{"id":2631415,"date":"2025-08-31T14:36:38","date_gmt":"2025-08-31T13:36:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pressenza.com\/?p=2631415"},"modified":"2025-08-31T22:30:57","modified_gmt":"2025-08-31T21:30:57","slug":"colombie-de-lor-au-petrole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/08\/colombie-de-lor-au-petrole\/","title":{"rendered":"Colombie, de l\u2019or au p\u00e9trole"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab La Colombie exporte de l&rsquo;or, du charbon et du p\u00e9trole, mais importe pauvret\u00e9 et spoliation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;or qui a d\u00e9truit la Colombie. Ce sont les Espagnols. Ils ne sont pas venus en savants ni en artistes, mais en brutes affam\u00e9es. Des soldats sans patrie des paysans sans terre, des pauvres en diable envoy\u00e9s par une monarchie en ruine pour trouver la richesse d&rsquo;autrui. Ils n&rsquo;ont pas travers\u00e9 l&rsquo;Atlantique pour construire. Ils l&rsquo;ont travers\u00e9 pour tout d\u00e9truire.<\/p>\n<p>Ils d\u00e9barqu\u00e8rent sales, violents et arm\u00e9s. Ils n&rsquo;apportaient ni science ni justice mais des poux, de la poudre \u00e0 canon et des crucifix. Ils ne savaient pas m\u00eame lire ni \u00e9crire, mais ils ont rapidement appris les mots \u00ab or \u00bb, \u00ab mine \u00bb, \u00ab punition \u00bb et \u00ab esclave \u00bb. En revanche, ils ont br\u00fbl\u00e9 des temples, d\u00e9truit des langues, an\u00e9anti des familles, et martyris\u00e9 des savoirs mill\u00e9naires qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais compris.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une conqu\u00eate. C&rsquo;\u00e9tait une op\u00e9ration syst\u00e9matique de pillage d&rsquo;extermination et de suppression. Ils sont venus pour violer, soumettre, r\u00e9duire en esclavage. L&rsquo;\u00c9glise n&rsquo;est pas venue pour sauver des \u00e2mes, mais pour b\u00e9nir les cha\u00eenes. La vice-royaut\u00e9 ne fut pas un gouvernement, mais un bourreau. L&rsquo;histoire officielle, un grand mensonge \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;encre europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Ils ne l&rsquo;ont pas fait en un mois ni en un an. Ils l&rsquo;ont fait pendant des si\u00e8cles, en occupant des villages entiers, en r\u00e9duisant en esclavage des enfants et des femmes, en polluant des rivi\u00e8res, et en d\u00e9truisant des cultures. Sur les six millions d&rsquo;indig\u00e8nes qui vivaient dans ce que nous appelons aujourd&rsquo;hui la Colombie, seule une fraction a surv\u00e9cu. La plupart ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s, d\u00e9cim\u00e9s par les travaux forc\u00e9s ou r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de fant\u00f4mes.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9but du pillage<\/strong><\/p>\n<p>Le pillage commen\u00e7a officiellement en 1499, lorsque le navigateur Alonso de Ojeda arriva dans ce qui est aujourd&rsquo;hui La Guajira. Il \u00e9tait accompagn\u00e9 du cartographe Juan de la Cosa et d&rsquo;un jeune homme qui allait finir par salir toute l&rsquo;Am\u00e9rique de son nom : Amerigo Vespucci. Le premier acte fut criminel : ils kidnapp\u00e8rent des indig\u00e8nes Wayuu pour les vendre comme esclaves aux Antilles. Ce fut cela le d\u00e9but, une attaque d\u00e9guis\u00e9e en exploration. Un enl\u00e8vement sous la banni\u00e8re chr\u00e9tienne. Une invasion sans retour.<\/p>\n<p>Et il ne suffit pas de dire que cela s&rsquo;est pass\u00e9 il y a cinq si\u00e8cles. L&rsquo;or qu&rsquo;ils ont extrait repose toujours dans les banques europ\u00e9ennes. Les montagnes qu&rsquo;ils ont perc\u00e9es sont toujours des mines actives sous contr\u00f4le \u00e9tranger. Le crime n&rsquo;est pas prescrit, il a seulement chang\u00e9 de forme. Aujourd&rsquo;hui, le pillage porte cravate mais il s&rsquo;agit toujours de colonialisme.<\/p>\n<p>Cette chronique ne pr\u00e9tend pas \u00eatre neutre. Ce n&rsquo;est pas un r\u00e9cit, c&rsquo;est un cri. Ce n&rsquo;est pas de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est une m\u00e9moire active. Une accusation contre l&#8217;empire qui est venu nous d\u00e9truire et contre tous ceux qui se sont tus.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, enfin, on \u00e9crit au nom de ceux qui n&rsquo;ont eu ni tombe ni pardon.<\/p>\n<p><strong>Avant 1500. Le monde qui existait d\u00e9j\u00e0<\/strong><\/p>\n<p>La Colombie n&rsquo;est pas n\u00e9e en 1499. Elle existait d\u00e9j\u00e0 deux mille ans auparavant. Avant d&rsquo;avoir un nom, elle avait d\u00e9j\u00e0 une \u00e2me. Avant les cartes, elle avait d\u00e9j\u00e0 des chemins. Avant les envahisseurs, elle avait d\u00e9j\u00e0 une histoire.<\/p>\n<p>Plus de 80 ethnies diff\u00e9rentes habitaient le territoire colombien actuel avant l&rsquo;arriv\u00e9e des Espagnols. Certaines d&rsquo;entre elles d\u00e9veloppaient depuis plus de 3 000 ans des syst\u00e8mes agricoles, des rituels fun\u00e9raires, des r\u00e9seaux commerciaux et des hi\u00e9rarchies sociales complexes. Ce n&rsquo;\u00e9taient pas des tribus isol\u00e9es. C&rsquo;\u00e9taient des civilisations.<\/p>\n<p>Les Muiscas, par exemple, \u00e9taient pr\u00e8s d&rsquo;un million de personnes install\u00e9es dans la savane de Bogot\u00e1. Ils cultivaient des pommes de terre, du ma\u00efs et de la quinoa, tissaient des manteaux en coton comportant des motifs sacr\u00e9s, et disposaient d&rsquo;un calendrier solaire pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Les Zen\u00fas ont con\u00e7u un r\u00e9seau hydraulique de plus de 500 kilom\u00e8tres de canaux dans les d\u00e9partements actuels de C\u00f3rdoba et Sucre, et ont cr\u00e9\u00e9 une joaillerie raffin\u00e9e qui est encore reproduite aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Les Tayronas, dans la Sierra Nevada, ont construit des centres urbains en pierre, des escaliers monumentaux, des observatoires astronomiques et des terrasses agricoles en harmonie avec la montagne.<\/p>\n<p>Les Quimbayas fondaient l&rsquo;or pour sculpter des figures d&rsquo;un symbolisme hautement religieux<\/p>\n<p>Les Wayuu, les Pijaos, les Panches, les Ember\u00e1, les Inga, les Pastos, les Arhuacos, les Koguis, les Siona, les Cof\u00e1n, les Cubeos, les Desanos et des dizaines d&rsquo;autres peuples avaient leurs propres langues, leurs propres r\u00e8gles, et leurs propres croyances.<\/p>\n<p>Ils ne parlaient pas espagnol. Ils parlaient muysccubun, kuin\u00e1, kogi, wayuunaiki, ember\u00e1-bedea, tucano oriental. Ils ne connaissaient pas J\u00e9sus. Ils adoraient le Soleil (Su\u00e9), la Lune (Ch\u00eda), l&rsquo;eau, la montagne et leurs anc\u00eatres. Ils croyaient que tout le vivant avait une \u00e2me. Ils ne craignaient pas l&rsquo;enfer, ils craignaient de d\u00e9s\u00e9quilibrer le monde.<\/p>\n<p>Les morts \u00e9taient enterr\u00e9s avec des manteaux, des c\u00e9ramiques et des graines. Non pas pour qu&rsquo;ils se d\u00e9composent, mais pour qu&rsquo;ils retournent \u00e0 la terre avec dignit\u00e9. Les tombes \u00e9taient des chambres circulaires, avec des offrandes pour le voyage. Il n&rsquo;y avait pas de purgatoire. Il y avait une continuit\u00e9.<\/p>\n<p>Les syst\u00e8mes politiques indig\u00e8nes n&rsquo;\u00e9taient ni d\u00e9sordonn\u00e9s ni arbitraires. Le <em>zipa<\/em> (NdT\u00a0: titre de noblesse des gouvernants de la partie sud de la Conf\u00e9d\u00e9ration Muisca) et le <em>zaque<\/em> (NdT\u00a0: titre de noblesse des gouvernants de la partie nord de la Conf\u00e9d\u00e9ration Muisca) dans les hauts plateaux muiscas gouvernaient avec une autorit\u00e9 rituelle.\u00a0 Chez les Tayronas, les <em>mamos<\/em> \u00e9taient des guides spirituels et des math\u00e9maticiens. En Amazonie, les caciques prenaient des d\u00e9cisions collectives apr\u00e8s avoir consult\u00e9 les anciens.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9taient pas des peuples sans \u00e9criture. Ils \u00e9crivaient sur des tissus, sur des pierres, par le biais de la m\u00e9moire orale. Ce n&rsquo;\u00e9taient pas des peuples sans science. Ils ma\u00eetrisaient la rotation des cultures, la m\u00e9decine par les plantes, l&rsquo;astronomie empirique, l&rsquo;architecture naturelle. Ce n&rsquo;\u00e9taient pas des peuples sans religion. Ils avaient des temples, des r\u00e8gles et des rituels au contenu \u00e9thique profond.<\/p>\n<p>La Colombie pr\u00e9colombienne actuelle n&rsquo;\u00e9tait pas un lieu \u00e0 d\u00e9couvrir, mais une civilisation \u00e0 respecter. Et ce qui lui a succ\u00e9d\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas une d\u00e9couverte, mais une annihilation.<\/p>\n<p><strong>1500 \u00e0 1600. L\u2019Or, le sang et l\u2019extermination<\/strong><\/p>\n<p>Ils d\u00e9barqu\u00e8rent avec des croix, des \u00e9p\u00e9es et un ordre clair : trouver de l&rsquo;or. L\u00e0 o\u00f9 il y avait de l&rsquo;or, il devait y avoir ch\u00e2timent.<\/p>\n<p>Et il y en eut.<\/p>\n<p>En 1502, Rodrigo de Bastidas arriva \u00e0 Santa Marta. En 1525, les Espagnols fond\u00e8rent la ville sur les ruines des colonies tayronas. En 1533, Pedro de Heredia fonda Carthag\u00e8ne, apr\u00e8s avoir assassin\u00e9 les indig\u00e8nes du Sin\u00fa.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, Gonzalo Jim\u00e9nez de Quesada s&rsquo;enfon\u00e7a dans les hauts plateaux de Cundiboyacense. Il le fit avec 900 hommes arm\u00e9s, motiv\u00e9 par les rumeurs d&rsquo;une civilisation riche en or et en sel, les Muiscas.<\/p>\n<p>Il ne venait pas pour fonder un pays, il venait pour le vider.<\/p>\n<p>Le mythe de l&rsquo;Eldorado n&rsquo;\u00e9tait pas une erreur, c&rsquo;\u00e9tait une excuse. Les Muiscas baignaient leurs chefs dans de la poudre d&rsquo;or comme symbole sacr\u00e9. Pour eux, l&rsquo;or n&rsquo;\u00e9tait pas une richesse. C&rsquo;\u00e9tait une c\u00e9r\u00e9monie. Pour les Espagnols, c&rsquo;\u00e9tait un butin.<\/p>\n<p>Entre 1537 et 1540, on estime que plus de 200 tonnes d&rsquo;or ont \u00e9t\u00e9 extraites de force dans les hauts plateaux andins. Rien qu&rsquo;entre 1540 et 1550, les galions envoy\u00e9s depuis Carthag\u00e8ne ont transport\u00e9 \u00e0 S\u00e9ville en moyenne 15 \u00e0 20 tonnes d&rsquo;or et d&rsquo;argent par an, selon les archives de la <em>Casa de Contrataci\u00f3n de Indias <\/em>(NdT\u00a0: 1503. Organisme commercial espagnol, cr\u00e9\u00e9 par les Rois Catholiques, pour contr\u00f4ler le commerce avec les Am\u00e9riques).<\/p>\n<p>Les Zen\u00fas furent extermin\u00e9s. Les Muiscas pass\u00e8rent de pr\u00e8s d&rsquo;un million \u00e0 moins de 100 000 en trois d\u00e9cennies. Les Pijaos, les Arhuacos, les Panches, les Calimas, les Quimbayas et les Tayronas furent pourchass\u00e9s, \u00e9vang\u00e9lis\u00e9s \u00e0 coups de matraque, ou jet\u00e9s du haut des falaises pour avoir r\u00e9sist\u00e9. On estime qu&rsquo;entre 1500 et 1600, plus de trois millions d&rsquo;autochtones sont morts dans ce qui est aujourd&rsquo;hui la Colombie, victimes de la famine, de la torture, des maladies apport\u00e9es par les envahisseurs, et du travail forc\u00e9 dans les mines et les plantations .<\/p>\n<p>Les <em>encomiendas<\/em> (NdT : Regroupement des indig\u00e8nes, par les espagnols, pour travailler sans r\u00e9tribution dans des mines ou des plantations) n&rsquo;\u00e9taient pas une aide, mais un esclavage en soutane. Les indig\u00e8nes \u00e9taient \u00ab confi\u00e9s \u00bb \u00e0 un colon espagnol qui les faisait travailler en contrepartie de \u00ab leur enseigner la foi \u00bb. Ils mouraient \u00e0 30 ans, le corps d\u00e9truit et l&rsquo;\u00e2me bris\u00e9e. L&rsquo;or qu&rsquo;ils extrayaient n&rsquo;\u00e9tait pas pour eux. Il servait \u00e0 payer les dettes du roi, \u00e0 financer les guerres en Europe et \u00e0 entretenir l&rsquo;\u00c9glise.<\/p>\n<p>Entre 1500 et 1600, l&rsquo;Espagne a emport\u00e9 de Colombie plus de 320 tonnes d&rsquo;or, soit l&rsquo;\u00e9quivalent de plus de 21 milliards de dollars actuels, plus de 700 tonnes d&rsquo;argent, \u00e9valu\u00e9es aujourd&rsquo;hui \u00e0 plus de 18,5 milliards de dollars, plus de mille pi\u00e8ces d&rsquo;orf\u00e8vrerie indig\u00e8ne fondues sans piti\u00e9, et des tonnes de sel, d&rsquo;\u00e9meraudes, de coton, de cacao, de r\u00e9sines, de peaux, de bois pr\u00e9cieux et de corps humains.<\/p>\n<p>On estime \u00e0 plus de 3 millions le nombre d&rsquo;autochtones tu\u00e9s, principalement issus des ethnies muisca, tayrona, quimbaya, zen\u00fa, pijaos, calima et sin\u00fa. Les langues musicales, tayronas, zen\u00faes et quimbayas ont \u00e9t\u00e9 presque \u00e9radiqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Les temples ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits, les femmes viol\u00e9es, les chefs ex\u00e9cut\u00e9s en public, les enfants contraints de servir les pr\u00eatres. Et la r\u00e9sistance a \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e dans le sang.<\/p>\n<p><strong>1600 \u00e0 1700<\/strong><\/p>\n<p>Le XVIIe si\u00e8cle fut l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 le pillage fut institutionnalis\u00e9. La Couronne espagnole transforma la Nouvelle-Grenade en une machine \u00e0 extraire l&rsquo;or. Les fleuves d&rsquo;Antioquia, du Choc\u00f3 et du Cauca se remplirent d&rsquo;esclaves africains arrach\u00e9s \u00e0 leurs terres, et condamn\u00e9s \u00e0 mourir de la fi\u00e8vre jaune, du paludisme et sous les coups de fouet. Les communaut\u00e9s indig\u00e8nes qui avaient surv\u00e9cu au premier si\u00e8cle d&rsquo;extermination ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites au servage et des <em>repartimientos<\/em> (NdT\u00a0: syst\u00e8me de travail colonial impos\u00e9 \u00e0 la population indig\u00e8ne de l&rsquo;Empire espagnol) oblig\u00e9es de fournir leur force de travail sans rien recevoir d\u2019autre en \u00e9change que la faim et la maladie.<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne n&rsquo;a pas construit un pays, elle a construit une mine. Bogot\u00e1 n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un centre administratif au service du pillage. L&rsquo;or \u00e9tait fondu, marqu\u00e9 du sceau royal et envoy\u00e9 \u00e0 S\u00e9ville dans des navires escort\u00e9s par des canons. Chaque gramme emport\u00e9 \u00e9quivalait \u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res de vies bris\u00e9es. La richesse qui s&rsquo;affiche aujourd&rsquo;hui dans les \u00e9glises baroques de Quito, Lima et S\u00e9ville est n\u00e9e de la sueur et du sang des mineurs r\u00e9duits en esclavage en Colombie.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, les terres \u00e9taient r\u00e9parties entre les <em>encomenderos<\/em> (NdT\u00a0: souvent d&rsquo;anciens conquistadors, qui b\u00e9n\u00e9ficiaient de pouvoirs sur la population indig\u00e8ne) et les propri\u00e9taires terriens qui commen\u00e7aient \u00e0 accumuler des pouvoirs locaux. Une oligarchie cr\u00e9ole voyait le jour, qui avait bien appris la le\u00e7on de la m\u00e9tropole : la richesse ne venait pas de la production, mais de l&rsquo;exploitation. La campagne s&rsquo;organisa en haciendas qui absorb\u00e8rent les terres communales et r\u00e9duisirent en esclavage tant les indig\u00e8nes que les Africains. L&rsquo;app\u00e9tit de l&#8217;empire \u00e9tait insatiable et la Nouvelle-Grenade devint son grenier \u00e0 m\u00e9taux pr\u00e9cieux, au d\u00e9triment d&rsquo;un peuple qui survivait \u00e0 peine sous le poids de la croix et de l&rsquo;\u00e9p\u00e9e.<\/p>\n<p>Et comme si cela ne suffisait pas, les <em>encomenderos<\/em> ont commenc\u00e9 \u00e0 importer des esclaves africains pour remplacer les populations qui ne pouvaient plus travailler \u00e0 cause de la mortalit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e. L&rsquo;esclavage des indig\u00e8nes n&rsquo;\u00e9tait que le premier cycle.<\/p>\n<p>Au cours du XVIIe si\u00e8cle, les Espagnols ont extrait au moins 450 tonnes d&rsquo;or de Colombie, principalement dans les r\u00e9gions d&rsquo;Antioquia, de Choc\u00f3 et de Santa Fe. Si l&rsquo;on convertit ce chiffre en valeur actuelle (juillet 2025), avec une moyenne de 70 000 dollars am\u00e9ricains par kilo, cela repr\u00e9sente un pillage \u00e9quivalent \u00e0 31,5 milliards de dollars rien qu&rsquo;en or.<\/p>\n<p>En outre, on estime qu&rsquo;environ 6 000 tonnes d&rsquo;argent ont \u00e9t\u00e9 extraites, en particulier dans l&rsquo;actuel d\u00e9partement de Nari\u00f1o, pour \u00eatre directement achemin\u00e9es vers Carthag\u00e8ne, puis vers S\u00e9ville. Aux prix actuels du march\u00e9, estim\u00e9s \u00e0 900 dollars am\u00e9ricains le kilo, la valeur de l&rsquo;argent pill\u00e9 d\u00e9passe les 5,4 milliards de dollars.<\/p>\n<p>Outre les m\u00e9taux pr\u00e9cieux, les Espagnols ont \u00e9galement exploit\u00e9 de grandes quantit\u00e9s d&rsquo;\u00e9meraudes, en particulier dans les mines de Muzo et Chivor, avec une production estim\u00e9e pour ce si\u00e8cle \u00e0 plus de 100 millions de carats, dont au moins 40 millions ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s en Europe. \u00c9valu\u00e9e de mani\u00e8re prudente \u00e0 300 dollars am\u00e9ricains par carat, cette spoliation repr\u00e9sente 12 milliards de dollars suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s&rsquo;ajoute l&rsquo;exploitation de bois pr\u00e9cieux tels que l&rsquo;\u00e9b\u00e8ne, le palo brasil et le c\u00e8dre, principalement export\u00e9s par voie fluviale depuis les vall\u00e9es du Magdalena et de l&rsquo;Atrato. Bien qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de registre pr\u00e9cis en tonnes, on estime \u00e0 plus de 1,5 milliard de dollars la valeur cumul\u00e9e du volume commercial exp\u00e9di\u00e9 dans les gal\u00e8res royales.<\/p>\n<p>Enfin, il ne faut pas oublier l&rsquo;exploitation des perles sur les c\u00f4tes cara\u00efbes colombiennes, en particulier \u00e0 La Guajira et dans l&rsquo;archipel de San Andr\u00e9s, dont la valeur estim\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00e9quivaudrait aujourd&rsquo;hui \u00e0 plus de 500 millions de dollars, compte tenu des volumes enregistr\u00e9s \u00e0 Carthag\u00e8ne.<\/p>\n<p>Le montant total estim\u00e9 du pillage espagnol en Colombie au cours du XVIIe si\u00e8cle s&rsquo;\u00e9l\u00e8verait, en valeur actuelle \u00e0 50,9 milliards de dollars.<\/p>\n<p><strong>Le si\u00e8cle de la r\u00e9sistance invisible<\/strong><\/p>\n<p>Si le si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent fut celui du pillage syst\u00e9matique, le XVIIIe si\u00e8cle fut celui de la r\u00e9sistance silencieuse. Les peuples indig\u00e8nes qui avaient surv\u00e9cu au g\u00e9nocide espagnol, appauvris, diminu\u00e9s et dispers\u00e9s, commenc\u00e8rent \u00e0 s&rsquo;organiser dans des formes silencieuses de r\u00e9sistance : fuites massives, colonies cach\u00e9es, langues pr\u00e9serv\u00e9es en secret, rituels nocturnes, et surtout, refus de dispara\u00eetre totalement. Car l&rsquo;extermination ne s&rsquo;est pas achev\u00e9e avec l&rsquo;\u00e9p\u00e9e. Elle s&rsquo;est poursuivie avec les imp\u00f4ts, les ch\u00e2timents, le travail forc\u00e9, le d\u00e9ni de l&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p>Les Espagnols n&rsquo;avaient plus besoin de conqu\u00e9rir d&rsquo;autres territoires. Ils les poss\u00e9daient d\u00e9j\u00e0. Ils avaient d\u00e9sormais besoin d&rsquo;une main-d&rsquo;\u0153uvre esclave pour continuer \u00e0 extraire des richesses. Ainsi, tandis que l&rsquo;or d&rsquo;Antioquia continuait d&rsquo;affluer vers S\u00e9ville, des milliers d&rsquo;indig\u00e8nes \u00e9taient contraints de travailler dans les mines, les haciendas, les sucreries et les voies de transport. \u00c0 ceux-ci s&rsquo;ajout\u00e8rent les esclaves africains, amen\u00e9s par des navires n\u00e9griers financ\u00e9s par la couronne espagnole, mais aussi par des marchands anglais, fran\u00e7ais et portugais. La traite des esclaves devint une industrie parall\u00e8le au pillage minier.<\/p>\n<p>Les ethnies Way\u00fau, Zen\u00fa, Muisca, Kankuamo, Yukpa et Embera ont continu\u00e9 \u00e0 souffrir des abus du syst\u00e8me colonial. Certaines ont r\u00e9ussi \u00e0 se cacher dans des zones recul\u00e9es. D&rsquo;autres ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9es par les maladies, les ch\u00e2timents ou directement assassin\u00e9es par les <em>encomenderos<\/em> et les autorit\u00e9s vice-royales. On estime que plus de 700 000 indig\u00e8nes colombiens sont morts au cours de ce si\u00e8cle victimes de conditions de travail inhumaines, de punitions, de maladies et d&rsquo;ex\u00e9cutions sommaires. Aucun de ces crimes n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9, aucune tombe n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e. Pendant ce temps, le pillage se poursuivait.<\/p>\n<p><strong>Les chiffres concrets du pillage colonial (1700-1800)<\/strong><\/p>\n<p>Au cours du XVIIIe si\u00e8cle, le pillage espagnol en Colombie s&rsquo;est poursuivi \u00e0 un rythme soutenu, gr\u00e2ce \u00e0 une nouvelle organisation administrative plus efficace pour l&rsquo;extraction. On estime qu&rsquo;au moins 500 tonnes suppl\u00e9mentaires d&rsquo;or ont \u00e9t\u00e9 extraites, ce qui \u00e9quivaut aujourd&rsquo;hui \u00e0 plus de 35 milliards de dollars. La production d&rsquo;argent a augment\u00e9 pour atteindre 7 000 tonnes, soit l&rsquo;\u00e9quivalent de 6,3 milliards de dollars.<\/p>\n<p>Les \u00e9meraudes ont continu\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un tr\u00e9sor cach\u00e9. Plus de 25 millions de carats d&rsquo;une valeur estim\u00e9e \u00e0 environ 7,5 milliards de dollars, ont \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9s vers l&rsquo;Europe. L&rsquo;exploitation des bois pr\u00e9cieux s&rsquo;est \u00e9tendue vers le sud et le centre du pays, pour une valeur totale estim\u00e9e \u00e0 2 milliards de dollars. \u00c0 cela s&rsquo;ajoutent les perles, le sel et les produits agricoles tels que le cacao, le tabac et l&rsquo;indigo, export\u00e9s par la couronne avec des b\u00e9n\u00e9fices qui \u00e9quivaudraient aujourd&rsquo;hui \u00e0 4 milliards de dollars suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Une estimation du total pill\u00e9 par les Espagnols en Colombie au cours du XVIIIe si\u00e8cle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, en valeur actuelle, \u00e0 environ 54,8 milliards de dollars.<\/p>\n<p><strong>1800 \u00e0 1900<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;ind\u00e9pendance n&rsquo;a pas apport\u00e9 la libert\u00e9, elle a seulement chang\u00e9 de ma\u00eetre.<\/p>\n<p>La Colombie s&rsquo;est \u00ab lib\u00e9r\u00e9e \u00bb en 1810. Mais pour les peuples autochtones, rien n&rsquo;a chang\u00e9. Pour les Afro-descendants, rien ne s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9. L&rsquo;esclavage a perdur\u00e9 jusqu&rsquo;en 1851. Les terres vol\u00e9es par les <em>encomenderos<\/em> n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9es, et les mines sont rest\u00e9es entre des mains priv\u00e9es. Les indig\u00e8nes, \u00e0 qui on avait promis la r\u00e9demption, sont rest\u00e9s de la chair \u00e0 canon, des ouvriers agricoles, une main-d&rsquo;\u0153uvre bon march\u00e9 et une cible militaire.<\/p>\n<p>Les Cr\u00e9oles qui ont men\u00e9 la lutte pour l&rsquo;ind\u00e9pendance ne se battaient pas pour le peuple, mais pour le pouvoir. Ils voulaient remplacer les vice-rois par des pr\u00e9sidents, mais sans changer le syst\u00e8me. Le pillage de l&rsquo;or, de l&rsquo;argent et du sel s&rsquo;est poursuivi, mais d\u00e9sormais sous des banni\u00e8res nationales et des discours r\u00e9publicains. L\u00e0 o\u00f9 se trouvait auparavant la couronne espagnole, il y avait d\u00e9sormais l&rsquo;aristocratie cr\u00e9ole. L\u00e0 o\u00f9 se trouvaient auparavant les ordres du roi, il y avait d\u00e9sormais les int\u00e9r\u00eats des oligarchies locales.<\/p>\n<p>Entre 1820 et 1890, la Colombie a export\u00e9 plus de 12 000 tonnes d&rsquo;or, presque enti\u00e8rement extraites par des personnes d&rsquo;ascendance africaine dans des conditions inhumaines \u00e0 Choc\u00f3, Antioquia et Cauca. La plupart sont morts sans nom, sans salaire, sans droits. Les mines du fleuve Cauca ont fait plus de victimes que les guerres civiles.<\/p>\n<p>Les peuples autochtones ont subi des d\u00e9placements massifs dans les Andes, dans la Sierra Nevada, dans le Putumayo. Les communaut\u00e9s Nasa, Kogi, Wayuu et Embera ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites, accul\u00e9es, accus\u00e9es d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0arri\u00e9r\u00e9es\u00a0\u00bb et contraintes de payer des tributs m\u00eame apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance. En 1861, la loi sur les \u00ab terres incultes \u00bb a l\u00e9galement autoris\u00e9 la spoliation de millions d&rsquo;hectares de terres autochtones au nom du d\u00e9veloppement agricole. L&rsquo;\u00c9tat colombien a institutionnalis\u00e9 la spoliation.<\/p>\n<p>Certains se sont rebell\u00e9s. En 1839, \u00e0 Pasto, les indig\u00e8nes quillacingas et les paysans pauvres se sont soulev\u00e9s contre le centralisme lib\u00e9ral qui voulait leur prendre leurs terres, mais ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9s. En 1880, les communaut\u00e9s Kankuamas ont tent\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer leurs territoires dans la Sierra Nevada et ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9es par l&rsquo;arm\u00e9e. La R\u00e9publique ne les a pas prot\u00e9g\u00e9s, elle les a r\u00e9prim\u00e9s.<\/p>\n<p>Les mati\u00e8res premi\u00e8res pill\u00e9es au cours du XIXe si\u00e8cle \u00e9taient importantes : plus de 12 000 tonnes d&rsquo;or, d&rsquo;une valeur estim\u00e9e \u00e0 24 milliards de dollars au cours actuel, plus de 50 millions de carats d&rsquo;\u00e9meraudes, extraites principalement \u00e0 Muzo et Chivor, d&rsquo;une valeur sup\u00e9rieure \u00e0 15 milliards de dollars.<\/p>\n<p>Plus de 2 millions de tonnes de sel, essentielles \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie coloniale et cr\u00e9ole ont \u00e9t\u00e9 pill\u00e9es dans les hauts plateaux de Cundiboyacense, ainsi que plus d&rsquo;un million de tonnes de tabac et au moins 800 000 tonnes de caf\u00e9 cultiv\u00e9, qui ont ouvert la voie \u00e0 l&rsquo;exportation sans r\u00e9mun\u00e9ration \u00e9quitable pour les paysans et les indig\u00e8nes spoli\u00e9s de leurs terres.<\/p>\n<p>L&rsquo;essor du caoutchouc en Amazonie colombienne, en particulier entre 1880 et 1900, a non seulement g\u00e9n\u00e9r\u00e9 des profits colossaux pour les entreprises \u00e9trang\u00e8res, mais a \u00e9galement entra\u00een\u00e9 l&rsquo;extermination syst\u00e9matique des communaut\u00e9s autochtones du Putumayo et du Caquet\u00e1. Le charbon, le platine, les bois pr\u00e9cieux, le quinquina et les peaux ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pill\u00e9s en silence, sans aucune compensation historique.<\/p>\n<p>On estime qu&rsquo;au moins 250 000 personnes autochtones sont mortes directement ou indirectement au cours de ce si\u00e8cle \u00e0 cause du travail forc\u00e9, des maladies, des massacres, des d\u00e9placements, de la perte de territoires, de la faim et de la violence structurelle. La plupart appartenaient aux ethnies Kogi, Nasa, Embera, Sikuani, Uitoto, Inga, Pasto, Kankuamo, parmi beaucoup d&rsquo;autres.<\/p>\n<p>Le XIXe si\u00e8cle fut un si\u00e8cle de fausse libert\u00e9. Les Espagnols n&rsquo;\u00e9taient plus l\u00e0, mais le pillage continuait. Seulement, d\u00e9sormais, il parlait le castillan sans accent.<\/p>\n<p><strong>1900 \u00e0 1950<\/strong><\/p>\n<p>Le XXe si\u00e8cle a commenc\u00e9 dans le sang et s&rsquo;est termin\u00e9 dans le silence.<\/p>\n<p>La Colombie est entr\u00e9e dans le XXe si\u00e8cle encore divis\u00e9e entre les grands propri\u00e9taires terriens, les compagnies banani\u00e8res et les gouvernements serviles. L&rsquo;ind\u00e9pendance appartenait d\u00e9j\u00e0 au pass\u00e9, mais la libert\u00e9 faisait toujours d\u00e9faut. En 1928, la United Fruit Company a ordonn\u00e9 de tirer sur ses propres travailleurs en gr\u00e8ve, et l&rsquo;\u00c9tat colombien a ob\u00e9i.<\/p>\n<p>Le massacre des Bananeraies, qui s&rsquo;est produit \u00e0 Ci\u00e9naga, dans le d\u00e9partement de Magdalena, a fait entre 1 000 et 3 000 morts parmi les travailleurs, selon diverses sources. Il n&rsquo;y a toujours pas de chiffres officiels ni de v\u00e9ritable justice. Ce crime a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 depuis des bureaux de Boston, ex\u00e9cut\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e colombienne et pass\u00e9 sous silence par la presse de l&rsquo;\u00e9poque. Le message \u00e9tait clair : les fruits valaient plus que la vie.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, dans le sud, dans la r\u00e9gion amazonienne du Putumayo, la Casa Arana, une entreprise anglo-p\u00e9ruvienne \u00e0 capitaux britanniques, r\u00e9duisait en esclavage les peuples Uitoto, Bora, Ocaina et Muinane pour extraire du caoutchouc. On estime que plus de 40 000 indig\u00e8nes sont morts entre 1900 et 1920 \u00e0 cause des tortures, des mutilations, des viols, des travaux forc\u00e9s et de la faim. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un g\u00e9nocide lent, parfois plus brutal que celui des si\u00e8cles coloniaux. Tout cela pour alimenter la fi\u00e8vre du caoutchouc en Europe et aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Dans les Andes, l&rsquo;exploitation mini\u00e8re de l&rsquo;or et du sel restait contr\u00f4l\u00e9e par des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res. \u00c0 Antioquia, les capitaux canadiens et am\u00e9ricains contr\u00f4laient la production, tandis que les mineurs colombiens mouraient de silicose ou dans des effondrements. \u00c0 Boyac\u00e1, les ouvriers des salines de Zipaquir\u00e1 \u00e9taient exploit\u00e9s par l&rsquo;\u00c9tat et par des entrepreneurs priv\u00e9s, sans droits du travail, sans syndicats r\u00e9els, sans voix.<\/p>\n<p>Les chiffres du pillage entre 1900 et 1950 sont scandaleux : plus de 15 millions de tonnes de bananes export\u00e9es, principalement par la United Fruit Company, pour une valeur actuelle de 12 milliards de dollars, tandis que les paysans vivaient sans eau potable ni \u00e9coles, plus de 200 000 tonnes de caoutchouc amazonien, d&rsquo;une valeur actuelle de plus de 6 milliards de dollars, extraites au prix du sang des indig\u00e8nes du Putumayo.<\/p>\n<p>\u00c0 quoi s&rsquo;ajoutent plus de 5 millions de tonnes de caf\u00e9, qui commen\u00e7aient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 positionner la Colombie en tant que puissance exportatrice, sans que les petits producteurs ni les communaut\u00e9s rurales ne constatent de r\u00e9elles am\u00e9liorations.<\/p>\n<p>L&rsquo;or, le platine et les \u00e9meraudes ont continu\u00e9 d&rsquo;affluer vers les \u00c9tats-Unis, l&rsquo;Angleterre et la Suisse, avec au moins 8 000 tonnes d&rsquo;or export\u00e9es pour une valeur estim\u00e9e \u00e0 16 milliards de dollars.<\/p>\n<p>L&rsquo;exploitation du sel, du charbon, des bois pr\u00e9cieux, du coton et du tabac s&rsquo;est poursuivie dans le cadre d&rsquo;une \u00ab \u00e9conomie d&rsquo;enclave \u00bb, o\u00f9 les profits \u00e9taient \u00e9trangers et les pertes colombiennes.<\/p>\n<p>Au total, on estime qu&rsquo;au moins 400 000 personnes sont mortes ou ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9es au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle en raison du travail forc\u00e9 de la r\u00e9pression \u00e9tatique, des massacres li\u00e9s au travail, des maladies caus\u00e9es par l&rsquo;abandon et la perte constante de territoire des communaut\u00e9s autochtones et afro-colombiennes.<\/p>\n<p>Le drapeau avait chang\u00e9 et l&rsquo;hymne \u00e9tait diff\u00e9rent. Mais les morts \u00e9taient les m\u00eames.<\/p>\n<p><strong>De 1950 \u00e0 ce jour<\/strong><\/p>\n<p>Le XXIe si\u00e8cle a commenc\u00e9 avec du p\u00e9trole, de la coca\u00efne et du sang. Et la blessure n&rsquo;est pas encore referm\u00e9e.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1950, la Colombie a cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre uniquement une terre d&rsquo;or, de caf\u00e9 et d&rsquo;\u00e9meraudes pour devenir un butin de guerre. Au nom du d\u00e9veloppement, de nouvelles multinationales sont arriv\u00e9es, mais aussi de nouvelles formes d&rsquo;expropriation. Les armes ont remplac\u00e9 le fouet, mais le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 le m\u00eame : des populations d\u00e9plac\u00e9es, des for\u00eats d\u00e9truites, des millions de morts.<\/p>\n<p>La violence partisane entre lib\u00e9raux et conservateurs a fait plus de 300 000 morts entre 1948 et 1958. Puis sont venus les gu\u00e9rillas, les paramilitaires, le narcotrafic et la guerre totale. Plus de 9 millions de Colombiens ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s de force et au moins 450 000 civils ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s depuis 1960, selon la Commission de la V\u00e9rit\u00e9. La plupart \u00e9taient des paysans, des indig\u00e8nes, des Afro-Colombiens, des leaders sociaux. Les m\u00eames que d&rsquo;habitude.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, les richesses naturelles continuaient leur route vers le nord : la Colombie a export\u00e9 plus de 4 milliards de barils de p\u00e9trole entre 1980 et 2023 avec des recettes brutes d\u00e9passant les 240 milliards de dollars, entre les mains d&rsquo;Ecopetrol, mais aussi d&rsquo;ExxonMobil, Oxy, BP et Chevron.<\/p>\n<p>La mine de Cerrej\u00f3n, dans la r\u00e9gion de La Guajira, contr\u00f4l\u00e9e pendant des d\u00e9cennies par Glencore et Anglo American, a export\u00e9 plus de 1,2 milliard de tonnes de charbon, pour une valeur cumul\u00e9e sup\u00e9rieure \u00e0 70 milliards de dollars. Tout cela alors que les communaut\u00e9s wayuu mouraient de soif \u00e0 quelques m\u00e8tres de la mine.<\/p>\n<p>La fi\u00e8vre de l&rsquo;or a repris avec des entreprises telles que Gran Colombia Gold, Zijin Mining et d&rsquo;autres. Rien qu&rsquo;entre 2010 et 2023, plus de 500 tonnes ont \u00e9t\u00e9 extraites, pour un chiffre d&rsquo;affaires estim\u00e9 \u00e0 30 milliards de dollars, tandis que des milliers de mineurs informels sont morts sans contrat, et que les sources d&rsquo;eau ont \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9es au mercure.<\/p>\n<p>Les plus belles \u00e9meraudes du monde continuent de provenir de Boyac\u00e1. Mais leur route est marqu\u00e9e par les mafias, le paramilitarisme et une violence qui a fait plus de 3 000 morts rien que dans les guerres des \u00e9meraudes des ann\u00e9es 80 et 90.<\/p>\n<p>Le pillage a chang\u00e9 de nom, mais pas de forme. Aujourd&rsquo;hui, on l&rsquo;appelle\u00a0 \u00ab\u00a0investissement \u00e9tranger\u00bb, mais les contrats continuent d&rsquo;accorder des exon\u00e9rations fiscales, des zones franches et des permis environnementaux express aux entreprises mini\u00e8res, \u00e9nerg\u00e9tiques, foresti\u00e8res et m\u00eame aux soci\u00e9t\u00e9s num\u00e9riques qui extraient des donn\u00e9es comme on extrayait autrefois de l&rsquo;or.<\/p>\n<p>Et tout cela alors qu&rsquo;au moins 100 ethnies autochtones continuent d&rsquo;\u00eatre menac\u00e9es d&rsquo;extinction physique ou culturelle, selon l\u2019<em>Organizaci\u00f3n Nacional Ind\u00edgena de Colombia<\/em> (ONIC). Sur les 102 peuples autochtones reconnus, 35 ont d\u00e9j\u00e0 perdu plus de 50 % de leur territoire ancestral et plus de 30 % de leur population.<\/p>\n<p>La carte a chang\u00e9, le drapeau a chang\u00e9, mais le d\u00e9pouillement continue.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;or a disparu, le sang est rest\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Ils ont appel\u00e9 cela une d\u00e9couverte, mais ce fut un assaut. Ils ont appel\u00e9 cela une conqu\u00eate, mais ce fut un extermination. Ils ont appel\u00e9 cela une civilisation, mais ce fut un g\u00e9nocide. La Colombie n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte, elle a \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e. Et ce qui a suivi n&rsquo;\u00e9tait pas un processus historique, mais un massacre soutenu, d&rsquo;abord par l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, puis par les entreprises, et toujours dans l&rsquo;impunit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;or des Muiscas, le sel des Tunebos, la sueur des Ember\u00e1, toute la vie des Zen\u00faes. Tout a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9, fondu, vendu, export\u00e9. Ce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas emport\u00e9 dans des bateaux, ils l&rsquo;ont enterr\u00e9 dans des fosses communes. Ce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas effac\u00e9 par le feu, ils l&rsquo;ont d\u00e9truit par des lois. Et s&rsquo;il restait quelque chose, ils l&rsquo;ont exploit\u00e9 au nom du march\u00e9.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, en 2025, il y a encore des enfants wayuu qui meurent de soif, des chefs indig\u00e8nes assassin\u00e9s chaque semaine, des langues qui disparaissent sans que personne ne les \u00e9coute. Et dans les vitrines d&rsquo;Europe, les bijoux fabriqu\u00e9s \u00e0 partir de cet or vol\u00e9 continuent de briller. Le pillage n&rsquo;a pas pris fin, il a simplement chang\u00e9 de nom. Ils ne viennent plus en caravelles, mais d\u00e9sormais en costumes verts de mineurs, sous couvert de trait\u00e9s de libre-\u00e9change et d&rsquo;ONG d\u00e9guis\u00e9es en organisations humanitaires.<\/p>\n<p>Mais la m\u00e9moire persiste. Dans chaque chant ancestral, dans chaque indig\u00e8ne, dans chaque m\u00e8re qui d\u00e9fend sa cause, r\u00e9side la dignit\u00e9 de ceux qui ne se sont pas rendus. Ils n&rsquo;ont pas pu tous les tuer. Ils ne pourront pas les r\u00e9duire au silence ind\u00e9finiment.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de la Colombie ne se mesure pas en tonnes d&rsquo;or. Elle se mesure en millions de vies pi\u00e9tin\u00e9es par la Couronne espagnole, et en centaines de peuples qui r\u00e9sistent encore aujourd&rsquo;hui. Et cet article, comme ceux qui suivront, n&rsquo;est pas seulement un r\u00e9cit. C&rsquo;est un acte de justice.<\/p>\n<p>Le pillage a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 au nom du roi, mais il a \u00e9t\u00e9 accompli au prix du sacrifice et de l&rsquo;extermination des peuples autochtones de Colombie&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Bibliographie et sources de r\u00e9f\u00e9rence\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Galeano, Eduardo. Las venas abiertas de Am\u00e9rica Latina. Siglo XXI, 1971.<\/p>\n<p>Bakewell, Peter. Historia de la miner\u00eda en Am\u00e9rica Latina. Fondo de Cultura Econ\u00f3mica.<\/p>\n<p>CEPAL. Estad\u00edsticas hist\u00f3ricas de Am\u00e9rica Latina y el Caribe. Naciones Unidas.<\/p>\n<p>Ocampo, Jos\u00e9 Antonio. Historia econ\u00f3mica de Colombia. Planeta.<\/p>\n<p>Kalmanovitz, Salom\u00f3n. Nueva historia econ\u00f3mica de Colombia. Taurus, 2010.<\/p>\n<p>Banco de la Rep\u00fablica de Colombia. Series hist\u00f3ricas de comercio exterior y PIB.<\/p>\n<p>DANE. Estad\u00edsticas hist\u00f3ricas del comercio exterior de Colombia.<\/p>\n<p>Federaci\u00f3n Nacional de Cafeteros. Series de producci\u00f3n y exportaci\u00f3n, 1927\u20132025.<\/p>\n<p>UPME (Unidad de Planeaci\u00f3n Minero-Energ\u00e9tica). Anuarios minero-energ\u00e9ticos.<\/p>\n<p>Analdex. Boletines de comercio exterior, 2010\u20132025.<\/p>\n<p>Reuters, Energy News, El Colombiano, Finance Colombia. Reportes sobre exportaciones y materias primas, 2024\u20132025.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Traduction de l&rsquo;espagnol, Ginette Baudelet<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Voir tous les articles de la S\u00e9rie Mati\u00e8res premi\u00e8res, \u00c9nergie, souverainet\u00e9, pouvoir <a href=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/tag\/serie-matieres-premieres\/\">ICI<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab La Colombie exporte de l&rsquo;or, du charbon et du p\u00e9trole, mais importe pauvret\u00e9 et spoliation\u00a0\u00bb. 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