{"id":2634512,"date":"2025-09-11T00:10:47","date_gmt":"2025-09-10T23:10:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pressenza.com\/?p=2634512"},"modified":"2025-09-19T21:39:58","modified_gmt":"2025-09-19T20:39:58","slug":"lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/","title":{"rendered":"L&rsquo;or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Ils nous ont dit qu&rsquo;ils venaient avec la croix, mais ils \u00e9taient venus pour l&rsquo;or. Et ils ne sont jamais repartis.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>LE PRIX D&rsquo;UN CONTINENT<\/strong><\/p>\n<p><strong>Combien d&rsquo;or nous ont-ils vol\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;or fut le pr\u00e9texte, le moteur et le butin. Pendant plus de trois si\u00e8cles, l&rsquo;Am\u00e9rique latine fut saign\u00e9e \u00e0 blanc au nom d&#8217;empires, de religions et de couronnes qui b\u00e2tirent leur pouvoir sur la destruction d&rsquo;autrui. Ce ne fut pas une conqu\u00eate, mais un pillage organis\u00e9. Ce ne fut pas une mission \u00e9vang\u00e9lisatrice, mais une op\u00e9ration mini\u00e8re sous couvert d&rsquo;armures. Derri\u00e8re chaque croix se cachait une \u00e9p\u00e9e, et derri\u00e8re chaque \u00e9p\u00e9e, un coffre-fort.<\/p>\n<p>De 1500 jusqu&rsquo;\u00e0 une bonne partie du XIXe si\u00e8cle, des millions de tonnes de m\u00e9taux pr\u00e9cieux ont quitt\u00e9 le continent en direction de l&rsquo;Europe, sans qu&rsquo;une seule once n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9e. L&rsquo;or du Mexique, du P\u00e9rou et de la Bolivie a aliment\u00e9 les guerres de l&rsquo;Espagne. L&rsquo;or de la Colombie et du Br\u00e9sil a pay\u00e9 les dettes de l&rsquo;Angleterre. L&rsquo;or de Cuba et d&rsquo;Ha\u00efti a soutenu la noblesse fran\u00e7aise. Et l&rsquo;or de tout le continent a fond\u00e9 les banques centrales de pays qui parlent aujourd&rsquo;hui de coop\u00e9ration et de droits humains.<\/p>\n<p>Mais les chiffres ne mentent pas, ils ont tout emport\u00e9. Et le pire, c&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, cet or existe toujours, conserv\u00e9 dans des coffres-forts qui ont un propri\u00e9taire et un mot de passe. Cet article n&rsquo;est pas une \u00e9l\u00e9gie sur le pass\u00e9. C&rsquo;est un inventaire du vol, un bilan du pillage, un miroir que nous ne voulons pas regarder mais auquel nous devrons t\u00f4t ou tard faire face.<\/p>\n<p><b>Tableau narratif par pays : le continent saign\u00e9 \u00e0 blanc<\/b><\/p>\n<p>Ensuite, se pr\u00e9sente une estimation narrative de la quantit\u00e9 d&rsquo;or extraite des principaux pays d&rsquo;Am\u00e9rique latine au cours des si\u00e8cles de pillage colonial. Les chiffres, bas\u00e9s sur des \u00e9tudes universitaires, des archives historiques et des extrapolations de la valeur actuelle de l&rsquo;or, visent \u00e0 \u00e9valuer non seulement la quantit\u00e9 vol\u00e9e, mais aussi les dommages cumul\u00e9s sur les \u00e9conomies, les cultures et les souverainet\u00e9s de nos peuples.<\/p>\n<p><b>Mexique <\/b>:\u00a0Or vol\u00e9 (en tonnes) 225 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 17,6 milliards de dollars \u2013Si\u00e8cles d&rsquo;extraction maximale 1521-1810 \u2013 Centre logistique du pillage espagnol. 70 % de l&rsquo;or colonial provenait d&rsquo;ici.<\/p>\n<p><b>P\u00e9rou:\u00a0<\/b>Or vol\u00e9 (en tonnes) 180 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 14,1 milliards de dollars \u2013 Si\u00e8cles d&rsquo;extraction maximale 1532-1824 \u2013 L&rsquo;or des Incas et le centre de l&rsquo;exploitation mini\u00e8re sous la vice-royaut\u00e9.<\/p>\n<p><b>Br\u00e9sil:\u00a0<\/b>. Or vol\u00e9 (en tonnes) 125 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 9,8 milliards de dollars \u2013 Si\u00e8cles d&rsquo;extraction maximale 1700-1800 \u2013 Minas Gerais, haut lieu de l&rsquo;exploitation aurif\u00e8re portugaise.<\/p>\n<p><b>Colombie:\u00a0\u00a0<\/b>Or vol\u00e9 (en tonnes) 80 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 6,2 milliards de dollars \u2013 P\u00e9riode d&rsquo;extraction maximale 1550-1800 \u2013 Or alluvial et exploitation intensive dans le Choc\u00f3 et l&rsquo;Antioquia.<\/p>\n<p><b>Bolivie\u00a0<\/b>: \u00a0Or vol\u00e9 (en tonnes) 30 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 2,3 milliards de dollars \u2013 Si\u00e8cles d&rsquo;extraction maximale 1550-1800 \u2013 Bien que c\u00e9l\u00e8bre pour son argent, le pays exportait \u00e9galement de grandes quantit\u00e9s d&rsquo;or.<\/p>\n<p><b>Venezuela:\u00a0<\/b>Or vol\u00e9 (en tonnes) 22 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 1,7 billion de dollars\u2013 Si\u00e8cles d&rsquo;extraction maximale 1600-1850 \u2013 Or amazonien et exploitation mini\u00e8re artisanale coloniale<b>.<\/b><\/p>\n<p><b>Chili:\u00a0<\/b>Or vol\u00e9 (en tonnes) 18 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 1,4 billion de dollars am\u00e9ricains \u2013 Si\u00e8cles d&rsquo;extraction maximale 1540-1800 \u2013 Production plus dispers\u00e9e, mais soutenue.<\/p>\n<p><b>Cuba: <\/b>Or vol\u00e9 (en tonnes) 16 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 1,25 billion de dollars \u2013 Si\u00e8cles d&rsquo;extraction maximale 1500-1700 \u2013 l\u2019Or d\u2019abord, puis plateforme d&rsquo;exp\u00e9dition et commerce d&rsquo;esclaves.<\/p>\n<p><b>Ha\u00efti (Saint-Domingue) <\/b>: Or vol\u00e9 (en tonnes) 12 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 930 milliards de dollars \u2013 Si\u00e8cles d&rsquo;extraction maximale 1500-1700 \u2013 D&rsquo;abord l&rsquo;or puis la d\u00e9vastation totale.<\/p>\n<p><b>Am\u00e9rique centrale (Guatemala, Honduras,\u00a0 Salvador, Nicaragua) <\/b>: Or vol\u00e9 (tonnes) 25 000 \u2013 Valeur actuelle estim\u00e9e 1,9 milliard de dollars \u2013 Si\u00e8cles d&rsquo;extraction maximale 1500-1800. Or dispers\u00e9, principalement au Honduras et au Guatemala.<\/p>\n<p><b>Total approximatif d&rsquo;or vol\u00e9 : <\/b>733 000 tonnes.Valeur actuelle estim\u00e9e \u00e0 plus de 56 000 milliards de dollars (56 000 000 000 000).<\/p>\n<p>Ces chiffres sont cruels, mais n\u00e9cessaires. Ils ne sont pas symboliques, ils sont comptables. Ce ne sont pas des m\u00e9taphores du pillage, mais sa comptabilit\u00e9 de base. L&rsquo;or ne s&rsquo;est pas \u00e9vapor\u00e9, il se trouve quelque part, dans les banques d&rsquo;Espagne, dans les r\u00e9serves du Vatican, dans les coffres-forts suisses, dans les coffres des nobles qui ont b\u00e2ti des empires avec des m\u00e9taux vol\u00e9s. Et pendant ce temps, nos peuples continuent de se battre pour l&rsquo;eau, la sant\u00e9 et l&rsquo;\u00e9ducation.<\/p>\n<p><b>Mexique<\/b><br \/>\nLe c\u0153ur du pillage, la mine de l&#8217;empire.<\/p>\n<p>Le Mexique ne fut pas seulement une colonie, il fut le joyau, le pivot, la mine centrale d&rsquo;un empire qui b\u00e2tit sa gloire sur les m\u00e9taux des peuples autochtones. Depuis la chute de Tenochtitl\u00e1n en 1521, la machine \u00e0 piller s&rsquo;est mise en marche avec une pr\u00e9cision militaire et une ambition infinie. Hern\u00e1n Cort\u00e9s ne cherchait ni des \u00e2mes, ni \u00e0 \u00e9vang\u00e9liser, il cherchait de l&rsquo;or. Et il en a trouv\u00e9. Dans les temples, dans les tombes, dans les rivi\u00e8res, dans les mains, et il a tout fondu.<\/p>\n<p>Pendant pr\u00e8s de trois si\u00e8cles, la vice-royaut\u00e9 de Nouvelle-Espagne est devenue le principal fournisseur d&rsquo;or de l&#8217;empire espagnol. Selon les archives historiques et des \u00e9tudes r\u00e9centes, au moins 225 000 tonnes d&rsquo;or ont quitt\u00e9 ce que nous appelons aujourd&rsquo;hui le Mexique entre 1521 et 1810. Une partie a \u00e9t\u00e9 officiellement enregistr\u00e9e dans les archives de la Casa de Contrataci\u00f3n de S\u00e9ville (NdT : administration coloniale espagnole, cr\u00e9\u00e9e en 1503 qui contr\u00f4lait tout le commerce des Indes espagnoles). L&rsquo;autre partie, \u00e9gale ou sup\u00e9rieure, a \u00e9t\u00e9 sortie du pays par la contrebande, des commandes priv\u00e9es ou directement comme butin de guerre.<\/p>\n<p>Les 70 % de l&rsquo;or am\u00e9ricain enregistr\u00e9s pendant la p\u00e9riode coloniale provenaient du Mexique. Le syst\u00e8me \u00e9tait d&rsquo;une efficacit\u00e9 brutale. On r\u00e9duisait en esclavage on exploitait, on creusait. Les peuples autochtones furent contraints de travailler dans des conditions inhumaines, soumis au syst\u00e8me de l&rsquo;encomienda et des mitas. La terre fut remu\u00e9e, les rivi\u00e8res d\u00e9tourn\u00e9es, les montagnes perc\u00e9es. Tout cela pour remplir des navires qui partaient chaque mois vers l&rsquo;Europe avec des lingots fra\u00eechement fondus, tandis que les communaut\u00e9s locales se trouvaient d\u00e9vast\u00e9es.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on calcule la valeur actuelle de cet or, le pillage mexicain \u00e9quivaut aujourd&rsquo;hui \u00e0 plus de 17,6 milliards de dollars. Ce chiffre repr\u00e9sente plus que le PIB annuel combin\u00e9 de l&rsquo;Argentine, de la Colombie et du Chili. Et pourtant, le Mexique est aujourd&rsquo;hui un pays marqu\u00e9 par des in\u00e9galit\u00e9s structurelles, avec des zones rurales abandonn\u00e9es et des communaut\u00e9s autochtones toujours marginalis\u00e9es. L&rsquo;or n&rsquo;est jamais revenu, ni sous forme de monnaie, ni sous forme d&rsquo;excuses.<\/p>\n<p>O\u00f9 se trouve cet or ? Il a \u00e9t\u00e9 en grande partie fondu en Europe, utilis\u00e9 pour financer des guerres, payer des dettes royales ou accumuler des richesses dans les familles nobles. Une partie de l&rsquo;or mexicain a fini au Vatican, une autre dans des banques belges, et une quantit\u00e9 incalculable a \u00e9t\u00e9 fondue, revendue et stock\u00e9e pendant des si\u00e8cles dans des coffres-forts priv\u00e9s. Aujourd&rsquo;hui, de nombreux lingots anonymes du syst\u00e8me financier europ\u00e9en pourraient retracer leur origine jusqu&rsquo;aux rivi\u00e8res d&rsquo;Oaxaca, aux temples mayas ou aux mines de Guerrero.<\/p>\n<p>Ce qui a \u00e9t\u00e9 fondu en 1530 circule toujours en 2025. Mais plus entre les mains de ceux qui l&rsquo;ont extrait, mais entre celles de ceux qui l&rsquo;ont pris. Et pendant ce temps, le peuple mexicain continue de porter les cons\u00e9quences historiques de ce pillage : une \u00e9conomie fa\u00e7onn\u00e9e pour l&rsquo;extraction, un \u00c9tat construit sur l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, et une m\u00e9moire collective qui cherche toujours \u00e0 obtenir justice\u2026<\/p>\n<p>Le Mexique n&rsquo;a pas besoin de nostalgie, il a besoin de restitution. Car ce qu&rsquo;ils ont emport\u00e9, ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement de l&rsquo;or, c&rsquo;\u00e9tait du temps, c&rsquo;\u00e9tait de la culture, c&rsquo;\u00e9tait de la vie.<\/p>\n<p><b>L&rsquo;or ne brille pas l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9coles<\/b><\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas d&#8217;empire sans pillage, pas de noblesse sans butin et pas d&rsquo;histoire vraie sans comptes \u00e0 r\u00e9gler. L&rsquo;or du Mexique ne fut pas une l\u00e9gende, mais une trag\u00e9die comptable, une h\u00e9morragie millim\u00e9tr\u00e9e. Il partit dans des galions, dans des coffres, sous forme de lingots. Mais aussi dans les os, dans les larmes, dans les g\u00e9n\u00e9rations qui vivent encore sans eau potable.<\/p>\n<p>Cet or que l&rsquo;Europe a fondu n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9, ni \u00e0 titre d&rsquo;investissement, ni au nom de la justice, pas m\u00eame \u00e0 titre de m\u00e9moire. Il continue de circuler, mais sans nom. Dans des montres, des bagues, les dents de banquiers qui n&rsquo;ont jamais mis les pieds en Am\u00e9rique. Et pendant ce temps, les communaut\u00e9s autochtones attendent toujours un peu plus que des excuses.<\/p>\n<p>Car ce qu&rsquo;ils ont emport\u00e9, ce n&rsquo;\u00e9tait pas seulement le m\u00e9tal, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9quilibre\u00a0 c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;avenir, c&rsquo;\u00e9tait la possibilit\u00e9 d&rsquo;avoir pu \u00eatre autre chose. Et cette dette, m\u00eame si on ne veut pas la voir, reste ouverte. Comme une blessure non referm\u00e9e, comme une mine non ferm\u00e9e, comme un continent qui cherche encore justice.<\/p>\n<p><b>P\u00e9rou<\/b><\/p>\n<p>La mine la plus pill\u00e9e au monde<\/p>\n<p>Peu de terres sur la plan\u00e8te ont \u00e9t\u00e9 autant pill\u00e9es que le P\u00e9rou. Depuis l&rsquo;arriv\u00e9e des conquistadors au XVIe si\u00e8cle, le territoire andin est devenu la principale source d&rsquo;or et d&rsquo;argent pour la couronne espagnole. Mais le P\u00e9rou n&rsquo;a pas seulement \u00e9t\u00e9 pill\u00e9 : il a \u00e9t\u00e9 victime d&rsquo;une syst\u00e9matisation de la cupidit\u00e9. Une machine d&rsquo;extraction organis\u00e9e par les vice-rois, les encomenderos, les ordres religieux et les maisons de commerce europ\u00e9ennes qui ont fait des Andes le plus grand butin de l&#8217;empire.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de Potos\u00ed &#8211; bien qu&rsquo;elle se trouve aujourd&rsquo;hui en Bolivie &#8211; est indissociable de celle du P\u00e9rou. De ses mines, sont sortis des millions de kilos de m\u00e9tal pr\u00e9cieux \u00e0 destination de l&rsquo;Europe. Et tandis que les coffres de Madrid se remplissaient, les communaut\u00e9s indig\u00e8nes \u00e9taient d\u00e9cim\u00e9es par le travail forc\u00e9, les maladies et la rupture de leur cosmovision ancestrale. Le P\u00e9rou, qui poss\u00e9dait de l&rsquo;or avant m\u00eame d&rsquo;avoir un nom, a \u00e9t\u00e9 vid\u00e9 pour que d&rsquo;autres puissent avoir une histoire.<\/p>\n<p><b>Combien ont-ils emport\u00e9 et quelle en est la valeur actuelle ?<\/b><\/p>\n<p>Les \u00e9tudes historiographiques et \u00e9conomiques s&rsquo;accordent \u00e0 dire qu&rsquo;entre 1532 et 1824 (fin de la domination espagnole), ont \u00e9t\u00e9 extraits du territoire vice-royal qui comprenait le P\u00e9rou et une partie de la Bolivie:<\/p>\n<ul>\n<li>Plus de 2.000 tonnes d\u2019or<\/li>\n<li>Plus de 17.000 tonnes d\u2019argent<\/li>\n<\/ul>\n<p>En ne tenant compte que de l&rsquo;or et en appliquant les prix actuels (70 millions de dollars par tonne en 2025), le montant s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 :<\/p>\n<ul>\n<li>USD 140 milliards en valeur actuelle uniquement en or<\/li>\n<li>USD 17 milliards suppl\u00e9mentaires si l&rsquo;on \u00e9value \u00e0 10 % du total de l&rsquo;argent vol\u00e9<\/li>\n<\/ul>\n<p>En additionnant les deux, le chiffre avoisine les 157 milliards de dollars am\u00e9ricains. Et cela sans compter le cuivre, l&rsquo;\u00e9tain ou d&rsquo;autres ressources qui ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 extraites sous contr\u00f4le \u00e9tranger au cours des XIXe et XXe si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas seulement une question de quantit\u00e9 : c&rsquo;est l&rsquo;effet cumulatif. Cet or a financ\u00e9 les guerres europ\u00e9ennes, les banques imp\u00e9riales, les cath\u00e9drales, les arm\u00e9es et les premiers fonds d&rsquo;investissement modernes. Et le P\u00e9rou, qui aurait d\u00fb devenir une puissance industrielle, a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par la pauvret\u00e9 structurelle, la fragmentation sociale et la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des exportations.<\/p>\n<p><b>Un mod\u00e8le toujours d&rsquo;actualit\u00e9<\/b><\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, 500 ans plus tard, l&rsquo;exploitation mini\u00e8re au P\u00e9rou reste le moteur de l&rsquo;\u00e9conomie, mais sous un mod\u00e8le colonial. Plus de 60 % de la production est entre les mains de compagnies \u00e9trang\u00e8res : Buenaventura, Newmont, Anglo American, Glencore, dont beaucoup op\u00e8rent avec des exon\u00e9rations fiscales, des contrats secrets et des obligations minimales de r\u00e9investissement local. Les communaut\u00e9s vivant \u00e0 proximit\u00e9 des gisements sont confront\u00e9es \u00e0 la pollution, \u00e0 la pauvret\u00e9, aux conflits sociaux et \u00e0 la criminalisation. Alors que les chiffres de la Banque centrale c\u00e9l\u00e8brent l&rsquo;exc\u00e9dent des exportations mini\u00e8res, les villages des hauts plateaux andins restent sans \u00e9coles, sans h\u00f4pitaux, sans eau.<\/p>\n<p>Rien n&rsquo;a chang\u00e9. Seulement, aujourd&rsquo;hui, le pillage n&rsquo;est plus le fait de vice-rois arm\u00e9s d&rsquo;\u00e9p\u00e9es, mais de managers \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;Excel.<\/p>\n<p><b>L&rsquo;or des Incas n&rsquo;est pas \u00e0 Lima<\/b><\/p>\n<p>Le P\u00e9rou poss\u00e9dait de l&rsquo;or avant m\u00eame d&rsquo;avoir des fronti\u00e8res, avant m\u00eame que les cartes n\u2019existent, les m\u00e9taux sacr\u00e9s existaient d\u00e9j\u00e0. Et non pas pour les accumuler mais pour honorer les dieux, les anc\u00eatres, le soleil. Mais les hommes du nord sont arriv\u00e9s, avec leurs \u00e9tendards et leur poudre \u00e0 canon, et ont transform\u00e9 la spiritualit\u00e9 en butin.<\/p>\n<p>Ils ont fondu Inti : (NdT : dieu du soleil, l&rsquo;anc\u00eatre des Incas), d\u00e9truit les temples, vendu aux ench\u00e8res l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;un empire. On dit que la ran\u00e7on d&rsquo;Atahualpa fut la premi\u00e8re transaction mini\u00e8re du continent mais ce fut aussi la premi\u00e8re fraude mondiale, car ils emport\u00e8rent tout l&rsquo;or et ne laiss\u00e8rent que des cendres.<\/p>\n<p>Le P\u00e9rou moderne n&rsquo;en a pas fini de rompre avec ce pacte colonial. L&rsquo;or continue d&rsquo;\u00eatre extrait, les entreprises continuent de diriger, l&rsquo;\u00c9tat continue d&rsquo;observer et le peuple continue d&rsquo;esp\u00e9rer. Car il n&rsquo;est pas vrai que l&rsquo;or ait cess\u00e9 d&rsquo;exister, l&rsquo;or est toujours l\u00e0, mais il reste loin des mains qui le m\u00e9ritent. Et un jour, cet or reviendra. Peut-\u00eatre pas sous forme de lingots. Mais sous forme de m\u00e9moire, de justice, de terres r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es, de pouvoir v\u00e9ritable.<\/p>\n<p><b>Colombie<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;or des *Muiscas, le butin de tous (NdT : La\u00a0civilisation Muisca\u00a0qui prosp\u00e9ra dans l&rsquo;ancienne Colombie entre 600 et 1600, est \u00e0 l&rsquo;origine de la l\u00e9gende de l&rsquo;El Dorado.)<\/p>\n<p>Au XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, l&rsquo;extraction n&rsquo;a pas cess\u00e9, mais elle est devenue plus violente. L&rsquo;exploitation mini\u00e8re s&rsquo;est intensifi\u00e9e dans des r\u00e9gions comme Antioquia, Choc\u00f3 et Santa Fe de Bogot\u00e1, o\u00f9 l&rsquo;on utilisait une main-d&rsquo;\u0153uvre esclave venue d&rsquo;Afrique. Des milliers de personnes sont mortes dans les galeries. L&rsquo;or partait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, mais pas vers le peuple. L&rsquo;\u00c9glise catholique b\u00e9nissait ce pillage avec des doctrines qui justifiaient la domination europ\u00e9enne comme une \u00ab\u00a0mission divine \u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance, la situation ne s&rsquo;est pas am\u00e9lior\u00e9e. Au XIXe si\u00e8cle, des entreprises anglaises telles que la Colombian Mining Association ou la United Gold Mining Company ont pris le contr\u00f4le de zones riches en or sans verser un seul peso au peuple colombien. Et au XXe si\u00e8cle, la ru\u00e9e vers l&rsquo;or a \u00e9t\u00e9 absorb\u00e9e par des multinationales am\u00e9ricaines, canadiennes et suisses, prot\u00e9g\u00e9es par des r\u00e9gimes permissifs, la corruption de l&rsquo;\u00c9tat et la violence paramilitaire.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la Colombie reste l&rsquo;un des dix plus grands producteurs d&rsquo;or au monde. Cependant, 70 % de cette production est informelle ou ill\u00e9gale. Selon les chiffres officiels, plus de 61 tonnes d&rsquo;or ont \u00e9t\u00e9 extraites en 2022, pour des exportations totalisant pr\u00e8s de 2,2 milliards de dollars.<\/p>\n<p>Mais une grande partie de cet or a \u00e9t\u00e9 export\u00e9 clandestinement ou blanchi, \u00e0 destination de banques aux \u00c9mirats Arabes Unis, aux \u00c9tats-Unis et en Suisse. Qui paie des imp\u00f4ts\u00a0? Quasiment personne. Qui contr\u00f4le\u00a0? Quasiment personne.<\/p>\n<p>De plus, pr\u00e8s de 60 % de l&rsquo;extraction d&rsquo;or se fait dans des territoires contamin\u00e9s par le mercure ou sous la pr\u00e9sence de groupes arm\u00e9s. L&rsquo;or colombien brille \u00e0 Gen\u00e8ve, mais il est tach\u00e9 de sang dans le Choc\u00f3.<\/p>\n<p>La Colombie a actuellement sign\u00e9 de nombreux accords avec des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res telles que Gran Colombia Gold, Continental Gold, et Zijin Mining, une multinationale chinoise qui contr\u00f4le actuellement une partie de la richesse aurif\u00e8re du pays. Mais dans les zones productrices, l&rsquo;\u00c9tat a peu d&rsquo;influence, la justice est inexistante et l&rsquo;or continue de sortir.<\/p>\n<p>La Colombie a perdu plus de 1\u00a0200 tonnes d&rsquo;or au cours des cinq derniers si\u00e8cles. A la valeur actuelle, cela \u00e9quivaut \u00e0 plus de 80 milliards de dollars. Ce montant ne se trouve pas au Mus\u00e9e de l&rsquo;Or, mais sur des comptes bancaires europ\u00e9ens.<\/p>\n<p><b>ElDorado ne fut pas un mythe, mais un pillage<\/b><\/p>\n<p>La Colombie \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e comme le pays de l&rsquo;or \u00e9ternel, mais cet or \u00e9ternel n&rsquo;\u00e9tait pas une l\u00e9gende\u00a0, c&rsquo;\u00e9tait un pillage permanent, une cupidit\u00e9 d\u00e9guis\u00e9e en mal\u00e9diction. Le mythe de l&rsquo;Eldorado \u00e9tait le pr\u00e9texte id\u00e9al pour l\u00e9gitimer le vol et pendant des si\u00e8cles, ils y sont parvenus. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Eldorado se trouve \u00e0 Duba\u00ef, Toronto, Zurich, dans des coffres qui ne sont jamais restitu\u00e9s. Et pendant ce temps, le peuple colombien continue de consid\u00e9rer les mines comme une mal\u00e9diction, et non comme un patrimoine.<\/p>\n<p>Mais il existe une m\u00e9moire qui ne fond pas. Une v\u00e9rit\u00e9 qui ne fond pas. Et un pays qui, t\u00f4t ou tard, cessera d&rsquo;exporter sa dignit\u00e9.<\/p>\n<p><b>Br\u00e9sil<\/b><\/p>\n<p>L\u2019or,\u00a0 l&rsquo;esclavage et un empire fond\u00e9 sur les mines d&rsquo;autrui.<\/p>\n<p>Le Br\u00e9sil fut le plus grand pourvoyeur d\u2019or de l\u2019Europe durant le XVIIIe si\u00e8cle. Nulle part ailleurs sur le continent, l\u2019extraction n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 aussi abondante, aussi rapide, et avec autant de souffrance. Les mines du Minas Gerais, de Bahia et de Goi\u00e1s devinrent des piliers de l&rsquo;\u00e9conomie coloniale portugaise et, par cons\u00e9quent, les tombes de plus d&rsquo;un demi-million d&rsquo;esclaves africains.<\/p>\n<p>Depuis la d\u00e9couverte d&rsquo;or dans la r\u00e9gion d&rsquo;Ouro Preto en 1693, une vague d&rsquo;extraction brutale a commenc\u00e9. On estime qu&rsquo;entre 1700 et 1800, le Portugal a extrait plus de 850 tonnes d&rsquo;or du Br\u00e9sil, en grande partie sans enregistrement officiel, car la contrebande \u00e9tait aussi importante que la cupidit\u00e9. \u00c0 la valeur actuelle (70 millions de dollars la tonne), ce chiffre repr\u00e9sente plus de 59,5 milliards de dollars en un seul si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Cet or ne resta pas au Br\u00e9sil, il fut exp\u00e9di\u00e9 sur des galions jusqu&rsquo;\u00e0 Lisbonne, d&rsquo;o\u00f9 une grande partie aboutit \u00e0 Londres, o\u00f9 la Couronne britannique utilisa les aurif\u00e8res du Portugal comme garantie pour financer sa r\u00e9volution industrielle. Le Portugal s&rsquo;endetta, le Br\u00e9sil fut d\u00e9vast\u00e9 et la Grande-Bretagne consolida son pouvoir. Tout cela gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;or br\u00e9silien.<\/p>\n<p>L&rsquo;extraction aurif\u00e8re fut le moteur d&rsquo;une \u00e9conomie esclavagiste. Pr\u00e8s de 70 % des Africains r\u00e9duits en esclavage au Br\u00e9sil \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 travailler dans les mines. Ils moururent par milliers, anonymes et sans s\u00e9pulture. L&rsquo;or sortait propre. Les corps restaient sous terre.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance en 1822, le mod\u00e8le n&rsquo;a gu\u00e8re \u00e9volu\u00e9. Au cours du XIXe si\u00e8cle et d&rsquo;une grande partie du XXe si\u00e8cle, des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res (comme la filiale britannique de la Companhia de Minera\u00e7\u00e3o Morro Velho, la canadienne Kinross et la sud-africaine AngloGold Ashanti) dominaient les principales exploitations. Pendant ce temps, les r\u00e9gions aurif\u00e8res de l&rsquo;int\u00e9rieur vivaient sans h\u00f4pitaux, sans \u00e9coles et sans \u00c9tat.<\/p>\n<p>Au XXIe si\u00e8cle, l&rsquo;exploitation aurif\u00e8re du Br\u00e9sil a connu une croissance encore plus forte, mais selon un mod\u00e8le d&rsquo;extraction incontr\u00f4l\u00e9. Selon les donn\u00e9es officielles, le Br\u00e9sil a produit 85 tonnes d&rsquo;or en 2022, pour des exportations d\u00e9passant les 3 milliards de dollars. Cependant, plus de 50 % de cet or provenait d&rsquo;exploitations mini\u00e8res ill\u00e9gales, en grande partie sur des terres autochtones ou des r\u00e9serves environnementales en Amazonie. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;or br\u00e9silien finance \u00e9galement des structures criminelles, l&rsquo;exploitation mini\u00e8re non r\u00e9glement\u00e9e, le trafic d&rsquo;armes, la corruption politique et la d\u00e9vastation \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, les destinations de l&rsquo;or br\u00e9silien ne sont gu\u00e8re diff\u00e9rentes\u00a0: la Suisse l&rsquo;Inde, les \u00c9mirats Arabes Unis. Les banques l&rsquo;acceptent sans s&rsquo;interroger sur son origine. Les entreprises le raffinent sans se soucier de la superficie de for\u00eat tropicale ras\u00e9e pour l&rsquo;obtenir. Et pendant ce temps, les communaut\u00e9s autochtones continuent d&rsquo;\u00eatre victimes d\u2019assassinats, de contamination au mercure et de d\u00e9placements forc\u00e9s.<\/p>\n<p>Au total, on estime que le Br\u00e9sil a perdu plus de 1 200 tonnes d\u2019or depuis l\u2019\u00e9poque coloniale jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. Une richesse qui d\u00e9passe aujourd&rsquo;hui les 84 milliards de dollars. Mais pas un centime de r\u00e9paration, pas une seule excuse, pas une seule loi pour restaurer quoi que ce soit.<\/p>\n<p><b>L\u2019or du Br\u00e9sil n\u2019est pas au Br\u00e9sil<\/b><\/p>\n<p>Le Br\u00e9sil fut le c\u0153ur d&rsquo;or de l&#8217;empire portugais, mais ce c\u0153ur lui a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9. Ils ont dilapid\u00e9 ses richesses, achet\u00e9 des royaumes, financ\u00e9 les r\u00e9volutions d&rsquo;autrui et laiss\u00e9 derri\u00e8re eux un pays marqu\u00e9 par les in\u00e9galit\u00e9s les plus flagrantes de tout le continent.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;or continue de sortir et ce qui reste est vol\u00e9 par les garimpeiros \u00a0(NdT : chercheurs clandestins d&rsquo;or, de min\u00e9raux ou de pierres pr\u00e9cieuses) \u00e9chang\u00e9 par les banques et exploit\u00e9 par les entreprises.<\/p>\n<p>Mais le v\u00e9ritable tr\u00e9sor du Br\u00e9sil r\u00e9side ailleurs: dans son peuple, dans ses rivi\u00e8res, dans sa r\u00e9silience. Et un jour, le pays pill\u00e9 apprendra \u00e0 forger son avenir de ses propres mains.<\/p>\n<p><b>Bolivie<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;or arrach\u00e9 \u00e0 la montagne vivante<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de la Bolivie est indissociable de celle de son pillage en tant que tel, et le pillage ne s\u2019entend pas sans l\u2019or. Avant m\u00eame l\u2019existence du pays en tant que tel, la d\u00e9possession existait d\u00e9j\u00e0. Les veines brillaient d\u00e9j\u00e0 sous la cupidit\u00e9 des empires. Et les corps mouraient d\u00e9j\u00e0 dans des galeries humides et obscures anonymes et sans r\u00e9demption. Pendant plus de deux si\u00e8cles, la Bolivie fut l&rsquo;un des principaux fournisseurs d&rsquo;or au monde, mais cet or n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 accumul\u00e9 pour son peuple, il a \u00e9t\u00e9 fondu en Europe.<\/p>\n<p>Le chiffre officiel, estim\u00e9 par de multiples \u00e9tudes historiques, indique qu&rsquo;entre le XVIe et le XVIIIe si\u00e8cle, plus de 2\u00a0200 tonnes d&rsquo;or ont quitt\u00e9 le Haut-P\u00e9rou. Calcul\u00e9 \u00e0 la valeur actuelle, cela repr\u00e9sente plus de 160 milliards de dollars. Une partie de cet or provenait de mines situ\u00e9es aujourd&rsquo;hui en territoire bolivien\u00a0: Tipuani, Mapiri et Potos\u00ed m\u00eame, qui, outre l&rsquo;argent, recelaient \u00e9galement des filons d&rsquo;or. Les routes coloniales le faisiaent parvenir jusqu&rsquo;\u00e0 Lima, puis jusqu&rsquo;\u00e0 S\u00e9ville. De chaque tonne, les indig\u00e8nes ne conservaient pas m\u00eame un gramme.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque r\u00e9publicaine, le pillage ne cessa pas. Des entreprises europ\u00e9ennes furent privatis\u00e9es, puis les nord-am\u00e9ricaines, comme Anglo American, South American Placers et Pati\u00f1o Mines, prirent le contr\u00f4le des mines. Au XXe si\u00e8cle, la Bolivie exporta pr\u00e8s de 400 tonnes suppl\u00e9mentaires, en grande partie sous des contrats abusifs ou sans r\u00e9glementation \u00e9tatique. Aujourd&rsquo;hui, la Bolivie poss\u00e8de encore une importante mine d&rsquo;or, mais une grande partie de son or est export\u00e9e sans tra\u00e7abilit\u00e9. Plus de 60 % de la production actuelle est informelle ou ill\u00e9gale selon les rapports de l&rsquo;ONU et de Transparency International.<\/p>\n<p>La majeure partie de l&rsquo;or bolivien finit dans les raffineries suisses, o\u00f9 sa trace est perdue. Entre 2010 et 2020, on estime que plus de 1,3 milliard de dollars d&rsquo;or bolivien sont entr\u00e9s en Suisse sans certification. Ni l\u2019\u00c9tat bolivien ni son peuple ne re\u00e7oivent de b\u00e9n\u00e9fices proportionnels. Les communaut\u00e9s mini\u00e8res restent pauvres, vuln\u00e9rables et \u00e0 la merci des mafias locales et des acheteurs internationaux. Les redevances sont minimes et l&rsquo;\u00e9vasion fiscale massive.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s&rsquo;ajoute un paradoxe flagrant. La Bolivie, qui compte l&rsquo;un des peuples autochtones les plus soucieux de sa dignit\u00e9 et de sa m\u00e9moire, continue de voir ses ressources dispara\u00eetre sans valeur ajout\u00e9e, sans transformation, sans justice. L&rsquo;or de Tipuani continue de voyager. Mais pas vers le bien-\u00eatre. Vers les poches de banques qui ne sauraient pas m\u00eame situer Beni sur une carte.<\/p>\n<p>L&rsquo;or continue de couler le long des fleuves amazoniens. Il ne brille ni dans les \u00e9coles, ni dans les h\u00f4pitaux, ni sur les chemins de terre qui traversent l\u2019Altiplano. Il brille en lingots qui traversent l&rsquo;oc\u00e9an. Et chaque gramme porte le prix d&rsquo;une histoire in\u00e9dite. Ils n&rsquo;ont pas seulement pris l&rsquo;or ; ils ont pris des ann\u00e9es de vie, des langues ancestrales, des arbres br\u00fbl\u00e9s, des montagnes bless\u00e9es. L&rsquo;or continue de dispara\u00eetre, mais la m\u00e9moire demeure. Et avec lui, la possibilit\u00e9 d&rsquo;une autre histoire.<\/p>\n<p><b>Venezuela<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;Arc des Empires : du pillage colonial \u00e0 la d\u00e9possession moderne<\/p>\n<p>Avant qu\u2019il ne s\u2019appelle Venezuela, on le transportait d\u00e9j\u00e0 dans des sacs. Lorsque Colomb posa le pied sur ces terres en 1498, lors de son troisi\u00e8me voyage, il \u00e9crivit qu&rsquo;\u00e0 Paria, \u00ab les indig\u00e8nes portaient des ornements d&rsquo;or au nez et aux bras \u00bb. Cela suffisait. Les conquistadors ne venaient pas fonder des r\u00e9publiques, mais fondre de l&rsquo;or.<\/p>\n<p>Aux XVIe et XVIIe si\u00e8cles, le Venezuela fut l&rsquo;un des premiers territoires de la Couronne espagnole \u00e0 organiser une recherche syst\u00e9matique d&rsquo;or dans les rivi\u00e8res et les cha\u00eenes de montagnes de l&rsquo;int\u00e9rieur. Les mines de San Felipe El Fuerte d&rsquo;Upata et du fleuve Yuruari furent impitoyablement pill\u00e9es. Bien que les quantit\u00e9s extraites soient inf\u00e9rieures \u00e0 celles du Mexique ou du P\u00e9rou, les historiens estiment que l&rsquo;Espagne a extrait environ 150 tonnes d&rsquo;or du Venezuela entre 1500 et 1800, soit l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;environ 10,5 milliards de dollars am\u00e9ricains aujourd&rsquo;hui. Aucune r\u00e9paration n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e, seulement des exp\u00e9ditions.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;histoire ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9e avec l&rsquo;ind\u00e9pendance. Au XIXe si\u00e8cle, le Venezuela a accord\u00e9 des concessions mini\u00e8res \u00e0 des entreprises britanniques fran\u00e7aises et am\u00e9ricaines, comme la New York and Berm\u00fadez Company, et plus tard \u00e0 des g\u00e9ants comme Gold Reserve Inc. et Crystallex, qui op\u00e9raient dans le sud du pays dans des conditions in\u00e9gales, avec des clauses injustes et des tribunaux internationaux qui statuaient toujours en leur faveur.<\/p>\n<p>Au XXe si\u00e8cle, le Venezuela a d\u00e9velopp\u00e9 une industrie mini\u00e8re aurif\u00e8re florissante, concentr\u00e9e \u00e0 El Callao et en Guayana, o\u00f9 l&rsquo;on estime que plus de 700 tonnes d&rsquo;or ont \u00e9t\u00e9 extraites \u00e0 ce jour, en grande partie sans tra\u00e7abilit\u00e9 ni contr\u00f4le. Depuis les ann\u00e9es 2000, la crise \u00e9conomique et l&rsquo;effondrement de l&rsquo;industrie p\u00e9troli\u00e8re ont pouss\u00e9 l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 se concentrer sur l&rsquo;or comme source alternative. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;est n\u00e9 le sulfureux Arc minier de l&rsquo;Or\u00e9noque\u00a0: un projet de 111\u00a0000\u00a0km\u00b2 confi\u00e9 aux entreprises, \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, aux mafias, aux coop\u00e9ratives et aux gouvernements alli\u00e9s, o\u00f9 l&rsquo;\u00c9tat reconna\u00eet que 90\u00a0% de l&rsquo;exploitation mini\u00e8re est ill\u00e9gale.<\/p>\n<p>Rien qu&rsquo;en 2020, le Venezuela a export\u00e9 pr\u00e8s de 20 tonnes d&rsquo;or, en grande partie via des voies non officielles vers la Turquie, l&rsquo;Iran et les \u00c9mirats Arabes Unis. En 2021, la Banque centrale du Venezuela a d\u00e9clar\u00e9 des r\u00e9serves d\u00e9passant 160 tonnes, bien qu&rsquo;une grande partie ait \u00e9t\u00e9 vendue ou exp\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger pour contourner les sanctions am\u00e9ricaines et europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Le pillage moderne n&rsquo;est pas moins brutal. Dans l\u2019Arc Minier, on observe des milices arm\u00e9es, des groupes irr\u00e9guliers, une exploitation mini\u00e8re sans contr\u00f4le environnemental, la destruction des rivi\u00e8res et des for\u00eats, et des rapports font \u00e9tat de travail forc\u00e9, de traite d\u2019\u00eatres humains et d\u2019esclavage des enfants. Des communaut\u00e9s autochtones comme les Pemon ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9es, r\u00e9prim\u00e9es et assassin\u00e9es pour avoir d\u00e9fendu leurs terres. L&rsquo;or du Venezuela finance d\u00e9sormais non seulement l&rsquo;\u00c9tat, mais aussi des r\u00e9seaux obscurs de corruption transnationale.<\/p>\n<p>Mais personne \u00e0 Londres ne rend une once, personne en Suisse ne s&rsquo;enquiert de l&rsquo;origine du lingot, personne \u00e0 Washington n&rsquo;assume sa part de responsabilit\u00e9 dans les trait\u00e9s qui ont prot\u00e9g\u00e9 les entreprises canadiennes poursuivant le Venezuela en justice pour avoir tent\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer ses mines. Le paradoxe est f\u00e9roce. Le Venezuela, l&rsquo;un des pays poss\u00e9dant les plus grandes r\u00e9serves d&rsquo;or de la plan\u00e8te, est confront\u00e9 \u00e0 la faim, \u00e0 l&rsquo;inflation, \u00e0 des migrations massives et \u00e0 un blocus qui p\u00e9nalise son p\u00e9trole mais laisse la contrebande d&rsquo;or intacte. L\u2019or continue de sortir et les gens aussi.<\/p>\n<p>L&rsquo;or est dans le sang des rivi\u00e8res qui ne chantent plus, dans les tombes des enfants indig\u00e8nes qui n&rsquo;ont jamais eu \u00e0 travailler, dans les doigts bagu\u00e9s de ceux qui ont sign\u00e9 les trait\u00e9s d&rsquo;arbitrage l\u00e9galisant le vol, et aussi dans les caveaux o\u00f9 pas une goutte de justice n&rsquo;est jamais parvenue.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;or du Venezuela a une m\u00e9moire, et cette m\u00e9moire est \u00e9ternelle. Un jour les peuples qui vont \u00e0 pied d&rsquo;El Callao jusqu&rsquo;\u00e0 la fronti\u00e8re sauront qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas migr\u00e9 par hasard. Ils ont migr\u00e9 parce que leurs terres leur ont \u00e9t\u00e9 vol\u00e9es. Et l&rsquo;or qui a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 ne sera pas oubli\u00e9.<\/p>\n<p><b>\u00c9pilogue Partie I<\/b><\/p>\n<p>Le pillage ne fut pas un \u00e9pisode\u00a0; ce fut un syst\u00e8me, une machine qui a fonctionn\u00e9 pendant des si\u00e8cles, avec des cartes, des navires, des armes et des b\u00e9n\u00e9dictions. Ils n&rsquo;ont pas seulement pris de l&rsquo;or\u00a0; ils ont pris du temps, des opportunit\u00e9s, des savoirs qui n&rsquo;ont jamais prosp\u00e9r\u00e9, des vies qui n&rsquo;ont jamais exist\u00e9. Ce que nous appelons aujourd&rsquo;hui le sous-d\u00e9veloppement est n\u00e9 de l&rsquo;or qu&rsquo;ils ont vol\u00e9.<\/p>\n<p>Et le plus brutal, c&rsquo;est que ce n&rsquo;est pas encore termin\u00e9, car pendant que les lingots d&rsquo;or sont stock\u00e9s \u00e0 Londres, les communaut\u00e9s autochtones se retrouvent sans nourriture. Pendant que les banques europ\u00e9ennes accumulent des r\u00e9serves, nos rivi\u00e8res continuent d&rsquo;\u00eatre pollu\u00e9es par la m\u00eame logique de d\u00e9possession. Les m\u00e9thodes ont chang\u00e9, pas le fond.<\/p>\n<p>Aucun empire n&rsquo;a restitu\u00e9 l&rsquo;or, aucun trait\u00e9 n&rsquo;a r\u00e9par\u00e9 le pillage, aucun mus\u00e9e europ\u00e9en n&rsquo;expose la honte du vol. Mais les peuples pr\u00e9servent la m\u00e9moire, et m\u00eame si l&rsquo;or ne brille pas entre leurs mains, il brille dans leur histoire. Une histoire qui commence d\u00e9sormais \u00e0 \u00eatre racont\u00e9e non pas avec nostalgie, mais avec v\u00e9rit\u00e9 et avec des noms.<\/p>\n<p>Le Mexique, le P\u00e9rou, la Colombie, le Br\u00e9sil, la Bolivie et le Venezuela ne sont pas des victimes \u00e9ternelles, mais des territoires de dignit\u00e9 bless\u00e9e et aussi de r\u00e9sistance.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-partie-ii\/\">La deuxi\u00e8me partie<\/a> viendra. Car il reste encore de l&rsquo;or \u00e0 nommer et de la justice \u00e0 exiger\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Voir tous les articles de la S\u00e9rie Mati\u00e8res premi\u00e8res, \u00c9nergie, souverainet\u00e9, pouvoir\u00a0 <a href=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/tag\/serie-matieres-premieres\/\">ICI<\/a><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Traduction de l&rsquo;espagnol, Ginette Baudelet<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils nous ont dit qu&rsquo;ils venaient avec la croix, mais ils \u00e9taient venus pour l&rsquo;or. Et ils ne sont jamais repartis. LE PRIX D&rsquo;UN CONTINENT Combien d&rsquo;or nous ont-ils vol\u00e9 ? L&rsquo;or fut le pr\u00e9texte, le moteur et le butin.&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2493,"featured_media":2634513,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[86,11386,100],"tags":[1077,2483,8246,141580],"class_list":["post-2634512","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-amerique-du-sud","category-contenu-original","category-economie","tag-colonialisme","tag-extractivisme","tag-or","tag-serie-matieres-premieres"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.1.1 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>L&#039;or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Ils nous ont dit qu&#039;ils venaient avec la croix, mais ils \u00e9taient venus pour l&#039;or. Et ils ne sont jamais repartis. LE PRIX D&#039;UN CONTINENT Combien d&#039;or nous\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"L&#039;or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Ils nous ont dit qu&#039;ils venaient avec la croix, mais ils \u00e9taient venus pour l&#039;or. Et ils ne sont jamais repartis. LE PRIX D&#039;UN CONTINENT Combien d&#039;or nous\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Pressenza\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/PressenzaItalia\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2025-09-10T23:10:47+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2025-09-19T20:39:58+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"713\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"476\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Mauricio Herrera Kahn\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:creator\" content=\"@PressenzaIPA\" \/>\n<meta name=\"twitter:site\" content=\"@PressenzaIPA\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Mauricio Herrera Kahn\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"25 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/\"},\"author\":{\"name\":\"Mauricio Herrera Kahn\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/person\/5f09ccfa9eee6f369c00a47800b04af3\"},\"headline\":\"L&rsquo;or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I\",\"datePublished\":\"2025-09-10T23:10:47+00:00\",\"dateModified\":\"2025-09-19T20:39:58+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/\"},\"wordCount\":5429,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg\",\"keywords\":[\"colonialisme\",\"extractivisme\",\"or\",\"S\u00e9rie Mati\u00e8res premi\u00e8res\"],\"articleSection\":[\"Am\u00e9rique du Sud\",\"Contenu Original\",\"Economie\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/\",\"name\":\"L'or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg\",\"datePublished\":\"2025-09-10T23:10:47+00:00\",\"dateModified\":\"2025-09-19T20:39:58+00:00\",\"description\":\"Ils nous ont dit qu'ils venaient avec la croix, mais ils \u00e9taient venus pour l'or. Et ils ne sont jamais repartis. LE PRIX D'UN CONTINENT Combien d'or nous\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg\",\"width\":713,\"height\":476},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"L&rsquo;or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/\",\"name\":\"Pressenza\",\"description\":\"International Press Agency\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization\",\"name\":\"Pressenza\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/pressenza_logo_200x200.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/pressenza_logo_200x200.jpg\",\"width\":200,\"height\":200,\"caption\":\"Pressenza\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/\"},\"sameAs\":[\"https:\/\/www.facebook.com\/PressenzaItalia\",\"https:\/\/x.com\/PressenzaIPA\"]},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/person\/5f09ccfa9eee6f369c00a47800b04af3\",\"name\":\"Mauricio Herrera Kahn\",\"description\":\"Mauricio Herrera Kahn, Mechanical Engineer graduated from the Technical University of Ecuador (UTE) in 1975, with more than 45 years of experience in the mining engineering and project development sector. He has held positions such as General Manager, Project Manager, and Head of Engineering at national and international companies, where he led studies and project execution under the EPCM (Engineering, Procurement, and Construction Management) model. He is currently General Manager at HyB Ingenieros, developing studies and analyses of new plants and processes with Capex and Opex at the engineering profile level. For several years, he has been writing articles and columns on national and international social, political, and economic analysis.\",\"url\":\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/author\/mauricio-herrera-kahn\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"L'or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I","description":"Ils nous ont dit qu'ils venaient avec la croix, mais ils \u00e9taient venus pour l'or. Et ils ne sont jamais repartis. LE PRIX D'UN CONTINENT Combien d'or nous","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"L'or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I","og_description":"Ils nous ont dit qu'ils venaient avec la croix, mais ils \u00e9taient venus pour l'or. Et ils ne sont jamais repartis. LE PRIX D'UN CONTINENT Combien d'or nous","og_url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/","og_site_name":"Pressenza","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/PressenzaItalia","article_published_time":"2025-09-10T23:10:47+00:00","article_modified_time":"2025-09-19T20:39:58+00:00","og_image":[{"width":713,"height":476,"url":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Mauricio Herrera Kahn","twitter_card":"summary_large_image","twitter_creator":"@PressenzaIPA","twitter_site":"@PressenzaIPA","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Mauricio Herrera Kahn","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"25 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/"},"author":{"name":"Mauricio Herrera Kahn","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/person\/5f09ccfa9eee6f369c00a47800b04af3"},"headline":"L&rsquo;or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I","datePublished":"2025-09-10T23:10:47+00:00","dateModified":"2025-09-19T20:39:58+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/"},"wordCount":5429,"publisher":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization"},"image":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg","keywords":["colonialisme","extractivisme","or","S\u00e9rie Mati\u00e8res premi\u00e8res"],"articleSection":["Am\u00e9rique du Sud","Contenu Original","Economie"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/","name":"L'or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg","datePublished":"2025-09-10T23:10:47+00:00","dateModified":"2025-09-19T20:39:58+00:00","description":"Ils nous ont dit qu'ils venaient avec la croix, mais ils \u00e9taient venus pour l'or. Et ils ne sont jamais repartis. LE PRIX D'UN CONTINENT Combien d'or nous","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg","contentUrl":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/oro-1.jpg","width":713,"height":476},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/09\/lor-et-le-pillage-en-amerique-du-sud-parte-i\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"L&rsquo;or et le pillage en Am\u00e9rique du Sud. Partie I"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#website","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/","name":"Pressenza","description":"International Press Agency","publisher":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#organization","name":"Pressenza","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/pressenza_logo_200x200.jpg","contentUrl":"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/pressenza_logo_200x200.jpg","width":200,"height":200,"caption":"Pressenza"},"image":{"@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/PressenzaItalia","https:\/\/x.com\/PressenzaIPA"]},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/#\/schema\/person\/5f09ccfa9eee6f369c00a47800b04af3","name":"Mauricio Herrera Kahn","description":"Mauricio Herrera Kahn, Mechanical Engineer graduated from the Technical University of Ecuador (UTE) in 1975, with more than 45 years of experience in the mining engineering and project development sector. He has held positions such as General Manager, Project Manager, and Head of Engineering at national and international companies, where he led studies and project execution under the EPCM (Engineering, Procurement, and Construction Management) model. He is currently General Manager at HyB Ingenieros, developing studies and analyses of new plants and processes with Capex and Opex at the engineering profile level. For several years, he has been writing articles and columns on national and international social, political, and economic analysis.","url":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/author\/mauricio-herrera-kahn\/"}]}},"place":"Santiago du Chili","original_article_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2634512","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2493"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2634512"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2634512\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2634600,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2634512\/revisions\/2634600"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2634513"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2634512"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2634512"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2634512"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}