Des informations ont circulé le jeudi 17 septembre concernant une étude en cours sur le développement de l’énergie nucléaire sur le site industriel de Chertal. Ce site se trouve à peine à 2 kilomètres de Herstal et à 8 kilomètres de Liège. Construire des centrales nucléaires est irresponsable, surtout à proximité d’une zone urbaine comptant des centaines de milliers d’habitants, d’autant plus qu’il existe des alternatives bien moins coûteuses, plus sûres et plus rapides à mettre en œuvre.
Manifestation à Herstal
Le samedi 19 septembre, une première manifestation symbolique a eu lieu, organisée par FANS-VAKS (Front d’Action Nucléaire Stop) et Les Amis de la Terre. À travers des banderoles, des drapeaux, des slogans, des chants et des tracts distribués au public, militants et riverains ont exprimé leur inquiétude face à ces projets. L’événement visait à affirmer qu’il existe des alternatives bien meilleures à l’énergie nucléaire. Les participants comprennent également difficilement comment il est possible d’imaginer qu’une politique énergétique rationnelle puisse continuer à dépendre du nucléaire. Leur revendication principale est la création d’emplois durables pour Chertal. L’alternative qu’ils proposent repose sur la sobriété énergétique, les énergies renouvelables et les énergies à impact climatique positif. Deux jours auparavant, des militants avaient déjà distribué 5 500 tracts dans des quartiers de Herstal pour informer la population des projets nucléaires en vue et des alternatives positives disponibles.

Le gouvernement fédéral au service du lobby nucléaire
Le gouvernement belge, dirigé par la N-VA et le MR, est déterminé à miser sur l’option nucléaire à tout prix. Au printemps, un accord de principe a été conclu pour examiner comment l’État belge pourrait reprendre l’ensemble des centrales nucléaires d’Engie. Des responsables politiques ultralibéraux et pro-nucléaires veulent imposer une nationalisation — mais une nationalisation de la misère liée à des installations vieillissantes, à des coûts élevés et avec des risques accrus. Nous l’avions souligné à l’époque : l’État capitaliste sert les profits du secteur nucléaire tout en faisant peser les risques et les coûts sur la population. Ces champions autoproclamés du libre marché se révèlent être les partisans d’une reprise en main publique de l’énergie nucléaire. Pourtant, Engie souhaite se retirer de l’exploitation nucléaire en raison de coûts et de risques excessifs. Alors, qui supportera désormais ces coûts et ces risques ? Précisément : vous et moi — avec des profits garantis pour l’industrie nucléaire privée (constructeurs de centrales, etc.) et des pertes prises en charge par la collectivité.
Parallèlement, ils élaborent une politique visant à construire de toutes nouvelles centrales nucléaires. Au début de l’année, il a été révélé que Tractebel avait réalisé, à la demande du gouvernement, une étude visant à identifier des sites appropriés en Belgique pour de nouvelles centrales. Déjà à ce stade, le site de Chertal avait été identifié comme un emplacement potentiel, aux côtés de celui de Doel.
Dans leur stratégie aveugle et dictée par l’idéologie, ils veulent lier la prolongation de la durée de vie des centrales existantes et la construction de nouvelles unités. Comme les procédures d’autorisation et de construction des centrales nucléaires prennent beaucoup de temps, ils sont déterminés à maintenir les vieux réacteurs en activité plus longtemps, quel qu’en soit le prix. Cela permettrait de préserver la part de marché du secteur nucléaire jusqu’à ce que de nouveaux réacteurs puissent remplacer (et potentiellement même accroître) les capacités actuelles.
Chertal : d’ancien site sidérurgique à nouveau pôle d’emplois durables
Herstal et ses environs ont durement souffert des fermetures industrielles. Le vaste complexe sidérurgique situé à Chertal a en effet fermé ses portes, entraînant la perte de milliers d’emplois, y compris au sein de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise. Les chômeurs de la région méritent la création d’emplois durables sur ce site sidérurgique désaffecté. Il est donc crucial d’aménager le terrain spécifiquement pour des activités génératrices d’emplois durables, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables et de l’économie circulaire.
À l’inverse, une centrale nucléaire génère des emplois à risque, tant pour les travailleurs que pour les riverains. Même en fonctionnement normal, toute centrale nucléaire émet des niveaux de radioactivité autorisés. Des études montrent que les travailleurs comme les habitants des environs courent un risque accru de développer un cancer. Sans parler des incidents et des accidents. Fukushima (Japon, 2011), Tchernobyl (Union soviétique, 1986), Harrisburg (États-Unis, 1979) et Windscale (Royaume-Uni, 1957) — ainsi que d’autres accidents majeurs — ne représentent que la partie émergée de l’iceberg au regard des nombreux accidents et incidents survenus. En cas d’accident majeur, les premiers décès surviennent au sein même de la centrale, suivis par ceux des riverains. Ce fut le cas tant à Tchernobyl qu’à Fukushima. Les chômeurs et les habitants de Herstal, Oupeye, Liège et de la région élargie méritent mieux.
Les centrales nucléaires sont coûteuses et dangereuses
Les centrales nucléaires sont dangereuses non seulement en raison du risque d’accident majeur ou de l’augmentation du risque de cancer pour les travailleurs et les riverains liée au fonctionnement normal, mais aussi pour d’autres raisons. Le problème des déchets reste sans solution. Une prétendue « solution » comme le stockage géologique en couche profonde laisse un héritage s’étendant sur plus de 10 000 générations.
Par ailleurs, chaque centrale nucléaire produit du combustible qui est — ou pourrait être — utilisé pour fabriquer des bombes nucléaires. De plus, toute centrale nucléaire constitue une cible extrêmement dangereuse pour les forces militaires et les terroristes (étatiques) ; après tout, une grande centrale nucléaire contient davantage de radioactivité que la plupart des bombes nucléaires. Si cette radioactivité venait à être libérée à la suite d’une attaque militaire « réussie », un pays comme la Belgique sombrerait dans un chaos total, ce qui constitue précisément l’objectif des forces assaillantes.
Par ailleurs, les centrales nucléaires sont extrêmement coûteuses. Elles ne soutiennent pas la comparaison avec des sources d’énergie renouvelable plus économiques. Cela reste vrai même lorsque l’on prend en compte les coûts systémiques associés à chaque type d’énergie, tels que les installations de secours pour le nucléaire et les solutions de stockage pour les renouvelables. De nombreux coûts liés à l’énergie nucléaire sont exclus de l’équation : la recherche (comme celle menée au SCK Mol), le coût total du démantèlement des réacteurs en fin de vie et la gestion des déchets. L’assurance contre les accidents est un autre facteur souvent négligé. Les polices d’assurance habitation classiques ne couvrent pas les propriétaires belges en cas d’accident nucléaire. De plus, les exploitants de centrales nucléaires souscrivent des assurances dont les montants sont dérisoires au regard d’une catastrophe majeure. En conséquence, ce sont les citoyens ordinaires qui doivent régler la note, en payant à la fois une électricité d’origine nucléaire plus chère et les conséquences d’un accident grave. Cette situation aggrave inévitablement la précarité énergétique et alourdit la charge financière pour tous, alors même qu’il existe des alternatives moins coûteuses.

L’énergie nucléaire menace la politique climatique
Le lobby du nucléaire a habilement exploité l’argument du changement climatique. Il soutient que l’énergie nucléaire n’émet pas de CO2 et contribue ainsi aux politiques de réduction des émissions de carbone. Toutefois, les partisans du nucléaire omettent de préciser que la chaîne d’approvisionnement nucléaire génère en réalité plus de CO2 que prétendu. Il faut en fait prendre en compte toutes les étapes du processus, y compris l’extraction – dont l’impact sur les populations locales exploitées n’est jamais pris en compte non plus – et l’enrichissement de l’uranium, activités très émettrices de CO2.
En outre, l’énergie nucléaire freine le développement et la production d’énergies renouvelables, plus sûres et moins coûteuses. Le nucléaire est plus onéreux ; chaque euro qui y est englouti pourrait servir à accroître la capacité et la production des énergies renouvelables. L’énergie nucléaire est également un mode de production rigide ; par conséquent, en cas de surplus d’énergie, ce sont les sources renouvelables qui sont bridées plutôt que les centrales nucléaires. Ce n’est pas un hasard si les entreprises gazières commencent à investir davantage dans le nucléaire. Après tout, comme la mise en service d’une centrale nucléaire prend beaucoup de temps, cela prolonge la période durant laquelle le gaz fossile peut être vendu.
Enfin, les rapports scientifiques de l’organisme des Nations unies chargé du climat (le GIEC) démontrent la nécessité d’une capture nette massive des gaz à effet de serre, suivie de leur utilisation ou de leur stockage. Un mix équilibré de diverses sources renouvelables permet d’y parvenir, contrairement à l’énergie nucléaire.
Petites centrales nucléaires : des problèmes encore plus importants
Les petits réacteurs modulaires (SMR) sont encore plus problématiques que les grands réacteurs, malgré toutes les affirmations et les mensonges prétendant le contraire, du moins lorsqu’on procède à une comparaison équitable. Un petit réacteur de 50 MW produira certes moins de déchets qu’un réacteur de 1 650 MW, mais il générera aussi 33 fois moins d’électricité. Une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) a examiné trois types différents de « petits » (ou qualifiés de tels) réacteurs. Elle a conclu que ces trois types de SMR produisent nettement plus de déchets — jusqu’à 35 fois plus — par mégawattheure (MWh) que leurs homologues de plus grande taille. Cela s’explique en partie par le fait que les SMR, précisément en raison de leur taille réduite, utilisent le combustible nucléaire de manière moins efficace. Par conséquent, la plupart des conceptions de SMR nécessitent un combustible nucléaire plus concentré et dangereux, ce qui génère davantage de déchets.
Ces déchets accroissent encore le risque de prolifération d’armes nucléaires. Chaque SMR contient ou produit des matériaux utilisables pour la fabrication de bombes atomiques. Ce danger est aggravé par le fait qu’un déploiement plus large de petits réacteurs nucléaires augmente la probabilité d’incidents tels que le vol de matières sur le site même de la centrale. Il en va de même pour la multiplication des transports de matières nucléaires à destination et en provenance du nombre accru de sites de centrales préconisé par le lobby nucléaire.
Petits réacteurs et microréacteurs à usage militaire
Le lobby du nucléaire militaire fait pression depuis longtemps pour le développement accru des SMR et des microréacteurs (jusqu’à 20 MWh, ou MMR). Les SMR sont déjà largement utilisés dans les porte-avions et les sous-marins, et l’on cherche à étendre cette utilisation face à la croissance de la flotte mondiale de tels navires. À titre d’exemple, dans les années 1970, l’Union soviétique utilisait, dans ses sous-marins de classe Alpha, un réacteur similaire à celui actuellement développé au SCK de Mol. Ces réacteurs ont été impliqués dans plusieurs accidents à l’époque.
La nouveauté réside toutefois dans la volonté du lobby du nucléaire militaire de promouvoir une nouvelle génération de microréacteurs. L’objectif ne se limite pas au développement de bombes nucléaires ; il s’agit également d’alimenter les vecteurs de ces armes — tels que les avions, les missiles de croisière et les torpilles — au moyen de microréacteurs, en remplacement des combustibles liquides ou solides.
La paix entre les peuples et la paix avec la nature
Si nous voulons une politique de paix efficace, bénéfique tant pour l’humanité que pour la nature, nous devons mettre fin au lien indéfectible entre énergie nucléaire et armes nucléaires. Nous devons donc privilégier une énergie 100 % renouvelable et une sortie complète du nucléaire, tout en menant une politique de paix active fondée sur la sécurité de tous les pays et de tous les peuples.
Nous tenons à vous inviter à participer à plusieurs événements à venir.
– Le prochain est la Journée de la paix, ce samedi 26 septembre. Un « die-in » (action symbolique consistant à s’allonger au sol) aura lieu à 11 h au Carrefour de l’Europe (Europaplein), devant la gare centrale de Bruxelles. Dans l’après-midi, un débat se tiendra au centre Garcia Lorca (Voldersstraat – rue des Foulons, 47 également à Bruxelles).
– Nous souhaitons aussi exprimer notre solidarité avec nos amis néerlandais de Zélande et de Groningue. Nous soutenons leur rassemblement du 10 octobre à 10 h 00 sur la Stadhuisplein à Terneuzen, ainsi que la manifestation du 15 novembre à 13 h sur la Grote Markt à Groningue.
– Nous soutiendrons également la marche pour le climat le 11 octobre à 14 h, Gare du Nord-Noordstation à Bruxelles.
FANS-VAKS (Front d’Action Nucléaire Stop – Verenigde Aktie Kern Stop), 19 septembre 2026
Sources
https://www.qu4tre.be/infos/environnement/une-grande-centrale-nucleaire-chertal/2013302
https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/04/30/engie-federale-regering-nucleaire-activiteiten/








