En cette période, nous nous interrogeons tous sur la manière dont l’irruption de l’intelligence artificielle dans nos vies va nous affecter. En tant qu’éditeur et auteur chez Pressenza, ces réflexions ont un lien direct avec ce que nous faisons, comment nous le faisons, et pourquoi nous le faisons.
Si les intérêts et les thèmes abordés par l’Agence nous unissent, l’approche et les points de vue peuvent nous différencier. Ces nuances se complètent, et cette accumulation d’erreurs affine notre vision d’ensemble, un peu comme le processus de polissage des lentilles des télescopes.
Nous affinons tous notre approche pour tenter d’observer avec une perspective humaniste et de communiquer en mettant l’accent sur la paix et la non-violence dans cette ère décisive de l’intelligence Artificielle.
Voilà pour cette description schématique de ce que nous faisons. Mais qu’en est-il de notre manière de le faire ?
Depuis les débuts, l’Agence s’efforce de dépasser l’autocensure tout en respectant les lois éthiques du journalisme. Sans rigidité, mais en œuvrant collectivement à des productions d’une qualité irréprochable.
Nous avons souvent dû échanger des idées avec les autres au sujet des contenus que nous traitions. S’ils étaient d’intérêt général, pour l’ensemble, si le thème méritait d’être publié, si le point de vue était adéquat, si les sources étaient suffisantes pour garantir la crédibilité, si c’était compréhensible pour tous. Ces échanges pouvaient donner lieu à des encouragements, des discussions, des débats, et des phases de révision ou de rejet.
Pressenza n’a pas su mettre en valeur le travail des artistes de l’image. Nos formats sont toujours restés très plats, et nous avons priorisé les concepts écrits ou oraux. Évoluer vers un usage croissant d’images générées par l’IA ne fera qu’accentuer cette brèche qui nous préoccupe déjà.
Nous avons souvent témoigné de la solitude qui nous habite parfois dans l’exercice de nos fonctions au sein de Pressenza. Il nous arrive souvent de nous éloigner de ce travail collectif, fait de créativité partagée et de réflexion visant le consensus. Nous prenons des décisions dans la précipitation, en nous appuyant sur nos précieux parcours. Mais qu’est-ce qui confère à un média son caractère distinctif ?
Ce qu’il y a de plus précieux dans les espaces créatifs, c’est cette capacité d’apprentissage, cet enthousiasme et cet élan collectif. La magie de Pressenza réside dans notre générosité, notre persévérance et la bienveillance de nos échanges. Cette atmosphère chaleureuse qui nous enveloppe ne saurait être confondue avec le biais de confirmation(*) tellement en vogue de nos jours, ni avec l’effet de bulle qui nous entoure.
En ces temps de déshumanisation croissante, l’essentiel est de persévérer dans les relations humaines et de les renforcer. Qu’elles soient directes ou médiatisées par la technologie, elles doivent rester d’humain à humain. Ce défi sera déterminant pour ce que nous faisons. Le pouls médiatique et communicationnel a perdu son rythme, son souffle. Tout évoque le grésillement de vieux routeurs ; tout ressemble à une vitrine de supermarché.
Restons fidèles à notre principe et à notre raison d’être. Je n’appelle pas à reproduire le passé, mais à faire en sorte que l’époque nouvelle intègre ce qui nous définit, et nous permette de croître sans limites.
(*) Le biais de confirmation, est un mécanisme cognitif qui consiste à privilégier les informations confirmant ses idées préconçues ou ses hypothèses. [Wikipedia].








