{"id":2575954,"date":"2025-01-15T03:14:36","date_gmt":"2025-01-15T03:14:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pressenza.com\/?p=2575954"},"modified":"2025-01-15T03:14:36","modified_gmt":"2025-01-15T03:14:36","slug":"revenir-a-gorizia-sur-les-pas-de-franco-basaglia-et-sur-sa-maniere-de-raisonner-de-psychiatrie-et-de-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2025\/01\/revenir-a-gorizia-sur-les-pas-de-franco-basaglia-et-sur-sa-maniere-de-raisonner-de-psychiatrie-et-de-pouvoir\/","title":{"rendered":"Revenir \u00e0 Gorizia sur les pas de Franco Basaglia et sur sa mani\u00e8re de raisonner de psychiatrie et de pouvoir"},"content":{"rendered":"<p>Pourquoi parler de Gorizia aujourd\u2019hui\u00a0? Pour deux raisons. La premi\u00e8re en est qu\u2019en 2025, Gorizia est capitale culturelle europ\u00e9enne et la seconde, parce que c\u2019est dans l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de cette ville qu\u2019a d\u00e9marr\u00e9 en 1962 le processus de d\u00e9sinstitutionalisation associ\u00e9 au nom de Franco Basaglia.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de cette r\u00e9volution en psychiatrie avait fait jadis l\u2019objet d\u2019un rapport, publi\u00e9 en fran\u00e7ais en 1970 sous le titre \u00ab\u00a0L\u2019institution en n\u00e9gation\u00a0\u00bb. En 1978, l\u2019adoption de loi 180 dite aussi \u00ab\u00a0loi Basaglia\u00a0\u00bb, met fin \u00e0 l\u2019existence des asiles psychiatriques en Italie en cr\u00e9ant le r\u00e9seau national des services ambulants pour la sant\u00e9 mentale.<\/p>\n<p>Revenir plus de 60 ans apr\u00e8s sur les pas de celui qui a disparu pr\u00e9matur\u00e9ment en 1980, ce n\u2019est pas tant pour c\u00e9l\u00e9brer l\u2019\u0153uvre et la loi pionni\u00e8res, mais plut\u00f4t pour contribuer \u00e0 perp\u00e9tuer le processus de transformation des relations sociales qu\u2019il avait initi\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que se situe le travail de recherche de Marica Setaro, bas\u00e9 sur le t\u00e9moignage du journal des patient.e.s <em>Il Picchio<\/em>. L\u2019article qui retrace l\u2019ambiance des premiers mois \u00e0 Gorizia est publi\u00e9 ici pour la premi\u00e8re fois en fran\u00e7ais. Il contribue \u00e0 rendre intelligible une mani\u00e8re de raisonner et de proc\u00e9der qui a su transformer les relations et ce faisant, venir \u00e0 bout de la violence de l\u2019institution psychiatrique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>L&rsquo;exp\u00e9riment de Gorizia : la gen\u00e8se des pratiques th\u00e9rapeutiques dans la communaut\u00e9 psychiatrique de Basaglia (1962-68)<\/h2>\n<p><em>Marica Setaro<\/em><\/p>\n<p>Source\u00a0:<br \/>\n<em>Doing psychiatry in postwar Europe. Practices, routines and experiences. Gundula Gahlen, Henriete Voelker, Volker Hess et Marianna Scarfone (edit;) Manchester University Press, 2024, chapitre 2, p. 56-83<\/em><br \/>\n<em>Traduit de l\u2019anglais par Angelika Gross, avec Deepl<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><strong>Briser les fronti\u00e8res dans un asile frontalier<\/strong><\/h3>\n<p>L&rsquo;\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale\u2019 de la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique de l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Gorizia, en Italie, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re avec l&rsquo;ancienne Yougoslavie (aujourd&rsquo;hui la Slov\u00e9nie), organis\u00e9e sous la direction de Franco Basaglia de 1961 \u00e0 1968, est devenue la pratique quotidienne la plus importante de cette communaut\u00e9. Il est impossible de savoir avec certitude quand s&rsquo;est tenue la premi\u00e8re \u2018assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale\u2019 ; en fait, nous ne savons m\u00eame pas avec certitude si \u2018assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale\u2019 \u00e9tait son nom officiel. (1) Les sources primaires et secondaires semblent s&rsquo;accorder pour indiquer le mois de novembre 1965 comme \u00e9tant le d\u00e9but d&rsquo;une pratique collective qui, tous les matins de dix \u00e0 onze heures, r\u00e9unissait les patient.e.s, m\u00e9decins, infirmi\u00e8res, personnel auxiliaire et visiteurs. Le contenu des r\u00e9unions n&rsquo;\u00e9tait pas planifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avance, mais les sujets de discussion, d\u00e9cid\u00e9s par l&rsquo;assembl\u00e9e pr\u00e9sid\u00e9e \u00e0 chaque fois par un.e patient.e diff\u00e9rent.e, concernaient toujours la vie commune de l&rsquo;h\u00f4pital. La discussion des probl\u00e8mes de la gestion pratique des services refl\u00e8te les relations sociales au sein de la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique de Gorizia et donne un aper\u00e7u des aspects d\u00e9cisionnels indispensables \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;ouverture progressive de l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique jusqu&rsquo;en 1968. Les r\u00e9formes de Basaglia \u00e0 Gorizia ont donn\u00e9 naissance \u00e0 un mouvement national de r\u00e9forme psychiatrique en Italie, qui a abouti \u00e0 l&rsquo;adoption de la loi n\u00b0 180 en 1978.<\/p>\n<p>Commun\u00e9ment appel\u00e9e \u2018<em>legge Basaglia<\/em>\u2019 (loi Basaglia), cette loi a \u00e9t\u00e9 le premier cadre juridique imposant la fermeture d\u00e9finitive des \u00e9tablissements psychiatriques civils et de la r\u00e9glementation du traitement obligatoire en Italie en cr\u00e9ant un service public r\u00e9gional de sant\u00e9 mentale.<\/p>\n<p>Afin de reconstituer en d\u00e9tail les motivations qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ainsi que les pratiques qui ont caract\u00e9ris\u00e9 les r\u00e9unions, nous examinerons d&rsquo;abord sa \u2018pr\u00e9histoire\u2019, \u00e0 partir de la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1961, lorsque Basaglia a pris la direction de l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Gorizia. Nous analyserons ensuite le fonctionnement de ces assembl\u00e9es communautaires : le cadre et les \u00e9v\u00e9nements, qui prenait la parole, quel \u00e9tait l&rsquo;objet de la discussion, qui r\u00e9digeait le proc\u00e8s-verbal, et comment et pourquoi les gens ont particip\u00e9. L&rsquo;exploration des m\u00e9canismes de cette pratique, \u00e0 travers tout ce qui reste en termes de documents sur une p\u00e9riode limit\u00e9e, de 1962 \u00e0 1968, nous permet de reconstruire l&rsquo;exp\u00e9rience th\u00e9rapeutique fondamentale de Gorizia ainsi que de comprendre les difficult\u00e9s et les conflits potentiels li\u00e9s \u00e0 cette pratique. Cette contribution analyse non seulement la signification th\u00e9rapeutique de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de Gorizia, mais aussi si et dans quelle mesure elle a \u00e9tabli les bases \u00e9pist\u00e9mologiques d&rsquo;une \u2018nouvelle\u2019 pratique psychiatrique. (2)<\/p>\n<p>Il y a un fil que la pr\u00e9sente analyse entend tisser, sur la signification scientifique, politique et pratique de l&rsquo;\u2019exp\u00e9riment\u2019 au sein du cas de Gorizia. L&rsquo;aspect transformatif de cette exp\u00e9rimentation, notamment le d\u00e9veloppement d&rsquo;une \u2018transformation des relations\u2019 (3), d\u00e9finit l&rsquo;identit\u00e9 du collectif fond\u00e9 dans les locaux de l&rsquo;H\u00f4pital Psychiatrique de Gorizia. Cette transformation ne s&rsquo;est pas d\u00e9velopp\u00e9e sans risque, et en particulier le risque d&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;exp\u00e9riment lui-m\u00eame, comme l&rsquo;a \u00e9crit l&rsquo;un de ses protagonistes : \u2018 Il y a eu un grand risque pour nous comme pour le patient&#8230; Il y avait une tension autour de l&rsquo;innovation : nous \u00e9tions impliqu\u00e9s dans une exp\u00e9rience unique et non reproductible\u2019 (Venturini, 2020 : 143).<\/p>\n<p>Pour reconstruire comment et pourquoi la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique \u00e0 Gorizia, d&rsquo;inspiration anglophone (4), est devenue un exemple \u00e0 suivre, je me propose ici d&rsquo;utiliser plusieurs sources, parfois in\u00e9dites, qui offrent un point de vue qui d\u00e9passe les perspectives th\u00e9oriques et pratiques de la psychiatrie. J&rsquo;analyserai donc le mat\u00e9riel de <em>Il Picchio : Organo dei degenti dell&rsquo;Ospedale Psichiatrico Provinciale <\/em>(Le pic : Journal des intern\u00e9.e.s de l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique provincial), un mensuel r\u00e9dig\u00e9 par un groupe de patient.e.s,\u00a0 qui commence \u00e0 para\u00eetre quelques mois apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e de Franco Basaglia et d&rsquo;Antonio Slavich, et ce jusqu&rsquo;en 1966 (5).<\/p>\n<p>En s&rsquo;int\u00e9ressant de plus pr\u00e8s \u00e0 la pratique de l&rsquo;assembl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Gorizia, ce chapitre vise \u00e0 contribuer \u00e0 un compte-rendu complet de la lutte italienne contre l&rsquo;institutionnalisation, qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9e historiquement par l&rsquo;exp\u00e9rience de Basaglia dans cet h\u00f4pital. Les travaux \u00e0 ce sujet sont nombreux : des livres tels que <em>L&rsquo;istituzione negata<\/em> (L&rsquo;institution en n\u00e9gation) et d&rsquo;autres textes contemporains, ainsi que des recherches historiques et des t\u00e9moignages plus r\u00e9cents (6), soulignent les caract\u00e9ristiques essentielles de la dissidence sociale qui, conform\u00e9ment \u00e0 la culture politique de l&rsquo;\u00e9poque, s&rsquo;est concr\u00e9tis\u00e9e par l&rsquo;approbation de la loi n\u00b0 180 de 1978. Cette victoire a \u00e9t\u00e9 soutenue par un vaste mouvement de l&rsquo;opinion publique. Il n&rsquo;y a pas de doute que le charisme du leader du mouvement, Franco Basaglia (1924-80), ainsi que l&rsquo;influence des m\u00e9dias, \u00e0 savoir la t\u00e9l\u00e9vision, la radio et les journaux, ont fait en sorte que l&rsquo;exp\u00e9rience, initi\u00e9e dans un asile construit sur le mur qui divisait l&rsquo;Italie et la Yougoslavie comme une cicatrice fra\u00eeche, a trouv\u00e9 un \u00e9cho dans le monde entier. Nombreux sont ceux qui ont d\u00e9crit dans leurs souvenirs l&rsquo;asile de Gorizia comme d\u2019une Mecque \u00e0 atteindre pour voir par soi-m\u00eame l&rsquo;effet profond du changement (Babini, 2009 : 178 ; Foot, 2014 : 237). Beaucoup de ceux qui le faisaient, \u00e9taient des \u00e9tudiants, des volontaires, des \u00e9crivains, des photographes, des journalistes, des intellectuels et des artistes. (7)<\/p>\n<p>La force d\u00e9rangeante des \u00e9v\u00e9nements qui ont progressivement modifi\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 des asiles en Italie doit \u00eatre lue devant le contexte politique et id\u00e9ologique de la R\u00e9publique italienne des ann\u00e9es 1960 et 1970. Il serait toutefois erron\u00e9 de circonscrire le mouvement anti-institutionnalisation dans un cadre de r\u00e9f\u00e9rence exclusivement m\u00e9dical ou id\u00e9ologique. D\u00e8s le d\u00e9but, les pratiques quotidiennes, ainsi que les essais et les articles produits pour des conf\u00e9rences, des livres, des magazines, des congr\u00e8s internationaux et r\u00e9unions publiques par les protagonistes, une poign\u00e9e de psychiatres, avaient pos\u00e9 les enjeux. Il ne s&rsquo;agit plus seulement de d\u00e9noncer les conditions inhumaines et d\u00e9gradantes dans lesquelles les intern\u00e9.e.s anonymes des asiles \u00e9taient d\u00e9tenu.e.s, ni d&rsquo;ouvrir une voie vers la r\u00e9forme des institutions psychiatriques (8). Que la psychiatrie italienne serait une sorte de \u2018cath\u00e9drale d\u00e9sol\u00e9e\u2019 dans une R\u00e9publique encore immature \u00e9tait une hypoth\u00e8se \u00e9mise m\u00eame dans les cercles acad\u00e9miques les moins enclins \u00e0 des changements radicaux. Cependant, selon Basaglia, \u2018l&rsquo;arri\u00e9ret\u00e9 et la paresse\u2019 (Basaglia, 2018 : 41) ont \u00e9t\u00e9 per\u00e7us comme des \u00e9l\u00e9ments qui maintenait en vie une culture entrem\u00ealant un organicisme moisi, d&#8217;empreinte positiviste, avec une sorte d&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de l&rsquo;h\u00f4pital clos. Ces aspects-l\u00e0 ont conduit \u00e0 un retard, voire \u00e0 un rejet, de l&rsquo;introduction des orientations anthropo-ph\u00e9nom\u00e9nologiques et psychanalytiques, d\u00e9j\u00e0 actives dans d&rsquo;autres pays d&rsquo;Europe occidentale (9).<\/p>\n<p>Dans de nombreux cas, y compris \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Gorizia, ce \u2018arri\u00e9ret\u00e9\u2019 \u00e9tait le r\u00e9sultat d&rsquo;une d\u00e9t\u00e9rioration continue des structures psychiatriques, en particulier apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, et la \u2018 paresse\u2019 indiquait l&rsquo;acceptation de cette situation, l&rsquo;absence de volont\u00e9 de changement. L&rsquo;asile de Gorizia, inaugur\u00e9 dans les ann\u00e9es 1930, \u00e0 l&rsquo;apog\u00e9e du r\u00e9gime fasciste, \u00e9tait plus reclus et p\u00e9riph\u00e9rique que d&rsquo;autres dans le pays, non seulement pour des raisons g\u00e9opolitiques, mais aussi pour des raisons politiques. Les salles \u00e9taient sur-peupl\u00e9es, les ressources humaines et \u00e9conomiques totalement insuffisantes. (10) Gorizia \u00e9tait un lieu de \u00ab second choix \u00bb, m\u00eame pour les psychiatres et m\u00e9decins qui n&rsquo;avaient pas trouv\u00e9 de place dans le monde universitaire.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;en 1947, les Alli\u00e9s red\u00e9finissent la fronti\u00e8re orientale de l&rsquo;Italie, l&rsquo;h\u00f4pital subit les effets de la partition du territoire de l&rsquo;Isonzo avec la Yougoslavie. De nombreux patient.e.s d&rsquo;origine slov\u00e8ne, qui n&rsquo;ont pu \u00eatre lib\u00e9r\u00e9.e.s, se sont retrouv\u00e9.e.s apatrides, confront\u00e9.e.s \u00e0 un long internement, aggrav\u00e9 par les barri\u00e8res linguistiques et l&rsquo;\u2019italianisation\u2019 forc\u00e9e. Sur les six cents intern\u00e9.e.s, plus d&rsquo;un tiers \u00e9taient slov\u00e8nes, et pour ces dernier.e.s, le gouvernement italien \u00e9tait oblig\u00e9 de payer une taxe journali\u00e8re pour dommages de guerre \u00e0 la R\u00e9publique populaire yougoslave. (11)<\/p>\n<p>On peut imaginer que pour Franco Basaglia, la direction de cet h\u00f4pital, obtenue par la r\u00e9ussite d&rsquo;un concours public en novembre 1961, a ressembl\u00e9 \u00e0 un exil. Basaglia n&rsquo;avait pas choisi Gorizia pour faire carri\u00e8re ; son ami et premier collaborateur, le psychiatre Antonio Slavich, se souvient que Gorizia \u00e9tait une destination inattendue et non demand\u00e9e (Slavich, 2018 : 21). Apr\u00e8s des ann\u00e9es pass\u00e9es en tant qu&rsquo;assistant \u00e0 la clinique neurologique de l&rsquo;Universit\u00e9 de Padoue, o\u00f9 il avait obtenu un poste de professorat et re\u00e7u le titre de \u2018philosophe\u2019 de son professeur Giovanni Battista Belloni, Basaglia esp\u00e9rait poursuivre ses recherches bien que sous un angle th\u00e9orique diff\u00e9rent. Ses premiers \u00e9crits scientifiques, publi\u00e9s dans les ann\u00e9es 1950, portent sur l&rsquo;analyse de la subjectivit\u00e9 psychopathologique. L&rsquo;influence de Jaspers et de Binswanger est \u00e9vidente (Basaglia, 2017 : 45-91 ; Colucci et Di Vittorio, 2020 : 27-79). Le r\u00e9pertoire diagnostique observ\u00e9 dans la clinique padouane est devenu l&rsquo;occasion d&rsquo;explorer, sous une forme antir\u00e9ductionniste, les relations entre les approches th\u00e9rapeutiques biologiques et celles que Basaglia qualifie d&rsquo;anthropo-ph\u00e9nom\u00e9nologiques. Cela a marqu\u00e9 une nouvelle approche critique du mod\u00e8le organiciste de la psychiatrie. Belloni, professeur de neurologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Padoue, s&rsquo;est trouv\u00e9 dans la position inconfortable d\u2019avoir \u00e0 \u2018caser\u2019 cet \u00e9tudiant brillant mais non conventionnel. (12) A ce moment-l\u00e0, Basaglia \u00e9tait pleinement conscient qu&rsquo;il se trouvait coinc\u00e9 dans un limbe acad\u00e9mique humiliant.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouverture d&rsquo;un poste de directeur d&rsquo;asile \u00e0 Gorizia s&rsquo;est faite par hasard en mars 1961. Le directeur Antonio Canor \u00e9tant d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans un accident de la route, l&rsquo;administration provinciale de Gorizia commen\u00e7ait alors \u00e0 envisager s\u00e9rieusement la possibilit\u00e9 d&rsquo;un changement de direction de l&rsquo;h\u00f4pital, dont l&rsquo;entretien \u00e9tait devenu difficilement soutenable, surtout en termes financiers. Au moment de sa nomination en novembre 1961, l&rsquo;asile comptait environ 630 intern\u00e9.e.s, r\u00e9parti.e.s dans huit services.<\/p>\n<p>\u2018Lorsque Franco arrive \u00e0 Gorizia, la rencontre avec l&rsquo;asile fut violente\u2019, au point que Basaglia n&rsquo;exclut pas sa d\u00e9mission imminente (Terzian, 1980 : 2). Lors de sa premi\u00e8re tourn\u00e9e, zigzaguant entre les cours, les colonies de travail et les salles des d\u00e9partements, Basaglia d\u00e9crit l&rsquo;asile comme \u00ab un tas de fumier \u00bb o\u00f9 les \u00eatres humains ont perdu toute dignit\u00e9 (Basaglia, 2017 : 663). Des hommes et des femmes en uniforme, le cr\u00e2ne ras\u00e9, \u00e9taient affal\u00e9.e.s sur les bancs des cours ; d&rsquo;autres, les plus \u00ab agit\u00e9.e.s \u00bb, se trouvaient dans des cours cl\u00f4tur\u00e9es, attach\u00e9.e.s \u00e0 des arbres pendant leur heure quotidienne d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. L&rsquo;int\u00e9rieur de chaque salle contenait entre cinquante et cent lits. Dans les salles B et C, de nombreux intern\u00e9s \u00e9taient attach\u00e9s \u00e0 leur lit dans des cellules s\u00e9par\u00e9es. D&rsquo;autres erraient, en perp\u00e9tuel mouvement et le regard vide, dans d&rsquo;immenses pi\u00e8ces d\u00e9pourvues de tout ornement. Les plus dociles, sous la surveillance d&rsquo;ouvriers et d&rsquo;infirmi\u00e8res, remplissaient l&rsquo;atelier, la menuiserie et les colonies, travaillant selon les dictats de l\u2019ergoth\u00e9rapie.<\/p>\n<p>La rencontre abrupte avec cette sombre r\u00e9alit\u00e9 a suscit\u00e9 chez Basaglia un besoin urgent de rompre avec les normes ant\u00e9rieures et d&rsquo;inventer de nouvelles pratiques : une entreprise incertaine et ardue. Une anecdote presque l\u00e9gendaire raconte que son premier grand geste, accompli depuis sa position aux commandes \u00e0 la fin de cette matin\u00e9e de novembre, fut son refus de signer le registre des contentions. \u00ab\u00a0<em>E mi no firmo<\/em> \u00bb (Et je ne signerai pas !), d\u00e9clara-t-il en dialecte v\u00e9nitien. Un geste symbolique, tout \u00e0 fait inattendu, qui a heurt\u00e9 ses collaborateurs et marqu\u00e9 une premi\u00e8re c\u00e9sure, pr\u00e9figurant, m\u00eame de mani\u00e8re indirecte, un changement de rythme pour l&rsquo;h\u00f4pital.<\/p>\n<h3>Donner des coups de bec comme un pic : une lettre d&rsquo;information comme preuve documentaire<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;une de ses plus importantes contributions acad\u00e9miques, <em>Le istituzioni della violenza<\/em> (les institutions de la violence), Franco Basaglia fait un bref historique des premi\u00e8res ann\u00e9es de l&rsquo;exp\u00e9rience de Gorizia. Il ne s&rsquo;agit pas principalement d&rsquo;\u00e9laborations th\u00e9oriques \u00e9tay\u00e9es par des exp\u00e9riences pratiques, mais plut\u00f4t du r\u00e9cit par Basaglia de ses observations au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\">La situation \u00e0 laquelle nous \u00e9tions confront\u00e9s &#8230; \u00e9tait fortement institutionnalis\u00e9e dans toutes les cat\u00e9gories : patients, infirmi\u00e8res, m\u00e9decins &#8230; On a cherch\u00e9 \u00e0 provoquer une situation de rupture qui puisse aider les trois p\u00f4les de la vie hospitali\u00e8re \u00e0 sortir de leurs r\u00f4les cristallis\u00e9s, en les pla\u00e7ant dans un jeu de tension et de contre-tension dans lequel chacun.e. se trouverait impliqu\u00e9.e. et responsable. Il s&rsquo;agit d&rsquo;entrer dans le \u2018risque qui, seul, peut mettre les m\u00e9decins et les patient.e.s, les patient.e.s et le personnel \u00e0 un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, uni.e.s dans la m\u00eame cause, tendant vers un but commun\u2019 (Basaglia, 1968 : 131).<\/p>\n<p>Que signifiait mat\u00e9riellement \u2018provoquer une situation de rupture\u2019 ? O\u00f9 et comment devait-elle commencer ? Comment le risque et la tension pouvaient-ils \u00eatre rendus productifs ? Plonger dans l&rsquo;exp\u00e9rience ali\u00e9nante de la vie d&rsquo;asile \u00e9tait le seul moyen d&rsquo;appr\u00e9cier les cons\u00e9quences de l&rsquo;application p\u00e9rim\u00e9e de connaissances scientifiques. Ces r\u00e9sultats n\u2019\u00e9taient pas la distorsion occasionnelle d&rsquo;une institution qui fonctionne mal, mais le signe de l&rsquo;effondrement de l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me psychiatrique italien. Le petit h\u00f4pital de Gorizia a d\u00e9clench\u00e9 ce premier tremblement de terre essentiel : la r\u00e9alit\u00e9 brute qu\u2019elle pr\u00e9sentait n\u00e9cessitait un examen attentif du fondement th\u00e9orique sur lequel elle s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9e. Il \u00e9tait d\u00e9sormais n\u00e9cessaire de mettre la th\u00e9orie au service de la pratique. Et ce n&rsquo;\u00e9tait pas une mince affaire. La \u2018mise entre parenth\u00e8ses de la maladie mentale\u2019 (Basaglia, 2017 : 315) \u00e9tait plus qu&rsquo;un simple slogan antipsychiatrique. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;abraser la surface du mod\u00e8le psychiatrique dominant et v\u00e9rifier les cons\u00e9quences humaines, sociales, m\u00e9dicales et culturelles de son application. Un travail \u00ab sale \u00bb et risqu\u00e9, qui ne changeait rien s&rsquo;il \u00e9tait accompli dans la solitude la plus totale. Le personnel m\u00e9dical \u00e9tait \u00e0 reconstruire en partant de z\u00e9ro, le travail du personnel param\u00e9dical \u00e9tait \u00e0 r\u00e9organiser et \u00e0 r\u00e9-imaginer, et c&rsquo;est sans doute l&rsquo;un des aspects les plus d\u00e9licats et les plus complexes\u00a0: en effet, les seules relations suivies que les patient.e.s avaient pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9tablies dans cet environnement \u00e9taient celles avec les infirmi\u00e8r.e.s, les religieuses, les ouvriers et les soignant.e.s ; certainement pas avec les m\u00e9decins.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 1962 para\u00eet le premier num\u00e9ro du mensuel <em>Il Picchio<\/em>. Produit sur une vieille presse interne et fortement soutenu par le nouveau directeur, le premier num\u00e9ro est compos\u00e9 de quatre feuillets. Le choix du nom n&rsquo;a fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucun commentaire bien qu&rsquo;il se r\u00e9f\u00e8re, m\u00e9taphoriquement, \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 caract\u00e9ristique de l&rsquo;oiseau qui lui a donn\u00e9 son nom, \u00e0 savoir battre tous les jours avec insistance l&rsquo;\u00e9corce dure, apparemment incassable.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/?attachment_id=2576328\" width=\"450\" height=\"528\" \/><\/p>\n<h5><strong>Figure 2.1.<\/strong> Une des illustrations de couverture du mensuel <em>Il Picchio<\/em> (Archivio Agostino Pirella della Biblioteca di Area Umanistica di Arezzo \u2013 Universit\u00e0 degli Studi di Siena)<\/h5>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e d\u2019imprimer un magazine des patient.e.s n&rsquo;\u00e9tait pas originale en soi. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, de telles initiatives avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prises dans plusieurs institutions psychiatriques europ\u00e9ennes (13). Souvent, leur fonction \u00e9tait de fournir une distraction, une activit\u00e9 qui pouvait \u00eatre une forme d&rsquo;ergoth\u00e9rapie de l&rsquo;asile tout comme un v\u00e9hicule d&rsquo;expression personnelle. Cependant, il n&rsquo;\u00e9tait pas rare que les articles adoptent un ton paternaliste et soulignent les aspects positifs de la vie asilaire sur lesquels les m\u00e9decins et le personnel s&rsquo;accordaient. Ces journaux composaient un bulletin documentant et faisant l&rsquo;\u00e9loge du bon fonctionnement du site asilaire. <em>Il Picchio<\/em> n\u2019\u00e9tait pas compl\u00e8tement immunis\u00e9 face \u00e0 ce style, mais il devenait n\u00e9anmoins le premier instrument \u00e0 rendre public le changement radical \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;h\u00f4pital de Gorizia. Bient\u00f4t, des num\u00e9ros ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s non seulement \u00e0 d&rsquo;autres h\u00f4pitaux psychiatriques, mais aussi \u00e0 des patient.e.s sorti.e.s de l&rsquo;h\u00f4pital, \u00e0 des m\u00e9decins, \u00e0 des b\u00e9n\u00e9voles et \u00e0 d&rsquo;autres personnes qui en faisaient la demande. Un patient surtout, \u2018Furio\u2019, est devenu le moteur de cette initiative et deviendra, quelques ann\u00e9es plus tard, l&rsquo;une des figures de proue de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Le premier num\u00e9ro du journal s&rsquo;ouvre avec une invitation du collectif \u00e9ditorial, compos\u00e9e au d\u00e9part uniquement de patients masculins, principalement du service A :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\">Ceci est notre journal et nous tou.te.s, patient.e.s, hommes et femmes,<br \/>\ndevons collaborer \u00e0 sa r\u00e9daction. Nous invitons tout particuli\u00e8rement<br \/>\nles femmes que nous n\u2019avons pu, pour des raisons \u00e9videntes, contacter<br \/>\ndirectement \u00e0 nous envoyer leurs contributions<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 1 (1962) : 1).<\/p>\n<p>Les \u2018raisons \u00e9videntes\u2019 se r\u00e9f\u00e9raient \u00e0 la s\u00e9paration nette des sexes dans les services, aggrav\u00e9e par les limites architecturales internes, difficiles \u00e0 franchir. Les cours entre les pavillons \u00e9taient entour\u00e9es de hauts grillages. Le long de la fronti\u00e8re avec la Yougoslavie, l&rsquo;enceinte de l&rsquo;h\u00f4pital \u00e9tait cl\u00f4tur\u00e9e par un haut mur d&rsquo;enceinte. R\u00e9duire la distance interne, en particulier celle du genre, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des premi\u00e8res d\u00e9cisions partag\u00e9es avec les patients par le nouveau directeur entre novembre et d\u00e9cembre 1962.<\/p>\n<p>Voici comment la nouvelle a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9e et comment\u00e9e :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\">Un de ces jours, nous assisterons \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement qui fera date. Les barri\u00e8res<br \/>\nentourant les promenades seront d\u00e9mantel\u00e9es. [&#8230;] Nous applaudissons le<br \/>\ndynamisme de la direction qui, par cette action, initie une s\u00e9rie de mesures qui<br \/>\nrendront notre h\u00f4pital semblable aux autres h\u00f4pitaux civils. \u00c0 notre humble<br \/>\navis, cet \u00e9v\u00e9nement doit \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 4(1962) : 1).<\/p>\n<p>Le mois suivant, apr\u00e8s l&rsquo;enl\u00e8vement des cl\u00f4tures, un article sign\u00e9 par la r\u00e9daction, titrait \u2018Les barri\u00e8res tombent\u2019 :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\">Le \u2018basculement\u2019 des cl\u00f4tures est importante non seulement en soi mais aussi pour r\u00e9tablirla s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 dans l&rsquo;environnement tout autour, pour la restauration de la dignit\u00e9 et la confiance des patient.e.s., pour le contact avec le monde ext\u00e9rieur, pour la nouvelle conception de psychiatrie \u00e0 laquelle elle donne naissance. Son utilit\u00e9 sera encore plus significative si ce principe s\u2019\u00e9tend \u00e0 chaque personne et inclut les droits civils et l\u00e9gaux.<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 5 (1962) : 4-5)<\/p>\n<p>Le d\u00e9mant\u00e8lement des barri\u00e8res en d\u00e9cembre 1962 a \u00e9t\u00e9 rendu public par un film qui, heureusement, est encore conserv\u00e9 (14) Basaglia (2017\u00a0:\u00a0261-9) comme Slavich (2018\u00a0:\u00a0150) ont soulign\u00e9 l\u2019importance de supprimer les contraintes internes et externes dans les d\u00e9partements, m\u00eame si l\u2019ouverture de ceux des intern\u00e9.e.s chroniques, comme dans le quartier C, s\u2019est faite progressivement. Et pourtant, le d\u00e9mant\u00e8lement des barri\u00e8res n\u2019\u00e9tait pas seulement symbolique. Plusieurs mots utilis\u00e9s dans l\u2019article <em>d\u2019ll Picchio <\/em>mettent en \u00e9vidence deux aspects fondamentaux. D\u2019une part, renverser mat\u00e9riellement les barri\u00e8res signifiait initier l\u2019exercice pratique de petites libert\u00e9s retrouv\u00e9es par les patient.e.s dans leur vie quotidienne. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, des cl\u00f4tures retir\u00e9es signifiaient pas une libert\u00e9 de mouvement imm\u00e9diate pour les corps d\u2019hommes et de femmes longtemps confin\u00e9s au lit ou dans un environnement contenu. Cela n\u00e9cessitait d\u2019autres mesures visant \u00e0 red\u00e9finir la relation entre le corps, le temps et l\u2019espace au sein de cet environnement.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des \u00e9tapes les plus importantes dans la red\u00e9finition de cette relation fut l&rsquo;introduction des m\u00e9dicaments psychotropes, comme Basaglia lui-m\u00eame le rappelait lors de sa premi\u00e8re communication sur l&rsquo;exp\u00e9rience de Gorizia au Congr\u00e8s international de psychiatrie sociale (Londres, 1964) : \u2018Si la personne malade a perdu sa libert\u00e9 \u00e0 cause de la maladie, cette libert\u00e9 de se r\u00e9approprier soi-m\u00eame lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e par ses m\u00e9dicaments\u2019 (Basaglia, 2017 : 264).<\/p>\n<p>L\u2019introduction des m\u00e9dicaments psychotropes a donc favoris\u00e9 une libert\u00e9 plus grande mais encore limit\u00e9e du corps des patients et un traitement innovant et souvent r\u00e9ussi des formes de r\u00e9gression les plus graves. Basaglia souligne n\u00e9anmoins que le m\u00e9dicament ne peut pas \u00eatre \u00e9lev\u00e9 au rang de pouvoir thaumaturgique : \u2018Si, en conjonction avec l&rsquo;action d&rsquo;un m\u00e9dicament, l&rsquo;h\u00f4pital ne met pas en \u0153uvre des mesures pour d\u00e9fendre la libert\u00e9, dont le\/la patient.e subit d\u00e9j\u00e0 la perte, le m\u00e9dicament, en activant un spectre plus large de conscience, augmentera en lui la conviction d&rsquo;\u00eatre d\u00e9sormais d\u00e9finitivement perdu\u2019 (Basaglia, 2017 : 264). Ici, dans la premi\u00e8re \u00e9tape exp\u00e9rimentale, \u00e9merge une attitude qui deviendra quelques ann\u00e9es plus tard une devise et une partie de la pratique quotidienne \u00e0 Trieste : \u00ab La libert\u00e9 est th\u00e9rapeutique \u00bb. (15)<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me aspect important de l\u2019article \u00ab La chute des barri\u00e8res \u00bb est le terme du \u2018renversement\u2019. L&rsquo;usage qu&rsquo;en fait <em>Il Picchio<\/em> n&rsquo;est pas fortuit. C\u2019est une r\u00e9f\u00e9rence claire \u00e0 un nouveau dicton adopt\u00e9 par les r\u00e9formateurs radicaux de Gorizia. \u00ab Le renversement pratique de l\u2019institution de l\u2019asile psychiatrique \u00bb (16) est devenu un slogan central de la dialectique anti-institutionnelle, avec ses implications radicales. Selon l&rsquo;\u00e9crivain.e patient.e, le renversement des barri\u00e8res n&rsquo;avait de sens que si le syst\u00e8me civil et juridique des institutions psychiatriques \u00e9tait \u00e9galement renvers\u00e9 et que, ce faisant, la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;institution disparaissait \u00e9galement. En outre, cela refl\u00e8te une position politique de caract\u00e8re h\u00e9g\u00e9lien-marxiste, d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9e dans les premiers \u00e9crits collectifs de Gorizia (voir Basaglia, 1967\u00a0: 433).<\/p>\n<p>Dans quarante-deux num\u00e9ros, de 1962 \u00e0 1966, <em>Il Picchio<\/em> a gard\u00e9 la trace des bouleversements quotidiens \u00e0 Gorizia, enregistrant souvent des revers et des \u00e9checs. Il reste le t\u00e9moignage documentaire le plus d\u00e9taill\u00e9 des premiers contacts des patient.e.s avec le monde ext\u00e9rieur \u00e0 travers des excursions d&rsquo;une journ\u00e9e, l&rsquo;exploration de probl\u00e8mes profond\u00e9ment ressentis comme l&rsquo;alcoolisme, le besoin de discuter de l&rsquo;\u00e9ventuelle r\u00e9insertion sociale des patient.e.s par le travail, des difficult\u00e9s du r\u00e9tablissement des relations familiales, l&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d&rsquo;une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;infirmi\u00e8res, de m\u00e9decins et d&rsquo;assistants sociaux, ainsi que la r\u00e9novation et l&rsquo;ouverture des services pour cr\u00e9er un environnement plus confortable et moins d\u00e9gradant. Le journal contenait \u00e9galement des reportages sur le forum cin\u00e9matographique, la chorale, la biblioth\u00e8que, la musicoth\u00e9rapie, le bar, les festivals et les c\u00e9l\u00e9brations ainsi que des histoires personnelles de patient.e.s, des po\u00e8mes et des entretiens avec des visiteur.e.s \u2018de l\u2019ext\u00e9rieur\u2019. Ainsi, le magazine pr\u00e9sente un h\u00f4pital essayant de cr\u00e9er et d&rsquo;augmenter les espaces de rencontre, et aborde les contradictions et les conflits quotidiens que cr\u00e9ent ces relations, impliquant des r\u00f4les diff\u00e9rents et asym\u00e9triques.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;il soit impossible de restituer ici la riche vari\u00e9t\u00e9 de toutes les rubriques mensuelles du journal, il convient, pour le pr\u00e9sent examen, de se concentrer sur trois \u00e9l\u00e9ments qui pr\u00e9sentent le prototype de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale : la psychoth\u00e9rapie de groupe, la naissance du comit\u00e9 \u2018Aidons-nous les uns les autres \u00e0 gu\u00e9rir\u2019 et l&rsquo;institution de r\u00e9unions des services et du collectif \u00e9ditorial du journal, de 1962 \u00e0 1965.<\/p>\n<h3>De l\u2019asile \u00e0 la communaut\u00e9 hospitali\u00e8re : s\u2019entraider pour gu\u00e9rir<\/h3>\n<p>La nouvelle ann\u00e9e 1963 commence sous de nouveaux auspices pour <em>Il Picchio<\/em>. Pour commencer, le changement de couverture<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/couverture-il-pichio2.jpg\" width=\"450\" height=\"679\" \/><\/p>\n<h5><strong>Figure 2.2<\/strong> <em>\u00a0Il Picchio<\/em>. Magazine \u00e9crite et compos\u00e9e par les patient.e.s de l&rsquo;H\u00f4pital Psychiatrique Provincial de Gorizia. Slogan : \u00ab Aidons-nous les uns les autres \u00e0 gu\u00e9rir \u00bb. Avec l&rsquo;aimable autorisation de l&rsquo;Archivio Agostino Pirella della Biblioteca di Area Umanistica di Arezzo \u2013 Universit\u00e0 degli Studi di Siena.<\/h5>\n<p>Dans le num\u00e9ro de 1963, sous l\u2019image omnipr\u00e9sente de l\u2019oiseau martelant, apparaissent deux silhouettes de personnes se serrant la main. La l\u00e9gende contient un message fort : \u00ab Aidons-nous les uns les autres \u00e0 gu\u00e9rir. \u00bb Et l\u2019article \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur pr\u00e9cise : \u00ab Chacun.e doit \u00eatre l\u2019ami.e, le\/la conseill\u00e8r.e de l\u2019autre. Nous pouvons ainsi d\u00e9couvrir ce que la maladie nous a fait perdre. \u2026 Ce n\u2019est pas seulement notre maladie qui constitue notre dommage \u00bb. (<em>Il Picchio<\/em>, 6 (1963) : 2)<\/p>\n<p>L&rsquo;appel \u00e0 l&rsquo;entraide a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 \u00e0 celles et ceux de l&rsquo;h\u00f4pital qui ne participaient pas encore aux activit\u00e9s du journal ou \u00e0 d&rsquo;autres occupations courantes et s&rsquo;adressait aux d\u00e9cideur.es : les m\u00e9decins, les administrateur.e.s, l&rsquo;intendant et les infirmi\u00e8res. Cette relation binaire entre personnel et patient.e.s resterait in\u00e9luctable. L\u2019exercice quotidien de l\u2019autod\u00e9termination des patient.e.s et la reconstitution de leur propre subjectivit\u00e9 \u00e9taient \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 une red\u00e9finition de r\u00f4les et de t\u00e2ches distincts tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>Cet aspect n\u2019a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 aucun.e des acteur.e.s, notamment m\u00e9decins, patient.e.s et infirmi\u00e8r.e.s, et est devenu partie int\u00e9grante des relations th\u00e9rapeutiques dans la communaut\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">Cependant, notre position privil\u00e9gi\u00e9e par rapport<br \/>\n\u00e0 un.e malade rendu.e inf\u00e9rieur.e, \u00e0 nos yeux ne<br \/>\nsera pas facilement surmont\u00e9e, mais nous pouvons<br \/>\nessayer de vivre les besoins qui font partie de la<br \/>\nr\u00e9alit\u00e9 des patient.e.s en \u00e9tablissant une relation<br \/>\nbas\u00e9e sur un processus de risque mutuel et de contestation<br \/>\n(Basaglia, 2017 : 331).<\/p>\n<p>La dialectique de cette relation caract\u00e9rise fortement les premi\u00e8res r\u00e9flexions sur la psychoth\u00e9rapie de groupe \u00e0 Gorizia, que l&rsquo;on retrouve \u00e9galement dans les pages d&rsquo;<em>Il Picchio <\/em>en 1962 :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">Une personne malade mentale ne se remettra certainement<br \/>\npas seule d&rsquo;un traitement, mais la psychoth\u00e9rapie,<br \/>\ntelle que la comprennent nos m\u00e9decins, aura un effet<br \/>\nb\u00e9n\u00e9fique sur sa personnalit\u00e9. \u2026 Dans ce groupe, qui ne<br \/>\ndevrait \u00eatre rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 miniature, le\/a patient.e<br \/>\nrencontre ses semblables, se lib\u00e8re, parle, d&rsquo;abord avec<br \/>\nbeaucoup de difficult\u00e9, puis, surmontant les r\u00e9sistances<br \/>\n\u00e9motionnelles, avec aisance.<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 5 (1962) : 1).<\/p>\n<p>Furio, l&rsquo;\u00e2me du bulletin, \u00e9tait \u00e9galement le porte-parole des patient.e.s dans cette phase, ce qui sugg\u00e8re leur participation \u00e0 des discussions avec des m\u00e9decins concernant la psychoth\u00e9rapie. Comment la psychoth\u00e9rapie est-elle comprise et comment sera-t-elle pratiqu\u00e9e \u00e0 partir de 1963 ? C&rsquo;est encore un court article du bulletin qui commente l&rsquo;introduction de la psychoth\u00e9rapie de groupe :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">La psychoth\u00e9rapie de groupe a commenc\u00e9. Cette<br \/>\nth\u00e9rapie consiste \u00e0 r\u00e9unir des groupes de patient.e.s,<br \/>\ns\u00e9lectionn\u00e9.e.s a priori, et \u00e0 leur donner amplement<br \/>\nl&rsquo;occasion de converser entre elles et eux sur des probl\u00e8mes<br \/>\nqu&rsquo;elles\/ils choisissent spontan\u00e9ment, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui<br \/>\naffectent le plus toutes les personnes pr\u00e9sentes, tandis<br \/>\nque la fonction du m\u00e9decin est d\u2019\u00e9couter et de guider,<br \/>\nafin de stimuler la conversation et, si n\u00e9cessaire, de la<br \/>\nramener sur la bonne voie.<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 6 (1963) : 4).<\/p>\n<p>L\u2019article est sign\u00e9 \u00ab\u00a0L.V.\u00a0\u00bb\u00a0; on ne sait pas s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un patient de sexe masculin ou f\u00e9minin, mais il est certain que tous les num\u00e9ros mensuels de 1963 et 1964 sont riches en articles sur la psychoth\u00e9rapie de groupe, signe que les membres du comit\u00e9 \u00ab\u00a0Entraidons-nous pour gu\u00e9rir\u00a0\u00bb \u00e9crivent de plus en plus sur leurs exp\u00e9riences pour le magazine. \u00c0 partir du neuvi\u00e8me num\u00e9ro de 1963, la r\u00e9daction a commenc\u00e9 \u00e0 publier m\u00e9thodiquement les mouvements internes des patient.e.s de l&rsquo;h\u00f4pital, en mettant en \u00e9vidence la relation entre les patient.e.s sorti.e.s et les patient.e.s hospitalis\u00e9.e.s, et en notant l&rsquo;augmentation progressive du nombre de patient.e.s participant aux diff\u00e9rentes activit\u00e9s de travail. En mars 1963, sur 563 patient.e.s (273 hommes et 290 femmes), 319 \u00e9taient employ\u00e9.e.s soit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, soit \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de l&rsquo;h\u00f4pital. Ici, les statistiques habituelles concernant l&#8217;emploi des hommes et des femmes ont \u00e9t\u00e9 invers\u00e9es, avec 200 femmes employ\u00e9es contre seulement 119 hommes. (17)Mais quel \u00e9tait le sens du travail dans ce contexte ? \u00c0 Gorizia, les r\u00e9formateurs ont critiqu\u00e9 l&rsquo;ergoth\u00e9rapie traditionnelle, la consid\u00e9rant comme un travail d\u00e9gradant, non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 ou troqu\u00e9 contre des cigarettes et des bonbons, le travail qui y est effectu\u00e9 ne r\u00e9pondant qu&rsquo;aux besoins des infirmi\u00e8res et des m\u00e9decins li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;asile. En 1964, le travail \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital a radicalement chang\u00e9 lorsque, gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me de tr\u00e9sorerie interne, un salaire hebdomadaire a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 pour r\u00e9pondre \u00e0 certains besoins fondamentaux des patient.e.s. C&rsquo;est ainsi que des ateliers furent cr\u00e9\u00e9s : couture, tricot, rembourrage de chaises, imprimerie et m\u00eame un salon de coiffure. Non moins importante fut la cr\u00e9ation d&rsquo;une biblioth\u00e8que et l&rsquo;ouverture d&rsquo;une \u00e9cole reconnue par l&rsquo;\u00c9tat. \u00c0 partir de 1965, un autre pas en avant fut franchi : il fut possible aux intern\u00e9.e.s de travailler \u00e0 des t\u00e2ches artisanales simples pour des entreprises et des usines ext\u00e9rieures, gr\u00e2ce \u00e0 des conventions stipul\u00e9es par l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique. Ainsi, jour apr\u00e8s jour, il devint possible de r\u00e9aliser \u00e0 Gorizia ce que l&rsquo;\u00e9quipe de Basaglia avait vu et connu principalement gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience anglaise de Maxwell Jones \u00e0 Dingleton. (18) Pourtant, aucun de ces changements n\u2019\u00e9tait une \u00e9mulation obs\u00e9quieuse de prescriptions faciles de socioth\u00e9rapie ou de formes \u00e9prouv\u00e9es d\u2019ergoth\u00e9rapie. De nombreux probl\u00e8mes subsistaient, comme les doutes et les contradictions qu&rsquo;Antonio Slavich a exprim\u00e9 ainsi :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">L\u2019ergoth\u00e9rapie \u00e9tait peut-\u00eatre un d\u00e9but n\u00e9cessaire,<br \/>\nmais elle risquait d\u2019accro\u00eetre l\u2019institutionnalisation<br \/>\ninterne. Il a fallu aller au-del\u00e0\u2026 du fait d\u2019organiser une<br \/>\nergoth\u00e9rapie ou une th\u00e9rapie par le jeu. Bien entendu,<br \/>\nil s&rsquo;agissait l\u00e0 d&rsquo;aspects de la technique asilaire, mais<br \/>\nau d\u00e9but nous n&rsquo;avons pas d\u00e9daign\u00e9 de les organiser \u00e0<br \/>\nGorizia, \u00e0 condition que la tendance soit d&rsquo;impliquer<br \/>\nprogressivement l&rsquo;ensemble de l&rsquo;h\u00f4pital. \u2026 Bref, on<br \/>\npeut tout faire, mais ne qualifier aucune de ces activit\u00e9s<br \/>\nde \u00ab th\u00e9rapie \u00bb<br \/>\n(Slavitch, 2018 : 97).<\/p>\n<p>Le processus a \u00e9t\u00e9 un processus d\u2019essais et d\u2019erreurs, guid\u00e9 selon Slavich par \u00ab un empirisme sain \u00bb (Slavich, 2018 : 98). Nous ne pouvons pas non plus consid\u00e9rer les changements intervenus entre 1963 et 1965 comme les plus radicaux. Celles-ci r\u00e9sultent de la constitution du comit\u00e9 \u00ab Aidons-nous \u00e0 gu\u00e9rir \u00bb et de la mise en place d\u2019une psychoth\u00e9rapie, transition compl\u00e8te de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019asile \u00e0 celle de l\u2019h\u00f4pital. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments coexistaient dans un m\u00eame espace, compte tenu des limites objectives impos\u00e9es tant par le manque de personnel que de comp\u00e9tences et de ressources sp\u00e9cifiques. Basaglia en \u00e9tait conscient d\u00e8s 1964, lorsqu&rsquo;il \u00e9crivait dans l&rsquo;\u00e9ditorial d&rsquo;<em>Il Picchio <\/em>:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">Asile, H\u00f4pital et Communaut\u00e9 Th\u00e9rapeutique sont<br \/>\nles \u00e9tapes de notre parcours au cours de ces ann\u00e9es.<br \/>\nCela ne veut pas dire que ces trois \u00e9tapes n&rsquo;existent<br \/>\npas simultan\u00e9ment dans notre institution. Nous avons<br \/>\ntent\u00e9 de d\u00e9truire l&rsquo;asile comme lieu d&rsquo;admission<br \/>\nexclusivement forc\u00e9e, mais il reste encore de nombreux<br \/>\n\u00e9l\u00e9ments qui nous le rappellent.<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 28-9 (1964) : 1).<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rences dans l&rsquo;\u00e9quipement des salles \u00e9taient souvent importantes. Comme l&rsquo;\u00e9crivait un groupe de patient.e.s \u00e0 <em>Il Picchio<\/em> en juillet 1963, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la r\u00e9novation de la salle A par rapport aux conditions inf\u00e9rieures de la salle B : \u00ab Passer du rez-de-chauss\u00e9e au premier \u00e9tage, c&rsquo;est comme passer de l&rsquo;obscurit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re \u00bb (<em>Il Picchio<\/em>, 12 (1963) : 4). Deux ans plus tard, les femmes de la salle f\u00e9minine D \u00e9crivaient :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">Tr\u00e8s cher Pic, bien qu&rsquo;autrefois malades, nous nous<br \/>\nsentons aujourd&rsquo;hui gu\u00e9ries, gr\u00e2ce aux soins et \u00e0 la<br \/>\nbonne volont\u00e9, et nous le montrons dans l&rsquo;attention<br \/>\navec laquelle nous accomplissons notre travail, pour<br \/>\nlequel ils nous paient, mais peu. \u2026 Deuxi\u00e8mement,<br \/>\nnous ne jouissons pas de libert\u00e9 : dans des services<br \/>\nperp\u00e9tuellement ferm\u00e9es, accompagn\u00e9es partout,<br \/>\nnous pensons que nous devrions avoir les m\u00eames<br \/>\ndroits que nos amis du quartier B.<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 38-9 (1965) : 19).<\/p>\n<p>Restait enfin la derni\u00e8re fronti\u00e8re du germe pathog\u00e8ne de l&rsquo;institutionnalisation, le d\u00e9partement C, abritant des patient.e.s chroniques dont l&rsquo;\u00e9tat mental et physique s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 au fil des ann\u00e9es. Pour elles et eux, il \u00e9tait difficile d\u2019imaginer un avenir hors de l\u2019h\u00f4pital ainsi que de s\u2019int\u00e9grer dans la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique. Au d\u00e9partement C, les grilles resteront lev\u00e9es et les portes ferm\u00e9es pendant encore plusieurs ann\u00e9es, tandis que des microcommunaut\u00e9s th\u00e9rapeutiques, masculines et f\u00e9minines, \u00e9mergeront entre 1965 et 1966, regroupant les patient.e.s des autres salles.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pressenza.com\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/couverture-il-pichio2.jpg\" width=\"450\" height=\"679\" \/><\/p>\n<h5><strong>Figure 2.3<\/strong> Il Picchio, 28-9 (1964) : 18-19. L&rsquo;illustration de ce num\u00e9ro a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par un patient nomm\u00e9 Velio T. Avec l&rsquo;aimable autorisation de l&rsquo;Archivio Agostino Pirella della Biblioteca di Area Umanistica di Arezzo \u2013 Universit\u00e0 degli Studi di Siena.<\/h5>\n<h3>Les premiers pas d\u2019une communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique : l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale comme exp\u00e9rience pratique des exclu.e.s<\/h3>\n<p>Qu\u2019\u00e9tait donc la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique de Gorizia et quelle \u00e9tait sa th\u00e9rapie ? D&rsquo;apr\u00e8s ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, et comme en t\u00e9moigne <em>Il Picchio<\/em>, il est clair que jusqu&rsquo;en 1964, tous les changements, tant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de l&rsquo;h\u00f4pital, \u00e9taient orient\u00e9s vers des principes et des m\u00e9thodes communautaires, appliqu\u00e9s tant au comit\u00e9 \u00ab Aidons-nous les uns les autres \u00e0 gu\u00e9rir \u00bb qu\u2019aux r\u00e9unions \u00e9ditoriales d&rsquo;<em>Il Picchio <\/em>et \u00e0 la psychoth\u00e9rapie de groupe. Pourtant, quelque chose de diff\u00e9rent caract\u00e9rise la premi\u00e8re apparition de la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique officiellement constitu\u00e9e le 6 octobre 1964, dans le service B des hommes.<\/p>\n<p>Les patient.e.s choisis dans diff\u00e9rents services repr\u00e9sentaient 53 des environ 600 intern\u00e9.e.s, tandis que les crit\u00e8res de s\u00e9lection tenaient compte \u00e0 la fois de la diff\u00e9renciation diagnostique et des ant\u00e9c\u00e9dents individuels des patients. Dans le service B, dit \u00ab service des agit\u00e9s \u00bb selon l\u2019ancienne nomenclature, une place est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 la communaut\u00e9 accueillant des patients de sexe masculin venus d\u2019autres services. Slavich, directeur du service B, rappelle qu&rsquo;il \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre facile de transf\u00e9rer les patient.e.s qui n&rsquo;\u00e9taient pas destin\u00e9.e.s \u00e0 participer \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience vers d&rsquo;autres services : \u00ab Il fallait communiquer \u00e0 chacun les raisons de notre choix et expliquer \u00e0 certains des intern\u00e9s du quartier B, m\u00eame \u00e0 ceux qui n&rsquo;auraient probablement pas compris ou approuv\u00e9s, les raisons de leur n\u00e9cessaire transfert vers d&rsquo;autres quartiers \u00bb (Slavich, 2018\u00a0: 147).<\/p>\n<p>La s\u00e9lection du personnel infirmier a \u00e9galement fait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention particuli\u00e8re. Le d\u00e9but de cette vie communautaire n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 au hasard. Il s&rsquo;agissait plut\u00f4t d&rsquo;un essai \u00e0 petite \u00e9chelle en septembre 1964, au cours duquel vingt-deux patient.e.s (dix femmes et douze hommes), avec le consentement de l&rsquo;administration provinciale, s\u00e9journ\u00e8rent pendant une semaine dans une maison de Bagni di Lusnizza, une station de montagne non loin de Gorizia. Les patients d\u2019<em>Il Picchio <\/em>en ont fait part avec enthousiasme : \u2018L\u2019exp\u00e9rience \u2013 la premi\u00e8re du genre en Italie \u2013 a \u00e9t\u00e9, nous pouvons l\u2019affirmer, un succ\u00e8s positif. D\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e, l\u2019horaire quotidien \u00e9tait \u00e9tabli lors d\u2019une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale et ensuite tout le monde se mettait au travail\u2019 (<em>Il Picchio<\/em>, 25-6 (1964) : 2). C\u2019est ainsi que Velio T. se souvient \u2018des vacances\u2019 : \u2018L\u2019atmosph\u00e8re morale \u00e9tait quelque chose que je ne peux m\u00eame pas commencer \u00e0 exprimer ; c\u2019\u00e9tait tellement diff\u00e9rent de ce \u00e0 quoi j\u2019\u00e9tais habitu\u00e9 ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es\u2019 (<em>Il Picchio<\/em>, 25-6 (1964) : 2). Et Francesca S. \u00e9crivait : \u00ab Tout \u00e9tait si beau, le paysage, les promenades, les rencontres, les repas, \u00eatre ensemble\u2026 tout se discutait librement \u00bb (<em>Il Picchio<\/em>, 25-6 (1964) : 2).<\/p>\n<p>Dans ses m\u00e9moires, Slavich a soulign\u00e9 les changements intra-muros n\u00e9cessaires \u00e0 la cr\u00e9ation de la premi\u00e8re communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique \u00e0 Gorizia. Au-del\u00e0 de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;am\u00e9liorer les conditions mat\u00e9rielles du quartier B par des r\u00e9novations facilitant les rencontres et la collaboration, il fallait aussi apporter un soin particulier aux intern\u00e9.e.s qui participeraient : \u00ab Le choix du groupe de collaborateur.e.s a \u00e9t\u00e9 une t\u00e2che difficile, car nous nous connaissions bien l&rsquo;effet perturbateur sur les soign\u00e9.e.s de toute tension et disharmonie au sein de l&rsquo;\u00e9quipe de soignant.e.s \u00bb (Slavich, 2018\u00a0: 147).<\/p>\n<p>Le programme des activit\u00e9s quotidiennes \u00e9tait rigoureux et structur\u00e9 \u00e0 la fois autour de l&rsquo;individu et du groupe. Outre l\u2019autonomie des espaces communs, on a \u00e9galement veill\u00e9 \u00e0 v\u00e9rifier l\u2019approche th\u00e9rapeutique individuelle au sein de la communaut\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un examen approfondi des m\u00e9dicaments des patient.e.s, ainsi qu\u2019\u00e0 la mise en place de r\u00e9unions bi-hebdomadaires de service et de personnel. <em>Il Picchio<\/em> est \u00e9galement devenu un facteur important d&rsquo;information et d&rsquo;\u00e9ducation des intern\u00e9.e.s sur les innovations introduites par la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique. En effet, \u00e0 partir du num\u00e9ro vingt-sept de 1964, le journal introduisit une nouvelle section avec un titre sans \u00e9quivoque et un contenu correspondant : \u2018Communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique\u2019. Les premi\u00e8res consid\u00e9rations de l&rsquo;\u00e9ditorial ne laissent aucun doute quant \u00e0 la distinction entre les exp\u00e9riences d&rsquo;un h\u00f4pital traditionnel et celles de la communaut\u00e9 de Gorizia. Ainsi, l\u2019\u00e9ditorial \u00e9crit que l\u2019h\u00f4pital traditionnel reposait sur :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">le principe d&rsquo;autorit\u00e9 : une autorit\u00e9 qui se r\u00e9partit<br \/>\n\u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s parmi le personnel et s&rsquo;affirme<br \/>\nde diff\u00e9rentes mani\u00e8res. Les patient.e.s, elles et eux,<br \/>\nsont totalement d\u00e9pourvu.e.s d&rsquo;autorit\u00e9 : ils n&rsquo;ont rien<br \/>\n\u00e0 dire, \u00e0 pr\u00e9voir, \u00e0 organiser, l&rsquo;environnement est fait<br \/>\npour elles et eux, mais pas par eux et elles. Priv\u00e9.e.s de<br \/>\ntoute possibilit\u00e9 de d\u00e9cision, ils sont simplement objets<br \/>\nde ces normes.<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 27 (1964) : 3).<\/p>\n<p>L\u2019existence de communaut\u00e9s th\u00e9rapeutiques, en revanche, renverse le principe d\u2019autorit\u00e9, selon l\u2019\u00e9ditorial :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">Une communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique est un service psychiatrique<br \/>\norganis\u00e9 par les patient.e.s avec le personnel, afin que,<br \/>\npar cette collaboration, ils \u00e9tablissent\u2026 des liens de<br \/>\nconnaissance et de confiance mutuelles ; des liens qui ont<br \/>\naussi une valeur th\u00e9rapeutique. \u2026 Ces communaut\u00e9s<br \/>\nsont de petites soci\u00e9t\u00e9s : s\u2019il est vrai que la souffrance mentale<br \/>\nr\u00e9sulte d\u2019un d\u00e9saccord\u2026 il est l\u00e9gitime d\u2019esp\u00e9rer qu\u2019une<br \/>\nreconstruction spontan\u00e9e et ordonn\u00e9e d\u2019une vie sociale<br \/>\nau sein de la communaut\u00e9 puisse att\u00e9nuer et r\u00e9soudre<br \/>\ncette souffrance en devenant un instrument th\u00e9rapeutique<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 27 (1964) : 4).<\/p>\n<p>Dans les premiers mois de 1965, dans la salle des femmes B, de mani\u00e8re similaire et sous la coordination de la seule femme psychiatre pr\u00e9sente dans l&rsquo;\u00e9quipe, Maria Pia Bombonato, fut cr\u00e9\u00e9 un deuxi\u00e8me noyau de la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique. L&rsquo;ouverture de toutes les services et l&rsquo;inclusion de tou.t.e.s les patient.e.s dans des sous-groupes de la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique s&rsquo;ach\u00e8ve trois ans plus tard, en 1968, avec le service C des femmes.<\/p>\n<p>L&rsquo;organisation communautaire exigeait de plus en plus des discussions et des d\u00e9cisions continues, ainsi qu&rsquo;une participation du personnel et des patient.e.s qui ne pouvait pas toujours \u00eatre tenue pour acquise. La multiplication des r\u00e9unions conduit \u00e0 un choix syst\u00e9matique d\u00e8s 1965 &#8211; celui de constituer une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale visant \u00e0 r\u00e9soudre quatre probl\u00e8mes en particulier. Premi\u00e8rement, il fallait \u00e9viter une dispersion ind\u00e9sirable des sujets abord\u00e9s, comme cela se produisait parfois lors des r\u00e9unions de service ; deuxi\u00e8mement, la possibilit\u00e9 de participer \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e devrait \u00eatre \u00e9tendue non seulement aux diff\u00e9rents services de la communaut\u00e9 mais \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;h\u00f4pital ; troisi\u00e8mement, la structure des ordres du jour de l&rsquo;assembl\u00e9e devrait \u00eatre am\u00e9lior\u00e9e en responsabilisant les patient.e.s, qui pr\u00e9sidaient et r\u00e9digeaient les proc\u00e8s-verbaux \u00e0 tour de r\u00f4le\u00a0; et quatri\u00e8mement, il \u00e9tait n\u00e9cessaire d&rsquo;augmenter et de faciliter la participation et l&rsquo;intervention des patient.e.s sur des questions constamment r\u00e9currentes, comme l&rsquo;am\u00e9lioration des conditions de vie dans la communaut\u00e9 hospitali\u00e8re, comme condition n\u00e9cessaire pour mieux pr\u00e9parer les patient.e.s \u00e0 leur sortie de l&rsquo;h\u00f4pital.<\/p>\n<p>La proposition de cr\u00e9er une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale est venue du psychiatre Agostino Pirella en 1965 (Pirella, 1989\u00a0: 13-17). Pirella avait r\u00e9cemment rejoint le personnel de Gorizia, prenant en charge la gestion du service D et plus tard celle du service C hommes. Le rythme quotidien de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale en avait fait l&rsquo;un des symboles les plus souvent repr\u00e9sent\u00e9s et racont\u00e9s de l&rsquo;esprit de r\u00e9forme de Gorizia dans le monde ext\u00e9rieur. Les visiteur.e.s qui assistaient aux premi\u00e8res assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales \u00e9taient souvent d\u00e9concert\u00e9s par les d\u00e9bats ; les sujets de discussion \u00e9taient vastes, la vie priv\u00e9e de l&rsquo;\u00e9quipe m\u00e9dicale a effectivement disparu, tandis que la d\u00e9marcation entre l&rsquo;\u00e9quipe m\u00e9dicale et les patient.e.s a \u00e9t\u00e9 effectivement supprim\u00e9e, devenant une unit\u00e9 collective. Franco Pierini, un journaliste italien, \u00e9crivait en 1967 : \u2018[Les patient.e.s] sont meilleurs que nous dans la technique de la discussion, dans la dialectique des opinions oppos\u00e9es, dans les conclusions tir\u00e9es sans boucs \u00e9missaires, sans perdant.e.s.\u2019 (19)<\/p>\n<p>Mais comment se d\u00e9roulaient les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales ? Que savons-nous des sujets, des techniques de discussion et des d\u00e9bats qui se sont d\u00e9roul\u00e9s quotidiennement pendant plusieurs ann\u00e9es ? Nous savons avec certitude que les archives historiques de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Gorizia ne contiennent aucun r\u00e9cit enregistr\u00e9 des assembl\u00e9es ; ceux-ci ont probablement \u00e9t\u00e9 perdus. (20) Cependant, des traces subsistent dans plusieurs sources. Certains r\u00e9cits sont connus \u00e0 travers les livres <em>Qu&rsquo;est-ce que la psychiatrie ?<\/em> et <em>L&rsquo;Institution en n\u00e9gation <\/em>parce que des discussions d&rsquo;assembl\u00e9e apparaissent dans les textes, \u00e9crit.e.s par diff\u00e9rents auteur.e.s entre 1967 et 1968. Pour les assembl\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, en 1965 et 1966, <em>Il Picchio<\/em> est toujours une source pr\u00e9cieuse. Les deux derniers num\u00e9ros, quarante et quarante et un, (21) comprenaient des r\u00e9sum\u00e9s des proc\u00e8s-verbaux des assembl\u00e9es tenues du 1er avril au 30 juillet 1966.<\/p>\n<p>En analysant les rapports publi\u00e9s dans <em>Il Picchio<\/em>, il est possible de comprendre le d\u00e9roulement et les r\u00e9sultats des discussions de cette ann\u00e9e. La participation, en termes num\u00e9riques, fluctue, surtout au printemps 1966 : \u00ab [Nous passons] de 60 \u00e0 130 participant.e.s et nous n&rsquo;arrivons pas toujours \u00e0 tirer des conclusions sur les sujets discut\u00e9s \u00bb (<em>Il Picchio<\/em>, 40 (1966) : 8). Le 5 avril 1966, un point \u00e0 l&rsquo;ordre du jour concernait directement la diminution du nombre et la d\u00e9saffection des parties prenantes \u00e0 l&rsquo;assembl\u00e9e : \u00ab D&rsquo;apr\u00e8s de nombreuses opinions exprim\u00e9es : il semble que beaucoup de patient.e.s n&rsquo;interviennent pas parce qu&rsquo;ils pensent que les m\u00e9decins sont pr\u00e9sents pour \u00bb scruter \u00bb leur comportement, que beaucoup de gens n&rsquo;interviennent pas par timidit\u00e9 ou par peur d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9s en public \u00bb (<em>Il Picchio<\/em>, 40 (1966) : 10).<\/p>\n<p>Dans de nombreux cas, les critiques exprim\u00e9es par les patient.e.s lors de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale concernaient les conditions d\u2019une vie contrainte dans l&rsquo;h\u00f4pital en g\u00e9n\u00e9ral, tandis que les probl\u00e8mes personnels \u00e9voqu\u00e9s par les patient.e.s individuel.\u00a0le.s recevaient beaucoup moins d&rsquo;attention. D\u00e8s le d\u00e9but, la question la plus pressante et objectivement non r\u00e9solue, au moins jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;approbation de la loi Mariotti de 1968 sur l&rsquo;hospitalisation volontaire (22), \u00e9tait celle de la sortie, qui exigeait la garantie sign\u00e9e d&rsquo;un membre de la famille, et qui \u00e9tait trop souvent refus\u00e9e. Face au refus des familles de prendre soin de leurs proches hospitalis\u00e9s et en l&rsquo;absence de services psychiatriques externes qui auraient pu offrir une alternative \u00e0 l&rsquo;hospitalisation, la plupart des patient.e.s ne voyaient aucune perspective de sortie et d\u00e9veloppaient de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, de la d\u00e9sillusion et du m\u00e9contentement, qu&rsquo;ils dirigeaient vers m\u00e9decins lors des assembl\u00e9es. En cons\u00e9quence, des silences provocants ou des explosions d\u2019\u00e9motions col\u00e9riques se produisaient de temps en temps, que l\u2019\u00e9quipe n\u2019essayait pas de limiter. Il appartenait au\/\u00e0 la patient.e qui pr\u00e9sidait la s\u00e9ance respective de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de traiter ce type de trouble sans intervention manifeste du personnel hospitalier ou des m\u00e9decins.<\/p>\n<p>Il est peut-\u00eatre surprenant que, dans les proc\u00e8s-verbaux de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale qui ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s, les m\u00eames sujets aient \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s \u00e0 plusieurs reprises. Les th\u00e8mes principaux \u00e9taient toujours l&rsquo;organisation des f\u00eates, la gestion du bar et la vie dans les services. \u00c0 premi\u00e8re lecture, ces minutes pourraient donc para\u00eetre ennuyeuses ou insignifiantes. Pourtant, ce th\u00e8me r\u00e9v\u00e8le clairement la grande valeur que les participant.e.s accordaient \u00e0 la vie communautaire.<\/p>\n<p>Comme le souligne John Foot, au cours de ces ann\u00e9es-l\u00e0, plus de cinquante r\u00e9unions hebdomadaires ont eu lieu, y compris celles des services, du personnel, avec les b\u00e9n\u00e9voles et l\u2019\u00e9quipe du journal (Foot, 2017\u00a0: 119). La \u2018r\u00e9unionite\u2019, c\u2019est-\u00e0-dire la possibilit\u00e9 concr\u00e8te que la discussion se termine sans trouver de solutions efficaces, \u00e9tait le revers de la m\u00e9daille. Durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1966, cette inefficacit\u00e9 entra\u00eenait des tensions et de la fatigue, qu&rsquo;un patient soulignait clairement dans un article d&rsquo;<em>Il Picchio<\/em>, tout en soulignant la valeur fondamentale des r\u00e9unions :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">Pendant tout ce temps o\u00f9 nous avons tenu des<br \/>\nassembl\u00e9es, nous avons obtenu tr\u00e8s peu, pour ne<br \/>\npas dire presque rien, au fond ici nous ne faisons<br \/>\nque nous \u00e9tudier les uns les autres : les m\u00e9decins<br \/>\nnous \u00e9tudient et nous pouvons les \u00e9tudier. \u2026 La<br \/>\npresse devrait \u00eatre invit\u00e9e \u00e0 changer l&rsquo;opinion de<br \/>\ncelles et ceux qui, \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, doivent nous consid\u00e9rer<br \/>\ncomme leurs semblables, \u00e9prouv\u00e9.e.s seulement<br \/>\npar le malheur. Si nos assembl\u00e9es n\u2019ont pas donn\u00e9<br \/>\nde r\u00e9sultats dans ce sens, elles sont n\u00e9anmoins<br \/>\nimportantes pour nous car elles servent \u00e0<br \/>\ns\u2019entraider et j\u2019y inclus \u00e9galement le personnel<br \/>\nsoignant. Nous devons nous unir pour lutter.<br \/>\nPour nous faire entendre.<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 41 (1966) : 21-2).<\/p>\n<p>Dans l\u2019ensemble, tant les t\u00e9moignages des patients que les propres textes de l\u2019\u00e9quipe psychiatrique soulignent la valeur th\u00e9rapeutique de cette \u00ab \u00e9tude \u00bb r\u00e9ciproque (Basaglia, 2017 : 395). On peut donc affirmer que les assembl\u00e9es ont assum\u00e9 la t\u00e2che de psychoth\u00e9rapie de groupe \u00e0 partir de 1965 et que les approches psychoth\u00e9rapeutiques individuelles ont jou\u00e9 de moins en moins de r\u00f4le \u00e0 Gorizia. Comme le dit clairement Maria, une patiente :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">Certains disent que les m\u00e9decins s&rsquo;occupent des malades<br \/>\nde mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale et ne s&rsquo;attardent pas longtemps<br \/>\nsur chaque cas individuel. C&rsquo;est vrai, mais il faut en analyser<br \/>\nla raison. Au cours des r\u00e9unions, on pratique une psychoth\u00e9rapie<br \/>\nde groupe qui permet au m\u00e9decin d&rsquo;observer l&rsquo;attitude des<br \/>\npatient.e.s face aux probl\u00e8mes qui concernent la vie de l&rsquo;h\u00f4pital,<br \/>\norganis\u00e9 comme une petite ville. Les protagonistes de ces<br \/>\nrencontres sont pr\u00e9cis\u00e9ment les patient.e.s [qui] peuvent<br \/>\nexprimer et d\u00e9montrer leur v\u00e9ritable personnalit\u00e9 devant le<br \/>\nm\u00e9decin qui, \u00e0 travers un long dialogue, vise \u00e0 les guider, les<br \/>\norienter, les encourager et les rendre responsables de<br \/>\nleur propre existence. Un climat ainsi con\u00e7u, outre<br \/>\nl&rsquo;avantage psychoth\u00e9rapeutique, offre \u00e9galement un<br \/>\navantage p\u00e9dagogique. Il me semble que ce double caract\u00e8re<br \/>\npeut bien \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme contribuant \u00e0 atteindre la libert\u00e9<br \/>\nqui est le but auquel chacun aspire.<br \/>\n(<em>Il Picchio<\/em>, 40 (1966) : 25).<\/p>\n<p>L\u2019exercice consistant \u00e0 prendre en charge soi-m\u00eame et les autres et \u00e0 fa\u00e7onner activement le changement institutionnel a conduit \u00e0 un nouveau processus de subjectivation pour de nombreux patient.e.s. Ils et elles se sont r\u00e9habitu\u00e9.e.s \u00e0 parler et \u00e0 prendre des d\u00e9cisions, m\u00eame si cela \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre une r\u00e9ussite \u00e9vidente. L\u2019octroi de ces droits aux patient.e.s \u00e9tait li\u00e9 au fait que la maladie mentale \u00e9tait largement consid\u00e9r\u00e9e comme le r\u00e9sultat de l\u2019internement et de l\u2019institutionnalisation. Mais \u00e0 Gorizia, cela a \u00e9galement conduit les patient.e.s \u00e0 d\u00e9noncer de plus en plus l&rsquo;exclusion et les restrictions impos\u00e9es par la vie \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Les proc\u00e8s-verbaux quotidiens de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale montrent clairement que les acteur.e.s de l&rsquo;exp\u00e9rience de Gorizia n&rsquo;ont pas cherch\u00e9 \u00e0 cacher les contradictions th\u00e9rapeutiques et les limites id\u00e9ologiques, mais qu&rsquo;ils \u00e9taient plut\u00f4t tr\u00e8s conscient.e.s de ce probl\u00e8me fondamental de Gorizia et ont permis d&rsquo;en discuter : l&rsquo;absence d&rsquo;une alternative \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique risquait de perp\u00e9tuer ce qui existait d\u00e9j\u00e0, en cr\u00e9ant une sorte de \u00ab bonne \u00bb institutionnalisation : bien conduite, moins traumatisante. Une communaut\u00e9 interne pourrait ainsi devenir \u00ab une cage dor\u00e9e \u00bb (Basaglia, 2017\u00a0: 267) risquant de transformer la mobilisation politique en gestion technique.<\/p>\n<h3>Conclusion<\/h3>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Le dernier num\u00e9ro d&rsquo;<em>Il Picchio <\/em>a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1966. De nombreuses raisons ont conduit \u00e0 la fin de cette exp\u00e9rience, toutes ne correspondent pas \u00e0 la position officielle exprim\u00e9e dans <em>L&rsquo;institution ni\u00e9e<\/em>. Dans l&rsquo;entretien de Nino Vascon avec le patient Furio, inclus dans <em>L&rsquo;institution ni\u00e9e<\/em>, il est indiqu\u00e9 que la publication \u2018n&rsquo;a pas continu\u00e9 parce que la lib\u00e9ralisation de l&rsquo;h\u00f4pital a rendu inutiles les moyens de communication\u2019 (Basaglia, 1968 : 88). Plus important encore, le collectif \u00e9ditorial de la revue s&rsquo;amenuisait et ne comprenait plus que Furio lui-m\u00eame. Les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, au contraire, ont connu des hauts et des bas au cours des ann\u00e9es suivantes, mais il n&rsquo;y a pas de traces des proc\u00e8s-verbaux de cette p\u00e9riode, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques extraits.<\/p>\n<p>Nous pouvons cependant affirmer que le monde ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Gorizia a reconnu le r\u00f4le central et sans pr\u00e9c\u00e9dent de la vie communautaire au sein de l\u2019h\u00f4pital. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du public pour l&rsquo;exp\u00e9rience de Gorizia a explos\u00e9 entre 1967 et 1968. Les \u00e9ditions rassembl\u00e9es <em>Che cos&rsquo;\u00e8 la psichiatria<\/em> (Qu&rsquo;est-ce que la psychiatrie ?) et <em>L&rsquo;istituzione negata<\/em> (L&rsquo;institution en n\u00e9gation) \u00e9dit\u00e9es par Basaglia ont \u00e9t\u00e9 lues par un vaste public. \u00c0 cela s&rsquo;est ajout\u00e9e une vaste campagne de presse nationale et internationale. La question des asiles n&rsquo;\u00e9tait plus seulement une affaire confi\u00e9e \u00e0 des experts qui apportaient des solutions techniques et sanitaires.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la volont\u00e9 du mouvement qui l&rsquo;avait port\u00e9e, cette question \u00e9tait devenue une question d\u00e9mocratique et politique de premier plan, et de larges pans du public ont bien r\u00e9agi \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e radicale et fondamentale selon laquelle la fermeture des asiles \u00e9tait aussi possible que n\u00e9cessaire pour surmonter l&rsquo;exclusion des personnes psychiatris\u00e9es.<\/p>\n<p>Il n\u2019est peut-\u00eatre pas surprenant que la repr\u00e9sentation m\u00e9diatique et culturelle de cette exp\u00e9rience ait favoris\u00e9 une vision trop simpliste, imaginant d\u2019embl\u00e9e l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Gorizia comme une communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique. Paradoxalement, au moment m\u00eame o\u00f9 Gorizia obtenait une reconnaissance nationale et internationale, l&rsquo;\u00e9quipe de Basaglia elle-m\u00eame rencontrait des signes de crise et des points de non-retour. Le chemin de Gorizia vers la gloire fut donc un processus difficile avec une issue pas enti\u00e8rement favorable. En fait, au cours de la p\u00e9riode la plus m\u00e9diatis\u00e9e de l&rsquo;exp\u00e9rience (1967-1968), la relation entre l&rsquo;administration provinciale et l&rsquo;\u00e9quipe m\u00e9dicale est devenue de plus en plus compliqu\u00e9e. (23) Les psychiatres de Gorizia exigeaient des mesures d\u00e9cisives concernant la cr\u00e9ation de services de sant\u00e9 mentale externes et diff\u00e9rents de l&rsquo;h\u00f4pital, sans lesquels ils pensaient que l&rsquo;exp\u00e9rience n&rsquo;atteindrait pas ses objectifs. Leurs revendications se sont heurt\u00e9es \u00e0 des obstacles politiques et normatifs apparemment insurmontables. Ce conflit finit par mettre fin \u00e0 la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique, cr\u00e9\u00e9e par Basaglia mais qui se poursuivit sans interruption sous la direction de Pirella, puis de Casagrande jusqu&rsquo;en 1971.<\/p>\n<p>Le microcosme de la communaut\u00e9 hospitali\u00e8re lib\u00e9ralis\u00e9e s\u2019est heurt\u00e9 \u00e0 la dure r\u00e9alit\u00e9. Le potentiel libertaire exprim\u00e9 dans la construction de la libert\u00e9 d\u2019expression et de l\u2019action communautaire s\u2019est heurt\u00e9 aux revendications qui en d\u00e9coulaient logiquement. \u2018Quand est-ce que je rentre \u00e0 la maison ? Quand serai-je lib\u00e9r\u00e9.e. ?\u2019 sont devenues des questions r\u00e9p\u00e9titives au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es de Gorizia, mais elles n\u2019ont pas pu trouver de r\u00e9ponse d\u00e9finitive \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e. Il y a eu en fait une augmentation du nombre de patient.e.s sorti.e.s de l&rsquo;h\u00f4pital, mais, en l&rsquo;absence totale d&rsquo;aide ext\u00e9rieure, l&rsquo;objectif de la direction d&rsquo;admissions et de sorties continues n&rsquo;a rencontr\u00e9 qu&rsquo;un succ\u00e8s limit\u00e9.<\/p>\n<p>Le choix forc\u00e9, d&rsquo;abord de Basaglia, puis de toute l&rsquo;\u00e9quipe, de quitter Gorizia a eu un double effet : d&rsquo;une part, il a permis \u00e0 cette exp\u00e9rience de s&rsquo;enraciner ailleurs, en \u00e9largissant la possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser la transformation des pratiques psychiatriques et la fermeture des asiles. En revanche, ce fut un coup dur pour les patient.e.s de Gorizia, interrompant certaines pratiques de la vie communautaire. (24) Cela \u00e9tait particuli\u00e8rement vrai pour les personnes ayant des ant\u00e9c\u00e9dents de soins de longue dur\u00e9e dans les quartiers C, qui se r\u00e9signaient \u00e0 un internement pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e face \u00e0 l&rsquo;incertitude, \u00e0 l&rsquo;abandon et au d\u00e9ni. (25)<\/p>\n<p>En fin de compte, le caract\u00e8re exp\u00e9rimental de ces pratiques reste l\u2019aspect le plus innovant de Gorizia. Ce fut un acte fondateur, n\u00e9cessaire mais non suffisant pour un changement \u00e9pist\u00e9mologique radical en psychiatrie. Comme l&rsquo;\u00e9crivait son ami et coll\u00e8gue Hrayr Terzian, Basaglia<\/p>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">a r\u00e9alis\u00e9 une op\u00e9ration conceptuelle qui a \u00e9t\u00e9<br \/>\nson v\u00e9ritable travail scientifique, de coh\u00e9rence<br \/>\ngalil\u00e9enne. Il pensait que dans l&rsquo;impossibilit\u00e9<br \/>\nd&rsquo;examiner un objet, on examine ce qui le contient.<br \/>\n\u2026 Et cette intuition l\u2019a amen\u00e9 \u00e0 mettre la<br \/>\nmaladie entre parenth\u00e8ses et \u00e0 examiner ses<br \/>\nnombreuses incrustations dans l\u2019espoir<br \/>\nde d\u00e9couvrir \u00e9ventuellement la maladie elle-m\u00eame<br \/>\n(Terzian, 1980\u00a0: 3). 26<\/p>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience de Basaglia \u00e0 Gorizia a, \u00e0 plusieurs reprises, \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e comme non scientifique, et dans certains milieux, la question de la nature scientifique de sa psychiatrie est encore une question \u00e9pineuse faisant l&rsquo;objet de d\u00e9bats. Terzian, cependant, tout en expliquant la matrice exp\u00e9rimentale des pratiques de Basaglia, exprime clairement sa croyance dans leur caract\u00e8re indubitablement scientifique.<\/p>\n<p>Durant le mandat de Basaglia, l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale fut l&rsquo;un des instruments les plus \u00e0 m\u00eame de r\u00e9v\u00e9ler les preuves apodictiques de la nature contradictoire de la psychiatrie. Sa r\u00e9ponse pratique \u00e0 la violence des asiles, en les humanisant d\u00e8s le d\u00e9but, \u00e9tait une tentative de pr\u00e9venir les effets de l&rsquo;institutionnalisation sur la maladie mentale. (27) Ainsi, l\u2019exp\u00e9rience de Gorizia ne peut \u00eatre comprise que si l\u2019on suppose comme condition pr\u00e9alable le sens radicalement diff\u00e9rent que prenait l\u2019action th\u00e9rapeutique au sein de cette communaut\u00e9. Les pratiques de la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique lors de cette premi\u00e8re implantation italienne se caract\u00e9risent par leur orientation hautement utopique et id\u00e9ologique. Comparer ces d\u00e9veloppements avec les d\u00e9veloppements ult\u00e9rieurs d&rsquo;autres h\u00f4pitaux psychiatriques, qu&rsquo;ils soient ou non g\u00e9r\u00e9s dans le sens de Basaglia, est le d\u00e9fi qui nous attend. (28)<\/p>\n<h3>Notes<\/h3>\n<p><strong>1<\/strong> Antonio Slavich, le premier psychiatre de l&rsquo;\u00e9quipe de Basaglia \u00e0 Gorizia entr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital en 1962, note qu&rsquo;ils utilis\u00e8rent initialement l&rsquo;expression anglaise \u00ab community meeting \u00bb tir\u00e9e du mod\u00e8le anglais de communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique de Maxwell Jones : \u00ab que tout le monde appela plus tard plus modestement <em>assemblea<\/em> <em>generale <\/em>[assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale] \u00bb (Slavitch, 2018\u00a0: 168). John Foot (2014\u00a0: 237, 241) parle \u00e0 la fois de \u00ab r\u00e9unions g\u00e9n\u00e9rales \u00bb et d\u2019\u00ab assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales \u00bb. Je propose de conserver la traduction litt\u00e9rale \u00ab assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale \u00bb pour souligner la centralit\u00e9 de ce moment.<\/p>\n<p><strong>2<\/strong> Un aspect tr\u00e8s controvers\u00e9 de la relation entre la pratique et les mod\u00e8les th\u00e9oriques dans l&rsquo;approche de Basaglia \u00e9tait la d\u00e9finition de la m\u00e9thodologie actuelle de la r\u00e9adaptation psychiatrique. Apr\u00e8s la mort de Basaglia en 1980, alors que l&rsquo;exp\u00e9rience acquise \u00e0 Gorizia \u00e9tait diffus\u00e9e par les membres de son \u00e9quipe dans d&rsquo;autres h\u00f4pitaux psychiatriques (par exemple \u00e0 Arezzo, Parme et Trieste), un th\u00e8me plus urgent est apparu ; non seulement l\u2019importance de mettre fin \u00e0 l\u2019hospitalisation au profit d\u2019une psychiatrie moins \u00ab dissimulatrice \u00bb, mais aussi \u00ab la possibilit\u00e9 d\u2019en faire une science \u00bb (voir Castelfranchi et al., 1995\u00a0: 39). Pour les bases \u00e9pist\u00e9mologiques de la \u00ab nouvelle psychiatrie \u00bb, voir Pirella, 1999\u00a0: 63-71.<\/p>\n<p><strong>3<\/strong> Dans une interview avec Pirella, r\u00e9alis\u00e9e par M. S. Goulart le 2 f\u00e9vrier 2001, publi\u00e9e dans Venturini (2020\u00a0:\u00a0140), Pirella a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Sans l\u2019exp\u00e9rience de Gorizia, en Italie, nous aurions encore une situation comme celle de l\u2019Allemagne. Nous aurions des h\u00f4pitaux psychiatriques plus petits et plus humanis\u00e9s, mais avec une grande diff\u00e9rence en termes de pouvoir entre les psychiatres, les op\u00e9rateurs psychiatriques et les patient.e.s ; nous aurions toujours\u2026 un concept pr\u00e9f\u00e9rant le contr\u00f4le au soin \u00bb (Venturini, 2020\u00a0: 139).<\/p>\n<p><strong>4<\/strong> Cela fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique de Maxwell Jones, qui repr\u00e9sentait un mod\u00e8le \u00e0 explorer pour Gorizia. Sur la comparaison entre diff\u00e9rents mod\u00e8les de communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique et celui de Gorizia, voir Colucci et Di Vittorio, 2020\u00a0:\u00a0153-60 et Foot, 2017\u00a0:\u00a084-94. Pour une reconstruction historique plus exhaustive des mod\u00e8les de communaut\u00e9s th\u00e9rapeutiques en Europe, voir \u00e9galement Fussinger, 2010\u00a0: 217-40.<\/p>\n<p><strong>5<\/strong> Les num\u00e9ros 3-7, 13-14, 17-19 et 22-4 d&rsquo;<em>Il Picchio <\/em>sont accessibles \u00e0 l&rsquo;Archivio dell&rsquo;Ospedale Psichiatrico Provinciale di Gorizia (Archives historiques de l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique provincial de Gorizia), Gorizia (ci-apr\u00e8s d\u00e9nomm\u00e9 ASOPPPGo); les num\u00e9ros 1, 8-12, 15-16, 20-1, 35 et 34-41 peuvent \u00eatre consult\u00e9s \u00e0 la Biblioteca Statale Isontina (Biblioth\u00e8que d&rsquo;\u00c9tat isontine), Gorizia ; les num\u00e9ros 25 \u00e0 34 sont conserv\u00e9s dans l&rsquo;Archivio \u00ab Agostino Pirella \u00bb (archives Agostino Pirella) de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Arezzo \u00e0 Sienne. Je n&rsquo;ai pas pu consulter le num\u00e9ro 2, qui est aujourd&rsquo;hui extr\u00eamement difficile \u00e0 localiser.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>6<\/strong> Voir Basaglia, 1967, 1968 et 2017 ; Jervis, 1977; Corbellini et Jervis, 2008\u00a0; Slavich, 2018. Pour les principales reconstructions historiques, voir Babini, 2009 ; Sforza Tarabochia, 2013; Trivelli, 2013\u00a0; Pied, 2014\u00a0; Br\u00fblures et pieds, 2020\u00a0; Colucci et Di Vittorio, 2020\u00a0; Bruzzone, 2021.<\/p>\n<p><strong>7<\/strong> Sur le r\u00f4le des volontaires de Gorizia, voir Setaro et Calamai, 2019\u00a0: 43-60 ; Setaro, 2021\u00a0: 391-9\u00a0; des artistes et architectes voir Scavuzzo, 2020 ; des m\u00e9dias et des photographes, voir Guglielmi, 2018, Sforza Tarabochia, 2021\u00a0: 209-27.<\/p>\n<p><strong>8<\/strong> Sur l&rsquo;immobilit\u00e9 et le conservatisme de la psychiatrie italienne, voir Babini, 2009\u00a0: 130-42 ; Galli, 2014\u00a0:\u00a079-90.<\/p>\n<p><strong>9<\/strong> D\u00e8s les ann\u00e9es 1960, Basaglia et son \u00e9quipe avaient d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019informer sur des exp\u00e9riences th\u00e9rapeutiques au Royaume-Uni (Dingleton Hospital, Melrose, 1961), en Allemagne (W\u00fcrzburg et G\u00fctersloh, 1964), en France (Sector Psychiatry de Duch\u00eane et Daumezon, XIII Arr. ) et en Suisse (L&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Cery, Lausanne, 1965). Les psychiatres Edoardo Balduzzi, Giampaolo Lai, Michele Risso, Gian Franco Minguzzi et Pier Francesco Galli furent des interm\u00e9diaires importants dans ce processus. Voir Babini, 2009\u00a0; Pied, 2014\u00a0; Slavitch, 2018.<\/p>\n<p><strong>10<\/strong> L&rsquo;inventaire et l&rsquo;introduction documentaire de l&rsquo;ASOPPGo sont actuellement en pr\u00e9paration pour publication par Sara Fantin, archiviste de la Cooperativa La Collina qui a supervis\u00e9 la r\u00e9organisation. J&rsquo;ai consult\u00e9 l&rsquo;inventaire et certaines sources documentaires pour cet article avec son pr\u00e9cieux soutien.<\/p>\n<p><strong>11<\/strong> Sur les contributions \u00e9conomiques que la Yougoslavie a accord\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Italie pour soutenir les intern\u00e9s slov\u00e8nes, voir Foot, 2009\u00a0: 16 ; Slavitch, 2018\u00a0: 75.<\/p>\n<p><strong>12<\/strong> Voir Basaglia et al., 2008\u00a0:\u00a0103. Voir \u00e9galement Visintini, 1983\u00a0:\u00a0168-9\u00a0; Giannichedda, 2005\u00a0:\u00a0xviii\u00a0; Colucci et Di Vittorio, 2020\u00a0: 19-20.<\/p>\n<p><strong>13<\/strong> L&rsquo;ASOPPGo contient, bien que non encore tri\u00e9s, de nombreux magazines similaires provenant d&rsquo;autres institutions europ\u00e9ennes. <em>Il Picchio<\/em> en donne un aper\u00e7u d\u00e9taill\u00e9 dans la section intitul\u00e9e\u00a0 \u2018<em>Leggendo la nostra stampa\u2019<\/em> (voir, par exemple, <em>Il Picchio<\/em>, 20-1 (1964) : 19-21). Parmi eux figurent <em>L\u2019information<\/em> (Vinatier, France), Coney Clarion (Gloucester, Angleterre), <em>L\u00e0 Haut<\/em> (Marsens, Suisse) et <em>O Arauto<\/em> (Telhal, Portugal).<\/p>\n<p><strong>14<\/strong> Les films, sans son, de la premi\u00e8re d\u00e9molition des cl\u00f4tures de l&rsquo;asile sont d\u00e9sormais conserv\u00e9s \u00e0 la Mediateca \u00ab Ugo Casiraghi \u00bb de Gorizia dans le cadre de la collection Giorgio Osbat.<\/p>\n<p><strong>15<\/strong> Ce slogan \u00e9tait \u00e9crit sur les murs de l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique San Giovanni de Trieste, dont Basaglia \u00e9tait le directeur \u00e0 partir de 1971. L&rsquo;inventeur du slogan \u00e9tait Ugo Guarino, un artiste qui avait cr\u00e9\u00e9 le Rainbow Art Collective dans l&rsquo;h\u00f4pital : voir Gallio et al., 1983 et Giannichedda, 2016.<\/p>\n<p><strong>16<\/strong> Cette expression appara\u00eet fr\u00e9quemment tant dans les proc\u00e8s-verbaux de l&rsquo;assembl\u00e9e que dans les \u00e9crits de l&rsquo;\u00e9quipe de Basaglia : voir Pirella, 1999 ; Basaglia, 2017.<\/p>\n<p><strong>17<\/strong> <em>Il Picchio<\/em>, 9 (1963) : 19. Les tableaux de mouvements des patients ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans tous les num\u00e9ros ult\u00e9rieurs, jusqu&rsquo;aux num\u00e9ros 36-7 de 1965.<\/p>\n<p><strong>18<\/strong> \u00c0 ce sujet, Foot \u00e9crit : \u00ab Gorizia avait un mod\u00e8le pour sa r\u00e9volution, et il venait du Royaume-Uni \u00bb (Foot, 2017\u00a0: 85). Sur l&rsquo;importance du mod\u00e8le anglais de communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique, voir aussi Pirella, 1999 ; Millar, 2000.<\/p>\n<p><strong>19<\/strong> Pierini \u00e9tait journaliste \u00e0 L\u2019Europeo, un hebdomadaire largement lu en Italie. L&rsquo;enqu\u00eate sous sa signature a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans <em>Il Picchio<\/em>, 34 (1967): 14, intitul\u00e9e \u2018Se il malato \u00e8 un uomo\u2019 (Si le patient est un \u00eatre humain).<\/p>\n<p><strong>20<\/strong> L&rsquo;inventaire de l&rsquo;ASOPPGo ne donne aucune indication d&rsquo;\u00e9ventuels proc\u00e8s-verbaux d&rsquo;assembl\u00e9es ou de r\u00e9unions de paroisse et de personnel parmi les documents en sa possession.<\/p>\n<p><strong>21<\/strong> Le journal termine sa parution en 1966 avec le num\u00e9ro 41, auquel devrait s&rsquo;ajouter une \u00e9dition sp\u00e9ciale en d\u00e9cembre 1962.<\/p>\n<p><strong>22<\/strong> La loi n\u00b0 431 de 1968 tire son nom du ministre de la Sant\u00e9 de l\u2019\u00e9poque, Luigi Mariotti, qui comparait les asiles aux \u2018camps de concentration allemands\u2019. La loi a supprim\u00e9 l&rsquo;hospitalisation forc\u00e9e, introduisant pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;hospitalisation volontaire. Il s&rsquo;agit du premier acte concret de r\u00e9forme des h\u00f4pitaux psychiatriques en Italie et il a jet\u00e9 les bases de la loi no. 180 de 1978.<\/p>\n<p><strong>23<\/strong> Pour une analyse des derni\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019exp\u00e9rience basaglienne \u00e0 Gorizia, lorsque l\u2019h\u00f4pital \u00e9tait sous la direction du psychiatre Nico Casagrande, voir Venturini, 2020.<\/p>\n<p><strong>24<\/strong> La d\u00e9mission de Nico Casagrande et de son \u00e9quipe a \u00e9t\u00e9 bien accueillie par l&rsquo;autorit\u00e9 provinciale d&rsquo;Isonzo, qui n&rsquo;offrait aucune possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser les r\u00e9formes demand\u00e9es au fil des ann\u00e9es par le mouvement de Basaglia (y compris la cr\u00e9ation d&rsquo;un service r\u00e9gional de sant\u00e9 mentale, par exemple). Par la suite, un psychiatre de Padoue, Giuseppe Carucci, fut nomm\u00e9 directeur, mais son exp\u00e9rience fut tr\u00e8s br\u00e8ve. C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 interrompue. Voir Foot, 2017\u00a0: 243\u00a0; Venturini, 2020\u00a0: 183.<\/p>\n<p><strong>25<\/strong> Letizia Comba, la psychologue responsable du service des femmes C \u00e0 Gorizia, le d\u00e9finit comme \u2018une \u00eele gel\u00e9e sans histoire\u2019 (Comba, 1968\u00a0: 233). Certes, les cages autour des lits avaient \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9es et les espaces r\u00e9am\u00e9nag\u00e9s, mais la salle resta confin\u00e9e jusqu&rsquo;en 1968.<\/p>\n<p><strong>26<\/strong> Concernant les difficult\u00e9s de l&rsquo;exp\u00e9rience de Gorizia, Edoardo Balduzzi, ami de Basaglia et principal repr\u00e9sentant du secteur psychiatrique en Italie, d\u00e9clare : \u2018La communaut\u00e9 qui \u2018gu\u00e9rit en se gu\u00e9rissant elle-m\u00eame\u2019 est devenue le seul fond th\u00e9rapeutique\u2026 dans un contexte institutionnel. Nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019une v\u00e9ritable exp\u00e9rimentation\u2019 (Balduzzi, 1968 : 127).<\/p>\n<p><strong>27<\/strong> Sur cet aspect, voir Colucci et Di Vittorio, 2020\u00a0: 117-34.<\/p>\n<p><strong>28<\/strong> Sur les communaut\u00e9s th\u00e9rapeutiques dans d&rsquo;autres pays europ\u00e9ens, voir \u00e9galement les chapitres 1, 3, 5 et 10.<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>Babini, Valeria, 2009, Liberi tutti (Bologne : il Mulino).<\/p>\n<p>Balduzzi, Edoardo, Giorgio Alberti et Paolo Saccani, 1968, \u00ab Psychatria nella comunit\u00e0 e politica di settore \u00bb, Note et rive de la psychiatrie, 61\u00a0:\u00a01, 118-55.<\/p>\n<p>Basaglia, Franco (\u00e9d.), 1967, Che cos&rsquo;\u00e8 la psychiatrie ? (Turin : Einaudi).Basaglia, Franco (\u00e9d.), 1968, <em>L&rsquo;istituzione negata<\/em> (Turin : Einaudi) [1970, <em>L\u2019institution en n\u00e9gation<\/em> (Paris\u00a0: Seuil]<\/p>\n<p>Basaglia, Franco, 2017, <em>Scritti <\/em>: 1953-1980 (Milan : il Saggiatore).Basaglia, Franco, 2018, <em>Conferenze brasiliane<\/em> (Milan : Raffaello Cortina editore).<\/p>\n<p>Basaglia, Franco, Franca Ongaro Basaglia, Agostino Pirella et Salvatore Taverna, 2008, La nave che affonda (Milan : Cortina).<\/p>\n<p>Bruzzone, Annamaria, Marica Setaro et Silvia Calamai , 2021, <em>Ci chiamavano matti<\/em> (Milan : il Saggiatore).<\/p>\n<p>Burns, Tom et John Foot (\u00e9d.), 2020, <em>L&rsquo;h\u00e9ritage international de Basaglia : de l&rsquo;asile \u00e0 la communaut\u00e9<\/em> (Oxford : Oxford University Press).<\/p>\n<p>Castelfranchi, Cristiano, Paolo Henry et Agostino Pirella, 1995, <em>L&rsquo;invenzione collettiva<\/em> (Turin : Gruppo Abele).<\/p>\n<p>Colucci, Mario et Pierangelo Di Vittorio, 2020, <em>Franco Basaglia<\/em> (Merano : Alpha Beta Verlag).<\/p>\n<p>Comba, Letizia, 1968, \u2018C donne : l&rsquo;ultimo reparto chiuso\u2019, dans Franco Basaglia (\u00e9d.), <em>L&rsquo;istituzione negata<\/em> (Turin : Einaudi), pp.<\/p>\n<p>Corbellini, Gilberto et Giovanni Jervis, 2008, <em>La razionalit\u00e0 negata<\/em> (Turin : Bollati Boringhieri).<\/p>\n<p>Foot, John, 2009, Fratture d&rsquo;Italia (Milan : Rizzoli).<\/p>\n<p>Foot, John, 2014, \u2018Franco Basaglia et le mouvement psychiatrique radical en Italie, 1961-1978\u2019, <em>Travail social critique et radical<\/em>, 2\u00a0:\u00a02, 235-49.<\/p>\n<p>Foot, John, 2017, <em>La \u2018r\u00e9publique des matti\u2019<\/em> (Milan : Feltrinelli).Fussinger, Catherine, 2010, \u2018\u00c9l\u00e9ments pour une histoire de la communaut\u00e9 th\u00e9rapeutique dans la psychiatrie occidentale de la seconde moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle\u2019, <em>Gesnerus<\/em>, 67\u00a0:\u00a02, 217-40.<\/p>\n<p>Galli, Pier Francesco, 2014, \u2018Psychoth\u00e9rapie, psychanalyse et psychiatrie au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960\u00a0: annotations pour une histoire\u2019, <em>Traumatisme et m\u00e9moire<\/em>, 2\u00a0:\u00a03, 79-90.<\/p>\n<p>Gallio, Giovanna, Maria Grazia Giannichedda , Ota De Leonardis et Diana Mauri , 1983, <em>La libert\u00e0 \u00e8 terapeutica<\/em> ? (Milan : Feltrinelli).<\/p>\n<p>Giannichedda, Maria Grazia, 2005, <em>L&rsquo;utopia della realt\u00e0 <\/em>(Turin : Einaudi), pp. vii-lii.<\/p>\n<p>Giannichedda, Maria Grazia, 2016, \u2018Testimonianze dall&rsquo;abisso\u2019, <em>Il manifesto<\/em>, 6 mai, https:\/\/ilmanifesto.it\/testimonianze-dallabisso (consult\u00e9 le 22 septembre 2023).\u00b7<\/p>\n<p>Guglielmi, Marina, 2018, <em>Raccontare il manicomio<\/em> (Florence : Franco Cesati).\u00b7<\/p>\n<p>Jervis, Giovanni, 1977, <em>Il buon rieducatore<\/em> (Milan : Feltrinelli).\u00b7<\/p>\n<p>Millar, Kate (\u00e9d.), 2000, <em>L&rsquo;histoire d&rsquo;une communaut\u00e9 : H\u00f4pital Dingleton, Melrose<\/em> (Melrose : Chiefswood Publications).\u00b7<\/p>\n<p>Pirella, Agostino, 1989, \u2018Chi ha paura dell&rsquo;assemblea generale ?\u2019, dans L. Attenasio et G. Filippi (\u00e9d.), <em>Parola di matti<\/em> (V\u00e9rone : Bertani), pp.\u00b7<\/p>\n<p>Pirella, Agostino, 1999, <em>Il problema psychiatrico<\/em> (Pistoia : Centro di documentazione).\u00b7<\/p>\n<p>Scavuzzo, Giuseppina, 2020, Il parco della guarigione infinita (Syracuse, NY : Lettera Ventidue).\u00b7<\/p>\n<p>Setaro, Marica, 2021, \u2018Le vite di dentro : Anna Maria Bruzzone e i testimoni della follia\u2019, dans Annamaria Bruzzone, <em>Ci chiamavano matti<\/em>, \u00e9d. Marica Setaro et Silvia Calamai (Milan : il Saggiatore), pp.\u00b7<\/p>\n<p>Setaro, Marica et Silvia Calamai, 2019, \u2018Pazzi sonori : L&rsquo;archivio di Anna Maria Bruzzone come orecchio della memoria\u2019, <em>Mefisto<\/em>, 3\u00a0:\u00a02, 43-60.\u00b7<\/p>\n<p>Sforza Tarabochia, Alvise, 2013, Psychiatrie, Subjectivit\u00e9, <em>Communaut\u00e9<\/em> (Berne : Peter Lang).\u00b7<\/p>\n<p>Sforza Tarabochia, Alvise, 2021, \u2018Visions claustrophobes de l&rsquo;asile\u2019, <em>Between<\/em>, 11\u00a0:\u00a022, 209-27.\u00b7<\/p>\n<p>Slavich, Antonio, 2018, <em>All&rsquo;ombra dei ciliegi giapponesi<\/em> (Merano : Alpha Beta Verlag).\u00b7<\/p>\n<p>Terzian, Hrayr, 1980, \u2018Ricordo di Franco Basaglia\u2019, <em>Uomo, citt\u00e0, territorio<\/em>, 59\u00a0:60, 1\u20137.\u00b7<\/p>\n<p>Trivelli, Elena, 2013, \u2018Assemblage de m\u00e9moires et de pratiques affectives autour de l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Gorizia\u2019. Th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Londres.\u00b7<\/p>\n<p>Venturini, Ernesto, 2020, <em>Mi raccomando non sia troppo basagliano<\/em> (Rome : Armando).\u00b7<\/p>\n<p>Visintini, Fabio, Memorie di un cittadino psichiatra (Naples : ESI, 1983).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi parler de Gorizia aujourd\u2019hui\u00a0? Pour deux raisons. 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