{"id":1318520,"date":"2021-03-14T13:27:26","date_gmt":"2021-03-14T13:27:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pressenza.com\/?p=1318520"},"modified":"2021-03-14T13:27:26","modified_gmt":"2021-03-14T13:27:26","slug":"sortir-de-la-violence-une-necessite-sociale-et-personnelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pressenza.com\/fr\/2021\/03\/sortir-de-la-violence-une-necessite-sociale-et-personnelle\/","title":{"rendered":"Sortir de la violence,  une n\u00e9cessit\u00e9 sociale  et personnelle"},"content":{"rendered":"<p><strong>Conf\u00e9rence \u00ab\u00a0<\/strong><strong>Sortir de la violence, <\/strong><strong>une n\u00e9cessit\u00e9 sociale <\/strong><strong>et personnelle\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Philippe Moal<\/p>\n<p>Observatoire de la non-violence<\/p>\n<p>Centre d\u2019\u00c9tudes Humanistes Noesis<\/p>\n<p>Universit\u00e9 de Zaragoza, Espagne<br \/>\nUniversit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience<\/p>\n<p>Si\u00e8ge de Calatayud\u00a0: 24 novembre 2020<\/p>\n<p>Si\u00e8ge de \u00c9PILA\u00a0: 2 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Bonjour, Tout d\u2019abord, j&rsquo;esp\u00e8re que vous allez bien ainsi que vos proches. Je remercie l\u2019Universit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience de Zaragoza, qui me donne cette opportunit\u00e9 de pr\u00e9senter cette conf\u00e9rence qui a pour titre \u201csortir de la violence, une n\u00e9cessit\u00e9 sociale et personnelle\u201d et qui est divis\u00e9e en quatre parties que vous pourrez ainsi visualiser en quatre fois si vous le souhaitez, \u00e9tant donn\u00e9 que sa dur\u00e9e est de soixante minutes.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord je ferai une rapide analyse de la situation sociale et personnelle actuelle qui montre la n\u00e9cessit\u00e9 de sortir de la violence, ce qui est s\u00fbrement \u00e9vident pour beaucoup. Dans la seconde partie, je pr\u00e9senterai mes sources de travail. Dans la troisi\u00e8me partie, nous verrons certaines difficult\u00e9s significatives qui emp\u00eachent de se lib\u00e9rer de la violence. Et enfin je proposerai quelques pistes d\u2019investigation ou de solutions pour r\u00e9sister \u00e0 la violence.<\/p>\n<p><strong>Analyse de la situation actuelle<\/strong><\/p>\n<p>Le mot n\u00e9cessit\u00e9 dans le titre est cl\u00e9. C&rsquo;est \u00e0 partir de la n\u00e9cessit\u00e9 que changent des conditions que l\u2019on veut modifier. La n\u00e9cessit\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 un puissant moteur de changements dans l&rsquo;histoire : pour abolir l\u2019esclavage, instaurer le droit de vote des femmes, installer la s\u00e9curit\u00e9 sociale pour tous, rejeter les dictatures\u2026 les exemples sont tr\u00e8s nombreux. Sans la n\u00e9cessit\u00e9 les choses continuent telles quelles. Concernant la violence elle ne va pas s&rsquo;arr\u00eater toute seule. L\u2019exp\u00e9rience nous montre au contraire que la violence entra\u00eene toujours plus de violence.<\/p>\n<p>Nous savons que pour certains la violence est une n\u00e9cessit\u00e9 pour arriver \u00e0 leurs fins : pour d\u00e9fendre des id\u00e9es, prot\u00e9ger ou acqu\u00e9rir des biens, mais aussi pour imposer des croyances ou encore pour revendiquer des valeurs individualistes. Pour eux la violence c\u2019est la solution et non pas un probl\u00e8me, et \u00e7a c&rsquo;est un probl\u00e8me !<\/p>\n<p>La n\u00e9cessit\u00e9 est le moteur qui permet d\u2019agir pour \u00e9radiquer la violence, sinon comme le disait l&rsquo;historien fran\u00e7ais Ren\u00e9 Girard dans son ouvrage \u00ab\u00a0La violence et le sacr\u00e9\u00a0\u00bb : \u00ab <em>Quand on laisse la violence se d\u00e9cha\u00eener, c\u2019est le hasard, en fin de compte, qui r\u00e8gle le conflit<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Nous sommes devant une n\u00e9cessit\u00e9 que nous ne pouvons laisser entre les mains du hasard. La plan\u00e8te se trouve dans un \u00e9tat d\u2019alt\u00e9ration aigu\u00eb o\u00f9 la violence peut exploser n\u2019importe o\u00f9, n\u2019importe quand et n\u2019importe comment.<\/p>\n<p>Sans m\u00eame avoir besoin d\u2019analyser pourquoi nous en sommes \u00e0 ce stade de violence, il est facile de constater que la soci\u00e9t\u00e9 actuelle est d\u00e9pass\u00e9e par la violence qu\u2019elle-m\u00eame a g\u00e9n\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, en 1997, j\u2019ai eu le privil\u00e8ge d\u2019interviewer Ilya Prigogine qui fut Prix Nobel de Chimie. On parlait d\u00e9j\u00e0 d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 de mutation de la soci\u00e9t\u00e9, ce \u00e0 quoi il r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les mutations sont toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es par des fluctuations\u00a0qui indiquent la complexit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes<\/em> \u00bb. Plus de complexit\u00e9 (aujourd&rsquo;hui) = plus de fluctuations (aujourd&rsquo;hui).<\/p>\n<p>Nous vivons actuellement ces fluctuations, avec des secousses&#8230; Dans notre propre maison, avec l&rsquo;arriv\u00e9e de la robotique dans le monde du travail, avec la vision \u00e0 court terme des dirigeants politiques, avec le fanatisme religieux r\u00e9current, avec la violence sexuelle qui se manifeste enfin au grand jour, avec la discrimination raciale qui se r\u00e9p\u00e8te inlassablement, et pour faciliter les choses la crise sanitaire et \u00e9cologique qui nous tombe dessus.<\/p>\n<p>Pour sortir de la violence, il y a beaucoup \u00e0 faire, voyons quelques n\u00e9cessit\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Nous ne pouvons laisser la violence se normaliser au point de ne plus la voir, si ce n\u2019est la voir comme normale.<\/li>\n<li>Nous devons d\u00e9samorcer les pr\u00e9jug\u00e9s, tr\u00e8s r\u00e9pandus aujourd\u2019hui dans la soci\u00e9t\u00e9, qui s\u2019appuient sur des valeurs qui perp\u00e9tuent la violence sous pr\u00e9texte que c\u2019est la tradition ou que \u00e7a a toujours \u00e9t\u00e9 comme cela ou encore que c\u2019est notre nature.<\/li>\n<li>Nous devons ramener \u00e0 la raison ceux qui utilisent la violence pour r\u00e9pondre \u00e0 la violence. M\u00eame les meilleures causes si elles prennent ce chemin sont des causes perdues.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Rien ne peut justifier le recours \u00e0 la violence. Pour Isaac Asimov, le ma\u00eetre de l\u2019imagination : \u00ab <em>La violence est le refuge de l\u2019incomp\u00e9tence<\/em> \u00bb. Je recommande dans cet esprit la lecture du \u00ab\u00a0<u>Discours de la servitude volontaire<\/u>\u00a0\u00bb, du jeune \u00c9tienne De La Bo\u00e9tie dont le pamphlet \u00e9crit il y a quasiment 500 ans est toujours d\u2019actualit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On ne peut ob\u00e9ir docilement \u00e0 la tyrannie des pouvoirs, quels qu\u2019ils soient<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le pouvoir de l\u2019argent s\u2019est impos\u00e9 au fil du temps et a renforc\u00e9 la l\u00e9gitimit\u00e9 de la violence en faisant le principal, voire l\u2019unique vrai pouvoir sur toute la plan\u00e8te, bien au-dessus de toutes les autres valeurs. L\u2019argent est devenu le mythe et le centre de gravit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous sommes dans une situation paradoxale dans laquelle tout le monde court apr\u00e8s l&rsquo;argent et tout le monde souffre \u00e0 cause de l&rsquo;argent\u00a0; les pauvres bien s\u00fbr, mais aussi les riches.<\/p>\n<p>De sorte que la violence \u00e9conomique est \u00e0 la source de toutes les autres formes de violence, qu&rsquo;elle soit physique, raciale, religieuse, sexuelle et psychologique (toutes li\u00e9es \u00e0 l\u2019argent) et aussi la violence institutionnelle &#8211; ou structurelle &#8211; avec laquelle l\u2019argent fait la loi.<\/p>\n<p>En 2019, des neuro-\u00e9conomistes de l\u2019Universit\u00e9 de Zurich publiaient l\u2019\u00e9tude intitul\u00e9e \u00ab <a href=\"https:\/\/neuro.santelog.com\/2019\/03\/22\/morale-ou-interet-comment-prenons-nous-nos-decisions\/\">Morale ou int\u00e9r\u00eat ? Comment prenons-nous nos d\u00e9cisions ?<\/a>\u2009\u00bb<\/p>\n<p>Leurs conclusions furent sans appel : \u00ab <em>La morale prime\u2026 tant qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019argent en jeu <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Sources de travail<\/strong><\/p>\n<p>Voyons maintenant dans la seconde partie sur quelle base j\u2019avance mes propos.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la violence que l\u2019on re\u00e7oit, nous pouvons y r\u00e9pondre par la violence, mais nous pouvons aussi y r\u00e9sister. M\u00eame si cela n\u2019est pas \u00e9vident, cette option existe toujours, car la violence et la non-violence sont les deux faces d\u2019une m\u00eame pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Quand il y a violence, il existe toujours la possibilit\u00e9 de la non-violence, mais nous n\u2019avons pas acquis cette gymnastique mentale, ce r\u00e9flexe qui consiste \u00e0 prendre en compte les deux aspects d\u2019un conflit. On peut m\u00eame dire que la plupart du temps la non-violence n\u2019existe pas, sans aucun doute parce que les fondements de la soci\u00e9t\u00e9 reposent pr\u00e9cis\u00e9ment sur la violence.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, personne n\u2019est d\u2019accord avec la violence, enfin la majorit\u00e9 des gens, mais quand on est en situation limite, on y a recours facilement. On la voit comme la solution qui va r\u00e9gler le probl\u00e8me d\u00e9finitivement\u2026 En principe, parce qu\u2019en fait si on rentre dans le jeu de la violence, \u00e7a ne s\u2019arr\u00eate jamais.<\/p>\n<p>Pour sortir des automatismes violents, des pr\u00e9jug\u00e9s et des a priori, il est n\u00e9cessaire de faire conna\u00eetre d\u00e8s l\u2019enfance, les fondements de la non-violence, ses m\u00e9thodologies d\u2019action, ses\u00a0principes, ses outils, les valeurs qu\u2019elle d\u00e9fend et celles qu\u2019elle rejette, et cela dans les coll\u00e8ges et les universit\u00e9s, mais aussi dans les familles.<\/p>\n<p>Nous sommes toujours face \u00e0 des choix, m\u00eame si nous ne les voyons pas. Pour Martin Luther King : \u00ab\u00a0<em>Il ne s&rsquo;agit pas de choisir entre la violence et la non-violence ; il s&rsquo;agit de choisir entre la non-violence et la non-existence<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pour Jean-Paul Sartre, sans le choix il n\u2019y a pas de libert\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre libres\u00a0<\/em>\u00bb, \u00e9crivait-il en 1946 dans <em>L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant<\/em>. Si tu ne peux choisir, tu n\u2019es pas libre\u00a0!<\/p>\n<p>Pour revenir \u00e0 Ilya Prigogine, il d\u00e9montra \u00e0 travers ses exp\u00e9riences en thermodynamique qu\u2019aucun ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, que rien n\u2019est certitude, que les options sont multiples en toute situation.<\/p>\n<p>Rien n\u2019est trac\u00e9 d\u2019avance et rien n\u2019est condamn\u00e9 \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter inexorablement, d\u2019ailleurs rien ne se r\u00e9p\u00e8te 2 fois de la m\u00eame fa\u00e7on m\u00eame si quelquefois on le souhaite. \u00ab\u00a0L\u2019unique chose permanente qui existe c\u2019est le changement permanent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La violence n\u2019est pas une fatalit\u00e9, m\u00eame si notre histoire en est charg\u00e9e. Cependant, de la m\u00eame fa\u00e7on que la violence n\u2019est pas naturelle chez l\u2019\u00eatre humain, comme nous le verrons dans la troisi\u00e8me partie, la non-violence ne l\u2019est pas non plus. Elle repose sur le choix, sur une intention et plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur l\u2019intervention de la conscience. C\u2019est par le contact avec la conscience qu\u2019existe le choix\u00a0de la non-violence.<\/p>\n<p>Le r\u00e8gne de l\u2019inconscient, omnipr\u00e9sent dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, \u00e0 tendance \u00e0 disqualifier le r\u00f4le de la conscience et \u00e0 confiner chaque personne dans une probl\u00e9matique personnelle, chacun face \u00e0 sa propre violence et \u00e0 celle du monde. Or, chacun peut v\u00e9rifier que sa violence personnelle d\u00e9pend de la violence sociale et peut constater que l\u2019inverse est vrai aussi.<\/p>\n<p>Est-il n\u00e9cessaire de rappeler que les racines de la violence se trouvent dans la soci\u00e9t\u00e9 avant d\u2019\u00eatre personnelles. Cependant, il y a n\u00e9cessit\u00e9 de travailler simultan\u00e9ment entre faire le m\u00e9nage dans sa propre maison, c\u2019est-\u00e0-dire en soi-m\u00eame dans sa vie int\u00e9rieure, et agir, chacun selon ses possibilit\u00e9s, pour rejeter la violence install\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Je m\u2019appuie sur les travaux li\u00e9s \u00e0 la conscience active dont le pr\u00e9curseur du concept fut Franz Brentano. L\u2019un de ses \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9 de Vienne, Edmond Husserl fut le fondateur de la ph\u00e9nom\u00e9nologie bas\u00e9e sur l\u2019intentionnalit\u00e9 de la conscience. Un autre de ses \u00e9tudiants d\u00e9veloppa au m\u00eame moment le courant de l\u2019inconscient\u00a0: Sigmund Freud.<\/p>\n<p>Synth\u00e9tiquement, le grand apport que fit Freud \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 fut de montrer que les contenus du psychisme (nos probl\u00e8mes, nos peurs, nos angoisses, nos pulsions) sont actifs. L\u2019apport de Husserl fut de d\u00e9voiler que la conscience aussi est active.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, les deux \u00c9coles de pens\u00e9e entra\u00eenent des m\u00e9thodologies d\u2019investigation diff\u00e9rentes face \u00e0 la violence. Essentiellement je dirais que pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me, l\u2019une se tourne vers le pass\u00e9 et l\u2019autre s\u2019oriente davantage vers le futur \u00e0 partir du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Le grand pari des investigations sur la conscience est d\u2019\u00e9laborer de nouvelles images, de nouveaux paradigmes, de nouvelles configurations, d\u2019aider \u00e0 \u00e9laborer des projets qui transforment, de chercher \u00e0 accomplir ses aspirations. Le regard tourn\u00e9 vers l\u2019avenir conditionne le comportement d\u2019aujourd\u2019hui et contrebalance progressivement les traumatismes pass\u00e9s. La r\u00e9conciliation avec le pass\u00e9, par exemple, vise la r\u00e9habilitation pour demain.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable int\u00e9gration d\u2019exp\u00e9riences difficiles du pass\u00e9 se v\u00e9rifie dans la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9laborer des projets futurs concernant ces m\u00eames exp\u00e9riences douloureuses.<\/p>\n<p>Comme vous l\u2019avez compris, je suis proche de l\u2019\u00c9cole de la ph\u00e9nom\u00e9nologie, mais plus pr\u00e9cis\u00e9ment de celle qui s\u2019appuie sur le concept \u00ab\u00a0conscience-monde\u00a0\u00bb pour lequel il y a interaction permanente entre les deux.<\/p>\n<p>Le fondateur de ce concept, le penseur argentin Mario Rodriguez Cobos, d\u00e9nomm\u00e9 Silo, donna un pas de plus \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie pour laquelle le monde est \u00ab\u00a0donn\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 la conscience. Il avance qu\u2019elle vise de plus et essentiellement \u00e0 transformer le monde, y compris soi-m\u00eame puisque l\u2019on fait partie de ce monde.<\/p>\n<p>Tous les changements partent de nous, de notre conscience. Nos inventions, nos cr\u00e9ations, notre progr\u00e8s, mais aussi nos croyances, nos valeurs et nos pr\u00e9suppos\u00e9s partent de l\u00e0.<\/p>\n<p>Certes le milieu nous change sans m\u00eame que nous nous en rendions compte, mais nous pouvons aussi y intentionnaliser des changements, sans oublier de commencer par soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>La question de l&rsquo;intentionnalit\u00e9 humaine pose la question du \u00ab\u00a0Que faire dans la soci\u00e9t\u00e9 et dans sa vie personnelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La non-violence est une intentionnalit\u00e9, une direction, un choix, et c&rsquo;est agir pour une nouvelle culture humaine, car celle dans laquelle nous vivons n\u2019est pas achev\u00e9e, contrairement \u00e0 ce que disent certains \u00e9conomistes pour qui la loi du march\u00e9 est la panac\u00e9e.<\/p>\n<p>Comme le d\u00e9clarait le philosophe Paul Ricoeur en 1949\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La premi\u00e8re condition \u00e0 laquelle doit satisfaire une doctrine authentique de la non-violence est d\u2019avoir travers\u00e9 dans toute son \u00e9paisseur le monde de la violence\u00a0<\/em>\u00bb. Ce sera l\u2019objet de la troisi\u00e8me partie de la conf\u00e9rence. Nous verrons quelques difficult\u00e9s majeures qui nous emp\u00eachent de sortir de la violence.<\/p>\n<p><strong>Quelques difficult\u00e9s significatives<\/strong><\/p>\n<p>Pour commencer, \u00e9cartons tout de suite le pr\u00e9jug\u00e9 si courant aujourd\u2019hui qui dit que la violence est naturelle chez les \u00eatres humains.<\/p>\n<p>Nous savons maintenant qu\u2019il n\u2019existe en nous aucun g\u00e8ne de la violence. Celle-ci ne fait donc pas partie de notre nature, mais elle s\u2019apprend comme le d\u00e9clara l\u2019OMS en 2002, faisant suite \u00e0 la position de l\u2019UNESCO de 1989 dans le Manifeste de S\u00e9ville et de celle du courant humaniste de 1981. Et cela valid\u00e9 par les nombreuses investigations d\u2019\u00e9minents chercheurs tels le g\u00e9n\u00e9ticien fran\u00e7ais Axel Kahn ou le neurobiologiste allemand Joachim Bauer.<\/p>\n<p>Il ne faut cependant pas confondre agressivit\u00e9 et violence. L\u2019une est instinctive, l\u2019autre est le fruit d\u2019un conditionnement. L\u2019une est naturelle, l\u2019autre ne l\u2019est pas\u00a0; ce sont deux manifestations diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Certes, on a d\u00e9couvert chez l\u2019\u00eatre humain, ainsi que chez les animaux d\u2019ailleurs, un g\u00e8ne appel\u00e9 \u00ab\u00a0Monoamine oxydase\u00a0A\u00a0\u00bb qui peut rendre agressif lorsqu\u2019il y a danger, lorsqu\u2019il y a atteinte \u00e0 notre int\u00e9grit\u00e9 physique ou mentale. L\u2019agressivit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 l\u2019instinct de survie ou de conservation de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Ce premier pr\u00e9jug\u00e9 qui circule amplement qui dit que nous sommes violents par nature est li\u00e9 \u00e0 l\u2019ignorance ou \u00e0 la mauvaise foi et permet d\u2019ent\u00e9riner la violence, de la normaliser, de la l\u00e9gitimer et de l\u2019appliquer avec la conscience tranquille. Il en r\u00e9sulte\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Qu\u2019elle est si fr\u00e9quente qu\u2019elle est devenue normale,<\/li>\n<li>Que face aux situations violentes qui se r\u00e9p\u00e8tent, on s\u2019endurcit, on s\u2019anesth\u00e9sie,<\/li>\n<li>Que lorsque l\u2019on ne regarde pas les cons\u00e9quences violentes de ses actes on en devient complice,<\/li>\n<li>Que lorsque l\u2019on se sent impuissants devant la violence, il est fr\u00e9quent de regarder ailleurs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces situations et bien d\u2019autres conduisent \u00e0 une d\u00e9connexion de la violence comme une tentative d\u2019y \u00e9chapper, mais cela ne la r\u00e9sout pas \u00e9videmment.<\/p>\n<p>Le neurobiologiste Henri Laborit d\u00e9veloppait en 1976 dans son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9loge de la fuite\u00a0\u00bb cette question de la d\u00e9connexion comme l\u2019issue la plus fr\u00e9quente que nous adoptons face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 qui nous d\u00e9passe. Pour Laborit \u00ab\u00a0<em>la fuite n\u2019est pas une l\u00e2chet\u00e9, mais une r\u00e9ponse face \u00e0 ce qui est interdit, \u00e0 ce qui impossible, \u00e0 ce qui est dangereux<\/em>\u00a0\u00bb. Il faisait allusion au marin qui fuyait la temp\u00eate, non par crainte, mais par instinct de survie. On pourrait ajouter aujourd\u2019hui que c\u2019est le cas aussi face \u00e0 ce qui va trop vite et face \u00e0 ce qui devenu trop complexe.<\/p>\n<p>Cependant la fuite conduit graduellement \u00e0 une d\u00e9connexion de ses sentiments et de ses id\u00e9es, de soi-m\u00eame, et \u00e0 ne plus \u00e9prouver de compassion pour celui qui souffre.<\/p>\n<p>Une fa\u00e7on de compenser le malaise est de s\u2019oublier dans des activit\u00e9s sensorielles (les plaisirs) et imaginaires (les r\u00eaveries, les projets), ou de sombrer dans la nostalgie du temps pass\u00e9, mais aussi de s\u2019engouffrer dans la surconsommation pathologique, ou encore plonger fr\u00e9n\u00e9tiquement dans une activit\u00e9 pour oublier et s\u2019oublier\u2026 et ne parlons pas de l\u2019addiction \u00e0 l\u2019alcool ou aux amph\u00e9tamines.<\/p>\n<p>La d\u00e9connexion, qui semble \u00eatre devenue une valeur dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>emp\u00eache de voir la violence,<\/li>\n<li>emp\u00eache d\u2019agir pour l\u2019\u00e9radiquer,<\/li>\n<li>mais si permet aussi de tuer froidement, sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par ailleurs, dans un \u00e9tat d\u00e9connect\u00e9, on peut facilement ob\u00e9ir aveugl\u00e9ment \u00e0 des ordres et devenir tr\u00e8s violent, sans pour cela \u00eatre d\u2019accord avec elle. D\u00e9connect\u00e9 de soi, on ne me r\u00e9f\u00e8re plus \u00e0 ce que l\u2019on sent ni \u00e0 ce que l\u2019on pense\u00a0; on est totalement d\u00e9pendant de l\u2019ext\u00e9rieur,\u00a0soumis \u00e0 une autorit\u00e9, ou influenc\u00e9 par un groupe.<\/p>\n<p>La philosophe Hannah Arendt d\u00e9montra dans son \u00ab\u00a0Rapport sur la banalit\u00e9 du mal\u00a0\u00bb concernant le proc\u00e8s du nazi <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Eichmann_%C3%A0_J%C3%A9rusalem\">Eichmann<\/a> que n\u2019importe quelle personne peut sombrer dans la pire des violences en faisant reposer la responsabilit\u00e9 sur les autres.<\/p>\n<p>Ceux qui en subissent les cons\u00e9quences (par exemple par le viol, l\u2019assassinat ou la guerre), de fa\u00e7on compr\u00e9hensible, se d\u00e9connectent du monde, et sont comme obsessionn\u00e9s par les sc\u00e8nes traumatisantes qu\u2019ils ont v\u00e9cues. Parmi ceux qui arrivent \u00e0 en sortir, on a observ\u00e9 que g\u00e9n\u00e9ralement ils ont d\u00e9velopp\u00e9 une puissante d\u00e9marche int\u00e9rieure de r\u00e9conciliation et\/ou une implication personnelle dans la soci\u00e9t\u00e9 qui transcende le moi.<\/p>\n<p>Nombreuses sont les raisons valables pour fuir, pour se d\u00e9connecter de la r\u00e9alit\u00e9. Pr\u00e9cisons tout de m\u00eame que la fuite de la conscience est impossible, \u00e0 moins de s\u2019autod\u00e9truire.<\/p>\n<p>Parlons plut\u00f4t de \u00ab\u00a0conscience en fuite\u00a0\u00bb o\u00f9 tout devient imaginaire parce que tout se passe dans la t\u00eate, car en r\u00e9alit\u00e9 on ne fera rien pour changer la situation opprimante parce que la priorit\u00e9 c\u2019est d\u2019en fuir.<\/p>\n<p>Tout devient alors illusoire et se traduit en actes rituels pour donner un sens \u00e0 ce que l\u2019on fait. La communication et l\u2019intersubjectivit\u00e9 \u00e9videmment n\u2019existent plus. En d\u00e9finitive, la d\u00e9connexion \u00e0 la violence est une sorte d\u2019adaptation d\u00e9croissante au monde tel qu\u2019il est, une sorte de soumission aux conditions violentes du syst\u00e8me dans lequel on vit.<\/p>\n<p>Dans cet \u00e9tat de conscience en fuite l\u2019unique solution est le retour \u00e0 soi-m\u00eame, ce qui se comprend puisque l\u2019on \u00e9tait alors hors de soi. Il s\u2019agit de se rendre compte de soi-m\u00eame, de se reconna\u00eetre. Or, m\u00eame dans un \u00e9tat d\u00e9connect\u00e9, la conscience envoie des signes d\u2019alerte.<\/p>\n<p>La philosophe Simone Weil exprimait cette exp\u00e9rience ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La contradiction est ce qui arrache, tire l\u2019\u00e2me vers la lumi\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb. La contradiction est l\u2019indicateur qu\u2019il y a une discordance entre ce que je pense, ce que je sens et ce que je fais.<\/p>\n<p>Pour ne pas y rester enferm\u00e9 comme dans le cercle vicieux de la contradiction, il est recommandable de la voir comme un signal qu\u2019il faut modifier quelque chose en soi-m\u00eame\u00a0; autrement dit, la voir comme une aide.<\/p>\n<p>M\u00eame si ce n\u2019est pas simple parce que l\u2019on est absorb\u00e9 par le probl\u00e8me, la conscience nous envoie des signaux qu\u2019il est int\u00e9ressant d\u2019\u00e9couter comme le disait le neurologue Viktor Frankl : \u00ab <em>La libert\u00e9 de l\u2019homme consiste simplement, uniquement \u00e0 choisir entre deux possibilit\u00e9s\u00a0: \u00e9couter sa conscience ou ne pas tenir compte de ses avertissements\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>Combien de fois, alors que l\u2019on sent int\u00e9rieurement ou que l\u2019on entend sa voix int\u00e9rieure dire \u00ab\u00a0Ne fait pas cela, ne va pas par-l\u00e0, ne fais pas cela\u00a0\u00bb et le faire tout de m\u00eame, pour constater qu\u2019\u00e0 chaque fois nous aurions d\u00fb nous \u00e9couter.<\/em><\/p>\n<p>Il y a encore beaucoup \u00e0 dire sur les difficult\u00e9s qui nous emp\u00eachent de r\u00e9sister \u00e0 la violence. Terminons cette partie par la violence que l\u2019on g\u00e9n\u00e8re autour de soi.<\/p>\n<p>Avant tout, on doit admettre qu\u2019il est souvent difficile de reconna\u00eetre que l\u2019on a \u00e9t\u00e9 violent : \u00ab\u00a0ma violence est compr\u00e9hensible, elle est excusable, celle des autres est inadmissible\u00a0\u00bb. En d\u00e9finitive comme le disait Sartre \u00ab\u00a0<em>L\u2019enfer c\u2019est les autres<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On pense se lib\u00e9rer de sa propre violence en la projetant sur les autres alors que l\u2019on produit le contraire\u00a0; plus on la nie plus elle est pr\u00e9sente, plus elle p\u00e8se, plus elle alourdit sa fa\u00e7on de voir, de penser, de sentir et d\u2019agir. Ne dit-on pas quand on reconna\u00eet ses torts\u00a0: \u00ab\u00a0je me sens plus l\u00e9ger\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Reconna\u00eetre ses torts n\u2019est pas toujours facile, car les croyances, les id\u00e9es, les coutumes et les habitudes inculqu\u00e9es culturellement ne facilitent pas la t\u00e2che\u00a0: on peut croire que l\u2019on a bien fait par exemple\u00a0; \u2026 auquel cas on revient \u00e0 la question de l\u2019importance de l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Il est peut-\u00eatre utile de pr\u00e9ciser que toute violence que je condamne chez l\u2019autre existe aussi en moi\u00a0; c\u2019est d\u2019ailleurs la raison pour laquelle je la remarque et la condamne. Lorsqu\u2019une violence me touche, c\u2019est parce qu\u2019elle se trouve aussi quelque part en moi-m\u00eame et r\u00e9sonne comme un \u00e9cho, sinon, pourquoi r\u00e9agirais-je \u00e0 telle violence et non pas \u00e0 telle autre\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>L\u2019ennemi est en nous, pas en dehors<\/em>\u00a0\u00bb disait l\u2019un des pr\u00e9curseurs de la non-violence dans le monde occidental, Henry David Thoreau.<\/p>\n<p>Silo approfondit cette v\u00e9rit\u00e9 en disant \u00ab\u00a0<em>Tout monde auquel tu aspires, toute justice que tu r\u00e9clames, tout amour que tu recherches, tout \u00eatre humain que tu veux suivre ou d\u00e9truire est aussi en toi\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Lorsque j\u2019observe sans crainte la violence, \u00e0 commencer par celle qui est en moi, je m\u2019humanise. Le fait de me rendre compte de ma propre violence permet de la voir d\u2019un autre point de vue, de la d\u00e9mystifier et donc de pouvoir agir pour la contrecarrer.<\/p>\n<p><strong>Quelques pistes d\u2019investigation<\/strong><\/p>\n<p>Nous sommes entr\u00e9s dans la derni\u00e8re partie de la conf\u00e9rence avec ses pistes d\u2019investigation et de solution. \u00c9videmment on ne peut sortir de la violence lorsque l\u2019on y est d\u00e9connect\u00e9 parce que dans ce cas on ne la voit pas. Mais on ne peut en sortir non plus lorsque l\u2019on y est connect\u00e9 parce que dans ce cas on ne la voit pas non plus sinon que l\u2019on est pris par elle.<\/p>\n<p>L\u2019acte de prendre conscience de la violence est incontournable si nous voulons la rejeter, mais il y a plusieurs niveaux de profondeur dans le rejet de la violence. La commotion \u00e9motive et la r\u00e9flexion am\u00e8nent \u00e0 condamner la violence, \u00e0 s\u2019informer, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 chercher des solutions pour la rejeter.<\/p>\n<p>Cependant le rejet intellectuel et \u00e9motionnel de la violence peut \u00eatre al\u00e9atoire, variable, selon plusieurs facteurs et me faire relativiser, nuancer, minimiser, remettre \u00e0 plus tard, etc. selon mes int\u00e9r\u00eats, mes croyances, mes valeurs, mes humeurs du moment, etc.<\/p>\n<p>Mais lorsque le rejet est visc\u00e9ral, lorsque je ressens la violence jusque dans mes entrailles, pas seulement au niveau des id\u00e9es ou des \u00e9motions, il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9chappatoire possible, je suis pris au corps\u00a0; il est impossible de m\u2019y soustraire, la violence m\u2019est insupportable physiquement.<\/p>\n<p>Plus la violence entre profond\u00e9ment dans l\u2019intracorps, plus forte est la r\u00e9ponse de la conscience pour la rejeter. Plus un conflit s\u2019intensifie, plus je sens que l\u2019agresseur entre en moi. Il y a invasion. La sensation p\u00e9n\u00e8tre en moi de plus en plus profond\u00e9ment. Mon corps rejette la violence comme un poison, comme un intrus. Avant m\u00eame qu\u2019il y ait une notion morale, une m\u00e9canique instinctive me fait rejeter cette violence.<\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e9nologue hongrois Aurel Kolna\u00ef qui fut \u00e9l\u00e8ve de Husserl,\u00a0d\u00e9cris comment le d\u00e9go\u00fbt est associ\u00e9 \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de rejet, produisant une expulsion visc\u00e9rale d&rsquo;une sensation qui s\u2019est introduite dans le corps, dans son ouvrage : \u00ab\u00a0Les sentiments hostiles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il y a \u00e0 la fois un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9go\u00fbt visc\u00e9ral et de plus de r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019espace entre l\u2019objet de d\u00e9go\u00fbt et soi. La distance entre moi et l\u2019objet per\u00e7u se r\u00e9tr\u00e9cit.<\/p>\n<p>La sensation de rejet visc\u00e9ral fait que je ressens la violence que je donne comme si c\u2019\u00e9tait moi qui la recevais, je me rends compte du registre de la douleur et de la souffrance de l\u2019autre.<\/p>\n<p>L\u2019image de ce qu\u2019il vit agit sur mon propre corps\u00a0; je me mets \u00e0 sa place\u00a0et continuer \u00e0 \u00eatre violent devient impossible, \u00e0 moins de me d\u00e9connecter compl\u00e8tement de l\u2019autre comme nous l\u2019avons vu.<\/p>\n<p>On comprend facilement l\u2019int\u00e9r\u00eat que repr\u00e9sente le rejet visc\u00e9ral dans la soci\u00e9t\u00e9 et chacun peut observer ses propres r\u00e9actions \u00e0 la violence. Sont-elles \u00e9motionnelles, intellectuelles, visc\u00e9rales\u00a0? C\u2019est un terrain d\u2019investigation et d\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il est int\u00e9ressant de sonder.<\/p>\n<p>Dans son ouvrage \u00ab\u00a0Contributions \u00e0 la pens\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0Silo parle de configurations de conscience dans lesquelles tout type de violence provoquerait de la r\u00e9pugnance avec les corr\u00e9lats somatiques correspondants, qu\u2019une telle structuration non-violente de la conscience pourrait parvenir \u00e0 s\u2019installer dans les soci\u00e9t\u00e9s et serait une conqu\u00eate culturelle profonde, qu\u2019elle irait au-del\u00e0 des id\u00e9es et des \u00e9motions pour commencer \u00e0 faire partie de la trame psychosomatique et psychosociale de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 notre cas\u2026<\/p>\n<p>\u2026 Si je ne permets pas que la violence me touche, me p\u00e9n\u00e8tre, si je ne la laisse pas m\u2019atteindre, la fuyant comme la peste, je risque de finir par ne plus la voir. Je ne vais plus reconna\u00eetre ses manifestations, ni dans la soci\u00e9t\u00e9 ni dans mon entourage, ni celle qui m\u2019est propre.<\/p>\n<p>La question est donc comment me connecter \u00e0 la violence sans m\u2019y identifier, sans souffrir et sans me faire envahir par la violence ? Si je vois un enfant pleurer et que je me mets \u00e0 pleurer avec lui, cela ne va pas vraiment l\u2019aider.<\/p>\n<p>L\u2019option de laisser la violence m\u2019atteindre et me toucher au plus profond de mon corps, risque de m\u2019affecter, de me faire souffrir \u00e0 mon tour, voire m\u00eame de me faire r\u00e9agir violemment \u00e0 mon tour. A priori, ce choix est plus douloureux que d\u2019y \u00eatre indiff\u00e9rent, cependant c\u2019est le seul choix qui soit non inhumain, le seul qui me rende solidaire de l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019autre \u2013 qui est aussi la mienne \u2013, le seul choix qui me permet de faire preuve de compassion, de solidarit\u00e9 et de capter au plus t\u00f4t la violence lorsqu\u2019elle se manifeste et donc d\u2019agir au plus t\u00f4t pour l\u2019enrayer.<\/p>\n<p>Mais fais attention \u00e0 ne pas sombrer toi-m\u00eame dans la violence, avertissait Nietzsche : \u00ab <em>Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-m\u00eame\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Seul, un travail avec la conscience permet de se d\u00e9sidentifier d\u2019un conflit tout en y \u00e9tant connect\u00e9.<\/p>\n<p>On parle beaucoup aujourd\u2019hui de \u00ab\u00a0pleine conscience\u00a0\u00bb, mais je pr\u00e9f\u00e8re celui de \u00ab\u00a0conscience de soi\u00a0\u00bb pour la simple raison que la pleine consciente invite \u00e0 observer les objets de conscience et non pas la conscience elle-m\u00eame, et que celle-ci peut aussi \u00eatre pleine de mauvaises intentions.<\/p>\n<p>La \u00ab conscience de soi \u00bb est un regard sur sa propre conscience. \u00ab Je suis conscient que ma conscience est alt\u00e9r\u00e9e, ou en fuite, ou violente, ou mieux\u2026 inspir\u00e9e, ou charg\u00e9e de compassion\u2026 \u00bb.<\/p>\n<p>Les pratiques attentionnelles donnent la capacit\u00e9 de se rendre de compte de sa d\u00e9connexion, mais aussi de prendre conscience de l\u2019\u00e9tat inverse, c\u2019est-\u00e0-dire la surconnexion \u00e0 la violence, lorsque je suis \u00e0 fleur de peau, pris par la col\u00e8re, etc.\u00a0 Dans ce cas il s\u2019agit non pas de se connecter sinon de se d\u00e9connecter, de d\u00e9brancher.<\/p>\n<p>Il y a un peu plus de 200 ans, le philosophe Kant \u00e9crivait : \u00ab\u00a0<em>Le principe de l&rsquo;aperception est le plus \u00e9lev\u00e9 de toutes les connaissances humaines<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019aperception est un acte de la conscience qui va vers la perception. Habituellement l\u2019information entre de l\u2019ext\u00e9rieur vers la conscience. Avec l\u2019aperception c\u2019est l\u2019inverse, c\u2019est un acte de r\u00e9versibilit\u00e9. Avec l&rsquo;aperception, le point de r\u00e9f\u00e9rence est \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de soi et non \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. Cela permet de mettre une distance entre soi-m\u00eame et le monde, entre soi-m\u00eame et ses pens\u00e9es et ses \u00e9motions, entre soi-m\u00eame et ses croyances, ses jugements de valeur, ses a priori, entre soi-m\u00eame et ses peurs, ses frustrations, ses ressentiments, ses d\u00e9sirs de vengeance, c&rsquo;est-\u00e0-dire entre soi-m\u00eame et ce qui risque de se terminer par la violence et la destruction.<\/p>\n<p>Les travaux de r\u00e9versibilit\u00e9 de la conscience sont amplement expliqu\u00e9s dans l\u2019ouvrage \u00ab\u00a0Autolib\u00e9ration\u00a0\u00bb de Luis Ammann.<\/p>\n<p><strong>Conclusions<\/strong><\/p>\n<p>Dans la temp\u00eate qui se d\u00e9cha\u00eene partout sur la plan\u00e8te nous ressentons peut-\u00eatre que la travers\u00e9e du d\u00e9sert est longue, cependant t\u00e2chons de rester dans l\u2019\u0153il du cyclone et cherchons \u00e0\u00a0ne pas perdre la foi. Foi dans le sens confiance en soi, dans les autres et dans la vie en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Nous savons tous par exp\u00e9rience que lorsque nous avons la foi, nous avons une grande force. Nous avons \u00e9galement l&rsquo;exp\u00e9rience qu&rsquo;elle est variable et qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de la nourrir de pens\u00e9es et de projets positifs. La particularit\u00e9 de la foi est que nous pouvons d\u00e9cider d&rsquo;avoir la foi. Elle peut \u00eatre r\u00e9activ\u00e9e. C\u2019est n\u00e9cessaire lorsqu&rsquo;elle ne se manifeste plus.<\/p>\n<p>Je reviens au titre de cette conf\u00e9rence : \u00ab\u00a0Sortir de la violence, une n\u00e9cessit\u00e9 sociale et personnelle\u00a0\u00bb. Je ne peux d\u00e9cemment pas proposer des recettes miracles, d\u2019une part parce que la non-violence, fondamentalement n\u2019est pas un outil pour r\u00e9parer, m\u00eame si elle a recours \u00e0 des proc\u00e9d\u00e9s. Lanza Del Vasto, une autre figure de la non-violence, proche de Gandhi \u00e9crivait : \u00ab\u00a0<em>Est non-violent ce qui vise \u00e0 la conscience. La non-violence ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 une technique. Elle est avant toute chose une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre. Elle est finalement un acte de foi en la force de l\u2019esprit <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>En second lieu parce que le ph\u00e9nom\u00e8ne de la d\u00e9structuration de la soci\u00e9t\u00e9 nous d\u00e9passe. Ses fondements et piliers traditionnels sont largement r\u00e9fut\u00e9s, en grande partie \u00e0 cause de la violence de ses proc\u00e9dures.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, les \u00eatres humains \u2013 nous \u2013 en subissons les cons\u00e9quences de mani\u00e8re dramatique&#8230; mais nous pouvons \u00e9galement constater que quelque chose de positif se passe. Parall\u00e8lement \u00e0 un \u00ab\u00a0monde qui s&rsquo;effondre\u00a0\u00bb, un autre prend forme.<\/p>\n<p>Quelque chose s\u2019insinue \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des gens, sous forme d&rsquo;intuition, de sensibilit\u00e9, de r\u00e9flexion, de vision de la vie, de comportement avec les autres.<\/p>\n<p>Plus que jamais, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;apprendre \u00e0 se d\u00e9tendre, \u00e0 faire na\u00eetre de nouvelles exp\u00e9riences, parce que nous savons que les tensions prennent beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie. C&rsquo;est aussi un moment opportun pour m\u00e9diter afin de se r\u00e9concilier avec les erreurs d&rsquo;hier, mais surtout pour laisser venir \u00e0 nous de nouvelles images d&rsquo;un avenir meilleur. C&rsquo;est un bon moment pour donner le meilleur de soi-m\u00eame, pour traiter les autres comme on aimerait \u00eatre trait\u00e9, pour faire preuve de compassion, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, d&rsquo;amour&#8230; et de patience, en ce moment o\u00f9 la tendance est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;impatience. C&rsquo;est probablement le meilleur que l&rsquo;on puisse souhaiter et conseiller \u00e0 l&rsquo;heure actuelle.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que l\u2019humanit\u00e9 traverse un moment sombre\u2026 mais c\u2019est peut-\u00eatre la premi\u00e8re fois que nous le vivons tous simultan\u00e9ment sur la plan\u00e8te, alors au lieu de s\u2019entre-d\u00e9chirer, il est plus sage de s\u2019entraider les uns les autres, sans laisser de c\u00f4t\u00e9 les plus faibles et n\u00e9cessiteux.<\/p>\n<p>Je conclus en citant le po\u00e8te et philosophe chinois Fran\u00e7ois Cheng\u00a0par un extrait de son livre \u00ab\u00a0Cinq m\u00e9ditations sur la mort\u00a0\u00bb :<\/p>\n<p>\u00ab <em>Pour nous la vie n\u2019est nullement un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne au sein de l\u2019extraordinaire aventure de l\u2019univers. Nous ne nous accommodons pas de la vision selon laquelle l\u2019univers, n\u2019\u00e9tant que mati\u00e8re, se serait fait sans le savoir, ignorant de bout en bout, durant ces milliards d\u2019ann\u00e9es, sa propre existence. Tout en s\u2019ignorant lui-m\u00eame, il aurait \u00e9t\u00e9 capable d\u2019engendrer des \u00eatres conscients et agissants, lesquels, l\u2019espace d\u2019un laps de temps infime, l\u2019aurait vu, et su, et aim\u00e9, avant de bient\u00f4t dispara\u00eetre. Comme si tout cela n\u2019avait servi \u00e0 rien\u2026 Non d\u00e9cid\u00e9ment, nous nous inscrivons en faux contre ce nihilisme devenu aujourd\u2019hui lieu commun<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Je vous remercie pour votre \u00e9coute. Si vous souhaitez m&rsquo;envoyer des commentaires sur la conf\u00e9rence, des avis, des questions&#8230; n&rsquo;h\u00e9sitez pas \u00e0 m&rsquo;\u00e9crire \u00e0 l&rsquo;adresse suivante : pmoal2012@gmail.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence \u00ab\u00a0Sortir de la violence, une n\u00e9cessit\u00e9 sociale et personnelle\u00a0\u00bb Philippe Moal Observatoire de la non-violence Centre d\u2019\u00c9tudes Humanistes Noesis Universit\u00e9 de Zaragoza, Espagne Universit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience Si\u00e8ge de Calatayud\u00a0: 24 novembre 2020 Si\u00e8ge de \u00c9PILA\u00a0: 2 f\u00e9vrier 2021 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