Dans le cadre d’une nouvelle mesure allant à l’encontre de la paix, le président de la Colombie, Abelardo de la Espriella, a officiellement mis fin à trois tables de dialogue mises en place sous le gouvernement de Gustavo Petro dans le cadre de sa politique de « paix totale ».
Cette décision affecte les pourparlers avec l’Estado Mayor de los Bloques y Frentes (EMBF) [État-major des blocs et fronts (EMBF)], les Commandos de la Frontera [Commandos de la frontière] et les Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada (ACSN) [Autodéfenses conquérantes de la Sierra Nevada (ACSN)].
Par ailleurs, il a retiré la reconnaissance juridique aux représentants et négociateurs de ces organisations. Le président colombien a justifié cette décision en affirmant n’avoir constaté aucune volonté « réelle et vérifiable » de déposer les armes, de se réinsérer dans la vie civile ou de se soumettre à la justice.
Cela confirme le revirement total de la politique de paix du gouvernement Petro et réaffirme l’orientation du nouvel exécutif colombien, axée sur la sécurité, l’action militaire, les poursuites judiciaires ainsi que la réactivation des mandats d’arrêt et des procédures d’extradition.
Cette décision intervient après que le gouvernement de De la Espriella a ordonné la mise à exécution de cinq extraditions vers les États-Unis, précédemment autorisées sous le gouvernement Petro mais suspendues en raison de la participation des personnes concernées aux processus de dialogue, et dans un contexte de violence croissante, notamment dans des régions comme le Catatumbo. La récente attaque de l’ELN contre une caserne militaire à Ocaña, qui a fait trois morts et plusieurs blessés parmi les militaires, a renforcé le discours officiel selon lequel les organisations armées doivent être combattues par la force de l’État.
Cela soulève des questions quant à l’avenir des processus de réinsertion et aux perspectives d’une issue négociée. Certains groupes et anciens combattants avaient déjà progressé dans des démarches de démobilisation ou de réintégration liées aux négociations précédentes ; la rupture risque donc de laisser des engagements en suspens et de plonger des individus dans l’incertitude.
Cette décision intervient alors que le gouvernement intensifie les opérations militaires — y compris des bombardements visant des structures armées —, une stratégie déjà controversée en raison de la mort de mineurs recrutés par ces groupes et des mesures judiciaires visant à limiter les attaques en cas de présence avérée d’enfants et d’adolescents.
Dans ce contexte, il est fort probable que l’offensive militaire ne fasse qu’aggraver le cycle de violence, déjà long, qui a marqué l’histoire de la Colombie.
Traduction: Evelyn Tischer








