Le monde est sur le point d’assister à l’une des condamnations les plus inhabituelles et les plus inquiétantes de l’histoire récente pour les mouvements sociaux de défense de l’environnement ; Onze activistes de Greenpeace, originaires de différents pays, risquent en Espagne une peine sans précédent en Europe contre des militants écologistes : jusqu’à 5 ans de prison pour une action de protestation pacifique contre l’un des combustibles fossiles les plus nocifs pour la planète, le gaz fossile.

Le procès aura lieu le 23 septembre à Valence et, compte tenu des implications de l’affaire, en matière de liberté de réunion et de droit de manifester, Amnesty International y assistera en tant qu’observateur indépendant.

12 heures suspendu à une ancre

Les événements se sont déroulés dans le port de Sagunto, dans la province de Valence, en octobre 2021, lorsque notre plus grand navire de l’époque, l’Esperanza, est entré dans le port pour protester et tenter d’empêcher l’arrivée d’un gigantesque méthanier, le Merchant, en provenance des États-Unis et chargé de 138 000 mètres cubes de gaz fossile – l’équivalent d’environ 41 piscines olympiques remplies de méthane. De plus, ce gaz dangereux avait été extrait selon la technique de fracturation hydraulique, une des techniques les plus destructrices pour l’environnement.

Un de nos militants s’est enchaîné à l’ancre de l’Esperanza pour retarder l’expulsion le plus longtemps possible : il a tenu 12 heures. La Garde civile est montée à bord, a coupé les chaînes de l’ancre et nous a emmenés au port.

Maintenant, après des années de flou et d’incertitude, et onze personnes originaires de huit pays pourraient se retrouver en prison pour un prétendu délit de trouble à l’ordre public.

Acción Greenpeace: bloqueamos la planta de GAS del puerto de Sagunto, Valencia.

Protester, un droit et un devoir

À Greenpeace, nous ne nous souvenons pas d’une demande de peine semblable même si nous savons très bien ce que c’est que signifie subir des persécutions policières et judiciaires : depuis 2020, rien qu’en Espagne, plus de 30 militants ont été impliqués dans diverses poursuites pénales pour avoir participé à nos manifestations.

« Nous savons très bien ce que c’est que de subir des persécutions policières et judiciaires : depuis 2020, rien qu’en Espagne, plus de 30 militants ont été impliqués dans diverses poursuites pénales ».

À cela s’ajoutent les nombreuses amendes infligées à d’autres militants simplement pour avoir participé à des manifestations pacifiques. Nous nous attendions à ce que toutes les plaintes soient rejetées, étant donné que, comme Greenpeace le soutient depuis toujours, il s’agit d’actions non violentes menées dans le cadre de l’exercice légitime de notre droit constitutionnel et humain de manifester. De plus, face à la situation catastrophique actuelle, nous affirmons que manifester n’est pas seulement un droit, mais un devoir.

Greenpeace bloquea la planta de GAS del puerto de Sagunto, Valencia.

Le précédent de la Russie de Poutine

La dernière fois que des militants de Greenpeace ont été emprisonnés remonte à 2013, lorsque la Russie a détenu 30 militants pendant des mois dans une prison sibérienne après leur enlèvement en mer par par des forces russes. Curieusement, à cette occasion la manifestation était alors également contre les énergies fossiles.

Nous avons du mal à croire que le parquet ait requis une peine pareille contre des militants pacifiques, alors que des gouvernements et des entreprises multimilliardaires continuent de profiter de la destruction de l’environnement ; c’est un monde à l’envers : au lieu de poursuivre ceux qui nous poussent au bord du précipice climatique, on exige des peines exorbitantes contre ceux d’entre nous qui les dénoncent et les bloquent.

« Nous avons du mal à croire que le parquet ait requis une telle peine contre des militants pacifiques alors que des gouvernements et des entreprises multimilliardaires continuent de faire des profits au détriment de la destruction de l’environnement. »

Les compagnies pétrolières impunies contre Greenpeace

Dans les prochains jours, nous verrons comment le procès se déroule et quel en sera le verdict, mais le simple fait qu’il en soit arrivé à ce point est déjà alarmant. Les procès contre les militants écologistes se multiplient partout.

Dans notre cas, nous devons supporter les attaques juridiques de grandes compagnies pétrolières, telles que Eni, Shell, TotalEnergies ou Energy Transfer, qui utilisent sournoisement encore et encore tout leur appareil multimilliardaire d’avocats pour nous faire taire.

Et nous avons de la chance ! Dans de nombreux pays, la défense de l’environnement et du territoire se paie de la mort ou de la disparition : rien qu’en 2024, plus de 140 militants ont fini ainsi.

L’été que nous venons de vivre cette année ne peut nous laisser indifférents. Des milliers de personnes sont mortes à travers l’Europe à cause des vagues de chaleur. La Méditerranée a enregistré des températures sans précédent. De nombreuses infrastructures ont vu leur fonctionnement perturbé par ces températures record. Des milliers d’hectares de forêt ont brûlé, causant des dizaines de morts dans notre pays.

Ils sont en train de détruire notre foyer : le silence, l’indifférence ou la peur ne sont pas des options.

ILS NE NOUS FERONT PAS TAIRE !

 

Traduction : Ginette Baudelet