Sans immigration, que deviendrait l’économie française ?
8 millions d’immigrés vivent en France en 2025. Ils représentent 11,6 % de la population. Ils travaillent, cotisent, consomment, créent des entreprises et participent au financement de la protection sociale. Mais combien rapportent-ils réellement à l’économie française ?
La question revient régulièrement dans le débat public. Certains présentent l’immigration principalement comme une dépense pour les finances publiques. D’autres mettent en avant sa contribution au marché du travail et à la croissance.
Les chiffres permettent de dépasser les slogans, à condition de ne pas fabriquer des chiffres qui n’existent pas.
8 millions d’immigrés en 2025
Selon l’Insee, 8,0 millions d’immigrés vivent en France en 2025, soit 11,6 % de la population.
Parmi eux, 2,6 millions ont acquis la nationalité française. La France compte par ailleurs 6,3 millions d’étrangers, soit 9,1 % de la population.
Cette distinction est essentielle : un immigré n’est pas nécessairement un étranger. Une personne née étrangère à l’étranger peut avoir obtenu ensuite la nationalité française.
Près de 30 millions de personnes travaillent en France
En 2025, 29,4 millions de personnes occupent un emploi en France, selon l’Insee. Le taux d’emploi des 15-64 ans atteint 69,3 %.
Les immigrés représentent une partie importante de cette population active.
Ils sont présents dans le bâtiment, la restauration, le nettoyage, les transports, la logistique, le commerce, l’industrie, les services à la personne, mais aussi dans l’informatique, la santé, l’enseignement, la recherche et les professions qualifiées.
L’Insee montre également que les immigrés arrivés récemment ne sont pas uniquement des travailleurs : parmi les personnes immigrées de plus de 15 ans entrées en France en 2024, 55 % étaient en emploi ou en études au début de 2025 : 33 % en emploi et 22 % en études.
Des cotisations sociales : un chiffre national, mais pas de ventilation par immigration
En 2025, les administrations publiques françaises ont perçu 446,3 milliards d’euros de cotisations sociales effectives.
Les cotisations sociales ont augmenté de 13,9 milliards d’euros, soit +3,2 % par rapport à 2024.
Il faut cependant être précis : les 446,3 milliards d’euros ne sont pas les cotisations des immigrés. C’est le montant total payé par l’ensemble des personnes et employeurs concernés.
Les statistiques nationales ne publient pas un montant 2025 permettant d’affirmer, par exemple, que « les immigrés ont versé X milliards d’euros de cotisations ».
Mais les immigrés qui travaillent légalement sont soumis aux mêmes mécanismes de cotisations sociales que les autres travailleurs.
Autrement dit, lorsqu’un salarié immigré travaille et reçoit un salaire déclaré, son activité contribue au financement de la Sécurité sociale.
Des impôts : 882 milliards d’euros de recettes publiques en 2025
En 2025, les administrations publiques ont perçu 882 milliards d’euros d’impôts.
Parmi ces recettes :
- 208,8 milliards d’euros de TVA ;
- 60,1 milliards d’euros d’impôts sur les salaires et la main-d’œuvre ;
- 365,7 milliards d’euros d’impôts courants sur le revenu et le patrimoine ;
- et d’autres impôts sur les produits, la production et le capital.
Là encore, ces montants concernent l’ensemble de l’économie française.
Il n’existe pas de tableau officiel permettant de dire précisément quelle part des 208,8 milliards de TVA, par exemple, a été payée par les immigrés.
En revanche, un immigré résident fiscal en France est soumis aux règles fiscales françaises comme les autres contribuables. Les revenus provenant notamment d’une activité exercée en France sont imposables selon les règles applicables à sa situation.
Et la consommation ?
La consommation est une autre contribution économique importante.
Lorsqu’une personne travaille et dépense son revenu en France, elle fait fonctionner des entreprises : logement, alimentation, transports, vêtements, télécommunications, loisirs, restaurants et services.
Une partie de ces dépenses génère notamment de la TVA.
En 2025, la TVA a rapporté 208,8 milliards d’euros aux administrations publiques.
Mais, là encore, il serait incorrect de dire que les immigrés ont payé une fraction précise de ces 208,8 milliards sans disposer d’une étude statistique spécifique.
Le bon raisonnement est donc : les immigrés participent à la consommation française et, lorsqu’ils consomment des biens et services taxés, ils participent également aux recettes fiscales correspondantes.
1,16 million d’entreprises créées en 2025
L’entrepreneuriat constitue un autre aspect souvent absent du débat.
En 2025, 1 165 800 entreprises ont été créées en France, un nouveau record, soit une progression de 5 % en un an.
Parmi elles, 758 500 sont des micro-entreprises.
Les statistiques nationales disponibles ne permettent toutefois pas d’attribuer un nombre précis de ces créations aux immigrés en 2025.
Il serait donc abusif d’affirmer que « X % des entreprises créées en 2025 sont immigrées » sans disposer d’une source spécifique.
Ce que l’on sait, en revanche, c’est que les immigrés sont bien présents parmi les travailleurs indépendants. Une étude de l’Insee publiée en 2025 montre notamment que les immigrés sont surreprésentés parmi certains indépendants économiquement dépendants d’une plateforme numérique. 29 % des indépendants dépendants d’une plateforme numérique sont immigrés.
Cela montre une présence importante de l’immigration dans certaines formes contemporaines de travail indépendant.
Santé : les immigrés ne représentent pas une facture séparée
La santé est souvent utilisée dans les débats sur le « coût » de l’immigration.
En 2024, dernière année disponible dans les comptes détaillés publiés en 2025, la consommation de soins et de biens médicaux atteignait 255 milliards d’euros.
Les administrations publiques — principalement la Sécurité sociale et l’État — en finançaient 202 milliards, soit 79,4 %.
En 2025, les dépenses de santé ont continué à progresser. Les dépenses publiques totales ont notamment augmenté, tandis que les remboursements de soins marchands ont progressé de 4,6 %.
Mais il n’existe pas de compte national 2025 disant : « les immigrés ont coûté X milliards d’euros en santé ».
Il faut également rappeler que l’accès aux soins dépend de la situation administrative, professionnelle et familiale et que les immigrés constituent une population très diverse en âge et en situation.
Les retraites : un système fondé sur les cotisations des actifs
Les retraites constituent un autre élément central.
En 2025, les dépenses de retraites, qui constituent le premier poste des prestations sociales, ont augmenté de 13,2 milliards d’euros, soit +3,3 %, pour atteindre environ 414 milliards d’euros.
Les travailleurs immigrés participent au financement du système lorsqu’ils cotisent.
Mais il serait également faux de prétendre que l’immigration « finance les retraites » à elle seule.
Le système français repose sur l’ensemble des cotisations et des mécanismes de solidarité. L’effet démographique de l’immigration dépend notamment de l’âge auquel les personnes arrivent en France, de leur taux d’emploi, de leur salaire et de leur durée de cotisation.
Ce que disent les travaux économiques sur les finances publiques
Le point le plus important est peut-être celui-ci : il n’existe pas une réponse universelle disant que chaque immigré rapporte ou coûte une somme identique à l’État.
L’OCDE explique que l’impact fiscal net des immigrés dépend notamment de leur situation sur le marché du travail et de leur niveau de salaire. Elle compare les impôts et cotisations versés avec les prestations et services publics reçus.
Une analyse du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan souligne également que les effets de l’immigration sur les finances publiques et la croissance dépendent de facteurs tels que l’emploi, l’âge et le niveau de qualification.
Il faut donc se méfier des affirmations du type « les immigrés coûtent X milliards » ou « les immigrés rapportent X milliards » lorsqu’elles ne précisent pas la méthode utilisée.
Ce que l’on peut affirmer avec les chiffres 2025
Les données disponibles permettent néanmoins d’établir plusieurs faits.
- 8 millions d’immigrés vivent en France en 2025.
- Ils représentent 11,6 % de la population française.
- 2,6 millions d’entre eux ont acquis la nationalité française.
- 29,4 millions de personnes occupent un emploi en France en 2025.
- Parmi les immigrés entrés en France en 2024 et âgés de plus de 15 ans, 33 % étaient en emploi au début de 2025 et 22 % étaient étudiants.
- Les administrations publiques ont encaissé 446,3 milliards d’euros de cotisations sociales effectives en 2025.
- Elles ont encaissé 882 milliards d’euros d’impôts en 2025.
- La TVA a rapporté 208,8 milliards d’euros en 2025.
- Les retraites ont représenté environ 414 milliards d’euros de dépenses en 2025.
- La France a enregistré 1 165 800 créations d’entreprises en 2025.
Ces chiffres ne signifient pas que l’intégralité de ces sommes provient des immigrés. Ils montrent plutôt l’environnement économique dans lequel les immigrés travaillent, cotisent et consomment.
Alors, que « rapportent » les immigrés ?
La réponse honnête est plus complexe qu’un chiffre unique.
Un immigré qui travaille légalement contribue à la production de biens et de services. Son salaire donne lieu à des cotisations sociales et éventuellement à de l’impôt sur le revenu. Sa consommation génère de la TVA et soutient l’activité des entreprises. S’il crée une entreprise, il peut également créer de l’activité, des revenus et des emplois.
En parallèle, comme tout résident, il peut utiliser les services publics : école, santé, transports, infrastructures et prestations sociales selon sa situation.
La contribution nette dépend donc de chaque parcours individuel.
Un jeune salarié qualifié qui arrive à 25 ans n’aura pas le même profil budgétaire qu’une personne âgée arrivée après sa vie active. Un étudiant n’aura pas le même profil qu’un salarié. Un entrepreneur n’aura pas le même profil qu’une personne sans emploi.
C’est pourquoi les analyses sérieuses raisonnent en moyenne et sur l’ensemble du cycle de vie plutôt qu’en utilisant un chiffre unique.
L’immigration fait partie de l’économie française
En 2025, la France compte 8 millions d’immigrés, près de 30 millions de personnes en emploi, plus de 1,16 million de créations d’entreprises, 446 milliards d’euros de cotisations sociales et 882 milliards d’euros d’impôts.
Il serait économiquement incorrect d’attribuer ces dernières sommes aux immigrés. Mais il serait tout aussi incorrect de considérer les immigrés uniquement comme une dépense publique.
Ils constituent une partie de la population active, produisent des biens et des services, consomment, entreprennent et contribuent au financement collectif.
La formule « sans immigration, l’économie française s’effondrerait » doit donc être comprise comme une interpellation, et non comme une prévision mathématique.
L’économie française pourrait s’adapter à une diminution de l’immigration par la formation, l’augmentation des salaires, l’automatisation ou une plus forte participation au marché du travail.
Mais cette adaptation ne serait pas neutre.
En 2025, l’immigration n’est plus une réalité extérieure à l’économie française : elle en constitue une composante structurelle.








