Je vous explique son procédé. L’erreur de départ de son raisonnement consiste à réduire la Terre et les sociétés humaines à un système thermodynamique fermé, mesuré uniquement en joules, en tonnes de CO2 et en kilowattheures. Ce qui amène mécaniquement à une conclusion forcée : si le problème n’est que quantitatif et énergétique, la solution ne peut être que quantitative et énergétique.
C’est un piège logique, une définition circulaire (tautologique). On définit le problème par des variables industrielles pour rendre incontournable une réponse industrielle (le nucléaire), en ignorant les aspects politiques, sociaux et biologiques.
Ensuite, il s’agit pour lui, par un artifice rhétorique classique, de minimiser les inconvénients de sa solution et de maximiser ceux des alternatives, et le tour est joué.
Vous comprenez pourquoi cette vision est aux antipodes de la vision humaniste de l’écologie. Le vivant n’apparaît dans ce raisonnement que comme une ressource à gérer ou une contrainte physique. Soulignons que l’humain fait partie du vivant. Et puis, ce n’est pas en sauvant le système industriel par une énergie décarbonée (le nucléaire) que l’on va résoudre l’effondrement de la biodiversité, la crise agricole ou la pénurie d’eau… sans parler des crises économiques, démocratiques et sociales.
En proposant de piloter la « décroissance subie ou choisie » par des tableurs Excel et des quotas énergétiques, son think tank (The Shift Project) applique la même logique de contrôle managérial que celle qui a détruit les écosystèmes.
En résumé, l’erreur fondamentale réside dans l’incapacité à voir que la crise actuelle n’est pas qu’une crise de l’énergie, mais une crise de notre relation à l’humanité, au vivant et au monde. Remplacer le pétrole par l’atome pour maintenir l’appareil productif et destructif mondial revient à soigner le symptôme (le carbone) en aggravant la maladie (la destruction industrialiste du vivant).








