{"id":2624560,"date":"2025-08-05T00:38:01","date_gmt":"2025-08-04T23:38:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pressenza.com\/?p=2624560"},"modified":"2025-08-05T00:38:01","modified_gmt":"2025-08-04T23:38:01","slug":"vegetarisme-et-non-violence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/08\/vegetarisme-et-non-violence\/","title":{"rendered":"V\u00e9g\u00e9tarisme et non-violence"},"content":{"rendered":"<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Cet article est le troisi\u00e8me volet d\u2019une s\u00e9rie de trois consacr\u00e9s \u00e0 des th\u00e9matiques qui sont dans l\u2019actualit\u00e9 de la non-violence. Apr\u00e8s le premier consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019<a href=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/06\/ecofeminisme-et-non-violence\/\">Ecof\u00e9minisme et la non-violence<\/a>, le second sur <a href=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/07\/pacifisme-et-non-violence\/\">Pacifisme et non-violence<\/a><\/em>,<em> voici le troisi\u00e8me et dernier qui traite du V\u00e9g\u00e9tarisme et de la non-violence.<\/em> <em>Une version PDF de cet article est en lien en bas de page.<\/em><span id=\"more-6266\"><\/span><\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><em>Un jour viendra o\u00f9 l\u2019id\u00e9e que, pour se nourrir, les hommes du pass\u00e9 \u00e9levaient et massacraient des \u00eatres vivants et exposaient complaisamment leur chair en lambeaux dans des vitrines inspirera sans doute la m\u00eame r\u00e9pulsion qu\u2019aux voyageurs du XVI<sup>e<\/sup> ou du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les repas cannibales des sauvages am\u00e9ricains, oc\u00e9aniens ou africains. <\/em>[1]<em><br \/>\n<\/em>Claude L\u00e9vi-Strauss (1908-2009)<\/p><\/blockquote>\n<p>Le v\u00e9g\u00e9tarisme n\u2019est pas une simple option alimentaire, il est un acte profond\u00e9ment \u00e9thique et politique, surtout quand il est li\u00e9 \u00e0 la non-violence. Refuser de manger des animaux (cette expression en elle-m\u00eame prend d\u00e9j\u00e0 tout son sens, car il s\u2019agit, en n\u2019utilisant pas le mot \u00ab\u00a0viande\u00a0\u00bb, de rappeler son origine vivante), c\u2019est refuser de participer \u00e0 une forme de violence syst\u00e9mique, \u00e0 la fois contre les \u00eatres sensibles que sont les animaux, mais aussi contre l\u2019environnement et plus largement les peuples de cette Terre. Dans un monde o\u00f9 la destruction du vivant semble inexorable, o\u00f9 les violences \u00e9cologiques et sociales se multiplient, adopter une alimentation v\u00e9g\u00e9tarienne est un geste de coh\u00e9rence et de r\u00e9sistance. Nous proposons ici de d\u00e9nommer cette philosophie et pratique alimentaires \u00e9thiques reli\u00e9es \u00e0 une perspective politique et \u00e9cologique, le \u00ab\u00a0v\u00e9g\u00e9tarisme non-violent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Aux sources du v\u00e9g\u00e9tarisme \u00e9thique<\/strong><\/p>\n<p>La non-violence appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019alimentation ne date pas d\u2019hier. Elle prend racine dans les grandes traditions spirituelles de l\u2019Orient. Dans le ja\u00efnisme, le bouddhisme et plus tardivement dans l\u2019hindouisme, l\u2019id\u00e9al d\u2019<em>ahimsa <\/em>ou non-nuisance, implique de ne causer aucun tort aux \u00eatres vivants. L\u2019<em>ahimsa<\/em> (que Gandhi traduira par \u00ab\u00a0non-violence\u00a0\u00bb en 1919), signifie \u00ab\u00a0le respect absolu, en pens\u00e9e, en acte et en action, de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique de tout \u00eatre vivant\u00a0\u00bb[2]. Dans ces traditions orientales, l\u2019<em>ahimsa <\/em>est envisag\u00e9 comme une abstention de faire du mal et de tuer. Plus tard, sa signification \u00e9voluera en impliquant une \u00e9thique et une attitude proche de la bienveillance, de la bont\u00e9 et du respect de toute vie.<\/p>\n<p>Le v\u00e9g\u00e9tarisme est l\u2019un des piliers de la philosophie de la non-violence de Gandhi. Il d\u00e9couvre ce mode alimentaire lors de la lecture du livre de Henry Stephens Salt, <em>Plaidoyer pour le v\u00e9g\u00e9tarisme<\/em> (1886), livre qu\u2019il trouve dans un restaurant v\u00e9g\u00e9tarien \u00e0 Londres. \u00ab\u00a0S\u2019il peut \u00eatre d\u00e9montr\u00e9 que les hommes peuvent vivre tout aussi bien sans nourriture carn\u00e9e, \u00e9crit Henry Salt dans cet essai, ou plut\u00f4t, \u00e0 moins qu\u2019il ne puisse \u00eatre d\u00e9montr\u00e9 que c\u2019est le contraire (car la charge de la preuve doit toujours reposer sur ceux qui prennent sur eux la responsabilit\u00e9 de l\u2019abattage en masse), il doit certainement sembler injustifiable, au nom de l\u2019humanit\u00e9, d\u2019\u00e9lever et de tuer des animaux \u00e0 des fins purement culinaires.\u00a0\u00bb[3] Dans son <em>Autobiographie<\/em>, Gandhi, fid\u00e8le au principe d\u2019<em>ahimsa<\/em>, fait part de sa r\u00e9volte contre la \u00ab\u00a0cruaut\u00e9\u00a0\u00bb du culte hindou qui consiste \u00e0 sacrifier des moutons et des agneaux au nom de la religion. \u00ab\u00a0Jamais je ne consentirais \u00e0 sacrifier au corps humain la vie d\u2019un agneau, \u00e9crit-il. J\u2019estime que moins une cr\u00e9ature peut se d\u00e9fendre, plus elle a droit \u00e0 la protection de l\u2019homme contre la cruaut\u00e9 humaine.\u00a0\u00bb[4]<\/p>\n<p>Particuli\u00e8rement sensible \u00e0 la protection des vaches (qui est un principe central de l\u2019hindouisme), Gandhi cr\u00e9e en avril 1925 l\u2019Organisation panindienne de protection des vaches. Il consid\u00e8re comme \u00ab\u00a0sublime\u00a0\u00bb cette philosophie de la protection des vaches, car \u00ab\u00a0elle place instantan\u00e9ment la cr\u00e9ation animale sur le m\u00eame plan que l\u2019homme, relativement \u00e0 leur droit de vivre\u00a0\u00bb[5]. \u00ab Pour celui qui croit en l\u2019<em>ahimsa<\/em>, nous dit Gandhi, le fait de ne pas tuer des animaux est un devoir.\u00a0\u00bb[6] Ce devoir moral implique une alimentation v\u00e9g\u00e9tarienne pour \u00ab ne pas vivre au d\u00e9pens des animaux \u00bb. Gandhi n\u2019accorde que peu d\u2019importance aux d\u00e9bats concernant la sant\u00e9 (\u00e0 savoir que le r\u00e9gime v\u00e9g\u00e9tarien permettrait d\u2019\u00e9viter certaines maladies et d\u2019\u00eatre en meilleure sant\u00e9). Ce qui prime avant tout, \u00ab pour rester fid\u00e8le au v\u00e9g\u00e9tarisme \u00bb, c\u2019est \u00ab l\u2019assise morale \u00bb. Au-del\u00e0 des bienfaits personnels, il importe d\u2019avoir un \u00ab objectif altruiste \u00bb, explique Gandhi dans un discours prononc\u00e9 \u00e0 Londres le 20 novembre 1931 \u00e0 la Vegetarian Society. Il insiste sur cette dimension morale du v\u00e9g\u00e9tarisme en affirmant que \u00ab les fondements sur lesquels repose une association v\u00e9g\u00e9tarienne, proclamant un principe v\u00e9g\u00e9tarien, ne peuvent et ne doivent \u00eatre que moraux \u00bb[7]. Le refus de tuer des animaux pour se nourrir est pour Gandhi une expression de la compassion universelle envers tout ce qui vit.<\/p>\n<p>Il est \u00e0 noter que si la question du respect de l\u2019animal impliquant le refus de le manger est tr\u00e8s pr\u00e9sent dans les traditions orientales, on trouve de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cette \u00e9thique et cette pratique en Occident[8]. Parmi les philosophes de l\u2019Antiquit\u00e9 grecque, Pythagore (580 \u2013 495 av. J.-C.) est souvent consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00ab p\u00e8re du v\u00e9g\u00e9tarisme \u00bb[9], bien qu\u2019il semble qu\u2019il ne pratiquait pas un v\u00e9g\u00e9tarisme strict. Pendant tr\u00e8s longtemps, en l\u2019absence du mot \u00ab v\u00e9g\u00e9tarien \u00bb, les personnes qui s\u2019abstenaient de manger de la viande \u00e9taient appel\u00e9s \u00ab pythagoriciens \u00bb[10]. Ovide fait l\u2019\u00e9loge des paroles \u00ab v\u00e9g\u00e9tariennes \u00bb de Pythagore dans ses <em>M\u00e9tamorphoses<\/em>.<\/p>\n<p>D\u2019autres philosophes de cette p\u00e9riode abordent et d\u00e9fendent le v\u00e9g\u00e9tarisme \u00e9thique, comme Emp\u00e9docle (494 \u2013 434 av. J.-C.), Th\u00e9ophraste (371-287 av. J.-C.), Ovide (43 av. JC \u2013 18 ap. J.-C.), S\u00e9n\u00e8que (4 av. J.-C. \u2013 65 ap. J.-C.), Plutarque (40-120 ap. J.-C.). Porphyre de Tyr (234 \u2013 305 ap. J.-C.), philosophe n\u00e9o-platonicien du III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e9l\u00e8ve de Plotin (205-270 ap. J.-C) et disciple de Pythagore, est l\u2019auteur d\u2019un important <em>Trait\u00e9 de l\u2019abstinence <\/em><em>de manger des animaux [11]<\/em> (271), probablement la premi\u00e8re \u00e9tude \u00e9rudite sur le v\u00e9g\u00e9tarisme \u00e9thique, oubli\u00e9e pendant des si\u00e8cles et red\u00e9couverte \u00e0 la Renaissance. D\u00e9fenseur des droits des animaux, Porphyre est convaincu que les animaux sont dot\u00e9s d\u2019une conscience et d\u2019une m\u00e9moire, avec une capacit\u00e9 de planifier et de communiquer. Il estime que tuer un animal constitue un obstacle emp\u00eachant de progresser sur le plan spirituel.<\/p>\n<p>Plus tard, des penseurs comme Rousseau, Voltaire, L\u00e9on Tolsto\u00ef ou Percy Shelley s\u2019engageront dans un v\u00e9g\u00e9tarisme \u00e9thique. Dans son <em>Trait\u00e9 sur la tol\u00e9rance<\/em> (1763) publi\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019affaire Jean Calas, Voltaire ins\u00e8re dans ce plaidoyer pour l\u2019humanit\u00e9 des r\u00e9flexions sur la souffrance animale[12], en opposition avec Descartes et sa th\u00e9orie de \u00ab l\u2019animal-machine \u00bb. Dans <em>L<\/em><em>\u2019Encyclop\u00e9die<\/em> (1751-1772), \u00e0 l\u2019article \u00ab\u00a0Viande\u00a0\u00bb, Voltaire passe en revue les motifs des philosophes qui s\u2019abstiennent de manger de la viande.<\/p>\n<p>Aux XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, des th\u00e9osophes, des naturistes, des mouvements anarchistes et spiritualistes d\u00e9veloppent des communaut\u00e9s v\u00e9g\u00e9tariennes qui lient refus de la viande, d\u00e9sob\u00e9issance civile et transformation sociale. Ainsi, les phalanst\u00e8res fouri\u00e9ristes, comme ceux imagin\u00e9s par Charles Fourier et exp\u00e9riment\u00e9s en France et aux \u00c9tats-Unis (notamment \u00e0 La R\u00e9union phalanst\u00e9rienne en 1855), pr\u00f4nent une vie communautaire fond\u00e9e sur l\u2019harmonie avec la nature. Les colonies libertaires, comme celle de La Clairi\u00e8re de Vaux fond\u00e9e en 1902 dans l\u2019Yonne par des anarchistes, pratiquent une vie v\u00e9g\u00e9tarienne, sans hi\u00e9rarchie ni propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Outre-Atlantique, la Fruitlands community (1843), fond\u00e9e par Amos Bronson Alcott[13] et Charles Lane dans le Massachusetts, \u00e9tait bas\u00e9e sur le v\u00e9ganisme, l\u2019agriculture manuelle et le rejet de toute exploitation animale ou humaine. De m\u00eame, des communaut\u00e9s spiritualistes comme les adventistes du septi\u00e8me jour ou les membres de la Bible Christian Church de William Cowherd (Angleterre, d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle), posent le v\u00e9g\u00e9tarisme comme une exigence morale d\u00e9coulant de la foi et exp\u00e9rimentent une vie collective fond\u00e9e sur la simplicit\u00e9 volontaire, le respect du vivant et l\u2019autonomie alimentaire. Ces exp\u00e9riences, souvent marginales, mais inspirantes, articulent critique du capitalisme industriel, refus de la violence sous toutes ses formes, et aspiration \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 harmonieuse, fond\u00e9e sur l\u2019entraide plut\u00f4t que la comp\u00e9tition. Il est \u00e0 noter que la premi\u00e8re association v\u00e9g\u00e9tarienne au monde, la <em>Vegetarian society of Great-Britain <\/em>a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1847 par des chr\u00e9tiens \u00e9vang\u00e9liques. Deux ans plus tard, l\u2019association publiait un journal mensuel <em>The Vegetarian Messenger, <\/em>distribu\u00e9 \u00e0 5 000 exemplaires. \u00c9tudiant en Angleterre, Gandhi y adh\u00e8ra en 1889 et en devint un temps membre du comit\u00e9 ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>Le v\u00e9g\u00e9tarisme \u00e9thique et politique se d\u00e9veloppe \u00e9galement dans certains milieux anarchistes. En effet, l\u2019anarchisme, en tant que critique radicale des rapports de domination, ne s\u2019est pas limit\u00e9 aux sph\u00e8res de l\u2019\u00c9tat ou du capital. Il a aussi interrog\u00e9 les formes d\u2019exploitation invisibilis\u00e9es dont celles de la domination de l\u2019humain sur l\u2019animal. Le v\u00e9g\u00e9tarisme anarchiste s\u2019inscrit ainsi dans une \u00e9thique de coh\u00e9rence, refusant toute hi\u00e9rarchie entre les vivants et toute logique de violence institutionnalis\u00e9e, y compris dans l\u2019assiette. Plusieurs figures de ce courant \u00e9mergent au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: Louise Michel (1830-1905) \u00e9tablit une analogie entre l\u2019exploitation de la classe ouvri\u00e8re par la classe bourgeoise et l\u2019exploitation brutale des animaux par les hommes. \u00ab\u00a0Plus l\u2019homme est f\u00e9roce envers la b\u00eate, \u00e9crit-elle dans ses <em>M\u00e9moires <\/em>(1886), plus il est rampant devant les hommes qui le dominent.\u00a0\u00bb[14] Et elle r\u00eave du jour o\u00f9 l\u2019homme saura se passer de la viande parce que la science aura invent\u00e9 des mets aussi nutritifs. Voltayrine de Cleyre (1866-1912), anarchiste f\u00e9ministe am\u00e9ricaine, d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e d\u2019un mode de vie coh\u00e9rent avec les id\u00e9aux de non-domination, et critique la consommation de chair animale comme incompatible avec une \u00e9thique libertaire. Henry David Thoreau (1817-1862) associe vie simple, refus de la violence et alimentation v\u00e9g\u00e9tale. \u00c9lis\u00e9e Reclus (1830-1905), g\u00e9ographe et penseur anarchiste, est un v\u00e9g\u00e9tarien convaincu. Dans ses \u00e9crits[15], il d\u00e9nonce la violence de l\u2019abattage et appelle \u00e0 une fraternit\u00e9 \u00e9tendue \u00e0 tous les \u00eatres sensibles.<\/p>\n<p>L\u00e9on Tolsto\u00ef (1828-1910), pr\u00e9curseur de la non-violence, anarchiste chr\u00e9tien et ma\u00eetre \u00e0 penser de Gandhi, est devenu v\u00e9g\u00e9tarien en 1885 (apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 un adepte de la chasse-plaisir), sous l\u2019influence de William Frey, un aristocrate russe qui avait fond\u00e9 aux \u00c9tats-Unis des colonies rurales en tant que v\u00e9g\u00e9tarien positiviste. Pour Tolsto\u00ef, tuer un animal pour se nourrir est moralement injustifiable, car c\u2019est une forme de violence gratuite qui peut \u00eatre \u00e9vit\u00e9e. Il consid\u00e8re en effet qu\u2019aucune n\u00e9cessit\u00e9 vitale ne justifie de tuer un \u00eatre vivant sensible pour se nourrir. Il associe cette pratique \u00e0 un refus de compassion, \u00e0 l\u2019endurcissement du c\u0153ur et \u00e0 un aveuglement moral. Tolsto\u00ef voit dans la consommation de viande un acte de cruaut\u00e9 et une violation du principe fondamental de non-violence. Manger de la viande, nous dit-il, habitue l\u2019homme \u00e0 la cruaut\u00e9, banalise le sang et affaiblit sa conscience morale. Dans son article <em>La premi\u00e8re \u00e9tape[16]<\/em> (1892), il affirme que \u00ab\u00a0si l\u2019homme cherche s\u00e9rieusement et sinc\u00e8rement la voie morale, la premi\u00e8re chose dont il se privera sera la nourriture animale[17] \u00bb. Cette premi\u00e8re \u00e9tape est essentielle pour atteindre la vie morale car s\u2019abstenir de manger de viande est la \u00ab premi\u00e8re marche de l\u2019escalier \u00bb vers une existence plus \u00e9thique.<\/p>\n<p><strong>Les principes du v\u00e9g\u00e9tarisme non-violent<\/strong><\/p>\n<p>Refuser de tuer des animaux pour se nourrir repose sur plusieurs piliers \u00e9thiques : le premier est <em>le refus de la domination<\/em>. Le v\u00e9g\u00e9tarisme s\u2019oppose \u00e0 une vision du monde fond\u00e9e sur la hi\u00e9rarchie des esp\u00e8ces, o\u00f9 l\u2019\u00eatre humain s\u2019arroge le droit d\u2019exploiter, d\u2019enfermer, de tuer et de consommer les autres vivants. Il critique le sp\u00e9cisme, une id\u00e9ologie bien ancr\u00e9e dans nos cultures, qui postule que la vie d\u2019un humain a plus de valeur morale que celle d\u2019un animal, simplement en raison de son appartenance \u00e0 une esp\u00e8ce. Ce refus de la domination s\u2019inscrit dans une remise en cause plus large des logiques d\u2019oppression : domination masculine, coloniale, raciale ou \u00e9conomique. De nombreux penseurs comme Peter Singer[18], Tom Regan[19] ou Carol J. Adams[20] ont montr\u00e9 que les m\u00e9canismes de justification de la violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des animaux reprennent ceux de la marginalisation des humains domin\u00e9s[21]. En s\u2019opposant au sp\u00e9cisme, le v\u00e9g\u00e9tarisme non-violent rejoint donc une lutte globale pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, la justice et la reconnaissance du droit \u00e0 l\u2019existence de tous les \u00eatres sensibles.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me pilier est une <em>\u00e9thique de la compassion<\/em>. Les animaux sont des \u00eatres sensibles, capables d\u2019\u00e9motions, de plaisir, de douleur, et dot\u00e9s d\u2019int\u00e9r\u00eats propres \u00e0 leur existence. La science a confirm\u00e9 leur sensibilit\u00e9 \u00e0 la souffrance physique et psychologique, ce qui implique une responsabilit\u00e9 morale de notre part. Le v\u00e9g\u00e9tarisme invite \u00e0 sortir de l\u2019indiff\u00e9rence ou de la justification utilitariste (\u00ab\u00a0ils sont faits pour \u00eatre mang\u00e9s\u00a0\u00bb) pour reconna\u00eetre leur droit \u00e0 vivre pour eux-m\u00eames. Adopter une posture de compassion, ce n\u2019est pas seulement \u00e9viter de faire du mal : c\u2019est aussi cultiver une bienveillance active, une attention au sort des autres vivants, et un engagement \u00e0 r\u00e9duire leurs souffrances autant que possible. Cette attitude ouvre \u00e0 une \u00e9thique du soin, du lien, et de la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e dans le tissu du vivant. C\u2019est une attitude de non-violence.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me pilier est une <em>volont\u00e9 de coh\u00e9rence<\/em>. Il ne suffit pas de r\u00e9clamer la paix ou la justice entre humains si nos pratiques quotidiennes reproduisent violence et domination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres formes de vie. L\u2019\u00e9thique de la non-violence ne peut s\u2019arr\u00eater aux fronti\u00e8res de l\u2019humanit\u00e9 : elle appelle \u00e0 \u00e9tendre notre cercle de consid\u00e9ration morale \u00e0 tous les \u00eatres sensibles. Continuer \u00e0 consommer des produits issus de la souffrance animale, tout en d\u00e9non\u00e7ant les violences sociales ou environnementales, rel\u00e8ve d\u2019un double discours. Coh\u00e9rence ne signifie pas puret\u00e9 ou perfection, mais alignement progressif entre valeurs et actes. Ce cheminement vers une vie plus juste implique une remise en cause personnelle et collective de nos habitudes, de nos traditions et de nos privil\u00e8ges, dans une logique d\u2019int\u00e9grit\u00e9 \u00e9thique et de transformation concr\u00e8te.<\/p>\n<p>De nombreux militant\u00b7es incarnent cette recherche de coh\u00e9rence. Ainsi, Rosa Luxembourg, v\u00e9g\u00e9tarienne convaincue, affirmait qu\u2019elle avait honte de vivre de la mort d\u2019autres cr\u00e9atures. Pour elle, l\u2019amour du vivant ne se fragmentait pas selon les esp\u00e8ces. Plus r\u00e9cemment, des activistes politiques ou associatifs comme Aymeric Caron[22] ou Brigitte Gothi\u00e8re (cofondatrice de L214)[23] montrent que l\u2019engagement pour les animaux peut se conjuguer avec les combats sociaux, \u00e9cologistes et antiracistes. Au niveau collectif, des initiatives concr\u00e8tes comme les cantines v\u00e9g\u00e9tariennes militantes (par exemple celles du mouvement Extinction Rebellion ou d\u2019Alternatiba) visent \u00e0 incarner au quotidien une \u00e9thique non-violente en acte. Ces exemples montrent que coh\u00e9rence ne signifie pas isolement ou dogmatisme, mais engagement concret, avec humilit\u00e9 et d\u00e9termination.<\/p>\n<p><strong>Une br\u00fblante actualit\u00e9 ou les raisons de l\u2019urgence<\/strong><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le v\u00e9g\u00e9tarisme non-violent est port\u00e9 par des urgences multiples : la souffrance animale de masse, la crise \u00e9cologique et la justice sociale. D\u00e9veloppons ces trois points\u00a0:<\/p>\n<p><em>La souffrance animale de masse<\/em> : l\u2019\u00e9levage industriel entasse, mutile, transporte et abat des milliards d\u2019\u00eatres vivants chaque ann\u00e9e dans des conditions atroces. Les porcs vivent souvent toute leur vie sans jamais voir la lumi\u00e8re du jour, entass\u00e9s dans des hangars surpeupl\u00e9s. Les poules pondeuses sont confin\u00e9es dans des cages o\u00f9 elles ne peuvent m\u00eame pas \u00e9tendre leurs ailes. Les veaux sont s\u00e9par\u00e9s de leur m\u00e8re \u00e0 la naissance pour la production laiti\u00e8re. Le gavage des canards pour le foie gras leur provoque des l\u00e9sions h\u00e9patiques[24] douloureuses. Le transport vers les abattoirs s\u2019effectue dans des camions surchauff\u00e9s ou glac\u00e9s, parfois sur de longues distances, sans eau ni pause. L\u2019abattage lui-m\u00eame, souvent m\u00e9canis\u00e9 et rythm\u00e9 par des cadences industrielles, ne garantit m\u00eame pas toujours l\u2019\u00e9tourdissement des animaux avant leur mise \u00e0 mort. Ces pratiques ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9es \u00e0 de multiples reprises par des enqu\u00eates de terrain r\u00e9alis\u00e9es par des associations comme L214[25], CIWF[26] ou PETA[27], r\u00e9v\u00e9lant une banalisation de la souffrance, parfois ill\u00e9gale, mais surtout structurelle. Derri\u00e8re la viande consomm\u00e9e quotidiennement, il y a une cha\u00eene de production fond\u00e9e sur la douleur et la d\u00e9possession d\u2019\u00eatres capables de ressentir et d\u2019exister pour eux-m\u00eames.<\/p>\n<p><em>La crise \u00e9cologique<\/em> : l\u2019\u00e9levage est responsable d\u2019environ 14,5 % des \u00e9missions mondiales de gaz \u00e0 effet de serre, soit plus que le secteur des transports selon la FAO. Cette production contribue \u00e9galement de mani\u00e8re majeure \u00e0 la d\u00e9forestation, notamment en Amazonie, o\u00f9 des millions d\u2019hectares de for\u00eats sont d\u00e9truits chaque ann\u00e9e pour cultiver du soja destin\u00e9 \u00e0 l\u2019alimentation animale. L\u2019\u00e9levage intensif pollue aussi les eaux par les d\u00e9jections animales, les antibiotiques et les produits chimiques, affectant rivi\u00e8res, nappes phr\u00e9atiques et zones littorales (zones mortes). Il est l\u2019une des causes principales de la perte de biodiversit\u00e9, par destruction des habitats naturels, surp\u00e2turage, et monocultures associ\u00e9es aux fourrages. Les rapports du GIEC et de la FAO appellent \u00e0 r\u00e9duire massivement la consommation de produits animaux, insistant sur le fait que la transition vers des syst\u00e8mes alimentaires plus v\u00e9g\u00e9taux est indispensable pour respecter les limites plan\u00e9taires et lutter contre le changement climatique. Le syst\u00e8me agroalimentaire mondial, tel qu\u2019il est organis\u00e9 aujourd\u2019hui, est donc non seulement insoutenable, mais aussi incompatible avec une plan\u00e8te vivable \u00e0 long terme.<\/p>\n<p><em>La justice sociale<\/em> : l\u2019\u00e9levage monopolise les terres, l\u2019eau et les c\u00e9r\u00e9ales pour nourrir les animaux plut\u00f4t que les humains, aggravant la faim et les in\u00e9galit\u00e9s. Environ 77 % des terres agricoles mondiales sont consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9levage (p\u00e2turages et cultures fourrag\u00e8res), alors que celui-ci ne fournit que 18 % des calories consomm\u00e9es dans le monde. Des millions de tonnes de c\u00e9r\u00e9ales (ma\u00efs, soja, bl\u00e9) sont utilis\u00e9es pour nourrir des animaux d\u2019\u00e9levage dans les pays riches, tandis que des populations humaines manquent de nourriture dans ces m\u00eames r\u00e9gions productrices, notamment en Am\u00e9rique latine, en Afrique ou en Asie. Cette logique contribue \u00e0 une concurrence in\u00e9gale pour les ressources, \u00e0 l\u2019accaparement des terres par des multinationales, et \u00e0 l\u2019expulsion de petits paysans. Par ailleurs, l\u2019\u00e9levage intensif emploie souvent des travailleurs pr\u00e9caires ou migrants dans des conditions indignes, notamment dans les abattoirs, r\u00e9v\u00e9lant une violence \u00e9conomique et sociale \u00e0 plusieurs niveaux. Ainsi, adopter un r\u00e9gime v\u00e9g\u00e9tarien ne rel\u00e8ve pas seulement d\u2019un choix en faveur des animaux ou de la plan\u00e8te, mais aussi d\u2019un acte de solidarit\u00e9 envers les plus pauvres et les plus vuln\u00e9rables du syst\u00e8me alimentaire mondial. Dans cette perspective, il est parfaitement en ad\u00e9quation avec le principe de non-violence, en tant que lutte \u00e9thique contre tous les syst\u00e8mes qui produisent de l\u2019injustice sur cette terre.<\/p>\n<p><strong>Controverses et r\u00e9sistances<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments que nous venons d\u2019\u00e9voquer, le v\u00e9g\u00e9tarisme, y compris parmi celles et ceux qui se r\u00e9clament de la non-violence, rencontre encore des r\u00e9sistances. Examinons-en quelques-unes\u00a0:<\/p>\n<p>\u2013 <em>Des objections classiques<\/em> : \u00ab les plantes aussi souffrent \u00bb, \u00ab l\u2019homme est omnivore \u00bb, \u00ab c\u2019est culturel \u00bb. Autant d\u2019arguments qui, examin\u00e9s de pr\u00e8s, r\u00e9v\u00e8lent souvent des d\u00e9nis de responsabilit\u00e9 ou des peurs identitaires. L\u2019id\u00e9e que \u00ab les plantes aussi souffrent \u00bb repose sur une confusion entre sensibilit\u00e9 biologique (r\u00e9actions aux stimuli) et conscience sentiente (capacit\u00e9 \u00e0 ressentir douleur et plaisir). Or, \u00e0 ce jour, rien ne permet d\u2019affirmer que les plantes disposent d\u2019un syst\u00e8me nerveux ou d\u2019une conscience comparable \u00e0 celle des animaux. Dire que \u00ab l\u2019homme est omnivore \u00bb signifie simplement qu\u2019il peut dig\u00e9rer des aliments d\u2019origines vari\u00e9es, non qu\u2019il doit manger de la viande pour vivre : de nombreuses \u00e9tudes scientifiques montrent qu\u2019un r\u00e9gime v\u00e9g\u00e9tarien \u00e9quilibr\u00e9 est parfaitement compatible avec une bonne sant\u00e9. Enfin, l\u2019argument culturel masque souvent un attachement \u00e9motionnel ou identitaire \u00e0 certaines traditions. Mais toutes les cultures \u00e9voluent : l\u2019excision, l\u2019esclavage ou la peine de mort ont aussi \u00e9t\u00e9 longtemps justifi\u00e9s par la culture. Ce n\u2019est pas parce qu\u2019une pratique est ancienne qu\u2019elle est juste. R\u00e9pondre \u00e0 ces objections avec bienveillance, mais fermet\u00e9 est essentiel pour sortir du d\u00e9ni, ouvrir le d\u00e9bat, et faire de l\u2019\u00e9thique un espace vivant de transformation.<\/p>\n<p>\u2013 <em>Des blocages psychologiques et culturels<\/em> : manger de la viande est souvent li\u00e9 \u00e0 la virilit\u00e9, \u00e0 la tradition, au confort. Dans de nombreuses cultures, la consommation de viande est associ\u00e9e \u00e0 la force, \u00e0 la r\u00e9ussite sociale et \u00e0 la masculinit\u00e9. Refuser la viande, c\u2019est parfois \u00eatre per\u00e7u comme eff\u00e9min\u00e9, fragile ou d\u00e9viant. Cette dimension identitaire rend difficile le changement alimentaire, car il touche \u00e0 l\u2019image de soi et aux normes sociales. Les repas de f\u00eate, les traditions familiales ou les habitudes culinaires jouent aussi un r\u00f4le important dans la r\u00e9sistance au changement.<\/p>\n<p>Pierre Bourdieu a montr\u00e9 que nos go\u00fbts alimentaires sont aussi des produits sociaux : les classes populaires privil\u00e9gient souvent une alimentation \u00ab nourrissante \u00bb et riche en viande, per\u00e7ue comme synonyme d\u2019abondance et de virilit\u00e9, tandis que les classes favoris\u00e9es valorisent davantage les aliments dits \u00ab sains \u00bb ou \u00ab l\u00e9gers \u00bb. Consid\u00e9rant que le go\u00fbt est un marqueur social, il \u00e9crit dans <em>La distinction<\/em> (1979) : \u00ab Le go\u00fbt classe, et il classe celui qui classe. \u00bb[28] Ce que l\u2019on mange n\u2019est donc pas qu\u2019un choix individuel : c\u2019est un fait social, li\u00e9 \u00e0 la position que l\u2019on occupe dans la soci\u00e9t\u00e9 et aux repr\u00e9sentations symboliques qui y sont attach\u00e9es. Pour faire \u00e9voluer les pratiques, il ne suffit donc pas d\u2019argumenter rationnellement : il faut aussi transformer les normes collectives et proposer des r\u00e9cits positifs, d\u00e9sirables, de l\u2019alimentation v\u00e9g\u00e9tarienne.<\/p>\n<p>\u2013 <em>Un risque de dogmatisme<\/em> : certains v\u00e9g\u00e9tariens, convaincus par la justesse de leur choix, peuvent adopter un discours moralisateur, voire culpabilisant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de celles et ceux qui n\u2019ont pas encore franchi le pas. Ce z\u00e8le, bien que nourri par la sinc\u00e9rit\u00e9, peut devenir contre-productif. Il alimente l\u2019image d\u2019un v\u00e9g\u00e9tarisme rigide, excluant, voire \u00e9litiste, et peut susciter rejet ou hostilit\u00e9. Or la non-violence s\u2019applique aussi dans la mani\u00e8re de convaincre : elle implique \u00e9coute, patience, compr\u00e9hension des r\u00e9sistances, et capacit\u00e9 \u00e0 dialoguer sans juger.<\/p>\n<p>Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Tolsto\u00ef que nous avons \u00e9voqu\u00e9 plus haut, nous constatons que sur la question du v\u00e9g\u00e9tarisme Tolsto\u00ef ne moralise pas de fa\u00e7on autoritaire. Lui-m\u00eame n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 v\u00e9g\u00e9tarien, il peut donc comprendre pourquoi ses contemporains ne sont pas encore dans cette d\u00e9marche exigeante. Il part de son propre cheminement pour montrer que le v\u00e9g\u00e9tarisme n\u2019est pas une fin en soi, mais une \u00e9tape qui proc\u00e8de d\u2019une prise de conscience. Il invite chacun \u00e0 ouvrir les yeux sur ce qu\u2019implique vraiment de manger de la viande et \u00e0 se poser une question simple\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce n\u00e9cessaire\u00a0?\u00a0\u00bb. Ainsi, il ne s\u2019agit pas d\u2019imposer une norme morale, mais de semer des graines de r\u00e9flexion, en laissant \u00e0 chacun le temps de m\u00fbrir son cheminement. En ce sens, la parole v\u00e9g\u00e9tarienne gagne \u00e0 \u00eatre incarn\u00e9e avec douceur, coh\u00e9rence et humilit\u00e9. Une parole non-violente.<\/p>\n<p><strong>Vers une culture de la non-violence \u00e9largie<\/strong><\/p>\n<p>Le v\u00e9g\u00e9tarisme non-violent est assur\u00e9ment un chemin d\u2019\u00e9mancipation. Il propose de faire de l\u2019alimentation un <em>acte politique<\/em> : chaque repas est une d\u00e9cision sur le monde que nous voulons construire. En effet, manger n\u2019est jamais neutre, c\u2019est valider ou contester un syst\u00e8me agro-industriel fond\u00e9 sur l\u2019exploitation et la destruction du vivant. Choisir un repas v\u00e9g\u00e9tarien, si possible issu de produits locaux, c\u2019est voter pour un mod\u00e8le plus juste, plus durable, plus respectueux des \u00eatres vivants et des \u00e9cosyst\u00e8mes. L\u2019assiette devient alors un lieu de r\u00e9sistance quotidienne, un levier concret pour affirmer des valeurs de justice, de sobri\u00e9t\u00e9 et de solidarit\u00e9. Faire de l\u2019alimentation un acte politique, c\u2019est ainsi conjuguer le souci de soi, des autres et du monde, \u00e0 chaque bouch\u00e9e.<\/p>\n<p>Acte politique de r\u00e9sistance, le v\u00e9g\u00e9tarisme non-violent implique aussi la <em>construction d\u2019alternatives<\/em> : agriculture v\u00e9g\u00e9tale, AMAP, cuisines collectives, cantines \u00e9ducatives, permaculture, mouvements de souverainet\u00e9 alimentaire. Face \u00e0 l\u2019industrialisation de l\u2019alimentation, de nombreuses initiatives locales et citoyennes exp\u00e9rimentent d\u2019autres mani\u00e8res de produire, de cuisiner et de partager la nourriture. Les AMAP (Associations pour le Maintien d\u2019une Agriculture Paysanne) permettent de cr\u00e9er un lien direct entre producteur\u00b7ices et consommateur\u00b7ices, tout en soutenant une agriculture paysanne et respectueuse du vivant. Les cantines \u00e9ducatives v\u00e9g\u00e9tariennes sensibilisent d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge \u00e0 une alimentation saine et \u00e9thique. La permaculture, en valorisant la biodiversit\u00e9 et l\u2019autonomie, propose un mod\u00e8le agricole soutenable, \u00e0 rebours du mod\u00e8le productiviste. Les cuisines collectives et les coop\u00e9ratives alimentaires permettent aussi de se r\u00e9approprier l\u2019acte de cuisiner comme un geste solidaire, convivial et politique. Enfin, les mouvements de souverainet\u00e9 alimentaire, comme ceux port\u00e9s par La Via Campesina et diff\u00e9rents courants altermondialistes, d\u00e9fendent le droit des peuples \u00e0 d\u00e9cider de leur alimentation, contre les logiques d\u2019appropriation, d\u2019uniformisation et de d\u00e9pendance. Toutes ces alternatives esquissent les contours d\u2019une culture nourrici\u00e8re fond\u00e9e sur la justice, la coop\u00e9ration et la responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, il est important de souligner que le v\u00e9g\u00e9tarisme non-violent entend s\u2019inscrire dans des luttes plus larges : f\u00e9minisme, antiracisme, anticapitalisme, d\u00e9colonisation des imaginaires\u2026 Tous ces combats sont travers\u00e9s par la question de la violence syst\u00e9mique. Le sp\u00e9cisme, comme le sexisme, le racisme ou le classisme[29], repose sur la fabrication de hi\u00e9rarchies arbitraires et sur la naturalisation de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 de certains groupes pour justifier leur exploitation. Plusieurs penseuses, comme Carol J. Adams dans <em>La politique sexuelle de la viande[30]<\/em>, ont montr\u00e9 les liens entre domination patriarcale et consommation carn\u00e9e, associant viande, virilit\u00e9 et pouvoir. De m\u00eame, des auteurs d\u00e9coloniaux d\u00e9noncent l\u2019imposition d\u2019un mod\u00e8le alimentaire occidental destructeur des cultures et \u00e9cosyst\u00e8mes du Sud global. Le combat pour la justice alimentaire rejoint donc celui pour la justice sociale, environnementale et culturelle. D\u00e9coloniser les imaginaires alimentaires, c\u2019est remettre en cause la centralit\u00e9 de la viande, de la performance, de la domination, et ouvrir la voie \u00e0 une \u00e9cologie des relations fond\u00e9e sur la solidarit\u00e9, le respect et l\u2019humilit\u00e9. Ainsi, le v\u00e9g\u00e9tarisme non-violent s\u2019int\u00e8gre dans un horizon plus large d\u2019\u00e9mancipation collective, o\u00f9 le refus de la violence devient le socle commun des luttes transversales.<\/p>\n<p>Le v\u00e9g\u00e9tarisme non-violent n\u2019est ni un luxe de bourgeois ni une morale punitive. C\u2019est un geste qui se veut \u00e0 la fois radical et joyeux. C\u2019est un refus de participer \u00e0 l\u2019engrenage de la souffrance et donc une mani\u00e8re d\u2019habiter le monde avec respect. Dans un temps de basculement, il incarne, osons-le mot, une esp\u00e9rance : celle d\u2019un monde o\u00f9 la puissance ne se d\u00e9finit plus comme la capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9truire, mais comme l\u2019aptitude \u00e0 coexister en paix avec tout le vivant, avec tous les humains comme les animaux. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une posture de puret\u00e9 individuelle, mais d\u2019un engagement collectif vers plus de justice. Le v\u00e9g\u00e9tarisme, en ce sens, est un terrain d\u2019apprentissage de la non-violence, \u00e0 travers nos choix, nos relations, nos luttes, nos doutes aussi car la non-violence appelle questionnements, remises en cause, r\u00e9flexions sur soi et parfois tentation du d\u00e9couragement. Il appelle \u00e0 une conversion du regard sur les animaux, \u00e0 une attention au vivant sous toutes ses formes, et \u00e0 une capacit\u00e9 \u00e0 remettre en cause les habitudes qui nous \u00e9loignent de notre responsabilit\u00e9 envers les autres et plus largement tout le vivant. C\u2019est une invitation \u00e0 changer de r\u00e9gime \u2014 au double sens du terme : alimentaire et politique\u00a0! En adoptant cette voie, chacun\u00b7e peut contribuer, \u00e0 sa mesure, \u00e0 desserrer l\u2019\u00e9tau de la violence structurelle qui enserre notre monde. Non pour se mettre \u00e0 part, mais pour tisser d\u2019autres liens, nourrir d\u2019autres r\u00e9cits (alternatifs \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie dominante), et ouvrir d\u2019autres chemins porteurs d\u2019une paix dans la justice avec tout le vivant.<\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p>1\u00a0 Claude L\u00e9vi-Strauss, <em>Nous sommes tous des cannibales,<\/em> Seuil, 2013.<\/p>\n<p>2\u00a0 <em>Dictionnaire de la sagesse orientale<\/em>, Robert Laffont, 1989, p. 8.<\/p>\n<p>3\u00a0 Henry Salt, <em>A plea for vegetarism and others essays<\/em>, Manchester, Vegetarian Society, 1886, p. 10<\/p>\n<p>4\u00a0 M.K. Gandhi, <em>Autobiographie<\/em>, PUF, p. 297.<\/p>\n<p>5\u00a0 <em>Navajivan <\/em>(20 avril 1924), \u00ab\u00a0La protection des vaches\u00a0\u00bb, in M.K. Gandhi, <em>Sauver les vaches des abattoirs<\/em>, Payot-Rivages, 2018, p. 29.<\/p>\n<p>6\u00a0 <em>Ibid<\/em>, p. 28.<\/p>\n<p>7\u00a0 M.K. Gandhi, <em>Discours \u00e0 la Vegetarian Society<\/em> (20 novembre 1931), in Gandhi, <em>Du v\u00e9g\u00e9tarisme<\/em>, Payot-Rivages, 2018, p. 27.<\/p>\n<p>8\u00a0 Voir \u00c9lisabeth de Fontenay, <em>Le silence des b\u00eates\u00a0: la philosophie \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019animalit\u00e9<\/em>, Fayard, 1998.<\/p>\n<p>9\u00a0 Par contre, il est \u00e0 noter que Aristote et les sto\u00efciens subordonnent les b\u00eates \u00e0 l\u2019homme au nom d\u2019une hi\u00e9rarchie entre les vivants.<\/p>\n<p>10\u00a0 Jean-Jacques Rousseau \u00e9crit dans <em>Julie ou la nouvelle H\u00e9lo\u00efse<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Quoique sensuelle et gourmande dans ses repas, elle n\u2019aime ni la viande, ni les rago\u00fbts, ni le sel, et n\u2019a jamais go\u00fbt\u00e9 de vin pur. D\u2019excellents l\u00e9gumes, les \u0153ufs, la cr\u00e8me, les fruits\u00a0; voil\u00e0 sa nourriture ordinaire, et sans le poisson qu\u2019elle aime aussi beaucoup, elle serait une v\u00e9ritable pythagoricienne.\u00a0\u00bb (Quatri\u00e8me partie, lettre X).<\/p>\n<p>11\u00a0 Porphyre, <em>De l\u2019abstinence<\/em>, 3 tomes, Les Belles Lettres, 1977, 1979, 1995.<\/p>\n<p>12\u00a0 Ces r\u00e9flexions se trouvent dans la note 73 du chapitre XII du <em>Trait\u00e9 de la tol\u00e9rance<\/em>.<\/p>\n<p>13\u00a0 Amos Bronson Alcott (1799 \u2013 1888), enseignant, \u00e9crivain et philosophe am\u00e9ricain de l\u2019\u00e9cole transcendantaliste, influenc\u00e9 par les Quakers et proche de Ralph Waldo Emerson et Henry David Thoreau.<\/p>\n<p>14\u00a0 Louise Michel, <em>M\u00e9moires<\/em>, Masp\u00e9ro, 1979, p. 91.<\/p>\n<p>15\u00a0 Elis\u00e9e Reclus, <em>A propos du v\u00e9g\u00e9tarisme<\/em> (1901), Ed. Bartillat, 2020.<\/p>\n<p>16\u00a0 Le texte <em>La premi\u00e8re \u00e9tape<\/em> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1892 dans la revue moscovite Question de philosophie et de psychologie et a servi de pr\u00e9face \u00e0 l\u2019ouvrage d\u2019Howard Williams, <em>The<\/em> <em>ethic of diet<\/em> (1892). Il a \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais par Ely Halperine-Kaminsky et publi\u00e9 sous le titre \u00ab\u00a0Les mangeurs de viande\u00a0\u00bb en 1895 dans l\u2019ouvrage <em>Plaisirs cruels<\/em>.<\/p>\n<p>17\u00a0 <em>Les mangeurs de viande <\/em>(1892), <em>Plaisirs cruels<\/em>, Biblioth\u00e8que Charpentier, 1895, p. 121.<\/p>\n<p>18\u00a0 Peter Singer, <em>La lib\u00e9ration animale<\/em> (1975), Payot et Rivages, 2012.<\/p>\n<p>19\u00a0 Tom Regan, <em>Les droits des animaux <\/em>(1983), \u00c9ditions Herman, 2013.<\/p>\n<p>20\u00a0 Carol J. Adams, <em>La politique sexuelle de la viande, une th\u00e9orie critique f\u00e9ministe v\u00e9g\u00e9tarienne <\/em>(1990), Le Passager Clandestin, 2025.<\/p>\n<p>21\u00a0 Voir notre article \u00ab\u00a0Panorama de la pens\u00e9e antisp\u00e9ciste\u00a0\u00bb, revue Alternatives Non-Violentes, n\u00b0 215, juin 2025.<\/p>\n<p>22\u00a0 Aymeric Caron, <em>No steack<\/em>, Fayard, 2013 et <em>Antisp\u00e9ciste<\/em>, Don Quichotte Editions, 2016.<\/p>\n<p>23\u00a0 Voir l\u2019entretien r\u00e9cent de Brigitte Goethi\u00e8re dans la revue Alternatives Non-Violentes, n\u00b0 215, juin 2025, p.<\/p>\n<p>24 Diff\u00e9rentes atteintes du foie caus\u00e9es par un m\u00e9canisme contondant ou p\u00e9n\u00e9trant.<\/p>\n<p>25 L214 est une association de d\u00e9fense des animaux utilis\u00e9s comme ressources alimentaires (viande, lait, \u0153ufs, poissons). <a href=\"http:\/\/www.l214.com\/\">www.l214.com<\/a><\/p>\n<p>26 CIWF signifie Compassion in Word Farming. C\u2019est une ONG internationale cr\u00e9\u00e9e en Angleterre en 1967. <a href=\"http:\/\/www.ciwf.fr\/\">www.ciwf.fr<\/a><\/p>\n<p>27 PETA signifie Pour une \u00c9thique dans le Traitement des Animaux. <a href=\"http:\/\/www.petafrance.com\/\">www.petafrance.com<\/a><\/p>\n<p>28 Pierre Bourdieu, <em>La distinction\u00a0: critique sociale du jugement<\/em>, Les \u00c9ditions de Minuit, 1979, p. 14.<\/p>\n<p>29 Le classisme est une\u00a0discrimination fond\u00e9e sur l\u2019appartenance ou la non-appartenance \u00e0 une classe sociale, souvent bas\u00e9e sur des crit\u00e8res \u00e9conomiques. (Wikipedia).<\/p>\n<p>30 D\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 plus haut.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article est le troisi\u00e8me volet d\u2019une s\u00e9rie de trois consacr\u00e9s \u00e0 des th\u00e9matiques qui sont dans l\u2019actualit\u00e9 de la non-violence. 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