 combattre les graves d\u00e9formations qu\u2019avait subi le processus r\u00e9volutionnaire les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p>A partir de 1985, le processus r\u00e9volutionnaire cubain entra donc dans une nouvelle phase, qu\u2019\u00e0 mon avis personne n\u2019attendait \u2013 en tout cas dans ses dimensions essentielles. Le processus de rectification occupa la seconde moiti\u00e9 de la d\u00e9cennie, en enregistrant quelques succ\u00e8s significatifs et en ayant \u00e9galement quelques \u00e9checs \u00e0 d\u00e9plorer. Parmi les principaux points positifs, le rejet pr\u00e9coce de la ligne sovi\u00e9tique, toujours pr\u00e9sente alors que les critiques quant \u00e0 l\u2019ad\u00e9quation \u00e0 Cuba du mod\u00e8le russe fusaient de toutes parts. Cela eut une tr\u00e8s grande importance pour r\u00e9sister \u00e0 l\u2019impact interne qu\u2019aurait eu une Perestro\u00efka triomphante dans un pays \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie pro-sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, d\u2019importants succ\u00e8s sont not\u00e9s dans la participation populaire internationaliste et massive lors de la guerre en Angola, par exemple, ou la tout aussi importante participation populaire aux \u00e9v\u00e9nements du Nicaragua, dont la r\u00e9volution eut une signification exceptionnellement positive pour les Cubains.<\/p>\n<p>Ces ann\u00e9es-l\u00e0 virent aussi se r\u00e9affirmer le leadership de Fidel Castro, par un retour \u00e0 certains des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux du projet originel de la R\u00e9volution, mais les circonstances \u00e9taient clairement diff\u00e9rentes. N\u00e9anmoins, la majorit\u00e9 de la population r\u00e9agit avec un certain enthousiasme. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que se termina la guerre en Angola, ce qui fut \u00e9galement une satisfaction morale pour la plupart des gens. D\u2019autant que la victoire en Angola ne venait pas seule\u00a0: on se r\u00e9jouissait \u00e9galement de l\u2019accession de la Namibie \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et de la fin de l\u2019apartheid.<\/p>\n<p>Sur le plan interne, la rectification consistait en un mouvement politique qui aspirait \u00e0 r\u00e9aliser de profonds changements sans prendre des risques trop importants. La participation populaire fut requise, mais relativement en vain. Contr\u00f4l\u00e9e, elle engrangea quelques succ\u00e8s importants, mais les appareils institu\u00e9s, l\u2019existence de groupes de pression, de pouvoir, d\u2019id\u00e9ologies cristallis\u00e9es pes\u00e8rent de mani\u00e8re tr\u00e8s n\u00e9gative sur le processus. En d\u00e9finitive, la r\u00e9sistance aux tentatives de type sovi\u00e9tique, aux tentations de Perestro\u00efka, porta ses fruits. Mais d\u2019autres facteurs provoqu\u00e8rent finalement un r\u00e9sultat n\u00e9gatif\u00a0: l\u2019\u00e9conomie cubaine devait changer d\u2019orientation \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance, et elle le fit, extr\u00eamement vite. En six ans, les relations avec l\u2019URSS et le CAEM cess\u00e8rent compl\u00e8tement. Et les relations \u00e9conomiques internationales de Cuba, pour l\u2019essentiel, s\u2019\u00e9croul\u00e8rent apr\u00e8s une crise de seulement 18 mois, au d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Cet effondrement fut in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>Mais l\u2019ordre \u00e9conomique et politique parvint \u00e0 se maintenir, bien que le prestige du socialisme, aux yeux de la majorit\u00e9 des gens, en ait pris un coup. On leur avait dit que le socialisme sovi\u00e9tique repr\u00e9sentait le socialisme par excellence\u2026 Pourtant, en m\u00eame temps, on assista \u00e0 un fait social fondamental\u00a0: la majorit\u00e9 de la population cubaine s\u2019accrocha au mode de vie qui avait \u00e9t\u00e9 le sien pendant 30 ans et au r\u00e9gime politique qui la repr\u00e9sentait.<\/p>\n<p>Ces deux ann\u00e9es qui vont de la chute du Mur de Berlin \u00e0 la chute de l\u2019Union sovi\u00e9tique signifi\u00e8rent pour Cuba le d\u00e9but de la crise \u00e9conomique, avec la baisse de la production nationale et des \u00e9changes internationaux. On toucha le fond en 1993-1994, avec une v\u00e9ritable dislocation des conditions de reproduction \u00e9conomique et une terrible chute du niveau de vie pour le plus grand nombre, qui r\u00e9sista de mani\u00e8re exemplaire. C\u2019est \u00e0 mon sens l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus marquant de ces ann\u00e9es de la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 90, et il n\u2019est pas politique, il est social\u00a0: avec une coh\u00e9sion extr\u00eame, la population r\u00e9sista \u00e0 l\u2019\u00e9rosion \u00e9conomique, \u00e0 l\u2019\u00e9rosion du prestige du socialisme et du r\u00e9gime cubain lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Le dit marxisme-l\u00e9ninisme, qui fut abandonn\u00e9 avec fracas, r\u00e9v\u00e9lait qu\u2019il avait lui-m\u00eame abandonn\u00e9 des positions de Marx, Engels et L\u00e9nine au nom d\u2019un processus que nous n\u2019avons pas le temps d\u2019aborder ici (voir plus loin\u00a0: La Gauche et le Marxisme \u00e0 Cuba). R\u00e9sultat\u00a0: cette th\u00e9orie se discr\u00e9dita apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9e avec application \u00e0 des centaines de milliers de personnes pendant plus de 15 ans.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps demeurait une conviction politique\u00a0: on ne pouvait revenir \u00e0 la situation ant\u00e9rieure\u00a0; pour tout le monde, cela aurait repr\u00e9sent\u00e9 une insupportable chute du mode de vie mat\u00e9rielle et spirituelle. Nous en serions sortis perdants\u00a0: il n\u2019y avait plus de place pour nous dans une \u00e9conomie mondiale aussi ouvertement domin\u00e9e par le capitalisme. Ce que nous appelions jadis la justice sociale, puis socialisme, qui est devenu un mode de vie au cours des ann\u00e9es 70 et 80, avait gagn\u00e9 sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans la R\u00e9volution, et pas ailleurs. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un mouvement social-d\u00e9mocrate, ou d\u2019un r\u00e9gime d\u00e9mocratique bourgeois.<\/p>\n<p>Il faut \u00e9galement souligner un troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment\u00a0: si les Etats-Unis avaient l\u2019occasion d\u2019\u00e9craser d\u00e9finitivement le mode de vie des Cubains et l\u2019ind\u00e9pendance nationale, ils le feraient. En tant que r\u00e9gime politique imp\u00e9rialiste, ils br\u00fblent de se venger, d\u2019effacer l\u2019exemple latino-am\u00e9ricain, l\u2019exemple tiers-mondiste affich\u00e9 \u00e0 ses propres portes, un exemple par essence anti-imp\u00e9rialiste.<\/p>\n<p>Je crois que c\u2019est de ces convictions que se sont nourries la coh\u00e9sion sociale, la discipline, l\u2019\u00e9bauche d\u2019un processus qui connut les tourments de 1989, son lot de critiques et d\u2019autocritiques. Tout cela culmina avec la diffusion du document le plus autocritique r\u00e9alis\u00e9 par la direction du Parti cubain\u00a0: l\u2019appel au IV<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup> Congr\u00e8s de mars 1990, qui passa en revue les faiblesses, les erreurs et les insuffisances du pays en appelant tous les Cubains \u00e0 en d\u00e9battre. Document qui sugg\u00e9rait \u00e9galement que les discussions ne se cantonnent pas au sein du Parti, que les militants disposent d\u2019une enti\u00e8re libert\u00e9 de parole et que tout le monde participe au dialogue dans des assembl\u00e9es r\u00e9unies \u00e0 travers tout le pays, afin que les critiques et les erreurs soient recens\u00e9es et act\u00e9es.<\/p>\n<p>Un million de critiques furent recueillies par 70.000 assembl\u00e9es. Un processus politique d\u00e9mocratique extraordinaire se produisait ainsi en 1990, apr\u00e8s la chute du Mur de Berlin et au moment ou toute l\u2019Europe orientale se disloquait.<\/p>\n<p>Ce processus politique donna un peu d\u2019air \u00e0 Cuba, bien qu\u2019il n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9 plus loin. Le IV<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup>Congr\u00e8s prit du retard, mais se tint finalement \u00e0 Santiago de Cuba en ao\u00fbt 1991. Bien qu\u2019il donn\u00e2t lieu \u00e0 des d\u00e9bats id\u00e9ologiques tr\u00e8s int\u00e9ressants, on se concentra surtout sur le type de mesures \u00e0 prendre pour renforcer la direction du pays. Des mesures de \u201ctemps de guerre\u201d, comme le dit Eduardo Galeano\u00a0: \u201c<i>Ils obligent le r\u00e9gime cubain \u00e0 se durcir\u00a0; esp\u00e9rons que cela n\u2019ait pas de cons\u00e9quences n\u00e9gatives<\/i>\u201d. Ce qui est certain, c\u2019est que l\u2019on entrait dans une p\u00e9riode o\u00f9, malgr\u00e9 la d\u00e9cision d\u2019\u00e9lire les d\u00e9put\u00e9s au suffrage direct, malgr\u00e9 le fait que le Pouvoir populaire municipal conservait ses pr\u00e9rogatives, la politique devenait un territoire sans vagues, sans \u00e9motions particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>Pourtant la soci\u00e9t\u00e9 cubaine, elle, a connu des turbulences extraordinaires au cours de chaque ann\u00e9e de la d\u00e9cennie 90. Il faut souligner la capacit\u00e9 de la population d\u2019assumer cette situation et de s\u2019y impliquer parce que Cuba est parvenu \u00e0 sortir, petit \u00e0 petit, d\u2019une crise \u00e9conomique extr\u00eamement aigu\u00eb, et par des chemins tr\u00e8s divers.<\/p>\n<p>Dans les r\u00e9gions, les localit\u00e9s, partout, le pays se recroquevillait sur lui-m\u00eame, sans ressources, sans capacit\u00e9s de d\u00e9cision de la part des minist\u00e8res centraux et de ses d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s dans de nombreux endroits de l\u2019\u00eele. Ce furent les groupes r\u00e9gionaux et locaux qui assur\u00e8rent la distribution des efforts n\u00e9cessaires \u00e0 la survie des gens. Certains obtinrent de tr\u00e8s bons r\u00e9sultats\u00a0; dans plusieurs villes et r\u00e9gions du pays, on vivait mieux qu\u2019\u00e0 La Havane, mat\u00e9riellement parlant. Ce qui provoquait des sortes de petites fractures, mais en apparence seulement, dans la mesure o\u00f9 Cuba, culturellement, est un pays tr\u00e8s uni. Sur le terrain politique et id\u00e9ologique, cela continuait \u00e0 fonctionner de la m\u00eame mani\u00e8re. Au niveau socio-\u00e9conomique, ces activit\u00e9s repr\u00e9sentaient un facteur tr\u00e8s positif, contribuant \u00e0 r\u00e9duire le mal-\u00eatre de la population.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, les plus grandes villes, Santiago, La Havane, ont ressenti tr\u00e8s fort la perte de leurs modes de consommation habituels. A La Havane, sur le devant de la sc\u00e8ne \u00e0 ce propos, comme toute capitale, on a davantage per\u00e7u l\u2019apparition des nouveaux facteurs internationaux d\u00e9terminant la vie du pays. Le tourisme eut \u00e0 cet \u00e9gard une terrible valeur de d\u00e9monstration\u00a0: il donnait \u00e0 conna\u00eetre le monde de la pire mani\u00e8re qui soit. On d\u00e9couvrait des gens issus de la classe moyenne ou moyenne inf\u00e9rieure, venus du premier monde d\u00e9penser leurs \u00e9conomies dans un pays qui devait leur para\u00eetre plus ou moins bon march\u00e9, mais \u00e9talant un mode de vie comme si c\u2019\u00e9tait le leur toute l\u2019ann\u00e9e. Ce qui est \u00e9videmment une fantaisie, et de mauvais go\u00fbt.<\/p>\n<p>Le pays vit alors r\u00e9appara\u00eetre la prostitution, qui semblait appartenir \u00e0 une p\u00e9riode lointaine et r\u00e9volue de l\u2019Histoire\u00a0; d\u2019autre part, le fait d\u2019avoir de la famille aux Etats-Unis, jusqu\u2019alors fort peu consid\u00e9r\u00e9 comme un titre de gloire, devint un facteur d\u00e9terminant dans la modification des revenus d\u2019une partie de la population\u00a0: les remesas envoy\u00e9es par les \u00e9migr\u00e9s \u00e0 leur famille repr\u00e9sentent en effet une des rentr\u00e9es de devises dans le pays les plus importantes. Ce qui signifie que des personnes qui ne se caract\u00e9risent pas forc\u00e9ment par la complexit\u00e9 de leur travail ou par leur qualification peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un niveau de vie bien sup\u00e9rieur \u00e0 celui des autres.<\/p>\n<p>Ce qui se produisit \u00e9galement, de mani\u00e8re moins innocente, ce sont des profits \u00e9normes en pesos ou en dollars engrang\u00e9s par des gens via le march\u00e9 noir. Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de noter comment une immense partie de ces gains en pesos a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e en banque. Ce qui revient \u00e0 dire\u00a0: \u201c Je fais du march\u00e9 noir, mais j\u2019ai une tr\u00e8s grande confiance dans les banques de l\u2019Etat \u201d.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat\u00a0: une diff\u00e9renciation sociale tr\u00e8s nette est en train de se creuser dans le pays. Sans doute ne serait-elle que minime vue par d\u2019autres pays d\u2019Am\u00e9rique latine ou du monde. Pour Cuba, elle est extraordinairement significative, dans la mesure o\u00f9 la r\u00e9partition per capita des revenus \u00e9tait \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de celle du reste de l\u2019Am\u00e9rique latine. Cela \u00e9tant, on n\u2019en est pas encore \u00e0 constater des diff\u00e9rences de classe sociales. D\u2019autres facteurs, d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments seraient n\u00e9cessaires. Ceux qui disposent d\u2019une situation mat\u00e9rielle plus confortable n\u2019ont aucune l\u00e9gitimit\u00e9 qui y soit associ\u00e9e au niveau social. La propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e n\u2019a pas retrouv\u00e9 le prestige qui \u00e9tait le sien avant 1959\u2026 \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019argent. L\u2019argent a gagn\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment de terrain quant \u00e0 ses capacit\u00e9s de s\u00e9duction sur les gens au cours des ann\u00e9es 90.<\/p>\n<p>Et donc, une soci\u00e9t\u00e9 qui continue \u00e0 se r\u00e9clamer id\u00e9ologiquement du socialisme accepte les rapports mercantiles dans la vie quotidienne. Une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019accorde pas de valeur \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e comprend que l\u2019existence d\u2019une \u00e9conomie que nous appelons mixte \u00e0 Cuba est in\u00e9vitable \u2013 parce qu\u2019elle l\u2019est, indubitablement \u2013 (alors qu\u2019elle n\u2019apparaissait jusqu\u2019ici que de mani\u00e8re allusive dans le vocabulaire des gens \u2013 on parlait des \u201c firmes \u201d, des entreprises mixtes, des \u201c g\u00e9rants \u201d, etc.). Cuba se r\u00e9ins\u00e8re dans une \u00e9conomie mondiale domin\u00e9e par le capitalisme, avec un r\u00e9gime n\u00e9 et l\u00e9gitim\u00e9 dans l\u2019anticapitalisme. Un r\u00e9gime qui d\u00e9fend une politique sociale socialiste, qui d\u00e9fend le mode de vie ant\u00e9rieur, qui accompagne en m\u00eame temps la transition vers les nouvelles formes de relations sociales, et qui ne maintient pas seulement l\u2019ordre (au sens le plus plat du terme, qui dans de nombreux pays signifie bien souvent uniquement r\u00e9pression), mais \u00e9galement la paix sociale. Ce dans le sens o\u00f9 la r\u00e9pression n\u2019est pas un \u00e9l\u00e9ment important de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019esp\u00e9rance manifest\u00e9e par beaucoup.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: Quand tu fais r\u00e9f\u00e9rence au rejet de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e par une grande partie des Cubains , je me demande s\u2019il ne faudrait pas compl\u00e9ter l\u2019id\u00e9e en ajoutant que si l\u2019on ouvre d\u00e9finitivement la porte \u00e0 la moyenne ou \u00e0 la grande propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, on risque simultan\u00e9ment de l\u2019ouvrir \u00e0 une relation sociale capitaliste. Je m\u2019explique\u00a0: avec un million de pesos d\u00e9pos\u00e9s sur un compte d\u2019\u00e9pargne, il devient possible \u2013 de mani\u00e8re l\u00e9gale, si la loi change, ou ill\u00e9gale, si la loi n\u2019est pas modifi\u00e9e \u2013 d\u2019employer la force de travail d\u2019autrui et donc de transformer cet argent en capital. On arrive ainsi \u00e0 une relation sociale qui permet au propri\u00e9taire de cette somme d\u2019employer la force de travail de ses compatriotes en les exploitant et d\u2019accumuler gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019extraction de <a class=\"cs_glossaire\" href=\"http:\/\/www.cadtm.org\/Plus-value\" name=\"mot1018_3\"><span class=\"gl_mot\">plus-value<\/span><\/a>. Ce serait un retour \u00e0 une relation capitaliste entre les personnes. Crois-tu que ce danger existe\u00a0? Et, dans un second temps, y a-t-il un rejet de cette forme de travail salari\u00e9 (qui existe d\u00e9j\u00e0 marginalement) de la part des Cubains\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Je suis absolument d\u2019accord avec ce que tu viens de dire, et je pense qu\u2019effectivement il n\u2019y a pas de place \u00e0 Cuba pour cela, pour cette relation sociale fondamentale du capitalisme. En tout cas, elle n\u2019est pas possible l\u00e9galement pour les gens qui disposent de telles sommes d\u2019argent. C\u2019est pour cela que je parlais pr\u00e9c\u00e9demment de cette diff\u00e9renciation par le revenu, qui a induit chez certains, de par leurs gains substantiels, une distinction sociale importante, bien que leur niveau social ne se soit pas \u00e9lev\u00e9 en cons\u00e9quence. Ce sont, disons, les \u201c aventuriers \u201d. Et puis il y a ceux qui peuvent compter sur des revenus encore plus importants et qui, eux, occupent une position sociale relativement \u00e9lev\u00e9e.<br \/>\n<strong><br \/>\nET\u00a0: J\u2019imagine qu\u2019il y a \u00e9galement des gens qui en embauchent d\u2019autres, mais que c\u2019est toujours ill\u00e9gal\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong>FMH\u00a0:<\/strong> Oui, et puis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a, il y a des dizaines, des centaines de milliers de personnes dont le niveau \u00e9conomique a baiss\u00e9, mais pas le niveau social. Les m\u00e9decins, par exemple, les instituteurs, beaucoup de techniciens\u2026 Leur prestige reste entier. 60.000 m\u00e9decins, 40.000 ing\u00e9nieurs, 300.000 instituteurs et professeurs dans un aussi petit pays, ainsi que d\u2019innombrables travailleurs de secteurs qui ne b\u00e9n\u00e9ficient pas d\u2019autres formes de r\u00e9mun\u00e9rations. C\u2019est donc, je le r\u00e9p\u00e8te, une situation dans laquelle ceux qui ont une position plus confortable n\u2019en sont pas pour autant l\u00e9gitim\u00e9s.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, l\u2019id\u00e9e d\u2019une relation sociale de production qui permette que des citoyens cubains proc\u00e8dent \u00e0 l\u2019embauche de personnes \u00e0 titre priv\u00e9, est toujours inconcevable. Je pense que cela souligne encore la force \u2013 qu\u2019il est indispensable de pr\u00e9server \u2013 des valeurs de la soci\u00e9t\u00e9 anticapitaliste.<\/p>\n<p>En guise de conclusion, nous sommes face \u00e0 une situation \u00e9minemment compliqu\u00e9e. Je ne suis pas capable de \u201c proph\u00e9tiser \u201d quoi que ce soit, mais je suis persuad\u00e9 que le tr\u00e8s haut niveau culturel de la population, sa culture politique, et pas seulement g\u00e9n\u00e9rale, est un facteur extr\u00eamement positif. Par ailleurs, je constate une \u00e9volution qui va dans un sens r\u00e9gressif. Les relations marchandes et les relations particuli\u00e8rement n\u00e9gatives qu\u2019elles induisent dans une grande partie de la population, repr\u00e9sentent des facteurs oppos\u00e9s \u00e0 la permanence du socialisme, de la transition socialiste \u00e0 Cuba.<\/p>\n<p>Ceci dit, je ne crois pas que tout soit perdu, pas plus que je ne crois que la crise touche \u00e0 sa fin et que tout va redevenir comme avant, pas plus enfin que je ne crois qu\u2019il faut renforcer l\u2019Etat pour renforcer le socialisme.<\/p>\n<h3 class=\"spip\">L\u2019\u00e9volution mondiale et son impact \u00e0 Cuba<\/h3>\n<p>Ernest Mandel disait, au milieu des ann\u00e9es 70\u00a0: \u201c<i>Le capitalisme traverse une crise profonde et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/i>\u201d. Le capitalisme se d\u00e9veloppe dans un processus de centralisations successives qui peuvent \u00eatre qualitativement sup\u00e9rieures \u00e0 celles qu\u2019il a connues par le pass\u00e9. Un processus que je pr\u00e9f\u00e8re aujourd\u2019hui qualifier de pr\u00e9dominance de la transnationalisation marqu\u00e9e par le r\u00f4le parasitaire de la finance dans l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie, de la vie et de la soci\u00e9t\u00e9. Avec \u00e9galement une r\u00e9alit\u00e9 qui est apparue peu \u00e0 peu, au cours de grandes luttes populaires \u2013 endeuill\u00e9es de crimes ignobles perp\u00e9tr\u00e9s par les forces capitalistes\u00a0: celle des progr\u00e8s accomplis au sortir de la seconde guerre mondiale et \u00e0 travers les r\u00e9volutions du tiers monde (toutes les r\u00e9volutions intervenues apr\u00e8s cette guerre se produisirent en effet dans le tiers monde).<\/p>\n<p>Ce qu\u2019ils nomment d\u00e9mocratie, qui est une conqu\u00eate du peuple et que l\u2019on tente de neutraliser, est aujourd\u2019hui un \u00e9l\u00e9ment extr\u00eamement important \u00e0 travers le monde. Mais en m\u00eame temps, le totalitarisme qui s\u2019exerce sur les moyens d\u2019information, sur le contenu de l\u2019information, sur la formation de l\u2019opinion publique et d\u2019une partie de ses sentiments, est un des traits fondamentaux du syst\u00e8me. Transnationalisation et argent parasitaire en \u00e9conomie, d\u00e9mocratie en politique, et totalitarisme au niveau id\u00e9ologique \u2013 tout ceci exprim\u00e9 grosso modo. Cuba, cela va de soi, n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 l\u2019influence de ces caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p>Le processus d\u2019universalisation du capitalisme, auquel Cuba, au cours des 200 derni\u00e8res ann\u00e9es, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tranger \u2013 c\u2019est aussi pour cela que j\u2019ai commenc\u00e9 par l\u00e0\u00a0-, frappe aujourd\u2019hui violemment \u00e0 la porte\u00a0: des entreprises mixtes aux feuilletons t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, en passant par les formidables contradictions qui secouent les valeurs de la population. Une population profond\u00e9ment attach\u00e9e aux valeurs incarn\u00e9es par Che Guevara et en m\u00eame temps d\u00e9chir\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9nicher 2 dollars 40 pour acheter de l\u2019huile de cuisine.<\/p>\n<p>Telle est la situation de Cuba aujourd\u2019hui. Je ne crois pas que nous soyons les meilleurs, l\u2019exemple \u00e0 suivre par les r\u00e9volutionnaires du monde entier, mais nous repr\u00e9sentons une exp\u00e9rience extraordinaire de lutte contre le capitalisme au long de la seconde moiti\u00e9 du XX<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup> si\u00e8cle. Il me semble que Cuba a encore beaucoup \u00e0 donner \u00e0 tous ceux qui se situent du c\u00f4t\u00e9 de la lutte anticapitaliste, qu\u2019ils aient ou non de la sympathie \u2013 accompagn\u00e9e de critiques \u2013 pour le r\u00e9gime politique cubain. C\u2019est en ce sens que l\u2019exp\u00e9rience cubaine m\u00e9rite qu\u2019on la connaisse \u00e0 fond. C\u2019est en ce sens que son histoire, son processus ne peuvent continuer \u00e0 \u00eatre ignor\u00e9s, et que, naturellement, son cours actuel et son avenir ont de l\u2019importance. Ce qui est en jeu, c\u2019est la question de savoir si Cuba va retourner au capitalisme ou parvenir \u00e0 maintenir un r\u00e9gime de transition socialiste.<\/p>\n<p>A mon avis, le second cas de figure sera possible, \u00e0 condition que s\u2019affermissent les traits anticapitalistes et socialistes au sein du syst\u00e8me. Et cela ne d\u00e9pendra pas d\u2019une \u00e9ventuelle embellie ou d\u2019une crise \u00e9conomique. Il se peut qu\u2019une embellie \u00e9conomique se produise, en m\u00eame temps que sombre la transition socialiste. Il se peut que l\u2019\u00e9conomie parvienne, malgr\u00e9 d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s, \u00e0 rester au service des gens. Et aujourd\u2019hui, la victoire \u00e9conomique de Cuba, c\u2019est \u00e7a. Quand on dit\u00a0: \u201c<i>Les Cubains ont obtenu de grandes victoires en mati\u00e8re de sant\u00e9 et d\u2019\u00e9ducation, mais \u00e9conomiquement, ce fut un d\u00e9sastre<\/i>\u201d, c\u2019est un mensonge grossier.<\/p>\n<p>Le plus grand succ\u00e8s de Cuba en mati\u00e8re \u00e9conomique fut de mettre l\u2019\u00e9conomie au service des gens. Si l\u2019on continue dans cette voie-l\u00e0, alors on pourra continuer \u00e0 parler de transition au socialisme, grands succ\u00e8s ou pas. Bien que je sois parfaitement convaincu que l\u2019on ne peut subsister en \u00e9tat de faillite, qu\u2019il y a des limites \u00e0 ne pas d\u00e9passer. Mais d\u2019autre part, je pense que la participation populaire dans la conduite des affaires est indispensable, dans la conduite des relations politiques, de la reproduction des id\u00e9es. C\u2019est la lutte que nous devons poursuivre, nous Cubains, et qui occupera notre futur.<\/p>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<p>Retranscription\u00a0: <i>Ana Maria Hernandez (Mexico D.F.)<\/i><\/p>\n<p>Traduction fran\u00e7aise\u00a0: <i>Yannick Bovy.<\/i><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;<\/p>\n<p><strong>Annexe<\/strong><\/p>\n<p><strong>Citations de Fidel Castro sur la crise des ORI<\/strong><\/p>\n<p>\u201c<i>Etions-nous r\u00e9ellement en train de construire un v\u00e9ritable parti marxiste\u00a0? (\u2026) Nous n\u2019int\u00e9grions pas les forces r\u00e9volutionnaires. Nous n\u2019organisions pas un parti. Nous organisions, nous inventions, nous fabriquions une camisole de force, un joug, camarades. Nous ne construisions pas une association libre de r\u00e9volutionnaires, mais une arm\u00e9e de r\u00e9volutionnaires domestiqu\u00e9s et dress\u00e9s (\u2026)<\/i><\/p>\n<p><i><\/i><i>Le camarade qui re\u00e7ut la confiance \u2013 nul ne sait s\u2019il la re\u00e7ut ou se l\u2019attribua\u00a0-, pourquoi fut-il d\u00e9sign\u00e9\u00a0? Ou alors, pourquoi s\u2019imposa-t-il spontan\u00e9ment sur ce front, recevant la charge d\u2019organiser les ORI en tant que secr\u00e9taire de l\u2019organisation\u00a0? (\u2026) Anibal Escalante tomba h\u00e9las, camarades, dans les erreurs que nous soulignons ici (\u2026) Nous consid\u00e9rons qu\u2019Anibal Escalante n\u2019a pas agi de mani\u00e8re maladroite ou inconsciente, mais de mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et consciente (\u2026) Et de quelle nature \u00e9tait le noyau\u00a0? Etait-ce un noyau r\u00e9volutionnaire\u00a0? Il s\u2019agissait bien davantage d\u2019un quarteron de r\u00e9volutionnaires, pourvoyeurs de privil\u00e8ges, qui nommait et r\u00e9voquait les fonctionnaires, les administrateurs, et par cons\u00e9quent ne pouvait \u00eatre aur\u00e9ol\u00e9 du prestige qui doit accompagner un noyau r\u00e9volutionnaire et \u00e9maner exclusivement de son autorit\u00e9 devant les masses, de la qualit\u00e9 irr\u00e9prochable de ses membres en tant que travailleurs et r\u00e9volutionnaires exemplaires. Il n\u2019\u00e9tait qu\u2019un c\u00e9nacle o\u00f9 pouvaient se qu\u00e9mander faveurs, biens et privil\u00e8ges. Et autour de ce c\u00e9nacle, bien entendu, \u00e9taient r\u00e9unies les conditions favorables \u00e0 la formation d\u2019une cohorte d\u2019adorateurs n\u2019ayant rien \u00e0 voir avec le marxisme ou le socialisme (\u2026) Cette hyst\u00e9rie du commandement, cette \u201cgouvernomanie\u201d s\u2019empara de notre camarade (\u2026) Comment furent \u00e9labor\u00e9s ces c\u00e9nacles\u00a0? Je vais vous le dire\u00a0: dans toutes les provinces, c\u2019est le secr\u00e9taire du PSP qui devint secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des ORI. Dans chaque c\u00e9nacle, c\u2019\u00e9tait un membre du PSP qui devenait secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de c\u00e9nacle\u2026<\/i>\u201d<\/p>\n<p>Extraits de la \u201cVersion int\u00e9grale du discours de Fidel Castro, le 26 mars 1962\u201d, in <i>\u0152uvre r\u00e9volutionnaire<\/i>, n\u00b0\u00a010, La Havane, 1962.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2013<\/p>\n<p><strong>Fidel Castro en 1962 sur le Parti, l\u2019Etat\u2026<\/strong><\/p>\n<p>\u201c<i>Quelle est la fonction du Parti\u00a0? Orienter. Le Parti oriente \u00e0 tous les niveaux, mais ne gouverne pas \u00e0 tous les niveaux. Il cr\u00e9e la conscience r\u00e9volutionnaire des masses, les \u00e9duque, les entra\u00eene, leur inculque les notions de socialisme, de communisme, les exhorte au travail, \u00e0 l\u2019effort, \u00e0 d\u00e9fendre la R\u00e9volution. Il diffuse les id\u00e9aux de la R\u00e9volution, supervise, contr\u00f4le, veille, informe, discute ce qu\u2019il a \u00e0 discuter, mais n\u2019a pas le pouvoir de nommer ou r\u00e9voquer les administrateurs ou les fonctionnaires (\u2026) Il est bon de se rappeler certaines r\u00e9alit\u00e9s, par exemple le fait que nous avons men\u00e9 une guerre, l\u2019avons dirig\u00e9e, l\u2019avons gagn\u00e9e, mais que sur les \u00e9paules d\u2019aucun d\u2019entre nous ne brillent des \u00e9toiles de g\u00e9n\u00e9ral, ni sur nos poitrines ne tintent les moindres d\u00e9corations. En tant que gouvernants, la premi\u00e8re loi que nous avons propos\u00e9e fut celle qui interdisait que l\u2019on \u00e9l\u00e8ve des statues. A cette \u00e9poque, on ne d\u00e9battait pas tant de mesquines questions sur le culte de la personnalit\u00e9. Par conviction profonde, nous avions propos\u00e9 d\u2019\u00e9tablir l\u2019interdiction l\u00e9gale d\u2019\u00e9lever des statues \u00e0 des personnes vivantes, que l\u2019on donne leur nom \u00e0 des rues, des villes ou des \u0153uvres. Plus encore, nous avions propos\u00e9 que la loi interdise que nos portraits se retrouvent dans les lieux officiels. Par d\u00e9magogie\u00a0? Non. Nous avons agi ainsi par profonde conviction r\u00e9volutionnaire.<\/i>\u201d<\/p>\n<p>Extraits de la \u201cVersion int\u00e9grale du discours de Fidel Castro, le 26 mars 1962\u201d, in <i>\u0152uvre r\u00e9volutionnaire<\/i>, n\u00b0\u00a010, La Havane, 1962.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Eric Toussaint , Fernando Martinez Heredia pour CADTM Republication d&rsquo;une interview de Fernando Martinez Heredia r\u00e9alis\u00e9e par Eric Toussaint \u00e0 Santiago de Cuba en juillet 1998. Cette interview est parue dans Le pas suspendu de la r\u00e9volution. Approche critique&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":932,"featured_media":402955,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[88,40,156,93],"tags":[271,4448,2728,25332],"class_list":["post-402951","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-amerique-centrale","category-international-fr","category-interview-fr","category-politique","tag-cuba","tag-fidel-castro","tag-histoire","tag-revolution-cubaine"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.1.1 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Par Eric Toussaint , Fernando Martinez Heredia pour CADTM Republication d&#039;une interview de Fernando Martinez Heredia r\u00e9alis\u00e9e par Eric Toussaint \u00e0\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Par Eric Toussaint , Fernando Martinez Heredia pour CADTM Republication d&#039;une interview de Fernando Martinez Heredia r\u00e9alis\u00e9e par Eric Toussaint \u00e0\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Pressenza\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/PressenzaItalia\" \/>\n<meta property=\"article:author\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/CADTMNETWORK\/\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2016-11-29T04:43:47+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"750\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"441\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Eric Toussaint\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:creator\" content=\"@CADTM_int\" \/>\n<meta name=\"twitter:site\" content=\"@PressenzaIPA\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Eric Toussaint\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"87 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/\"},\"author\":{\"name\":\"Eric Toussaint\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/person\/6a3239957b642a71ddb8b074deedab2c\"},\"headline\":\"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine\",\"datePublished\":\"2016-11-29T04:43:47+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/\"},\"wordCount\":17410,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg\",\"keywords\":[\"Cuba\",\"Fidel Castro\",\"histoire\",\"R\u00e9volution Cubaine\"],\"articleSection\":[\"Am\u00e9rique centrale\",\"International\",\"Interviews\",\"Politique\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/\",\"name\":\"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg\",\"datePublished\":\"2016-11-29T04:43:47+00:00\",\"description\":\"Par Eric Toussaint , Fernando Martinez Heredia pour CADTM Republication d'une interview de Fernando Martinez Heredia r\u00e9alis\u00e9e par Eric Toussaint \u00e0\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg\",\"width\":750,\"height\":441},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/\",\"name\":\"Pressenza\",\"description\":\"International Press Agency\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization\",\"name\":\"Pressenza\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/pressenza_logo_200x200.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/pressenza_logo_200x200.jpg\",\"width\":200,\"height\":200,\"caption\":\"Pressenza\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/\"},\"sameAs\":[\"https:\/\/www.facebook.com\/PressenzaItalia\",\"https:\/\/x.com\/PressenzaIPA\"]},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/person\/6a3239957b642a71ddb8b074deedab2c\",\"name\":\"Eric Toussaint\",\"description\":\"Eric Toussaint, senior lecturer in the Universit\u00e9 de Li\u00e8ge, is chairman of CATDM Belgium (Comitee for the cancellation of third world debt) and member of the scientific council of ATTAC France. He wrote, with Damien Millet, of AAA, Audit Annulation Autre politique (Audit, cancellation, other politics), Seuil, Paris, 2012.\",\"sameAs\":[\"http:\/\/cadtm.org\",\"https:\/\/www.facebook.com\/CADTMNETWORK\/\",\"https:\/\/x.com\/CADTM_int\"],\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/author\/erictoussaint\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine","description":"Par Eric Toussaint , Fernando Martinez Heredia pour CADTM Republication d'une interview de Fernando Martinez Heredia r\u00e9alis\u00e9e par Eric Toussaint \u00e0","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine","og_description":"Par Eric Toussaint , Fernando Martinez Heredia pour CADTM Republication d'une interview de Fernando Martinez Heredia r\u00e9alis\u00e9e par Eric Toussaint \u00e0","og_url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/","og_site_name":"Pressenza","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/PressenzaItalia","article_author":"https:\/\/www.facebook.com\/CADTMNETWORK\/","article_published_time":"2016-11-29T04:43:47+00:00","og_image":[{"width":750,"height":441,"url":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Eric Toussaint","twitter_card":"summary_large_image","twitter_creator":"@CADTM_int","twitter_site":"@PressenzaIPA","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Eric Toussaint","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"87 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/"},"author":{"name":"Eric Toussaint","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/person\/6a3239957b642a71ddb8b074deedab2c"},"headline":"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine","datePublished":"2016-11-29T04:43:47+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/"},"wordCount":17410,"publisher":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization"},"image":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg","keywords":["Cuba","Fidel Castro","histoire","R\u00e9volution Cubaine"],"articleSection":["Am\u00e9rique centrale","International","Interviews","Politique"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/","name":"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg","datePublished":"2016-11-29T04:43:47+00:00","description":"Par Eric Toussaint , Fernando Martinez Heredia pour CADTM Republication d'une interview de Fernando Martinez Heredia r\u00e9alis\u00e9e par Eric Toussaint \u00e0","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg","contentUrl":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Du-19e-au-21e-si--cle-_-une-mise-en-perspective-historique-de-la-R--volution-cubaine.jpg","width":750,"height":441},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2016\/11\/du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en-perspective-historique-de-la-revolution-cubaine\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Du 19e au 21e si\u00e8cle : une mise en perspective historique de la R\u00e9volution cubaine"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#website","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/","name":"Pressenza","description":"International Press Agency","publisher":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization","name":"Pressenza","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/pressenza_logo_200x200.jpg","contentUrl":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/pressenza_logo_200x200.jpg","width":200,"height":200,"caption":"Pressenza"},"image":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/PressenzaItalia","https:\/\/x.com\/PressenzaIPA"]},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/person\/6a3239957b642a71ddb8b074deedab2c","name":"Eric Toussaint","description":"Eric Toussaint, senior lecturer in the Universit\u00e9 de Li\u00e8ge, is chairman of CATDM Belgium (Comitee for the cancellation of third world debt) and member of the scientific council of ATTAC France. He wrote, with Damien Millet, of AAA, Audit Annulation Autre politique (Audit, cancellation, other politics), Seuil, Paris, 2012.","sameAs":["http:\/\/cadtm.org","https:\/\/www.facebook.com\/CADTMNETWORK\/","https:\/\/x.com\/CADTM_int"],"url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/author\/erictoussaint\/"}]}},"place":"","original_article_url":"http:\/\/www.cadtm.org\/Du-19e-au-21e-siecle-une-mise-en?#","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/402951","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/932"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=402951"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/402951\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/402955"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=402951"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=402951"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=402951"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}