{"id":2571751,"date":"2024-12-21T19:31:05","date_gmt":"2024-12-21T19:31:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pressenza.com\/?p=2571751"},"modified":"2024-12-21T19:31:05","modified_gmt":"2024-12-21T19:31:05","slug":"syrie-les-origines-du-conflit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2024\/12\/syrie-les-origines-du-conflit\/","title":{"rendered":"Syrie : les origines du conflit"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><strong>L\u2019offensive surprise des rebelles syriens a renvers\u00e9 Bachar al-Assad apr\u00e8s un long conflit sanglant qui paraissait gel\u00e9. Politiques et m\u00e9dias occidentaux adoubent le nouvel homme fort de Damas, ancien responsable d\u2019Al-Qa\u00efda. Et envoient rapidement \u00e0 la poubelle \u00ab cinq d\u00e9cennies de dynastie Assad \u00bb. Sans expliquer comment le parti Baath a permis \u00e0 la Syrie de se d\u00e9velopper ni pourquoi il\u00a0 a \u00e9t\u00e9 min\u00e9 par l\u2019autoritarisme et la corruption. D\u2019autres analyses se focalisent sur le r\u00f4le, ind\u00e9niable, des ing\u00e9rences \u00e9trang\u00e8res. Mais il nous appara\u00eet important de mettre aussi en lumi\u00e8re les contradictions internes de la Syrie, leur contexte historique, social, \u00e9conomique et politique. C\u2019est pourquoi nous vous proposons ce long extrait de notre livre \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/investigaction.net\/boutique\/jihad-made-in-usa\/\">Jihad made in USA<\/a>\u00a0\u00bb dans lequel Mohamed Hassan, sp\u00e9cialiste du Moyen-Orient, explique les origines du conflit.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>La Syrie est toujours embourb\u00e9e dans un conflit particuli\u00e8rement meurtrier. Tout a commenc\u00e9 en 2011 avec des manifestations populaires. Faisant \u00e9cho aux r\u00e9voltes qui \u00e9branlaient une bonne partie du monde arabe, des Syriens \u00e9taient descendus dans la rue. Qui \u00e9taient ces manifestants et que voulaient-ils\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Les premi\u00e8res manifestations ont \u00e9clat\u00e9 au mois de mars 2011 \u00e0 Deraa, une ville du sud-ouest situ\u00e9e sur la fronti\u00e8re jordanienne. Le climat social y \u00e9tait pesant. Deraa faisait partie de ces villes qui avaient accueilli de nombreux r\u00e9fugi\u00e9s internes \u00e0 la suite des s\u00e9cheresses \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition qui ont frapp\u00e9 le pays entre 2006 et 2010. Selon les Nations unies, pr\u00e8s de 1,3 million de Syriens issus des zones rurales avaient \u00e9t\u00e9 affect\u00e9s et des centaines de milliers avaient quitt\u00e9 le nord du pays pour gagner d\u2019autres r\u00e9gions comme la province de Deraa.<\/p>\n<p>De l\u00e0, les protestations se sont \u00e9tendues \u00e0 d\u2019autres r\u00e9gions. Elles ont mobilis\u00e9 les jeunes, notamment de nombreux universitaires sans emploi qui se plaignaient des conditions de vie et d\u00e9non\u00e7aient la corruption au sein du gouvernement. On retrouvait \u00e9galement des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9es en septembre 2000 avec la publication d\u2019un manifeste\u00a0: le \u00ab\u00a0Printemps de Damas\u00a0\u00bb exigeait la lev\u00e9e de l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, l\u2019amnistie des prisonniers politiques, l\u2019instauration d\u2019un \u00c9tat de droit, la promotion des libert\u00e9s politiques et la reconnaissance du pluralisme. Telles \u00e9taient les revendications port\u00e9es par les premi\u00e8res manifestations. Les slogans confessionnels et les groupes arm\u00e9s sont venus plus tard.<\/p>\n<p><strong>Comment expliquer que les conditions de vie d\u2019une grande partie de la population syrienne se soient d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es de la sorte au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Il faut tout d\u2019abord tenir compte du contexte. Je vous ai parl\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s internes victimes des s\u00e9cheresses. \u00c0 ceux-l\u00e0, nous devons ajouter les r\u00e9fugi\u00e9s irakiens. L\u2019invasion de l\u2019Irak en 2003 a provoqu\u00e9 une crise de r\u00e9fugi\u00e9s avec le d\u00e9placement de 4,2 millions d\u2019individus\u00a0! Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019Irak. Les autres ont quitt\u00e9 le pays. Avec 1,2 million de r\u00e9fugi\u00e9s, la Syrie est le pays qui a accueilli le plus d\u2019Irakiens.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi la Syrie \u00e9tait-elle une destination privil\u00e9gi\u00e9e pour ces r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Il y avait tout d\u2019abord la proximit\u00e9 g\u00e9ographique et le fait que les fronti\u00e8res \u00e9taient ouvertes. C\u2019\u00e9tait un effet de la politique panarabe du gouvernement syrien, les Irakiens n\u2019avaient pas besoin de visas pour entrer en Syrie. Les r\u00e9fugi\u00e9s pouvaient aussi y b\u00e9n\u00e9ficier de services sociaux qu\u2019ils n\u2019auraient pas trouv\u00e9s dans d\u2019autres pays.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de 2007 que le gouvernement syrien a commenc\u00e9 \u00e0 prendre des mesures pour limiter le flux des arriv\u00e9es. Ces r\u00e9fugi\u00e9s venaient de toutes les classes sociales d\u2019Irak. Ils ont mis une pression \u00e9norme sur la soci\u00e9t\u00e9 syrienne.<\/p>\n<p><strong>Voil\u00e0 pour le contexte. Mais les r\u00e9fugi\u00e9s irakiens n\u2019expliquent pas \u00e0 eux seuls comment les conditions de vie des Syriens se sont d\u00e9grad\u00e9es.<\/strong><\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 cela, le parti Baath a entrepris toute une s\u00e9rie de r\u00e9formes \u00e9conomiques \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000. C\u2019est bien le c\u0153ur du probl\u00e8me. Certes, des r\u00e9formes \u00e9taient n\u00e9cessaires. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un sujet tabou. D\u2019autres pays marqu\u00e9s par une \u00e9conomie \u00e9tatiste comme la Chine, le Vietnam ou Cuba ont \u00e9galement introduit des \u00e9l\u00e9ments typiques du capitalisme pour doper leur croissance.<\/p>\n<p>En Syrie, l\u2019\u00c9tat avait toujours jou\u00e9 un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans l\u2019\u00e9conomie. Mais le parti Baath semble ne pas avoir r\u00e9sist\u00e9 pleinement aux sir\u00e8nes n\u00e9olib\u00e9rales dont le chant avait \u00e9t\u00e9 amplifi\u00e9 aux quatre coins de la plan\u00e8te par la mondialisation. Les premiers \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9forme amorc\u00e9s au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 ont ainsi connu un certain regain en 2005 avec le dixi\u00e8me Congr\u00e8s du Baath d\u00e9cidant du passage \u00e0 une \u00ab\u00a0\u00e9conomie sociale de march\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Quels ont \u00e9t\u00e9 les effets concrets de cette nouvelle orientation\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pour bien comprendre \u00e0 quel point ces r\u00e9formes ont entra\u00een\u00e9 des changements d\u00e9terminants dans la situation politique, \u00e9conomique et sociale de la Syrie, nous devons revenir sur l\u2019histoire de ce pays. Permettez-moi de prendre comme fil rouge la classe paysanne. Le secteur agricole a en effet toujours jou\u00e9 un r\u00f4le important, pour ne pas dire capital, dans l\u2019histoire de la Syrie.<\/p>\n<p>L\u2019historien palestinien Hanna Batatu a \u00e9crit un ouvrage remarquable sur la paysannerie syrienne. Et il souligne \u00e0 juste titre qu\u2019on ne peut consid\u00e9rer cette paysannerie comme un seul ensemble homog\u00e8ne tant il existait de fortes disparit\u00e9s selon les r\u00e9gions, les clans, les confessions, etc. Par exemple, les paysans soufistes des plaines \u00e9taient plus enclins \u00e0 la r\u00e9signation, car leur croyance au destin et \u00e0 l\u2019ordre divin les amenait \u00e0 accepter leur sort comme une fatalit\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, les paysans de l\u2019Hauran, un plateau volcanique de la Syrie m\u00e9ridionale, avaient une culture plus guerri\u00e8re. Confront\u00e9s aux pillages des bandits, aux assauts de tribus nomades, aux r\u00e9quisitions capricieuses de nourriture orchestr\u00e9es par les militaires ou aux extorsions abusives des collecteurs d\u2019imp\u00f4ts, ces paysans pouvaient, dans un geste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, prendre les armes.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on peut dire que les paysans des plaines \u00e9taient plus pacifistes alors que ceux des montagnes avaient davantage recours aux armes. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale toujours, on remarquera qu\u2019avant la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les petits paysans, dont beaucoup \u00e9taient issus des minorit\u00e9s religieuses, \u00e9taient exploit\u00e9s par de riches propri\u00e9taires terriens de confession sunnite et qui vivaient dans les villes. Bien s\u00fbr, il y a des exceptions \u00e0 cette tendance g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p><strong>La Syrie faisait partie de l\u2019Empire ottoman, mais passe sous mandat fran\u00e7ais apr\u00e8s 14-18. La colonisation aura-t-elle un impact sur la paysannerie\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, les Britanniques, qui cherchaient des appuis pour vaincre l\u2019Empire ottoman, avaient promis l\u2019ind\u00e9pendance aux Syriens en cas d\u2019issue favorable au conflit. L\u2019Empire ottoman a bel et bien \u00e9t\u00e9 vaincu, mais la France et la Grande-Bretagne ont complot\u00e9 les accords de Sykes-Picot. Les deux puissances coloniales se sont ainsi partag\u00e9 le monde arabe, plus pr\u00e9cis\u00e9ment les territoires compris entre la mer Noire, la M\u00e9diterran\u00e9e, la mer Rouge, l\u2019oc\u00e9an Indien et la mer Caspienne, \u00e9tablissant des fronti\u00e8res factices. Les nationalistes syriens qui esp\u00e9raient cr\u00e9er une Syrie ind\u00e9pendante incluant le Liban et la Palestine ont d\u00fb ravaler leurs r\u00eaves.<\/p>\n<p>Le mandat fran\u00e7ais a eu un impact important sur l\u2019agriculture en Syrie. En effet, la France a fait entrer le secteur agricole syrien sur le march\u00e9 mondial dans un contexte de p\u00e9nurie provoqu\u00e9 par la guerre de 40-45. Cela a entra\u00een\u00e9 la m\u00e9canisation de l\u2019agriculture syrienne et d\u00e9bouch\u00e9 sur un syst\u00e8me intensif de production.<\/p>\n<p><strong>En 1943, la Syrie devient ind\u00e9pendante. Les troupes fran\u00e7aises se retirent totalement en 1946. La lib\u00e9ration nationale profite-t-elle \u00e0 la classe paysanne\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, le gouvernement syrien a poursuivi sur la m\u00eame lign\u00e9e et a fait de l\u2019agriculture une priorit\u00e9. Le secteur employait alors pr\u00e8s des trois quarts de la population\u00a0! Le d\u00e9veloppement \u00e9conomique de la Syrie passait par une forte intervention de l\u2019\u00c9tat, mais celui-ci repr\u00e9sentait avant tout les int\u00e9r\u00eats des grands propri\u00e9taires terriens. Autrement dit, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, le secteur agricole s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9, mais ce d\u00e9veloppement n\u2019a pas profit\u00e9 aux fellahs, aux petits paysans. Ils continuaient \u00e0 subir des conditions de vie difficiles. Si bien que les \u00e9carts se sont creus\u00e9s davantage avec les grands propri\u00e9taires terriens qui amassaient de plus en plus de\u00a0 profits.<\/p>\n<p><strong>Le secteur agricole se d\u00e9veloppait malgr\u00e9 tout. Assez pour renforcer l\u2019\u00e9conomie du jeune \u00c9tat syrien\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pas vraiment. Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de la Syrie, les grandes puissances se bousculaient au portillon pour \u00ab\u00a0aider\u00a0\u00bb le jeune \u00c9tat. Profitant du fait qu\u2019ils n\u2019avaient jamais eu le statut de puissance coloniale, les \u00c9tats-Unis devanc\u00e8rent des pays comme la France et la Grande-Bretagne. Washington envoya ainsi des experts agricoles pour conseiller les Syriens. En r\u00e9alit\u00e9, ces experts ont fait en sorte que les produits am\u00e9ricains (machines, engrais, etc.) deviennent indispensables au d\u00e9veloppement de l\u2019agriculture syrienne.<\/p>\n<p><strong>Les petits paysans, qui continuaient \u00e0 subir des conditions de vie difficiles, avaient-ils des moyens pour se faire entendre et revendiquer leurs droits\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons vu que le secteur agricole occupait la majeure partie de la population syrienne. Si bien que pour n\u2019importe quel parti souhaitant disposer d\u2019une base sociale importante, la classe paysanne a toujours repr\u00e9sent\u00e9 un enjeu important. La premi\u00e8re formation politique bien organis\u00e9e \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au sort des paysans fut le Parti communiste de la Syrie et du Liban qui est apparu en 1924. Deux des cinq membres du premier comit\u00e9 central de ce parti venaient de la classe rurale. Ces communistes avaient \u00e9tabli un programme visant \u00e0 exproprier les grands propri\u00e9taires terriens, \u00e0 abolir le travail forc\u00e9, \u00e0 \u00e9quiper les villages d\u2019eau courante ou bien encore \u00e0 effacer les dettes des petits paysans.<\/p>\n<p>Le parti communiste n\u2019a pas pu cependant devenir une grande formation politique. Il y a plusieurs raisons \u00e0 cela. Tout d\u2019abord, des divergences internes min\u00e8rent le parti et certains membres fondateurs comme Fouad Chameli furent \u00e9cart\u00e9s car ils avaient des divergences avec Moscou. En outre, beaucoup de villages n\u2019\u00e9taient pas accessibles depuis les villes qui constituaient le centre strat\u00e9gique des communistes. Et lorsqu\u2019ils parvenaient tout de m\u00eame \u00e0 gagner les campagnes, les communistes pouvaient se heurter \u00e0 la tradition soufiste. Enfin, \u00e0 l\u2019aube des ann\u00e9es 40, le programme agraire du parti devint beaucoup plus timide. Celui qui dirigeait le parti \u00e0 l\u2019\u00e9poque, Khalid Bakdash, d\u00e9clara m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Nous assurons les propri\u00e9taires terriens que nous ne demandons pas et ne demanderons pas la confiscation de leurs biens. Tout ce que nous demandons, c\u2019est de la gentillesse \u00e0 l\u2019\u00e9gard du paysan et l\u2019all\u00e8gement de sa mis\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>C\u2019est assez mou\u00a0! Comment expliquer ce changement par rapport au programme du d\u00e9but\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La Syrie n\u2019en \u00e9tait qu\u2019au niveau de la lib\u00e9ration nationale. En th\u00e9orie, vous devez d\u2019abord lib\u00e9rer votre pays de l\u2019emprise coloniale avant de pouvoir construire votre propre \u00c9tat en d\u00e9veloppant une \u00e9conomie souveraine et en assurant une juste r\u00e9partition des richesses. Or, pour combattre l\u2019occupant, il est bien souvent n\u00e9cessaire de former un front regroupant toutes les forces disponibles pour se lib\u00e9rer des puissances coloniales\u00a0: paysans, ouvriers, propri\u00e9taires terriens, bourgeoisie nationaliste, etc. Un ensemble d\u2019acteurs qui n\u2019ont pas forc\u00e9ment les m\u00eames vues, mais que l\u2019on peut r\u00e9unir autour d\u2019un objectif commun\u00a0: l\u2019ind\u00e9pendance du pays. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, la Syrie \u00e9tait toujours sous mandat fran\u00e7ais. Bakdash ne voulait donc sans doute pas diviser les Syriens autour d\u2019une r\u00e9forme agraire et avait remis le sujet \u00e0 plus tard. La priorit\u00e9 du moment \u00e9tait de chasser les Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><strong>Les communistes ont donc eu du mal \u00e0 s\u2019allier les masses dans les campagnes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, d\u2019autant plus qu\u2019en 1947, le Kremlin acceptait le plan de partition de la Palestine. La plupart des paysans qui avaient soutenu les communistes jusque-l\u00e0 se tourn\u00e8rent vers une autre organisation, le Parti arabe socialiste d\u2019Akram Houraini. Par la suite, le Parti communiste syrien si\u00e9gera de temps \u00e0 autre dans le gouvernement, mais n\u2019aura pas suffisamment de poids pour influencer r\u00e9ellement la politique du pays. Il faut tout de m\u00eame reconna\u00eetre \u00e0 ce parti le r\u00f4le important qu\u2019il a jou\u00e9 jusque dans les ann\u00e9es 40 et 50 pour \u00e9duquer politiquement les paysans.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 40, le Parti arabe socialiste s\u2019est donc impos\u00e9 comme le principal acteur politique dans la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats de la classe paysanne. Il a permis de mettre les probl\u00e8mes de la paysannerie au-devant de la sc\u00e8ne politique en les pr\u00e9sentant comme un probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9 syrienne. Le Parti arabe socialiste a \u00e9galement permis \u00e0 de nombreux paysans paralys\u00e9s par la tradition soufiste de se lib\u00e9rer du fatalisme et leur a inculqu\u00e9 la conscience de classe. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il a permis aux paysans de comprendre qu\u2019\u00e0 travers leur position sociale, ils partageaient des int\u00e9r\u00eats communs et qu\u2019il leur fallait unir leurs efforts pour d\u00e9fendre ces int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Entre 1949 et 1954, la vie politique \u00e9tait particuli\u00e8rement agit\u00e9e en Syrie. Rien qu\u2019en 1949, le pays a connu pas moins de trois coups d\u2019\u00c9tat. Durant cette p\u00e9riode secou\u00e9e, le dirigeant du Parti arabe socialiste, Akram Houraini, parvint \u00e0 exercer une certaine influence sur Adib Chichakli, le militaire qui dirigea la Syrie de 1949 \u00e0 1954. Une premi\u00e8re r\u00e9forme agraire fut ainsi men\u00e9e dans le pays. Mais d\u00e8s 1952, Chichakli d\u00e9cida de supprimer tous les partis politiques. Houraini quitta la Syrie. Et avec lui, les fondateurs du Baath. Contraintes \u00e0 l\u2019exil, les deux formations vont fusionner.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui a motiv\u00e9 le rapprochement du Parti arabe socialiste et du Parti Baath\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Confront\u00e9s \u00e0 la r\u00e9pression du gouvernement syrien, il leur fallait unir leurs efforts. Et les deux formations \u00e9taient sur la m\u00eame ligne progressiste du nationalisme arabe.<\/p>\n<p><strong>Vous parlez de progressistes et de nationalisme. Le cocktail peut sembler d\u00e9routant pour les lecteurs europ\u00e9ens qui ont plut\u00f4t l\u2019habitude de voir des partis d\u2019extr\u00eame droite d\u00e9fendre le nationalisme\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Il faut faire une distinction. Aujourd\u2019hui en Europe, le nationalisme s\u2019inscrit dans une d\u00e9marche de rejet de l\u2019autre sous une forme de repli identitaire. Cela d\u00e9bouche sur des slogans comme \u00ab\u00a0la France aux Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb et autres balivernes. Et ces id\u00e9es reprennent de la vigueur particuli\u00e8rement en p\u00e9riode de crise. Il est plus ais\u00e9 de canaliser le m\u00e9contentement populaire sur des boucs \u00e9missaires comme les Roms ou les musulmans plut\u00f4t que d\u2019analyser les v\u00e9ritables raisons qui ont conduit \u00e0 la crise, ce qui am\u00e8nerait \u00e0 remettre en cause l\u2019ordre \u00e9tabli.<\/p>\n<p>La crise que traverse l\u2019Europe est une crise \u00e9conomique. Elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cipit\u00e9e par trente ann\u00e9es de n\u00e9olib\u00e9ralisme qui ont permis aux banques de jouer au casino et aux multinationales d\u2019engraisser leurs actionnaires dans une strat\u00e9gie \u00e0 court terme. Cette crise r\u00e9v\u00e8le aussi la contradiction profonde du syst\u00e8me capitaliste. En effet, pour diminuer les co\u00fbts et engendrer toujours plus de profits, les multinationales ont tendance \u00e0 r\u00e9duire les effectifs, \u00e0 bloquer les salaires ou m\u00eame \u00e0 d\u00e9localiser leurs usines pour profiter d\u2019une main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9. Ce faisant, elles contribuent \u00e0 appauvrir les travailleurs tout en cherchant \u00e0 produire encore et encore plus pour gagner toujours plus d\u2019argent. Mais si les gens deviennent de plus en plus pauvres, qui va acheter les produits de ces multinationales ? Il arrive in\u00e9vitablement un moment o\u00f9 \u00e7a ne colle plus. C\u2019est ce qu\u2019on appelle une crise de surproduction, un \u00e9l\u00e9ment typique du capitalisme qui survient parce que l\u2019\u00e9conomie n\u2019est pas pens\u00e9e pour subvenir aux besoins de la soci\u00e9t\u00e9. Elle ne conna\u00eet qu\u2019une seule r\u00e8gle, celle du profit maximum. Ce syst\u00e8me n\u2019est pas rationnel donc il n\u2019est pas fiable. C\u2019est un ch\u00e2teau de cartes bien fragile. Et \u00e0 pr\u00e9sent, nos gouvernements tentent de sauver les meubles en faisant trinquer les plus faibles.<\/p>\n<p>Dans pareille situation, il est confortable de soulever d\u2019autres probl\u00e8mes pour d\u00e9tourner l\u2019attention des v\u00e9ritables enjeux de la crise. On pourra ainsi faire feu de tout bois sur cette Europe qui est envahie par les \u00e9trangers, sur ces musulmans qui ne parviennent pas \u00e0 s\u2019int\u00e9grer ou sur ces Roms qu\u2019il faut renvoyer chez eux. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que nous sommes dans le m\u00eame bateau. Cette crise oppose comme on les appelle les 1\u00a0% aux 99\u00a0%. Ni vous ni moi, ni les femmes voil\u00e9es, ni les Roms, ni la plupart des gens qui votent pour des partis d\u2019extr\u00eame droite ne font partie des 1\u00a0%. Ces personnes ont continu\u00e9 \u00e0 s\u2019enrichir durant la crise, alors que nos gouvernements sabraient les retraites, les allocations de ch\u00f4mage ou les budgets de l\u2019\u00e9ducation. Le probl\u00e8me, ce n\u2019est donc pas que les \u00e9trangers volent le pain des Fran\u00e7ais. Le probl\u00e8me, c\u2019est que des personnes faisant partie des 1\u00a0% peuvent d\u00e9penser en une semaine de vacances ce que vous gagnerez dans toute votre vie. Le probl\u00e8me, ce n\u2019est pas tant le manque d\u2019argent, c\u2019est plut\u00f4t la r\u00e9partition des richesses. La crise \u00e9conomique a offert l\u2019opportunit\u00e9 de remettre en question ce syst\u00e8me qui favorise tant les in\u00e9galit\u00e9s. Mais lorsqu\u2019on s\u2019attaque aux Roms, cette opportunit\u00e9 nous glisse entre les doigts.<\/p>\n<p><strong>Dans des pays comme la Syrie, le nationalisme ne joue-t-il pas le m\u00eame r\u00f4le\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Dans ces pays du Sud qui ont \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s, le nationalisme a jou\u00e9 un r\u00f4le tout \u00e0 fait diff\u00e9rent. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un repli identitaire. Au contraire, le nationalisme a \u00e9t\u00e9 \u00e9mancipateur et f\u00e9d\u00e9rateur. En effet, c\u2019est \u00e0 travers lui que les peuples de ces pays ont pu s\u2019unir pour revendiquer leur ind\u00e9pendance et se lib\u00e9rer du joug colonial. Ils pouvaient affirmer : \u00ab Nous ne sommes pas des sujets de l\u2019Empire britannique, de la France ou de l\u2019Espagne. Nous sommes \u00c9gyptiens, Syriens, K\u00e9nyans ou Colombiens. \u00bb<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas tout. Dans un pays comme la Syrie qui compte une population tr\u00e8s diversifi\u00e9e, le nationalisme devait aussi permettre d\u2019\u00e9tablir un socle commun gr\u00e2ce auquel tous les citoyens auraient \u00e9t\u00e9 mis sur un m\u00eame pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, quelle que soit leur religion ou leur culture. Sunnites, Druzes, alaouites ou chr\u00e9tiens orthodoxes\u2026 Tout le monde pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme syrien. Tout le monde pouvait m\u00eame \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme arabe\u00a0! C\u2019est ce qu\u2019on appelle le panarabisme. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait d\u00e9fendue par l\u2019ancien dirigeant \u00e9gyptien, Nasser. Mais aussi par le parti Baath en Syrie. Apr\u00e8s le d\u00e9coupage arbitraire de cette r\u00e9gion du monde par les puissances coloniales, le panarabisme devait permettre aux peuples de ces pays de se retrouver et de s\u2019unir sur un socle commun.<\/p>\n<p>Il y avait d\u2019ailleurs eu un projet d\u2019union entre la Syrie et l\u2019\u00c9gypte. En 1958, les deux pays s\u2019\u00e9taient unis pour former la R\u00e9publique arabe unie. Malheureusement, non seulement l\u2019union n\u2019est pas parvenue \u00e0 s\u2019\u00e9tendre \u00e0 d\u2019autres pays arabes, mais elle a \u00e9t\u00e9 rompue au bout de trois ans.<\/p>\n<p><strong>Sunnites, chiites, chr\u00e9tiens, mais aussi kurdes\u2026 Comment expliquer une telle diversit\u00e9 au sein de la population syrienne\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019ancien diplomate hollandais, Nikolaos Van Dam, a \u00e9crit un tr\u00e8s bon livre,<em> The Struggle for Power in Syria<\/em>. Il expose plusieurs raisons \u00e0 ce melting-pot syrien. Notamment le fait que les trois grandes religions monoth\u00e9istes trouvent leurs origines dans cette r\u00e9gion o\u00f9 la Syrie est situ\u00e9e. Il rappelle \u00e9galement que le Croissant fertile dont fait partie la Syrie a fait l\u2019objet de nombreuses conqu\u00eates\u00a0: Arabes, Kurdes, Mongols ou Turcs. Les diff\u00e9rences religieuses, tribales et linguistiques ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 nourries par des formes de loyaut\u00e9s locales, elles-m\u00eames renforc\u00e9es par la configuration g\u00e9ographique de certaines r\u00e9gions montagneuses qui \u00e9taient difficiles d\u2019acc\u00e8s. Van Dam soul\u00e8ve aussi que la diversit\u00e9 ethnique et religieuse a \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9e par la relative tol\u00e9rance de l\u2019islam \u00e0 l\u2019\u00e9gard des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes et juives, les \u00abgens du Livre\u00bb. Enfin, durant leur mandat, les Fran\u00e7ais ont favoris\u00e9 le sectarisme pour emp\u00eacher l\u2019\u00e9mergence du nationalisme arabe qui compromettait leur domination. Cherchant \u00e0 diviser pour r\u00e9gner, la France a ainsi soutenu la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat alaouite dans la r\u00e9gion de Lattaqui\u00e9 et un autre pour les Druzes dans la r\u00e9gion appel\u00e9e la Montagne des Druzes, au sud du pays. Ces deux communaut\u00e9s avaient ainsi leur propre gouvernement qui \u00e9tait autonome et ind\u00e9pendant de la r\u00e9publique syrienne. Les Kurdes, eux, \u00e9taient plac\u00e9s directement sous l\u2019administration fran\u00e7aise. En outre, la France avait cr\u00e9\u00e9 des troupes sp\u00e9ciales pour lutter contre les ind\u00e9pendantistes. Des troupes compos\u00e9es principalement par les minorit\u00e9s syriennes, ce qui avait accentu\u00e9 la contradiction avec la majorit\u00e9 sunnite du pays.<\/p>\n<p>Vous comprenez d\u00e8s lors \u00e0 quel point le nationalisme arabe relevait d\u2019un enjeu crucial pour le d\u00e9veloppement de la Syrie. Et il n\u2019est pas \u00e9tonnant que les fondateurs du parti Baath se soient rattach\u00e9s \u00e0 cette id\u00e9ologie. Il y avait parmi eux le chr\u00e9tien orthodoxe Michel Aflak, le sunnite Salah al-Din al-Bitar et l\u2019alaouite Zaki al-Arzouzi. Aflak et Bitar s\u2019\u00e9taient tous deux rencontr\u00e9s \u00e0 la Sorbonne. L\u2019universit\u00e9 parisienne \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque le centre de rayonnement du nationalisme arabe, car elle comptait beaucoup d\u2019\u00e9tudiants venus de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e. Aflak et Bitar \u00e9taient par ailleurs tous deux issus de familles actives dans le commerce du grain dans un quartier p\u00e9riph\u00e9rique de Damas. Tr\u00e8s jeunes, ils ont baign\u00e9 dans ces id\u00e9es qui agitaient la petite bourgeoisie et les commerces de l\u2019\u00e9poque\u00a0: l\u2019Empire ottoman s\u2019\u00e9tait effondr\u00e9 en 1917, les provinces arabes avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9es de fa\u00e7on arbitraire et les commer\u00e7ants se sentaient \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans ses fronti\u00e8res factices. Et ces nouvelles fronti\u00e8res ne p\u00e9nalisaient pas seulement l\u2019activit\u00e9 commerciale. Elles avaient aussi s\u00e9par\u00e9 des familles ou des clans.<\/p>\n<p><strong>En 1954, le dictateur Chichakli est renvers\u00e9. Le parti Baath, qui avait fusionn\u00e9 avec le Parti arabe socialiste, int\u00e8gre le gouvernement. Mais le climat politique reste tendu\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, le secteur agricole a connu d\u2019importants changements \u00e0 cette \u00e9poque. La chute de Chichakli avait ramen\u00e9 une certaine libert\u00e9 d\u2019expression. Les id\u00e9es socialistes, communistes et baasistes se diffusaient plus largement et condamnaient l\u2019action de l\u2019Occident en Syrie. Elles d\u00e9non\u00e7aient notamment le partenariat avec les \u00c9tats-Unis qui n\u2019aidait pas r\u00e9ellement le d\u00e9veloppement du pays et ne contribuait en rien \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration du sort des petits paysans.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, l\u2019influence de l\u2019Union sovi\u00e9tique devint de plus en plus importante dans la r\u00e9gion. Depuis la Syrie, on observait les progr\u00e8s engrang\u00e9s par l\u2019\u00c9gypte de Nasser. Si bien qu\u2019\u00e0 partir de 1955, Damas se rapprocha de l\u2019URSS. Les choses all\u00e8rent plus loin encore en 1958 avec l\u2019\u00e9tablissement de la R\u00e9publique arabe unie qui vit l\u2019\u00c9gypte et la Syrie unir leur destin. Le projet \u00e9tait beau sur papier. Mais dans la pratique, il ne faisait pas que des heureux. Pour int\u00e9grer la nouvelle r\u00e9publique, Michel Aflak avait dissous le Baath unilat\u00e9ralement, sans m\u00eame organiser un Congr\u00e8s. Certains craignaient par ailleurs que Nasser impose ses vues aux Syriens. La jeune garde du parti Baath cr\u00e9a donc un comit\u00e9 militaire secret au sein duquel on retrouvait un certain Hafez el-Assad. L\u2019objectif du comit\u00e9 \u00e9tait de r\u00e9tablir le parti Baath et de d\u00e9mocratiser la R\u00e9publique arabe unie.<\/p>\n<p><strong>L\u2019objectif ne sera pas vraiment atteint. Trois ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation, la jeune r\u00e9publique vole en \u00e9clats. Pourquoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>En 1961, des conservateurs syriens men\u00e8rent un coup d\u2019\u00c9tat et mirent un terme \u00e0 l\u2019union avec l\u2019\u00c9gypte. La classe traditionnelle avait \u00e9t\u00e9 malmen\u00e9e par la r\u00e9forme agraire et les nationalisations de la R\u00e9publique arabe unie. En 1961, elle tenta donc de r\u00e9tablir ses privil\u00e8ges.<\/p>\n<p>Mais ce r\u00e9gime de l\u2019Infisal (s\u00e9paration) fit long feu. En 1963, un nouveau coup d\u2019\u00c9tat installait le Baath \u00e0 la t\u00eate de la Syrie. Deux tendances s\u2019affront\u00e8rent alors au sein du parti. La premi\u00e8re, la vieille garde incarn\u00e9e par Michel Aflak, faisait passer la question du nationalisme arabe avant la lutte des classes. Elle pr\u00f4nait un socialisme mod\u00e9r\u00e9 et souhaitait \u00e9tablir une nouvelle union avec Nasser. Or, cette tendance avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9e par l\u2019\u00e9pisode malheureux de la R\u00e9publique arabe unie. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il y avait les r\u00e9formistes. On y retrouvait les officiers du Comit\u00e9 militaire qui s\u2019\u00e9tait construit dans l\u2019ombre d\u00e8s 1959. \u00c0 la diff\u00e9rence de la vieille garde, ces r\u00e9formistes estimaient que le sort des paysans ne pouvait attendre que l\u2019unit\u00e9 arabe soit accomplie. Ils \u00e9taient plus radicaux que les membres fondateurs du Baath et relativement hostiles \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Nasser. C\u2019est finalement cette tendance qui l\u2019a emport\u00e9 au travers d\u2019un nouveau coup d\u2019\u00c9tat men\u00e9 en 1966. Un officier alaouite du Comit\u00e9 militaire, Salah Jedid, prit alors les r\u00eanes du pays.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019implique cette d\u00e9faite de la vieille garde\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La mont\u00e9e au pouvoir des r\u00e9formistes a marqu\u00e9 ce qu\u2019on appelle g\u00e9n\u00e9ralement la revanche des campagnes. La vieille garde \u00e9tait en effet compos\u00e9e majoritairement de petits-bourgeois issus des villes. Avec les officiers r\u00e9formistes, c\u2019\u00e9tait tout l\u2019inverse. La plupart venaient non seulement des campagnes, mais aussi des minorit\u00e9s religieuses qui avaient longtemps \u00e9t\u00e9\u00a0 marginalis\u00e9es. Cette repr\u00e9sentation s\u2019explique par le fait que pour ces jeunes du monde rural, l\u2019arm\u00e9e constituait bien souvent le meilleur, si pas le seul moyen de prendre l\u2019ascenseur social. La tendance \u00e9tait renforc\u00e9e par le fait que jusqu\u2019en 1964, on pouvait payer pour ne pas faire son service militaire. Et ce sont surtout des sunnites ais\u00e9s des villes qui ont profit\u00e9 de cette mesure. Pour eux, le montant \u00e0 d\u00e9bourser n\u2019\u00e9tait pas trop important. Mais pour les jeunes paysans qui s\u2019enr\u00f4laient \u00e0 leur place, c\u2019\u00e9tait une rondelette somme qui pouvait payer des dettes ou contrecarrer les pertes d\u2019une mauvaise r\u00e9colte.<\/p>\n<p><strong>Quelles vont \u00eatre les cons\u00e9quences de cette ruralisation de l\u2019arm\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La ruralisation de l\u2019arm\u00e9e a marqu\u00e9 la mont\u00e9e d\u2019alaouites aux plus hauts rangs du pouvoir alors que l\u2019on constatait parall\u00e8lement le d\u00e9clin des officiers urbains d\u2019origine sunnite. Les trois personnalit\u00e9s les plus importantes du Comit\u00e9 militaire \u00e9taient alaouites : Salah Jedid, Mohammed Omran et Hafez el-Assad. La repr\u00e9sentation du monde rural s\u2019accentua encore lorsque les membres du Comit\u00e9 militaire entreprirent de purger les cadres de l\u2019arm\u00e9e de leurs opposants politiques. Ils les remplac\u00e8rent par des proches en qui ils avaient toute confiance, c\u2019est-\u00e0-dire par des membres de leur famille, de leur clan ou de leur village, c\u2019est-\u00e0-dire par des personnes \u00e9galement issues des campagnes et des minorit\u00e9s religieuses. Un autre \u00e9l\u00e9ment a renforc\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne. Les officiers sunnites au sein de l\u2019arm\u00e9e \u00e9taient beaucoup plus divis\u00e9s, que ce soit sur le plan politique, r\u00e9gional ou social. De leur c\u00f4t\u00e9, les officiers alaouites pr\u00e9sentaient un bloc plus homog\u00e8ne capable de d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats m\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9pargn\u00e9 par quelques conflits internes.<\/p>\n<p><strong>Comme celui qui opposera Hafez el-Assad \u00e0 Salah Jedid\u00a0? En 1970, le premier renverse le second et s\u2019installe durablement au pouvoir\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Exact. L\u2019instabilit\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e \u00e9tait une autre cons\u00e9quence de sa ruralisation. Les officiers \u00e9taient certes politis\u00e9s, mais pas forc\u00e9ment disciplin\u00e9s. Certains n\u2019avaient pas l\u2019exp\u00e9rience ou les capacit\u00e9s requises lorsqu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 promus \u00e0 de hauts postes. Par ailleurs, entre mars 1963 et juin 1967, pas moins de huit g\u00e9n\u00e9raux occup\u00e8rent la fonction de ministre de la D\u00e9fense\u00a0! Cela eut des r\u00e9percussions dans la cinglante d\u00e9faite qu\u2019essuy\u00e8rent la Syrie, l\u2019\u00c9gypte et la Jordanie face \u00e0 Isra\u00ebl dans la Guerre des Six Jours.<\/p>\n<p>La Syrie perdit le plateau du Golan au terme de ce conflit qui exacerba davantage les contradictions entre Jedid et Assad. Le premier \u00e9tait plus radical. Il faisait de la transformation socialiste sa priorit\u00e9 et, \u00e0 ce titre, refusait de collaborer, m\u00eame au nom de la lutte contre Isra\u00ebl, avec des pays r\u00e9actionnaires ou pro-occidentaux comme la Jordanie, l\u2019Irak ou le Liban. Plus pragmatique, Assad pr\u00e9conisait une alliance temporaire avec les autres pays arabes. M\u00eame si elle devait retarder le projet de transformation sociale en Syrie, cette alliance aurait permis d\u2019offrir une r\u00e9sistance plus importante \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019Isra\u00ebl. Jedid avait pour lui le soutien des civils au sein du Baath, Assad celui des militaires. Et le conflit tourna \u00e0 l\u2019avantage du second.<\/p>\n<p><strong>Vous venez d\u2019expliquer comment les alaouites ont pu atteindre les plus hauts postes de commandement. Est-il exact de parler de r\u00e9gime alaouite en Syrie comme on l\u2019entend souvent\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Non, cela ne correspond pas tout \u00e0 fait \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Comme le rel\u00e8ve l\u2019historien Hanna Batatu, d\u00e9j\u00e0 lors de la ruralisation de l\u2019arm\u00e9e, si les alaouites tendaient \u00e0 former un bloc plus homog\u00e8ne que les officiers sunnites, ils n\u2019agissaient pas toujours consciemment en tant qu\u2019alaouites\u00a0: \u00ab\u00a0Ils \u00e9taient, il faut se le rappeler, des gens d\u2019origines rurales ou paysannes et agissaient en tant que tels, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019ils agissaient selon les instincts et les tendances que leur situation structurelle avait engendr\u00e9es.\u00a0\u00bb Il n\u2019y a jamais eu un projet conscient de la communaut\u00e9 alaouite pour prendre le pouvoir en Syrie. Les circonstances ont fait que cette minorit\u00e9 religieuse s\u2019est retrouv\u00e9e repr\u00e9sent\u00e9e aux plus hauts postes. Ces circonstances, comme nous l\u2019avons vu, sont diverses\u00a0: contradiction historique entre les classes rurales et la bourgeoise sunnite urbaine, l\u2019\u00e9chec de l\u2019union avec l\u2019\u00c9gypte, le d\u00e9clin de la vieille garde du Baath, la mont\u00e9e de l\u2019aile arm\u00e9e du parti, la revanche des campagnes, etc.<\/p>\n<p><strong>Mais lorsque Hafez el-Assad a pris le pouvoir, n\u2019a-t-il pas men\u00e9 une politique qui a favoris\u00e9 la communaut\u00e9 alaouite\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Cela aurait \u00e9t\u00e9 du suicide\u00a0! La communaut\u00e9 alaouite ne constitue qu\u2019une dizaine de pour cent de la population syrienne tandis que la majorit\u00e9 sunnite en repr\u00e9sente plus de soixante-dix. Si le gouvernement syrien, depuis Hafez el-Assad, avait r\u00e9ellement dirig\u00e9 le pays dans le seul int\u00e9r\u00eat de cette minorit\u00e9, il n\u2019aurait pas r\u00e9sist\u00e9 aux diff\u00e9rentes crises qui ont \u00e9branl\u00e9 le pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Comme la crise qui a oppos\u00e9 le gouvernement aux Fr\u00e8res musulmans \u00e0 partir de la fin des ann\u00e9es 70\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est effectivement la plus grande crise qu\u2019Hafez el-Assad ait d\u00fb affronter. L\u2019implantation des Fr\u00e8res musulmans en Syrie remonte aux ann\u00e9es 30. Des \u00e9tudiants, qui avaient suivi l\u2019enseignement d\u2019Hassan el-Banna en \u00c9gypte, cr\u00e9\u00e8rent une branche syrienne \u00e0 leur retour. Jusque dans les ann\u00e9es 70, les Fr\u00e8res syriens s\u2019\u00e9taient investis dans les activit\u00e9s traditionnelles de la Confr\u00e9rie\u00a0: action sociale, charit\u00e9 et surtout enseignement. En effet, le Baath concentrait \u00e0 l\u2019\u00e9poque tous ses efforts sur les communistes qu\u2019il voulait \u00e9carter. Les Fr\u00e8res avaient profit\u00e9 du vide laiss\u00e9 par ces derniers, surtout au niveau de l\u2019\u00e9ducation. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e9clata en 1964 une premi\u00e8re grande manifestation de lyc\u00e9ens, suivie par tout l\u2019appareil religieux qui appela au jihad contre le r\u00e9gime impie. Pour rappel, la Syrie \u00e9tait alors dirig\u00e9e par le Baath qui avait repris le pouvoir aux conservateurs apr\u00e8s la fin de l\u2019union avec l\u2019\u00c9gypte. Le pr\u00e9sident du Conseil de la R\u00e9volution, Amin el Hafez, tout sunnite qu\u2019il \u00e9tait, ne r\u00e9agit pas dans la dentelle en faisant bombarder la mosqu\u00e9e al-Sultan \u00e0 Hama. Le geste fut per\u00e7u comme sacril\u00e8ge et valut aux baathistes d\u2019\u00eatre assimil\u00e9s aux Mongols. La comparaison n\u2019\u00e9tait pas veine. Bien que convertis, les Mongols \u00e9taient r\u00e9put\u00e9s pour \u00eatre de pi\u00e8tres musulmans si bien qu\u2019une fatwa du 14e si\u00e8cle ordonnait de les combattre. Cette fatwa fut ressortie pour l\u2019appliquer aux baathistes syriens. Mais \u00e0 nouveau, la contestation fut violemment tu\u00e9e dans l\u2019oeuf.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019Hafez el-Assad prit le pouvoir en 1970, il sut m\u00e9nager la majorit\u00e9 sunnite et plus particuli\u00e8rement les religieux, gagnant ainsi, si pas le soutien, la tol\u00e9rance d\u2019une bonne partie des Fr\u00e8res musulmans. Assad fit ainsi amender la Constitution de 1969, la plus la\u00efque que la Syrie ait connue, pour y faire inscrire que le chef d\u2019\u00c9tat devait \u00eatre musulman. Il prit \u00e9galement quelques mesures favorables aux commer\u00e7ants qui constituaient une bonne partie de la base sociale des islamistes.<\/p>\n<p>Mais la Soci\u00e9t\u00e9 des Fr\u00e8res musulmans en Syrie \u00e9tait travers\u00e9e par diff\u00e9rentes factions \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Les Phalanges de Mohamed, l\u2019une des plus violentes qui ne faisait pas forc\u00e9ment l\u2019unanimit\u00e9, mirent le feu aux poudres apr\u00e8s la mort de leur leader en prison. Le climat \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 houleux \u00e0 la suite de l\u2019intervention syrienne dans le conflit libanais en 1976 \u00e0 la faveur des maronites conservateurs et en opposition aux Palestiniens progressistes. Elle laissait craindre \u00e0 l\u2019opposition islamiste l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un axe alaouite-chr\u00e9tien. Les Phalanges de Mohamed commenc\u00e8rent alors \u00e0 perp\u00e9trer des attentats, ciblant des personnalit\u00e9s du r\u00e9gime et des alaouites.<\/p>\n<p><strong>Comment r\u00e9agit Hafez el-Assad \u00e0 cette vague d\u2019attentats\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Au d\u00e9part, il tenta de circonscrire le ph\u00e9nom\u00e8ne, tendant \u00e0 r\u00e9primer au cas par cas les incidents. Le pr\u00e9sident s\u2019effor\u00e7ait aussi de distinguer l\u2019opposition islamiste pacifique des fauteurs de troubles. Mais l\u2019attentat contre l\u2019\u00e9cole d\u2019artillerie d\u2019Alep vint donner une autre dimension au conflit. En juin 1979, un commando d\u2019islamistes prit d\u2019assaut l\u2019\u00e9tablissement et ex\u00e9cuta 83 cadets, tous alaouites. La r\u00e9pression se fit plus s\u00e9v\u00e8re. Les Fr\u00e8res syriens mirent de c\u00f4t\u00e9 leurs divergences. De plus, la contestation gagnait \u00e9galement l\u2019opposition la\u00efque qui critiquait la r\u00e9pression du gouvernement, le manque de libert\u00e9s d\u00e9mocratiques et la corruption.<\/p>\n<p>Assad joua alors sur deux tableaux. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il redoublait d\u2019intransigeance avec les \u00e9l\u00e9ments violents. De l\u2019autre, il se montrait attentif aux critiques tout\u00a0 en se posant au-dessus de la m\u00eal\u00e9e. Par exemple, le pr\u00e9sident remodela le commandement r\u00e9gional du Baath. La proportion de sunnites y fut augment\u00e9e alors que le pourcentage d\u2019alaouites \u00e9tait revu \u00e0 la baisse, ceci afin de couper court aux critiques sur la confessionnalisation du r\u00e9gime. Quelques ann\u00e9es plus tard, Hafez el-Assad lan\u00e7a \u00e9galement une tr\u00e8s m\u00e9diatique campagne anticorruption qui se solda par des centaines d\u2019arrestations et m\u00eame quelques condamnations \u00e0 mort.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est tout de m\u00eame dans un bain de sang que la crise prend fin, en 1982, avec le massacre d\u2019Hama.<\/strong><\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1982, une insurrection g\u00e9n\u00e9rale men\u00e9e par les Fr\u00e8res musulmans \u00e9clatait \u00e0 Hama, ravivant les contradictions profondes entre les courants religieux d\u2019une part, mais aussi entre la ville et la campagne d\u2019autre part. Des armes furent distribu\u00e9es, Hama passa rapidement sous le contr\u00f4le des Fr\u00e8res musulmans et un tribunal islamique condamna et ex\u00e9cuta dans les rues bon nombre de cadres de l\u2019administration ainsi que des membres du Baath. Le fr\u00e8re du pr\u00e9sident, Rifat el-Assad, s\u2019occupa de mater l\u2019insurrection. Les Forces sp\u00e9ciales, \u00e9paul\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e, pilonn\u00e8rent Hama pendant un mois avant de reprendre le contr\u00f4le de la ville. Les sources varient et situent le bilan du massacre entre 10 et 30.000 morts\u00a0! Ce bain de sang mit un terme aux activit\u00e9s des Fr\u00e8res musulmans en Syrie. Les cadres de l\u2019organisation qui avaient \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression condamn\u00e8rent le r\u00f4le provocateur jou\u00e9 par le leader des Phalanges de Mohamed. Traditionnellement, les Fr\u00e8res musulmans ne sont pas partisans de la lutte arm\u00e9e. Les dirigeants syriens de l\u2019organisation s\u2019exil\u00e8rent\u00a0: Irak, Jordanie, Arabie saoudite\u2026<\/p>\n<p><strong>Le pr\u00e9sident avait pris des mesures pour calmer les critiques comme remodeler le commandement r\u00e9gional du Baath. N\u2019\u00e9tait-ce pas un exercice de style, les postes les plus strat\u00e9giques restant aux mains d\u2019alaouites\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Hafez el-Assad avait remodel\u00e9 le commandement r\u00e9gional du Baath, mais beaucoup de postes strat\u00e9giques tant dans l\u2019appareil militaire que politique restaient effectivement occup\u00e9s par des alaouites. En fait, chaque fois qu\u2019il essuyait une crise, le pr\u00e9sident avait tendance \u00e0 r\u00e9organiser les premiers cercles de pouvoir afin de s\u2019entourer de personnes en qui il pouvait avoir une extr\u00eame confiance. Tout comme le Comit\u00e9 militaire qui, avant la r\u00e9volution du parti Baath, contribua \u00e0 la ruralisation de l\u2019arm\u00e9e, Assad allait en premier lieu chercher des membres de sa famille, de son village ou de son clan. Des membres qui, forc\u00e9ment, \u00e9taient alaouites.<\/p>\n<p><strong>La m\u00e9thode ne garantissait pourtant pas une s\u00e9curit\u00e9 maximale au pr\u00e9sident puisque la menace est venue un moment donn\u00e9 de son propre fr\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p>En effet, il y a plusieurs remarques \u00e0 apporter \u00e0 cette m\u00e9thode. Tout d\u2019abord, il est vrai qu\u2019il y a eu un diff\u00e9rend entre le pr\u00e9sident et son fr\u00e8re, contraignant ce dernier \u00e0 l\u2019exil. Lorsqu\u2019Hafez a \u00e9t\u00e9 gravement malade dans le courant des ann\u00e9es 80, Rifat se voyait d\u00e9j\u00e0 lui succ\u00e9der et s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 plus qu\u2019entreprenant. Ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 du go\u00fbt de tout le monde.<\/p>\n<p>Ensuite, si Hafez el-Assad pouvait s\u2019entourer d\u2019alaouites, rien ne prouve qu\u2019il ait men\u00e9 une politique visant \u00e0 favoriser les int\u00e9r\u00eats de cette communaut\u00e9. M\u00eame ses opposants les plus objectifs le reconnaissent. Comme je l\u2019ai dit, compte tenu de la d\u00e9mographie syrienne, cela aurait \u00e9t\u00e9 du suicide. Le pr\u00e9sident s\u2019entourait de proches, oui. La plupart \u00e9taient alaouites, effectivement. Mais il y avait aussi des sunnites. Le plus embl\u00e9matique est sans doute Mustafa Tlass, un compagnon d\u2019armes de la premi\u00e8re heure d\u2019Hafez el-Assad. Il l\u2019a soutenu dans le conflit qui l\u2019a oppos\u00e9 \u00e0 Salah Jedid et a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 ministre de la D\u00e9fense apr\u00e8s le putsch de 1970. Il a particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9pression d\u2019Hama en 1982. Et lorsque Rifat a tent\u00e9 de prendre le pouvoir, Mustafa Tlass a encore et toujours soutenu son pr\u00e9sident.<\/p>\n<p><strong>Par rapport \u00e0 la corruption, il \u00e9tait de notori\u00e9t\u00e9 publique qu\u2019elle touchait certains proches du pr\u00e9sident. N\u2019ont-ils pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s par les Eliott Ness de Syrie\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La corruption \u00e9tait bel et bien pr\u00e9sente. Elle ne concernait pas le pr\u00e9sident lui-m\u00eame, mais pouvait toucher tout l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, des proches hauts plac\u00e9s jusqu\u2019aux petits fonctionnaires. Si des mesures ont \u00e9t\u00e9 prises contre ces derniers, parfois avec beaucoup de d\u00e9monstration, les proches d\u2019Assad ont \u00e9t\u00e9 relativement \u00e9pargn\u00e9s en effet. Il y a plusieurs th\u00e9ories qui expliquent cela. Certains avancent que c\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re d\u2019acheter la loyaut\u00e9 des personnes plac\u00e9es \u00e0 des postes-cl\u00e9s. Si Assad devait tomber, ils auraient pu dire adieu \u00e0 leurs privil\u00e8ges. D\u2019autres pr\u00e9tendent que le pr\u00e9sident \u00e9tait dans l\u2019impossibilit\u00e9 de s\u2019attaquer \u00e0 cette petite caste de corrompus pour la simple et bonne raison qu\u2019ils constituaient la base du pouvoir dont Assad \u00e9tait la t\u00eate. Ce dernier ne pouvait donc pas s\u2019arracher un bras. Toujours est-il que la corruption \u00e9tait l\u00e0 et qu\u2019elle a malheureusement entrav\u00e9 le d\u00e9veloppement \u00e9conomique de la Syrie.<\/p>\n<p><strong>Alors que depuis son ind\u00e9pendance, le pays avait sans doute battu tous les records de coups d\u2019\u00c9tat, Assad s\u2019est maintenu au pouvoir pendant trente ans, jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 2000. Comment expliquez-vous cette long\u00e9vit\u00e9 \u00e0 laquelle la Syrie n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, Hafez el-Assad \u00e9tait un fin strat\u00e8ge, reconnu pour son g\u00e9nie politique m\u00eame par ses adversaires. Il avait une tr\u00e8s bonne connaissance de la soci\u00e9t\u00e9 syrienne et savait comment en m\u00e9nager les diff\u00e9rents courants pour ne pas exacerber les contradictions. Ainsi, les radicaux qui avaient dirig\u00e9 le pays avant lui avaient engag\u00e9 la Syrie sur la voie du socialisme de mani\u00e8re assez brutale. Hafez el-Assad s\u2019\u00e9tait en revanche montr\u00e9 plus pragmatique, laissant davantage de marge au secteur priv\u00e9 pour ne pas s\u2019ali\u00e9ner les commer\u00e7ants. Jusque dans ses cercles proches,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 il dosait savamment le pouvoir qu\u2019il attribuait \u00e0 une unit\u00e9 sp\u00e9ciale, un ministre ou un clan de mani\u00e8re \u00e0 maintenir un certain \u00e9quilibre et emp\u00eacher tout putsch interne.<\/p>\n<p>Ensuite, m\u00eame s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e9pargn\u00e9 par les critiques, Hafez el-Assad jouissait d\u2019un large soutien de la population. Il \u00e9tait tout d\u2019abord celui qui avait ramen\u00e9 la stabilit\u00e9 en Syrie apr\u00e8s des d\u00e9cennies marqu\u00e9es par des coups d\u2019\u00c9tat \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Il avait en outre mis en place un \u00c9tat-Providence et disposait ainsi d\u2019une base sociale importante, notamment chez les paysans. Et nous avons vu \u00e0 quel point cet appui \u00e9tait crucial en Syrie. Les Fr\u00e8res musulmans n\u2019ont jamais pu en pr\u00e9tendre autant et cela explique en partie pourquoi il leur a \u00e9t\u00e9 impossible de renverser le gouvernement. La Soci\u00e9t\u00e9 comptait bien quelques membres dans la petite bourgeoisie. Mais il a fallu des renforts venus du Qatar ainsi que l\u2019appui de la Jordanie et de l\u2019Irak pour mener la r\u00e9volte des ann\u00e9es 70-80. La base sociale du pr\u00e9sident \u00e9tait \u00e0 ce point forte qu\u2019elle d\u00e9passait le clivage confessionnel. Les Fr\u00e8res musulmans avaient en effet ax\u00e9 leur propagande sur le caract\u00e8re alaouite du gouvernement syrien. Leur calcul \u00e9tait simple\u00a0: en ralliant la majorit\u00e9 sunnite \u00e0 leur cause, soit plus de 70\u00a0% de la population, ils auraient \u00e9t\u00e9 en mesure de renverser Hafez el-Assad. \u00c7a n\u2019a pas fonctionn\u00e9.<\/p>\n<p>De fait, il n\u2019y avait pas que dans les classes rurales et parmi les minorit\u00e9s religieuses qu\u2019Hafez el-Assad avait pu se constituer une base sociale. Son pouvoir s\u2019\u00e9tait construit sur un pacte social qui profitait \u00e0 une large majorit\u00e9 de Syriens. Il pr\u00e9voyait d\u2019am\u00e9liorer les conditions de travail des paysans et de fournir un emploi \u00e0 tous les travailleurs gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement d\u2019un secteur public fort. Il misait en outre sur la redistribution des richesses, notamment celles provenant de la manne p\u00e9troli\u00e8re, pour offrir \u00e0 la population toute une s\u00e9rie de services comme l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation ou aux soins de sant\u00e9. Cela permettait ainsi de r\u00e9duire le creusement des \u00e9carts sociaux.<\/p>\n<p><strong>Des \u00e9carts sociaux ont pourtant perdur\u00e9, notamment entre les petits paysans et des \u00e9lites corrompues. Derni\u00e8rement, ces \u00e9carts se sont m\u00eame creus\u00e9s. Le secteur agricole a par ailleurs subi diverses vagues de privatisation. Initi\u00e9es par Hafez, elles se sont poursuivies avec Bachar pour d\u00e9boucher en 2004 sur une nouvelle loi des relations agraires que certains consid\u00e8rent comme une contre-r\u00e9forme agraire. Enfin, on ne saurait passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9pression politique en Syrie qui a notamment conduit des marxistes et des communistes en prison. Le Baath, qu\u2019il f\u00fbt dirig\u00e9 par Hafez ou Bachar, n\u2019a pourtant cess\u00e9 de se r\u00e9clamer du socialisme arabe. N\u2019est-ce pas contradictoire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le Baath est parvenu \u00e0 briser le lien entre la Syrie et l\u2019imp\u00e9rialisme. Hafez el-Assad a d\u00e9fendu cet acquis. \u00c7a, c\u2019est progressiste ! En effet, quand votre pays est sous la coupe des puissances imp\u00e9rialistes, les multinationales pillent les\u00a0 mati\u00e8res premi\u00e8res et exploitent la main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9. Seule une petite minorit\u00e9 locale profite de cela, la classe compradore qui s\u2019enrichit en faisant de l\u2019import et de l\u2019export mais n\u2019apporte rien \u00e0 l\u2019\u00e9conomie nationale. Par contre, quand vous parvenez \u00e0 lib\u00e9rer votre pays de la domination imp\u00e9rialiste, vous avez acc\u00e8s aux revenus nationaux et vous pouvez les utiliser pour d\u00e9velopper votre pays. C\u2019est ce que Hafez el-Assad a fait en Syrie. Il a utilis\u00e9 les richesses du pays pour d\u00e9velopper la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation, les infrastructures, etc. Cela a profit\u00e9 \u00e0 une grande partie de la population. Des gens qui n\u2019auraient jamais eu la chance de suivre un programme d\u2019\u00e9ducation ont pu aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Se lib\u00e9rer de la domination imp\u00e9rialiste est la premi\u00e8re chose \u00e0 faire si vous voulez engager votre pays sur une voie progressiste.<\/p>\n<p>En fait, s\u2019opposer \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme vous renforce d\u2019une triple mani\u00e8re : 1. Sur le plan \u00e9conomique, vous \u00eates d\u00e9connect\u00e9 du syst\u00e8me de pillage par les multinationales, 2. Sur le plan politique, vous \u00eates souverain, vous ne laissez pas d\u2019autres gouvernements prendre les d\u00e9cisions \u00e0 votre place, 3. Sur le plan international, vous \u00eates libre d\u2019adopter une position progressiste m\u00eame si l\u2019on a vu parfois des pays qui n\u2019\u00e9taient pas des n\u00e9ocolonies collaborer avec les imp\u00e9rialistes pour ne pas se trouver isol\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Certes, la Syrie a enregistr\u00e9 des avanc\u00e9es sociales importantes. Mais la situation \u00e9conomique s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e. Le socialisme arabe est-il fiable<\/strong>\u00a0?<\/p>\n<p>Hafez el-Assad avait ses propres limites. Voyons d\u2019abord celles sur le plan id\u00e9ologique. Les p\u00e8res fondateurs du Baath \u00e9taient issus de la petite-bourgeoisie citadine. Ils avaient suivi des \u00e9tudes universitaires et \u00e9taient en mesure de d\u00e9velopper des th\u00e9ories politiques. En 1964, ils furent \u00e9cart\u00e9s par les radicaux du Baath qui ont men\u00e9 un programme socialiste. Mais quand Hafez el-Assad a pris le pouvoir, il a choisi une ligne plus pragmatique pour stabiliser le pays. Par exemple, il ne s\u2019est pas lanc\u00e9 directement dans l\u2019\u00e9limination de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, car cela aurait principalement nui aux int\u00e9r\u00eats de la bourgeoisie sunnite qui serait tomb\u00e9e dans les bras des Fr\u00e8res musulmans. Cependant, l\u2019\u00c9tat a continu\u00e9 \u00e0 tenir les r\u00eanes de l\u2019\u00e9conomie. On peut donc parler en Syrie d\u2019une bourgeoisie d\u2019\u00c9tat avec diff\u00e9rentes alliances. La classe exploit\u00e9e avait ainsi nou\u00e9 une alliance avec Assad, car \u00e0 travers l\u2019\u00c9tat, elle jouissait d\u2019une s\u00e9rie d\u2019avantages. Un arrangement avait \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pass\u00e9 avec certains segments de la bourgeoisie qui voulaient d\u00e9velopper des industries en b\u00e9n\u00e9ficiant de subsides publics.<\/p>\n<p>Mais Hafez el-Assad n\u2019avait pas reni\u00e9 pour autant l\u2019h\u00e9ritage id\u00e9ologique du Baath et avait poursuivi le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement esquiss\u00e9 par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs qui visait \u00e0 1. Atteindre l\u2019autosuffisance alimentaire, 2. Approvisionner l\u2019industrie nationale en mati\u00e8re premi\u00e8re, 3. D\u00e9gager un surplus agricole dont l\u2019exportation aurait permis de financer le d\u00e9veloppement des industries et des infrastructures. Toute une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements a cependant emp\u00each\u00e9 la bonne r\u00e9alisation de ce plan. Notons les crises politiques internes et externes, les sanctions \u00e9conomiques ou bien encore la suppression de l\u2019aide financi\u00e8re qui lui \u00e9tait attribu\u00e9e par les monarchies du Golfe pour son r\u00f4le de leader du \u00ab\u00a0Front de la r\u00e9sistance et de la fermet\u00e9\u00a0\u00bb face \u00e0 Isra\u00ebl.<\/p>\n<p><strong>Comment Hafez el-Assad a-t-il surmont\u00e9 ces probl\u00e8mes \u00e9conomiques\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Difficilement. L\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus marquants est sans doute la loi de 1991 dite de \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisation \u00e9conomique\u00a0\u00bb. Comme nous l\u2019avons vu, le secteur priv\u00e9 n\u2019avait pas disparu, mais il restait cantonn\u00e9 \u00e0 des petites entreprises et n\u2019avait pas acc\u00e8s aux secteurs strat\u00e9giques qui restaient aux mains de l\u2019\u00c9tat. Dans les ann\u00e9es 90 par contre, des mesures d\u2019assouplissement sont prises dans le but d\u2019inciter les investissements priv\u00e9s pour finalement relancer la machine \u00e9conomique.<\/p>\n<p><strong>Ces mesures ont-elles \u00e9t\u00e9 fructueuses\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Oui et non. Tout d\u2019abord, les investissements restaient modestes, car la bureaucratie syrienne n\u2019\u00e9tait pas des plus adapt\u00e9es pour ce type d\u2019entreprises. Par ailleurs, le secteur agricole n\u2019\u00e9tait pas \u00e9pargn\u00e9 par cette vague de privatisation \u00ab\u00a0contr\u00f4l\u00e9e et graduelle\u00a0\u00bb. Le secteur priv\u00e9 fut ainsi autoris\u00e9 \u00e0 importer et commercialiser des moyens de production agricole. Il pouvait en outre cr\u00e9er de grandes exploitations irrigu\u00e9es. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00c9tat mettait un terme \u00e0 toute une s\u00e9rie de subventions agricoles qu\u2019il compensait par une augmentation des prix garantis sur certains produits strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Ces mesures ont eu des effets particuliers, b\u00e9n\u00e9fiques sur le court terme, mais catastrophiques \u00e0 moyen terme. Dans un premier temps, on a assist\u00e9 \u00e0 une forte augmentation des terres irrigu\u00e9es. Mais cette augmentation n\u2019\u00e9tait pas contr\u00f4l\u00e9e. Elle r\u00e9sultait de puits ill\u00e9gaux, for\u00e9s par des particuliers qui voulaient profiter de la politique incitative du gouvernement en augmentant leur production. En cons\u00e9quence, la Syrie atteignit l\u2019autosuffisance alimentaire en 1991 et sa balance commerciale alimentaire devint m\u00eame exc\u00e9dentaire en 2000. Mais ces bons r\u00e9sultats furent r\u00e9alis\u00e9s au prix d\u2019une surexploitation des ressources en eau.<\/p>\n<p><strong>Cela explique-t-il pourquoi les s\u00e9cheresses \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition entre 2006 et 2010 ont eu autant d\u2019impact\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Exactement. En 2008, pour la premi\u00e8re fois, la Syrie devait compter sur une aide alimentaire internationale. J\u2019en reviens \u00e0 mon fil rouge, la classe paysanne. Il n\u2019est pas \u00e9tonnant que les dirigeants syriens aient d\u00fb affronter l\u2019un des plus importants mouvements de r\u00e9volte de leur histoire alors que le secteur agricole \u00e9tait gravement touch\u00e9. Nous avons vu \u00e0 quel point le soutien des campagnes \u00e9tait important pour le Baath. D\u2019ailleurs, les premiers soul\u00e8vements de 2011 ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s dans les r\u00e9gions agricoles les plus s\u00e9v\u00e8rement touch\u00e9es \u00e9conomiquement par les s\u00e9cheresses. Deraa \u00e9tait en effet une ville qui a accueilli de nombreux r\u00e9fugi\u00e9s venus des campagnes arides.<\/p>\n<p><strong>Il y avait les s\u00e9cheresses, mais aussi les r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales d\u00e9cid\u00e9es dans le courant des ann\u00e9es 2000. Comment expliquer ce revirement du Baath\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs raisons. Tout d\u2019abord, la Syrie a connu une importante croissance d\u00e9mographique d\u2019environ 2,6\u00a0% par an entre 1994 et 2004. C\u2019\u00e9tait trop pour le pacte social \u00e9tabli par Hafez el-Assad. Le secteur public ne pouvait plus garantir un emploi \u00e0 ces jeunes beaucoup trop nombreux qui sortaient des \u00e9tudes. De plus, confront\u00e9 \u00e0 une baisse de la rente p\u00e9troli\u00e8re et \u00e0 des sanctions \u00e9conomiques, le gouvernement avait de plus en plus de mal \u00e0 assumer sa politique de redistribution envers une population sans cesse croissante.<\/p>\n<p>Ensuite, comme n\u2019importe quel parti politique, le Baath est travers\u00e9 par diff\u00e9rentes tendances. Son aile droite, compos\u00e9e en grande partie par les bourgeoisies rurale et compradore, a gagn\u00e9 en puissance au fil des privatisations et a pouss\u00e9 le gouvernement \u00e0 adopter des r\u00e9formes n\u00e9olib\u00e9rales.<\/p>\n<p><strong>Quels ont \u00e9t\u00e9 les effets de ces r\u00e9formes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La Syrie est entr\u00e9e dans la Zone Arabe de Libre-\u00e9change et a nou\u00e9 des accords avec la Turquie qui faisaient tomber les barri\u00e8res douani\u00e8res protectionnistes instaur\u00e9es de longue date dans le pays. Mais beaucoup d\u2019entreprises syriennes n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 cela. Elles ont subi lourdement la concurrence de leurs voisins si bien que les conditions de travail des ouvriers se sont d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es et que le ch\u00f4mage a consid\u00e9rablement augment\u00e9. Qui a profit\u00e9 de cela\u00a0? La bourgeoisie compradore qui importait des produits \u00e9trangers, principalement de Turquie.<\/p>\n<p>Une nouvelle loi sur les relations agraires a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e. L\u2019objectif \u00e9tait d\u2019encourager les propri\u00e9taires terriens \u00e0 investir davantage dans leurs exploitations. La loi leur permettait ainsi de mettre fin aux anciens contrats de m\u00e9tayage pour introduire des contrats \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e. De nombreux m\u00e9tayers ont alors \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s et les conditions de travail des ouvriers agricoles se sont consid\u00e9rablement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es. Qui a profit\u00e9 de cela\u00a0? La bourgeoisie rurale.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cela, l\u2019\u00c9tat, n\u2019ayant plus les moyens de sa politique de\u00a0 redistribution, coupa certains subsides, notamment dans le secteur de la sant\u00e9. Les segments les plus fragiles de la population furent affect\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Dans les ann\u00e9es 2000, alors que ces r\u00e9formes \u00e9taient adopt\u00e9es, la Syrie connaissait pourtant une croissance \u00e9conomique record\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Oui, mais comme nous l\u2019avons vu, ces r\u00e9formes ont renforc\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments les moins progressistes de la soci\u00e9t\u00e9. La corruption, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente, s\u2019est \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9e au-del\u00e0 de l\u2019imaginable. Des soci\u00e9t\u00e9s holdings \u00e0 caract\u00e8re monopolistique sont apparues, dirig\u00e9es par des proches du gouvernement.<\/p>\n<p>Les r\u00e9formes auraient donc d\u00fb \u00eatre men\u00e9es diff\u00e9remment, car elles ont amen\u00e9 beaucoup de frustration. Certains ingr\u00e9dients ont manqu\u00e9 selon moi\u00a0: une bonne analyse de la soci\u00e9t\u00e9 syrienne comme pouvait l\u2019avoir Hafez el-Assad, la concertation de toutes les classes sociales, des discussions plus transparentes au sein du Baath et entre les travailleurs ou encore la mobilisation des jeunes.<\/p>\n<p>Ces ann\u00e9es marqu\u00e9es par les r\u00e9formes \u00e9conomiques ont \u00e9galement fait sortir la Syrie de son isolement. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Bachar el-Assad \u00e9tait invit\u00e9 par Sarkozy au d\u00e9fil\u00e9 du 14 juillet, l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il d\u00eenait avec le couple Kerry dans un restaurant \u00e0 Damas, l\u2019\u00e9poque o\u00f9 son \u00e9pouse faisait du shopping \u00e0 Doha\u2026 Les choses ont bien chang\u00e9 depuis\u00a0!<\/p>\n<p>Les puissances imp\u00e9rialistes \u00e9taient favorables aux r\u00e9formes \u00e9conomiques. Elles esp\u00e9raient que le Baath s\u2019autod\u00e9truirait de la sorte et que le multipartisme serait introduit en Syrie. Il y a d\u2019ailleurs eu un d\u00e9but d\u2019ouverture politique avec la cr\u00e9ation de partis d\u2019opposition locaux. Dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, des organisations ont vu le jour. Mais elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9es par les organisations financ\u00e9es par les puissances \u00e9trang\u00e8res comme la Friedrich Ebert Stiftung du nom du Premier ministre allemand qui massacra la r\u00e9volte populaire de 1919 et fit assassiner les dirigeants de la gauche r\u00e9volutionnaire. Les imp\u00e9rialistes proc\u00e8dent de la sorte. En pr\u00e9textant de promouvoir la d\u00e9mocratie, ils installent leurs propres think tanks.<\/p>\n<p><strong>Quel est l\u2019objectif\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019ouverture politique et la promotion de la d\u00e9mocratie ne sont que des couvertures. Le v\u00e9ritable objectif est de permettre aux multinationales de venir et de piller librement les richesses du pays. Voil\u00e0 l\u2019ouverture que souhaitent les imp\u00e9rialistes. Ils ne sont pas int\u00e9ress\u00e9s par la cause du peuple syrien ni par la d\u00e9mocratie. Quand leurs multinationales peuvent profiter tranquillement des richesses d\u2019une dictature comme l\u2019\u00c9thiopie ou l\u2019Arabie saoudite, les imp\u00e9rialistes n\u2019ont plus aucun probl\u00e8me avec la question des droits de l\u2019homme. L\u2019ouverture souhait\u00e9e est donc \u00e9conomique avant tout. En Syrie, il s\u2019agit d\u2019\u00e9carter ceux qui d\u00e9fendent une \u00e9conomie nationale pour faire de la Syrie une n\u00e9ocolonie.<\/p>\n<p><strong>Mais en Syrie, cela n\u2019a pas fonctionn\u00e9. Pourquoi\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Les imp\u00e9rialistes avaient pourtant beaucoup d\u2019espoir en Bachar el-Assad. Ce dernier n\u2019\u00e9tait pas vraiment destin\u00e9 \u00e0 diriger le pays. Hafez avait pr\u00e9par\u00e9 son fils a\u00een\u00e9, Bassel, \u00e0 lui succ\u00e9der. Il y a clairement une forme de n\u00e9potisme qui ne correspond pas trop \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie socialiste revendiqu\u00e9e par le gouvernement syrien. Sans doute Hafez voulait-il continuer \u00e0 faire passer ses id\u00e9es \u00e0 travers son fils. Certains avancent \u00e9galement que les cadres du Baath souhaitaient que la pr\u00e9sidence reste aux mains de la famille Assad, car Hafez \u00e9tait parvenu \u00e0 \u00e9tablir des relations \u00e9quilibr\u00e9es, notamment entre les clans. Ils craignaient d\u00e8s lors qu\u2019avec un autre dirigeant, les rivalit\u00e9s reviennent \u00e0 la surface et plongent le pays dans l\u2019instabilit\u00e9. Toujours est-il que, cons\u00e9quence inattendue de l\u2019Histoire, Bassel est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans un accident de voiture.<\/p>\n<p>C\u2019est Bachar qui a donc \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 pour succ\u00e9der \u00e0 son p\u00e8re alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas destin\u00e9 \u00e0 cela. Contrairement \u00e0 certains cadres du Bath, il ne vient pas de cette g\u00e9n\u00e9ration issue des milieux ruraux qui a connu la souffrance. Bachar a plut\u00f4t re\u00e7u une \u00e9ducation occidentale. Il a notamment suivi des \u00e9tudes en ophtalmologie \u00e0 Londres. Aussi, lorsqu\u2019il est arriv\u00e9 au pouvoir, les imp\u00e9rialistes se sont dit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est notre fils\u00a0! Utilisons-le pour r\u00e9former le pays. Nous allons faire de Bachar le Gorbatchev de la Syrie.\u00a0\u00bb Mais les r\u00e9formes n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 aussi loin qu\u2019ils l\u2019esp\u00e9raient.<\/p>\n<p><strong>Les r\u00e9formes ont tout de m\u00eame \u00e9t\u00e9 assez loin pour faire descendre les Syriens dans la rue. C\u2019est bien le fond du probl\u00e8me\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Selon moi, la r\u00e9forme est probl\u00e9matique. Si les r\u00e9formes \u00e9conomiques b\u00e9n\u00e9ficient \u00e0 ceux qui veulent privatiser l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat, si elles r\u00e9duisent les aides aux plus d\u00e9munis et si elles renforcent les classes sociales qui sont alli\u00e9es aux imp\u00e9rialistes, alors, elles portent l\u2019effet inverse d\u2019une lib\u00e9ration nationale. Nous avons vu comment le Baath et Hafez el-Assad \u00e9taient parvenus \u00e0 d\u00e9livrer la Syrie des cha\u00eenes de l\u2019imp\u00e9rialisme. Mais avec ces mesures n\u00e9olib\u00e9rales, c\u2019est tout l\u2019inverse qui s\u2019est profil\u00e9.<\/p>\n<p>De plus, le processus des r\u00e9formes a mis un terme aux d\u00e9bats, aux discussions, aux critiques et contre-critiques. Il a immobilis\u00e9 le parti Baath et ses nombreux militants dans l\u2019abattement. En th\u00e9orie, ce devait \u00eatre un parti d\u2019avant-garde qui repr\u00e9senterait les forces populaires. Mais il n\u2019a plus eu les capacit\u00e9s suffisantes pour jouer ce r\u00f4le, engendrant nihilisme et frustration.<\/p>\n<p><strong>Les discussions \u00e9taient-elles plus ouvertes par le pass\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Par le pass\u00e9, il y avait des d\u00e9bats et le parti Baath aurait \u00e9t\u00e9 en mesure de r\u00e9gler ce probl\u00e8me de d\u00e9mobilisation. Hafez el-Assad jouissait de l\u2019image d\u2019un grand dirigeant qui avait transform\u00e9 un pays faible en un pays fort. Il avait une connaissance tr\u00e8s approfondie de la soci\u00e9t\u00e9 syrienne. Et, m\u00eame si ses trente ann\u00e9es de pr\u00e9sidence n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9es par quelques violents conflits, il savait comment n\u00e9gocier les contradictions, les r\u00e9duire plut\u00f4t que les alimenter. Mais les r\u00e9formes, au lieu de faire progresser la Syrie, ont jet\u00e9 du sel sur les blessures.<\/p>\n<p>C\u2019est comme \u00e7a que les premi\u00e8res protestations populaires ont \u00e9clat\u00e9. La moiti\u00e9 de la population a moins de trente ans. Beaucoup de jeunes demandaient de meilleures conditions de vie, notamment la possibilit\u00e9 de se marier et d\u2019acheter une maison. C\u2019est un probl\u00e8me lorsqu\u2019on a un dipl\u00f4me, mais pas de travail et que l\u2019on est oblig\u00e9 de continuer \u00e0 vivre aux crochets de ses parents. Nous avons d\u2019ailleurs constat\u00e9 le m\u00eame type de ph\u00e9nom\u00e8ne en Gr\u00e8ce, en Italie, au Portugal ou en Espagne. En Syrie, les premi\u00e8res contestations avaient d\u00e9j\u00e0 amen\u00e9 le gouvernement syrien \u00e0 faire marche arri\u00e8re, notamment sur la nouvelle loi des relations agraires. Malheureusement, et c\u2019est une trag\u00e9die pour le peuple syrien, la r\u00e9volte populaire a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9e.<\/p>\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n<p>Source: <a href=\"https:\/\/investigaction.net\/syrie-les-origines-du-conflit\/\">Investig\u2019Action<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019offensive surprise des rebelles syriens a renvers\u00e9 Bachar al-Assad apr\u00e8s un long conflit sanglant qui paraissait gel\u00e9. Politiques et m\u00e9dias occidentaux adoubent le nouvel homme fort de Damas, ancien responsable d\u2019Al-Qa\u00efda. 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